La science védique de l’atma met clairement en lumière la distinction entre l’intelligence divine, l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle. Adapté d’un article de Candra Dasa paru dans la revue Back to Godhead.

En sanskrit, le mot atma recouvre plusieurs sens liés à l’identité du «soi». Selon le contexte, il peut aussi bien désigner la nature intrinsèque d’un être que son enveloppe charnelle ou son corps subtil, sans oublier l’âme individuelle (jivatma) et l’Âme suprême (paramatma) sise dans le cœur de chacun. Ces différentes couches d’entendement contribuent à une meilleure compréhension des propriétés caractéristiques du noumène et du phénomène, de l’immanent et du transcendant, du spirituel et du matériel, ou, plus simplement, du naturel et de l’artificiel.

Concentrons-nous plus précisément sur le jivatma, l’étincelle de vie en chaque être, et sur le paramatma, qui agit comme témoin et guide auprès de chaque être.

L’âme individuelle est distincte du corps physique et du mental, et c’est en elle que se trouve l’identité réelle de chacun. L’âme individuelle et l’Âme suprême partagent l’une et l’autre la désignation d’atma, qui souligne leur nature spirituelle commune, mais le jivatma et le paramatma diffèrent en magnitude. De même qu’une goutte d’eau de l’océan partage la liquidité et la salinité de ce dernier, mais demeure infinitésimale par rapport à lui, l’âme individuelle est investie de la nature divine, mais dans une mesure infime par rapport à l’Âme suprême, présente dans le cœur non pas d’un seul être, mais de tous les êtres.

L’agissant et le guide

La science védique de l’atma, l’atma-gyana, qu’on peut simplement traduire par «atmologie», appelle tout un chacun à user de son intelligence pour comprendre la relation qui unit le jivatma au paramatma. La Svetashvatara Upanishad les compare à deux oiseaux perchés sur un arbre. Le premier s’affaire à goûter les fruits de l’arbre, jouissant ou souffrant ainsi des fruits de son karma, tandis que le second l’observe sagement, à jamais prêt à le guider dans sa quête d’accomplissement pour peu qu’il se tourne vers lui.

À cet égard, on peut aussi comparer le paramatma au GPS de nos véhicules, toujours présent, précisément au fait de notre localisation, et prêt à nous indiquer le meilleur trajet pour atteindre notre destination. Cela dit, jamais il ne nous oblige à suivre ses recommandations; il attend patiemment qu’on l’active et qu’on le consulte.

De son côté, le jivatma ignore souvent les indications de son GPS. Se croyant plus malin que lui, il fait des détours, reste pris dans un embouteillage, ou finit par se perdre en territoire inconnu. Lorsque la frustration, voire la panique s’empare de lui, il renonce à s’enfoncer davantage et se tourne à nouveau vers son GPS. Soulagé, rassuré, de nouveau sur la bonne voie, son expérience s’apparente au fait de rétablir sa relation avec le paramatma après s’en être trop longtemps distancé.

Intelligence et libre arbitre

La guidance du paramatma dans le cœur de chacun n’a rien de métaphorique. La petite voix qui tente d’orienter nos choix dans la bonne direction est en effet celle de l’Âme suprême qui communique avec nous de l’intérieur. Et plus nous purifions notre conscience de sa conception matérielle de l’existence et de son identification au corps grâce au pouvoir de pratiques spirituelles libératrices, plus les messages qui nous viennent de l’intérieur deviennent clairs et fiables.

Ce qu’il faut retenir ici, c’est que l’Âme suprême offre son intelligence divine à qui veut s’en prévaloir sans jamais s’imposer. Elle supervise et autorise, mais n’oblige jamais. Elle se compare en cela à un éducateur qui accepte que les erreurs de son élève contribuent à son apprentissage, mais qui n’en reste pas moins à sa disposition dès lors que ce dernier sollicite son aide.

Le paramatma respecte pleinement le libre arbitre du jivatma, qui ne peut pleinement bénéficier de la compagnie et des lumières de son divin guide intérieur qu’en éveillant et cultivant sa propre intelligence spirituelle. La réalisation de soi qui en résulte l’amène à voir la vie sous un tout autre jour et à aborder le quotidien boussole transcendantale en main. Les enjeux sociaux, environnementaux et interpersonnels prennent alors une tout autre dimension et suscitent des choix mûrement réfléchis qui contribuent au plein accomplissement de soi au service de l’humanité et de la Source divine dont elle émane.

Intelligence variable

Le paramatma, donc, incarne l’intelligence divine, omnisciente. Quant au jivatma, tous les corps qu’il emprunte tour à tour sont également dotés d’une forme d’intelligence plus ou moins développée. Conditionnée par une conception matérielle de l’existence, l’âme incarnée a naturellement tendance à utiliser son intelligence pour satisfaire les besoins et les désirs du corps auquel elle s’identifie. Mais en élargissant son champ de connaissances au-delà de la sphère matérielle au contact d’âmes réalisées et en devenant sensible à la bienveillante présence du paramatma en son for intérieur, elle en vient à développer l’intelligence spirituelle de sa véritable identité, de sa raison d’être et de sa finalité.

Ces deux formes d’intelligence chez l’âme individuelle sont ancrées dans sa capacité de raisonnement, de discrimination et de jugement, autant de facultés qui découlent de son libre arbitre et qui reposent sur ses valeurs fondamentales.

Maintenant que nous comprenons mieux la nature et le fonctionnement de l’IAtma – l’intelligence naturelle de l’atma –, qu’en est-il de l’IA tout court, cette intelligence artificielle qui envahit désormais les moindres aspects de notre vie? C’est ce que nous verrons dans le prochain volet de ce billet.

À suivre…

IA vs IAtma