Suite et fin de ce billet sur la science védique de l’atma, qui met clairement en lumière la distinction entre l’intelligence divine, l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle.

Voir le volet précédent.

L’intelligence artificielle est un puissant outil créé par l’humain pour simuler divers aspects de la pensée. Elle peut servir à analyser des données, à identifier des tendances et à en tirer des prédictions. Elle peut aussi générer des énoncés mimant le langage humain, résoudre des problèmes complexes, et même composer de la musique ou créer des images et des vidéos. Mais tout cela, sans âme – sans la moindre trace de conscience, d’intention, de sensibilité ou d’intéroception.

Aussi bonne imitatrice qu’elle puisse être de certains comportements humains, et aussi complexe que puisse être son fonctionnement, l’IA ne relève pas de l’atma, du vivant – spirituel et éternel –, mais de la prakriti, l’énergie matérielle et transitoire du Divin. Contrairement au jivatma, l’âme individuelle, et au paramatma, l’Âme suprême sise en son cœur et source de ses plus profondes réalisations, il s’agit d’une machine dépourvue de vie et de conscience. Elle peut sembler faire montre de sagesse, mais elle ne peut faire l’expérience de la sagesse. Elle peut écrire un poème d’amour, mais elle reste incapable de ressentir l’amour. Elle peut même décrire l’âme, alors qu’elle n’en a pas.

Aussi sophistiqué que puisse devenir l’outil en question, sa capacité à reproduire des comportements humains pourra-t-elle jamais être assimilée à de la compréhension? Selon la perspective des Védas, la réponse est non, un non sans réserve et sans équivoque. Pourquoi? Parce qu’aucun des éléments matériels dont l’outil se compose n’est doté de conscience, et que la conscience n’émerge en aucun cas de la matière ou d’un assemblage de ses éléments. La conscience est l’apanage exclusif du vivant – du jivatma et du paramatma –, et il ne saurait y avoir ni compréhension ni intelligence sans conscience.

Calculer n’est pas réfléchir

L’IA est comme un perroquet qui répète des mots qu’il ne comprend pas, ou une calculatrice qui résout des équations, mais qui est incapable de comprendre à quoi ces équations peuvent servir. Aussi «intelligente» que la machine puisse sembler être, et malgré toute la latitude qu’on peut lui donner, elle sera toujours limitée par les paramètres de fonctionnement que lui imposent les humains qui l’ont conçue. Quel que soit le nombre d’extrapolations qu’elle peut faire à partir des données qu’elle possède, il lui est impossible de transcender son programme, ou d’imaginer quelque chose d’étranger à son cadre de fonctionnement.

La conscience est un attribut immatériel propre au vivant, et l’intelligence qui en découle est un don divin, le paramatma étant l’unique source de toute intelligence.

«De l’intelligent, Je suis l’intelligence.»
Bhagavad-gita. 7.10

L’IA, pour sa part, ne sait que traiter des intrants et produire des extrants. Chez elle, aucune volition, aucune réflexion, aucune motivation, aucun discernement ni aucun jugement, donc – n’ayons pas peur des mots – aucune intelligence! Elle ne peut que jongler avec des probabilités en tentant de calculer celle qui répondra le mieux au besoin de l’utilisateur. À l’inverse, le paramatma agit tel un conseiller et un ami aimant qui invite le jivatma à utiliser sa propre intelligence pour faire des choix éclairés et judicieux fondés sur une compréhension profonde de sa propre situation.

Le miroir aux alouettes

Poussons notre examen encore plus loin. L’IA peut acquérir et stocker des connaissances (gyana) à partir des données qu’on lui fournit, mais au contraire de l’IAtma, elle ne peut en tirer aucune réalisation personnelle ni aucune sagesse appliquée (vigyana). Or, les Védas établissent sensément que la plus haute forme de savoir est celle qui conduit à la perception du soi et de son rapport à l’univers, et le paramatma peut inspirer cette réalisation au jivatma, ce dont l’IA est incapable.

L’IA est comme un miroir. Elle peut réfléchir la lumière des données dont elle dispose de mille et une façons, mais sans jamais pouvoir elle-même produire cette lumière. Ainsi peut-elle rendre d’immenses services par sa rigueur implacable, sa capacité de traitement phénoménale et sa vitesse d’exécution incomparable, mais aussi causer d’immenses problèmes, et pour les mêmes raisons.

Qui plus est, un usage intensif de l’IA risque d’appauvrir nos propres facultés cognitives. Il est en effet évident qu’en lui confiant l’entière responsabilité de la gestion de systèmes complexes, des prises de décisions administratives et de la création de matériel textuel et visuel, notre pouvoir de créativité et de discernement individuel et collectif ne peut que s’affaiblir. Il en résulte en outre une forme de dépendance dont les conséquences se font déjà sentir dans diverses couches de la société.

Certains craignent que l’IA devienne un jour plus intelligente que l’humain. Plus connaissante que des générations d’humains, sans doute, mais certes pas plus intelligente, puisque c’est une faculté qui lui fait défaut d’entrée de jeu. Une quantité immensurable de connaissances sans dessein inspirant, sans motivation stimulante et sans portée libératrice reste vide de sens.

Une question de perspective et d’équilibre

L’atma-gyana, ou l’atmologie, la science qui étudie l’atma et son intelligence, nous amène à comprendre que nous ne sommes pas que la somme de nos relations, de nos entreprises et de nos biens terrestres. Que notre valeur ne se mesure pas en performance, en salaire ou en likes. Elle nous éveille à notre identité spirituelle éternellement liée au Suprême, et relie notre intelligence humaine à l’intelligence divine.

Le fin mot de l’histoire, c’est que l’IA peut indubitablement nous être d’une grande utilité dans une foule d’applications. Mais lui confier nos destinées comme certains s’emploient à le faire n’en présente pas moins d’innombrables dangers, le tout premier étant d’oublier que l’intelligence qui nous est donnée en partage en tant que jivatmas gagne d’abord et avant tout à servir nos intérêts les plus essentiels en nous ouvrant à la bienveillante guidance du paramatma.

Tirons donc parti de l’IA pour nous libérer de tâches courantes qu’elle peut accomplir plus facilement, plus rapidement et plus précisément que nous. Mais n’oublions pas de mettre à profit le temps et l’énergie qu’elle nous fait gagner pour réfléchir à notre raison d’être et pour utiliser notre propre intelligence à des fins porteuses de paix, de joie, de bonheur, d’amour et d’éternité.

L’IAtma, humaine et divine, ne plante jamais. Elle n’a pas non plus besoin de mises à jour. Elle est permanente et immuable. En contrepartie, il suffit d’une panne d’électricité ou d’une tempête solaire perturbant les communications pour que s’éteigne l’IA et pour que tout ce qu’elle contrôle sombre dans le chaos. Peu importe la mesure dans laquelle l’univers numérique se complexifie, notre monde intérieur, lui, repose à jamais sur les mêmes valeurs fondamentales. À nous d’apprendre à développer notre intelligence naturelle tout en utilisant raisonnablement un outil qui n’a d’intelligent que le nom et qui prétend se substituer à notre intelligence. À nous de faire la part des choses et de concentrer nos énergies là où ça compte vraiment.

IA vs IAtma (2/2)