La mission secrète de Bouddha (1re partie)

Bouddha assis en lotus tenant dans sa main gauche un bol à aumônes (patra),
main droite levée en position de vitarka mudra.

Il y a peu de chances que vous le sachiez, car les bouddhistes eux-mêmes ne le savent généralement pas, mais Bouddha était un avatar de Vishnou!

Le premier Chant du Bhagavat Purana nous apprend en effet que Bouddha n’était ni un simple réformateur ni un grand maître autoproclamé, mais bien un puissant avatar venu remplir une mission bien précise. Comment se fait-il que les bouddhistes ne le sachent pas? Parce qu’ils rejettent l’autorité des Védas. Et pourquoi donc rejettent-ils les Védas? Laissez-moi vous raconter.

«Au début de l’âge de Kali, le Bienheureux apparaîtra sous les traits de Bouddha,
fils d’Anjana, dans le district de Gaya, afin de confondre les impies.»

Shrimad-Bhagavatam, 1.3.24

C’est ainsi, quelque 2500 ans après que ces lignes aient été écrites, qu’est apparu Siddharta Gautama. Fait intéressant, ce dernier serait apparu à Lumbini, dans l’actuel Népal, alors que le verset cité parle de Gaya. C’est que Siddharta Gautama a atteint l’illumination et est ainsi devenu («né») Bouddha («l’Éveillé») à Bodh-Gaya, dans l’État du Bihar, en Inde.

On sait par ailleurs que sa mère s’appelait Mayadevi, et non Anjana. Mais Mayadevi est décédée six jours à peine après la naissance de l’enfant, si bien que c’est Anjana, la grand-mère de Bouddha, qui l’a élevé et qui est effectivement devenue sa mère.

Quant à l’âge de Kali – dans lequel nous nous trouvons depuis quelques milliers d’années –, il s’agit, selon la cosmogonie védique, du quatrième âge d’un cycle de quatre. On l’appelle aussi l’âge de fer, l’âge de la discorde, ou l’âge des désordres.

Les 4 âges d’un cycle cosmique

  • satya-youga (1 728 000 ans)
  • treta-youga (1 296 000 ans)
  • dvapara-youga (864 000 ans)
  • kali-youga (432 000 ans)

Méchoui et BBQ à volonté

Jusqu’au premier millénaire avant notre ère, les habitants de la majeure partie du territoire qu’occupent aujourd’hui l’Inde et bon nombre de pays avoisinants adhéraient encore fortement à la culture védique et à ses traditions. Les textes fondateurs étaient cependant de plus en plus souvent mal interprétés à des fins intéressées, si bien qu’on en vint peu à peu à négliger les canons de la sagesse au profit des pratiques purement rituelles, et tout particulièrement des sacrifices d’animaux.

Une section des Védas traite en effet de sacrifices d’animaux, mais selon des conditions bien précises. De tels sacrifices servaient, dans un âge révolu, à illustrer la puissance des mantras. Car, les hauts prêtres ayant une parfaite maîtrise de la métrique et de la prononciation de certains mantras pouvaient, en sacrifiant un vieil animal, le ramener à la vie dans un corps jeune et en santé.

Or, à l’époque où est apparu Bouddha, la société sombrait dans l’immoralité et nourrissait un goût immodéré pour la consommation de chair animale. Sous prétexte d’accomplir des sacrifices védiques pour se donner bonne conscience, on avait pratiquement transformé chaque maison en abattoir, et des animaux étaient massacrés en nombres incalculables. L’esprit des gens était tellement pollué par le goût de la chair et du sang qu’ils n’avaient plus aucune conscience des valeurs spirituelles.

«Chaque fois qu’en quelque endroit de l’univers le respect du dharma connaît un déclin et que s’élève l’impiété, Je descends en personne.»

Bhagavad-gita, 4.7

C’est dans ce contexte que Bouddha, par compassion pour les pauvres bêtes et leurs bourreaux égarés, entreprit de prêcher la non-violence. Pour convaincre les gens d’adhérer à sa doctrine et de renoncer à leurs sacrifices insensés, il répandit alors l’idée qu’il ne fallait accorder aucune foi aux Védas, et qu’il était hautement néfaste pour l’esprit d’abattre des animaux.

(À suivre)

Exit les cours de culture religieuse?

Le gouvernement du Québec annonçait en janvier 2020 que le programme d’Éthique et culture religieuse (ECR), enseigné depuis 2008 dans les écoles primaires et secondaires de la province, allait être aboli. La COVID-19 ayant largement accaparé les médias et les esprits depuis le début de l’année, l’annonce n’a pas fait autant de bruit et n’a pas eu autant de répercussions qu’en d’autres temps, mais cette décision n’en soulève pas moins d’importantes questions.

Rappelons que le programme d’ECR visait à remplacer l’ancien régime d’option entre le programme d’enseignement religieux catholique, le programme d’enseignement religieux protestant et le programme d’enseignement moral. Le but avoué en était de promouvoir la réflexion sur les questions d’éthique et de susciter une compréhension globale du phénomène religieux tout en favorisant l’ouverture au dialogue.

Selon l’actuel ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, le programme d’ECR accordait une place trop importante à la religion. Il est donc appelé à être remplacé dès la rentrée scolaire 2022-2023 par un nouveau programme dont le contenu… reste à définir. Huit grands thèmes doivent toutefois guider son élaboration : la participation citoyenne et la démocratie, l’éducation juridique, l’écocitoyenneté, l’éducation à la sexualité, le développement de soi et des relations interpersonnelles, l’éthique, la citoyenneté numérique et la culture des sociétés.

Personne n’oserait nier l’importance de ces thèmes, dont chacun pourrait d’ailleurs faire l’objet d’un programme d’enseignement complet en soi. Mais qu’en est-il du volet spirituel, au moins tout aussi important dans la saine évolution et le plein accomplissement de tout individu, indépendamment de ses croyances et pratiques religieuses, ou de leur absence? À en croire le ministre, ce volet devra se contenter d’une place largement réduite dans le nouveau programme, si place il y a.

Du pour et du contre

Certains se félicitent de l’abolition du programme d’ECR, auquel ils reprochent de favoriser le multiculturalisme canadien plutôt qu’une forme de culturalisme québécois strictement fondé sur la laïcité. Mais d’autres, dont nombre d’enseignants, estiment que le gouvernement évince ainsi une part importante de l’éducation de nos enfants au profit d’intérêts purement politiques.

Comme on peut le lire dans le curriculum du cours appelé à disparaître, il visait à exposer les élèves aux différentes religions du monde de même qu’aux différentes formes de spiritualité qui marquent notre patrimoine et qui contribuent à la culture québécoise. D’où son importance aux yeux d’éducateurs soucieux d’élargir les horizons des générations montantes.

Il se peut très bien que le programme en place doive être renommé et remanié pour mieux refléter les réalités d’aujourd’hui et mieux préparer nos jeunes aux réalités de demain. Mais ce changement doit-il se faire au détriment d’une meilleure compréhension des courants de pensée foncièrement spirituels qui ont modelé l’histoire et qui sous-tendent nos sociétés?

Un regard extérieur

Un article de Samuel Besson récemment publié dans Medium a retenu mon attention à ce sujet, et je vous en présente ci-après un résumé adapté avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Alléguant que la place de la religion était trop importante dans le cours d’ECR, le gouvernement entend mettre l’emphase sur l’éthique pour promouvoir le respect de soi et des autres ainsi que la lutte contre les stéréotypes.

À première vue, cela peut sembler une bonne chose. D’ailleurs, pour une majorité d’élites intellectuelles, l’éthique peut très bien être enseignée sans faire référence au divin.

Mais tout n’est pas aussi simple.

Friedrich Nietzsche

Friedrich Nietzsche, un des philosophes les plus célèbres des temps modernes, s’est longuement penché sur la question, et devant l’intérêt déclinant de ses contemporains envers la religion – vers la fin du 19e siècle –, il a métaphoriquement proclamé que nous avions collectivement «tué» Dieu. Ce «meurtre» a lourdement pesé sur la conscience de Nietzsche, et l’a amené, dans Le gai savoir, à exprimer son anxiété face à un monde dénué du divin : «Y a-t-il encore un en-haut et un en-bas? N’errons-nous pas comme à travers un néant infini? Le vide ne nous poursuit-il pas de son haleine?»

Autrement dit, en supprimant Dieu de l’équation, toute moralité devient relative. Il n’y a plus d’autorité absolue qui nous permette de juger de ce qui est «en haut» ou «en bas», ou encore de ce qui est bien ou mal.

Par la suite, de nombreux philosophes athées ont avancé des théories contradictoires visant à répondre aux questions les plus élémentaires sans référence à un quelconque absolu, des questions telles que :

Qu’est-ce qui est bon?

Qu’est-ce qui est vrai?

Qu’est-ce qui est juste?

À défaut de mieux, leurs hypothèses sont encore présentées dans nos cours d’éthique, et les élèves sont invités à décider pour eux-mêmes ce qui est vrai ou faux, car leurs professeurs n’ont aucun schème de référence à leur présenter.

Les plus simples questions de la vie n’en sont pas moins importantes, et les traditions théistes millénaires ont beaucoup à offrir en ce sens. En les reléguant aux oubliettes sous prétexte que certains politiciens, philosophes et intellectuels «modernes» prétendent que nous avons évolué et que nous n’avons que faire des fantaisies religieuses d’antan, nous manquons pour le moins d’objectivité et de sens commun.

Quand tout s’emmêle

L’Article 2 de la Charte canadienne des droits et libertés stipule clairement que chaque individu a droit à la liberté de conscience, de croyance et de religion. Il y a cependant lieu de se demander si cette liberté peut vraiment être respectée dans un contexte où le gouvernement prive les élèves de toute sensibilisation éclairée à l’existence de traditions parmi les plus importantes de l’histoire de l’humanité en matière de philosophie, de littérature, d’art et de culture en général.

Certains rejettent d’emblée toute allusion à quelque forme de religion que ce soit en invoquant les abus et les aberrations perpétrés au nom de Dieu. Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Le problème ne relève pas de la religion comme telle, mais plutôt de l’ignorance des citoyens qui suivent ceux qui l’utilisent pour servir leurs propres fins, comme ils le font de toutes les institutions depuis la nuit des temps.

C’est justement pour contrer cette ignorance qu’il importe de présenter à nos jeunes les fondements philosophiques et les valeurs spirituelles des grandes traditions dites religieuses. Un programme d’éducation objectif ne doit pas faire la promotion d’une religion ou d’un courant de pensée spirituel plutôt qu’un autre, mais il ne doit pas non plus rejeter en bloc toute forme de spiritualité comme étant fantaisiste, irrationnelle et dépassée.

Essentielle complémentarité

L’objectivité et l’impartialité sont de toute évidence des denrées de plus en plus rares en ces temps où l’on détruit les statues de héros du passé, où l’on salit le nom de grands artistes et créateurs, et où l’on condamne prestement les paroles et les actes de tout un chacun du simple fait qu’ils ne sont plus en odeur de sainteté selon nos nouveaux schèmes de référence, pour ne pas dire de «croyance».

Il n’en reste pas moins, comme le rappellent les Védas, que l’éducation spirituelle constitue le tronc auquel se rattachent les diverses branches du savoir humain. Le Hari-bhakti-sudhodaya, qui fait partie du Naradiya Purana, va jusqu’à comparer l’éducation matérielle dénuée de conscience spirituelle aux ornements dont on pare les morts. Car, peu importe le soin qu’on met à embaumer et à décorer un cadavre pour le rendre plus attrayant, un corps privé de conscience demeure inerte et sans valeur. Le développement de soi repose d’abord et avant tout sur la connaissance du soi, connaissance qu’aucune branche du savoir académique ne permet d’acquérir.

Espérons donc que notre gouvernement aura l’intelligence de faire la belle part à la liberté de conscience, de croyance et de religion en intégrant à son nouveau programme d’enseignement une juste compréhension des grandes traditions philosophiques et spirituelles qui ont façonné notre histoire et qui définissent largement qui nous sommes aujourd’hui.

Le Paradis nous attend

… et pas nécessairement à la fin de nos jours. Le fait est que si nous avons quitté le monde spirituel, lui ne nous a jamais quitté!

« Fils et filles immortels du royaume divin,
entendez les sages qui vous en indiquent le chemin. »

Shvetashvatara Upanishad, 2.5

Notre intelligence duelle peut nous porter à croire que si le monde spirituel s’oppose au monde matériel, il doit se trouver en dehors de celui-ci, à des années-lumière d’où nous vivons actuellement. Ne parle-t-on pas d’ailleurs de l’Au-delà comme d’une destination éloignée de notre univers terrestre et cosmique?

Une juste compréhension des choses exige une réflexion plus poussée, à la lumière des multiples indications fournies d’âge en âge par les maîtres du savoir, à commencer par le Bienheureux lui-même dans la Bhagavad-gita :

« Le royaume suprême est non manifesté et impérissable. »

Bhagavad-gita, 8.21

Si le monde spirituel est impérissable, il est clairement distinct du monde matériel, où tout est périssable. Mais le terme clé, ici, est «non manifesté», ce qui veut dire que le monde spirituel ne peut pas être une destination au sens d’un lieu accessible par un déplacement physique d’un point A à un point B. Aucun moyen de transport ne permet d’atteindre un lieu non manifesté, donc impalpable et invisible à nos yeux d’humains.

Une image qui en cache bien d’autres

Ainsi l’image du Paradis comme un royaume céleste à atteindre au terme de notre vie terrestre n’est-elle que cela… une image. Une image néanmoins riche d’évocations, en ce qu’elle nous invite à prendre conscience d’une tout autre réalité que celle que nous nous sommes fabriquée en revêtant un corps de chair et d’os. Une réalité éternelle et immuable plutôt que temporaire et changeante. Une réalité où tout est vérité, libre de toute illusion trompeuse et de toute conception erronée de la vie. Une réalité empreinte de joie et de sérénité, étrangère aux hauts et aux bas de notre quotidien.

Car, «non manifesté» ne veut pas dire «non existant». Les Védas, notamment la Brahma-samhita, le Shrimad-Bhagavatam et les Puranas en général, fournissent d’ailleurs des descriptions détaillées du monde spirituel.

« En ce royaume baigné d’amour, les demeures sont faites de pierres philosophales, des arbres-à-souhaits produisent une infinie variété de fruits, et les vaches donnent leur lait sans compter. Chaque parole y est un chant, et chaque pas, une danse. »

Brahma-samhita, 5.29

Imagerie symbolique ou description factuelle? Ne vous torturez pas trop les méninges avec ça. Comprenez plutôt que nous vivons dans un univers multidimensionnel dont nombre de dimensions échappent à nos facultés perceptuelles. Et que le Paradis dont il est question se veut l’expression des possibilités infinies qui s’offrent à nous sur le plan spirituel.

Notre champ de conscience est obscurci par notre identification et notre attachement à la dimension matérielle de l’univers, avec toutes les contraintes spatiotemporelles que nous lui connaissons. Autrement dit, nous n’exploitons sur le plan physique, mental, émotionnel et intellectuel qu’une infime partie des ressources qui s’offrent à nous. Le plan matériel nous livre une vision incomplète de la réalité; il n’est qu’un pâle reflet du plan spirituel.

Les yeux du cœur

Pour voir au-delà des barrières grossières et subtiles qui nous cachent la vue de la dimension paradisiaque, il nous faut cependant des yeux tout autres que ceux que nous utilisons pour écrire et pour lire ces lignes.

«L’essentiel est invisible pour les yeux», disait le Petit Prince de Saint-Exupéry, et la vision requise pour voir l’essentiel ou le non-manifesté ne s’acquiert qu’en affinant la conscience de notre véritable moi. Ce moi aujourd’hui enfoui sous de multiples couches de désignations acquises de nos parents, de nos enseignants, de nos employeurs, de nos collectivités, de nos dirigeants, et j’en passe. Nous nous identifions à un tas de choses sans substance et sans durée, et nous croyons qu’il s’agit là de notre vrai moi, mais c’est précisément ce moi illusoire fabriqué de toutes pièces qui nous interdit l’accès à la dimension spirituelle et paradisiaque.

Comment donc affiner notre conscience et percer toutes ces couches brumeuses qui nous cachent le soleil de la vie rayonnante à souhait? En balayant les interférences causées par les images trompeuses que nous avons de nous-mêmes et en nous recentrant sur notre moi intime. «On ne voit bien qu’avec le cœur», disait encore le Petit Prince. C’est en effet dans le cœur que siège l’âme, d’où elle rayonne dans tout le corps, et seuls les yeux du cœur détiennent la clé du Paradis.

Plus nous ramenons les choses à l’essentiel en dissipant les futilités qui dispersent nos pensées, nos sentiments et nos énergies, plus la dimension spirituelle nous apparaît clairement. Plus nous accordons de place à la réflexion, à l’écoute, à l’étude, à la méditation et au recueillement, plus les différents aspects de notre existence prennent du sens, plus nous devenons sensibles aux lois de l’univers, et plus nous nous rapprochons de l’Absolu et de son divin royaume.

Pourquoi donc attendre plus longtemps? Le Paradis est à notre portée et il nous attend, ici et maintenant!

Gouna

Ce mot sanskrit se traduit notamment par « attribut », « propriété », « qualité constitutive », « essence » et, par extension, « influence dominante ». Pour clarifier ce concept, je vous propose un extrait adapté de Vivre ma spiritualité aujourd’hui.

Les gounas, les influences maîtresses qui régissent les interactions entre le corps grossier et le corps subtil par l’entremise des sens et du mental, s’imposent comme les attributs fondamentaux de l’énergie illusoire à la racine même de notre identification au corps et de notre conception matérielle de la vie.

Les gounas sont en quelque sorte des marionnettistes qui tirent les ficelles de nos sensations, de nos pensées, de nos sentiments et de nos désirs (gouna peut aussi désigner la corde d’un arc ou d’un instrument de musique). Pour mieux nous aider à définir nos priorités et à canaliser nos efforts, elles tirent à qui mieux mieux sur nos cordes sensibles et opèrent en fonction de nos choix et de nos réactions.

Nous sommes et nous restons seuls maîtres de nos choix et de notre destinée, mais tant et aussi longtemps que nous choisissons d’exercer notre indépendance dans la sphère matérielle, dont nous ne sommes nullement maîtres, nous devons nous plier à certaines exigences, et parmi elles, les gounas, qui régissent bel et bien tout ce que nous faisons dans l’oubli de notre identité spirituelle.

Les gounas sont au nombre de trois, et elles se présentent comme suit :

Vertu (sattva-gouna) : les personnes sous l’influence de la vertu (sattva se traduit aussi par «pureté», «vérité», «connaissance», «intégrité» ou «équilibre») font preuve de compassion, de droiture et de détachement, ne manifestent aucune aversion ni aucun attrait excessif, et trouvent leur satisfaction dans le sentiment du devoir accompli.

Passion (rajo-gouna) : les personnes sous l’influence de la passion (rajas se traduit aussi par «énergie», «force», «impulsion» ou «mouvement») sont pétries de désirs et d’ambitions, motivées par leur ego et acharnées dans leur quête de résultats.

Ignorance (tamo-gouna) : les personnes sous l’influence de l’ignorance (tamas se traduit aussi par «obscurité», «lourdeur» ou «inertie») se révèlent irresponsables, inconstantes et déloyales. Elles recherchent la facilité en tout et sont enclines à la tromperie, à la paresse et à l’indolence.

Un trio tentaculaire

Il faut aussi savoir que ces influences alternent et se chevauchent, ce qui donne lieu à une infinité de combinaisons, si bien que les descriptions ci-dessus visent uniquement à dégager les grandes lignes des tendances associées à chacune des gounas. La nature nous propose en effet un éventail infini de possibilités et d’occasions de satisfaire nos désirs. Et comme notre soif de satisfaction est sans borne, toutes ces avenues semblent si prometteuses que les sens et le mental s’y engagent volontiers sans offrir de résistance.

Nous butinons ainsi de fleur en fleur à la recherche du nectar qui nous procurera le bonheur recherché, et les gounas ne cessent d’en faire apparaître de nouvelles, plus colorées, plus odorantes et plus attirantes encore. Elles déterminent en outre nos préférences en termes d’aliments, de vêtements, de couleurs, de profession et de croyances, et influent sans relâche sur les moindres aspects de notre existence. Le 14e chapitre de la Bhagavad-gita traite en détail de la question, si ça vous intéresse.

Conditionnés par une conception matérielle — pour ne pas dire carrément corporelle — de l’existence, nous sommes davantage enclins à nous laisser guider par nos sens et notre mental que par notre intelligence. Or, ni les sens ni le mental n’ont d’autonomie à proprement parler. Ou alors ils sont harnachés par l’intelligence et entièrement mis au service de notre quête intérieure, ou alors ils répondent spontanément aux sollicitations de l’extérieur.

Et puisque nous n’avons pas tous le même bagage et que nous n’en sommes pas tous au même point dans notre évolution, nous ne sommes pas tous attirés par les mêmes choses. Autrement dit, selon le chemin parcouru et notre héritage karmique, nous sommes plus naturellement portés, consciemment ou non, vers des attitudes, des comportements et des activités sous le signe de la «vertu», sous le signe de la «passion» ou sous le signe de l’«ignorance». À nous d’obéir aveuglément à ces influences ou, au contraire, de prendre les moyens de nous en affranchir…

La solitude

Extraits d’un texte d’actualité sous la plume de Mathieu Guénette, conseiller en orientation et instigateur du projet « Les Ambitieux ».

Pourquoi avons-nous tendance à percevoir la solitude comme étant non désirable?

Quand j’étais adolescent, je me retrouvais souvent seul. Au départ, c’est vrai, la solitude m’était apparue comme un calvaire. J’y voyais aussi un échec. Si tu es seul, c’est que personne n’a envie de passer du temps à tes côtés. Par exemple, je n’aurais pas voulu qu’à l’heure du dîner, à la cafétéria de mon école secondaire, on me voit manger seul. Manger mon lunch avec n’importe qui m’apparaissait assurément préférable à cette solitude.

Mais à force d’être seul, j’ai fini par développer une réelle complicité avec cette solitude. Je pourrais même dire que nous en sommes venus à nous apprécier mutuellement. Puis, c’est grâce à cette solitude que j’en suis venu à retirer autant de plaisir à lire, écrire, développer mes connaissances et ma créativité. Quand je me retrouve enfin seul après une longue période, j’ai l’impression de renouer avec un vieil ami, un ami avec qui j’ai grandi et qui me connaît mieux que quiconque.

Ta relation avec la solitude évolue avec le temps. Cette relation peut s’avérer saine tout comme elle peut devenir toxique dans certains cas.

Il peut être tentant de te distraire constamment pour en venir à oublier qui tu es, ce que tu veux vraiment, et même que tu es là. Par contre, se réconcilier avec ta solitude s’avère vital. Nous devons disposer d’au moins une heure par jour en absence de stimulation extérieure, nous dit Sonia Lupien dans Par amour du stress. Ce moment nous permet d’intégrer mentalement les nouvelles informations que nous avons recueillies au cours de la journée. C’est un peu comme mettre notre système à jour.

Si tu passes assez de temps avec ta solitude, tu vas réaliser qu’elle a aussi une personnalité, une personnalité qui lui est propre. Tu parles à ta solitude et elle finit par te répondre. Ce dialogue intérieur est parfois bien étrange, comme lorsque tu te retrouves à négocier avec toi-même : « Alors, est-ce qu’on se prend un autre morceau de gâteau? S’il te plait, dis oui! »

En cette période de confinement, je réalise que la solitude est un thème majeur dans nos vies. Il y a des gens qui se retrouvent seuls et qui vivent mal cette solitude. Ça commence à leur peser, tandis qu’à l’inverse, d’autres n’ont pas assez de temps pour être seuls, devant partager le même lieu avec d’autres personnes.

Et toi, comment ça se passe avec ta solitude? Trop seul ou pas assez?

Quelle est ta relation avec ta solitude? Comment décrirais-tu la personnalité de ta solitude? Pour ma part, ma solitude, je la vis quand j’écris. J’aime réfléchir à un sujet, le façonner, le peaufiner. Pour créer, j’ai besoin d’être seul et de m’isoler. Ça devient en quelque sorte un confinement dans le confinement! Mais en même temps, je ne me sens jamais vraiment seul, car je pense à mon auditoire et à ses réactions à mon propos.

Puis, si je conçois du contenu et qu’il n’y a personne pour l’apprécier, il y aura au moins ma solitude. Elle sera là pour moi, car nous sommes liés à la vie et à la mort.

Ces réflexions à propos de la solitude m’ont donné envie de me remettre à la méditation, de le faire de manière régulière. Avant, je méditais parfois, mais sous prétexte que je manquais de temps, je passais très souvent mon tour. Là, l’excuse du manque de temps, je ne l’ai plus.

Le confinement t’offre une belle occasion de développer de nouvelles habitudes, de démarrer un tout nouveau projet qui va te sortir de ta zone de confort. Ne fais pas qu’y penser, passe à l’action!