Krishna livre son enseignement à Arjuna.

Saviez-vous que le Très-Haut nous rend régulièrement visite? C’est pourtant bien le cas. Et il ne s’agit pas de simples visites de courtoisie.

«Chaque fois qu’en quelque endroit de l’univers
la spiritualité voit un déclin et que s’élève la mécréance,
Je descends en personne.»

Bhagavad-gita 4.7

Dans ce verset sanskrit de la Bhagavad-gita, le mot srijami signifie que Kṛṣṇa se manifeste tel qu’Il est, dans sa forme éternelle et absolue. Ce qui veut dire qu’Il n’a pas à prendre un corps matériel pour nous rendre visite. Il est d’ailleurs décrit dans tous les textes védiques comme étant non né, ou incréé.

Bien que, d’ordinaire, Il apparaisse à des époques précises (notamment une fois par jour de Brahma, sous le règne du septième Manou, à la fin du dvapara-youga du vingt-huitième maha-youga), Il n’est aucunement contraint par cette règle. Il reste entièrement libre d’agir comme bon lui semble. C’est donc de son propre gré qu’Il vient en ce monde lorsque les valeurs spirituelles en viennent à disparaître sous le poids du matérialisme à outrance aux mains de dirigeants sans scrupules qui asservissent les populations à leur soif de pouvoir.

Les principes de la spiritualité sont clairement formulés dans les Védas et d’autres textes sacrés. Ils constituent les lois divines à respecter pour quiconque cherche à tirer pleinement parti de sa forme humaine, tout comme les lois terrestres visent à faire en sorte que la vie en société soit paisible et harmonieuse pour tous. Seul Dieu peut définir les principes de la spiritualité, ou de la religion universelle, tels qu’on les retrouve dans différentes Écritures révélées. Ces principes sont conçus pour nous amener à prendre conscience de notre nature primordiale et à rétablir notre relation oubliée avec le Divin. Et chaque fois que des êtres à proprement parler démoniaques bafouent et occultent ces principes au détriment de l’humanité, le Seigneur vient redresser la situation.

À chaque avatar sa mission

À titre d’exemple, le Shrimad-Bhagavatam explique que Bouddha, un avatar de Kṛṣṇa, est apparu à une époque où des impies se réclamaient des Védas pour justifier leurs actes pervers: sous prétexte d’offrandes sacrificielles, ils abattaient d’innocentes bêtes en nombre incalculable sans tenir compte des restrictions très sévères concernant les sacrifices d’animaux à des fins particulières. Buddha est donc venu mettre fin à ces massacres inutiles et instaurer les principes de la non-violence et de la compassion.

Tous les avatars du Seigneur ont une mission particulière, et ils sont tous décrits dans les Écritures révélées. Nul ne peut donc être considéré comme un avatar à moins d’être mentionné comme tel dans ces écrits. Par ailleurs, il serait faux de croire que le Seigneur n’apparaît qu’en Inde, comme le croient parfois ceux qui s’intéressent à la sagesse orientale. Il peut Se manifester n’importe où, et quand Il le désire.

La mission fondamentale de tous les avatars reste toutefois la même: amener l’humanité à prendre conscience de l’Absolu et à honorer les principes de la spiritualité qui confèrent la connaissance du soi et de son rapport à Dieu. Il arrive ainsi que Kṛṣṇa vienne personnellement, alors que d’autres fois, Il envoie son représentant légitime, à savoir son fils ou son serviteur, voire lui-même sous une forme déguisée. Et chaque fois qu’Il vient sous une forme ou une autre, selon les lieux et circonstances, Il lègue aux humains autant de savoir spirituel qu’ils peuvent en assimiler.

Deux et deux font quatre: c’est là un fait avéré qui vaut tout aussi bien pour un simple écolier que pour un universitaire. Mais le calcul élémentaire n’en diffère pas moins des mathématiques savantes. De même, les principes qu’enseignent les différents avatars du Seigneur sont toujours identiques, mais selon les circonstances, ils se présentent sous une forme tantôt simplifiée, tantôt élaborée.

La source de tous les avatars

Les versets suivants, tirés du Chaitanya-charitamrita, donnent une définition concise de l’avatar:

«Lorsque, sous une forme ou une autre, le Seigneur descend de son royaume pour se manifester dans l’univers matériel, on le qualifie d’avatar. Toutes les manifestations divines résident éternellement dans le monde spirituel, le royaume de Dieu, et sont appelées avatars lorsqu’elles descendent dans la création matérielle.»
C.c. Madhya 20.263–264

Il existe différentes sortes d’avatars: les puruṣa-avatars, responsables de la manifestation et de la dissolution des innombrables univers que renferme le monde matériel; les gouna-avatars, qui gèrent les influences maîtresses de la nature matérielle; les lila-avatars, qui déploient des divertissements plus merveilleux les uns que les autres; les shaktyavésha-avatars, investis de pouvoirs pour remplir des missions particulières; les manvantara-avatars, qui gouvernent les différents règnes de Manou, et les youga-avatars, qui apparaissent d’âge en âge. Et tous ces avatars se manifestent dans différentes régions de l’univers à différentes époques.

Kṛṣṇa est toutefois le Seigneur originel, la source de tous les avatars. Lorsqu’Il vient en ce monde, c’est dans le but avoué d’apaiser les tourments de ceux et celles qui cultivent les voies de la conscience divine. Son but premier, en tant qu’avatar, est donc de réjouir le cœur de ceux et celles qui l’aiment et le servent d’un pur amour.

Et comme le Seigneur apparaît en chaque âge, cela veut dire qu’Il se manifeste également dans l’âge de Kali, l’âge de discorde dans lequel nous nous trouvons. De fait, le Shrimad-Bhagavatam et certains passages des Upanishads et du Mahabharata, entre autres, mentionnent que, dans notre ère, Il descend sous la forme de Chaitanya Mahaprabhou pour enseigner la méthode de réalisation spirituelle propre à cet âge, à savoir le chant des saints noms de Dieu, en privé comme en public. Chaitanya a en outre prédit que cette pratique se propagerait à travers le monde, de village en village et de ville en ville.

En guise de conclusion, à ceux qui pensent que Dieu n’a que faire de nous et qu’Il ne vient jamais nous voir, disons simplement qu’il suffit de se trouver au bon endroit au bon moment, et de savoir le reconnaître. Sans compter qu’au-delà des innombrables avatars décrits ci-dessus, les noms, les formes et les gloires de l’Infiniment Fascinant ne sont pas différents de lui. Il ne tient donc qu’à nous de les faire danser sur nos lèvres.

De la grande visite