Véda

Védas par-ci, Védas par-là… Je fais régulièrement référence aux Védas. Ils sont en effet au centre de mes études depuis que je les ai découverts, il y a maintenant près d’un demi-siècle. Et cette passion n’est pas près de s’éteindre, car une vie entière ne suffirait pas à en percer tous les secrets! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je concentre plus particulièrement mes recherches sur les volets philosophiques et spirituels de ces écrits millénaires.

D’abord et avant tout, il faut savoir que veda est un mot sanskrit qui signifie tout simplement « connaissance », « savoir » ou « science ». Cela dit, la somme de connaissances que renferment les Védas est tout bonnement monumentale. D’aucuns les qualifient même de manuel d’instruction de la vie en ce monde!

Il faut aussi savoir que les Védas n’ont pas été écrits, mais transposés dans l’écriture, car ils sont issus d’une tradition orale vieille comme le monde. Il n’y avait d’ailleurs au départ qu’un seul Véda, « le Véda », source du savoir universel. Ce n’est que plus tard, beaucoup plus tard – il y a environ 5000 ans – que le Véda a été mis par écrit. Le besoin ne s’en était jamais fait sentir, car les disciples des maîtres du savoir des âges antérieurs au nôtre disposaient d’une mémoire telle, qu’il leur suffisait d’entendre une seule fois un enseignement pour en retenir et en assimiler les moindres détails. Mais à l’approche de notre époque, où bien peu de gens peuvent se vanter d’avoir cette faculté, il s’est avéré nécessaire de mettre cet inestimable savoir par écrit pour éviter qu’il se perde.

Une tâche monumentale

Trop volumineux pour faire l’objet d’un seul ouvrage, le Véda original a d’abord été scindé en quatre parties. Cette tâche a été confiée à un sage d’exception du nom de Vyasa, investi de pouvoir par son maître spirituel, Narada Muni. Vyasa a ensuite conféré à d’autres sages parmi ses propres disciples le mandat de développer différentes parties des Védas.

C’est ainsi qu’à la portion révélée des Védas, appelée la shrouti, ou « ce qui a été entendu », s’est ajoutée la smriti, ou « ce dont on a mémoire », soit la tradition issue de la shrouti. L’ensemble couvre à proprement parler la connaissance physique et métaphysique de l’univers.

Entre autres disciplines, les Védas renferment en effet des traités hautement détaillés sur la médecine holistique, l’astronomie, les sciences politiques et économiques, la théorie et la pratique de la musique et de la danse, l’art dramatique, l’alimentation, l’agriculture écoresponsable, l’architecture et l’aménagement harmonieux des habitats, les principes et les règles de vie équilibrée en société, les arts martiaux, et j’en passe.

Un pour tous, tous pour un

Fait intéressant, contrairement aux autres textes dits sacrés ou révélés, les Védas ne sont issus d’aucune religion. Ils ont au fil des siècles inspiré la création de nombreuses écoles de pensée philosophique et de nombreuses religions, mais leur contenu n’en demeure pas moins universel.

À l’instar des disciplines évoquées ci-dessus – d’intérêt commun pour toute l’humanité, sans distinction de race ou de confession –, aucun préalable social ou culturel n’est requis pour pratiquer une forme de yoga, pour s’adonner à la méditation, pour apprendre à distinguer la matière de l’esprit, pour étudier la structure de l’univers, pour se développer pleinement sur le plan physique, sur le plan émotionnel, sur le plan intellectuel et sur le plan spirituel. Autant de branches du savoir que les Védas approfondissent de façon magistrale et qui viennent avantageusement enrichir nos connaissances actuelles.

À quelque chose malheur est bon

D’ailleurs, pourquoi ne pas profiter de cette période de confinement prolongé pour vous familiariser un peu plus avec les Védas? En guise d’introduction aux racines de la philosophie védique, je vous invite à lire À la découverte de l’Absolu, une traduction accessible et commentée de la plus ancienne des Upanishads.

Mon plus récent ouvrage, Vivre ma spiritualité aujourd’hui, offre quant à lui une approche synthétique et conviviale de la réalisation de soi fondée sur les préceptes védiques enseignés par les grands maîtres depuis des temps immémoriaux.

Enfin, ceux et celles qui souhaitent explorer plus avant les multiples facettes de cette science apprécieront tout particulièrement Un dialogue sans âge, qui présente chapitre par chapitre l’essentiel de la célèbre Bhagavad-gita, « Le chant du Bienheureux », un classique incontournable de la littérature védique.

La merveille des merveilles

Illustration de la bataille de Kouroukshetra
dans une ancienne édition manuscrite du Mahabharata.

Réflexion de circonstance d’un point de vue… spirituel. Pour tout le reste, les médias et les réseaux sociaux font très bien l’affaire.

Au 30e siècle avant notre ère, à la veille de l’historique bataille de Kouroukshetra, le grand justicier Yamaraj met à l’épreuve la sagesse du roi Youdhisthir en lui demandant quelle est la chose la plus merveilleuse en ce monde. Et l’auguste souverain de lui répondre :

« La plus merveilleuse de toutes les choses en ce monde,
c’est que des centaines de milliers d’êtres vivants meurent à chaque instant,
et que les gens continuent à vivre comme si leur heure n’allait jamais venir. »

Mahabharata, Vana-parva, 313.116

Personne n’a envie de mourir, et c’est tout à fait naturel. Personne n’a trop envie d’en parler ou d’y penser non plus, et c’est tout aussi naturel. Reste que nous sommes continuellement témoins de l’œuvre du temps qui fauche tout sur son passage, et que nous pouvons passer l’arme à gauche à tout moment. Personne ne sait quand son heure viendra, mais elle viendra, et nous aimons croire qu’elle viendra… plus tard, beaucoup plus tard. Jusqu’à ce qu’une redoutable menace vienne soudainement nous rappeler que notre vie ne tient toujours qu’à un fil et que notre monde peut basculer à tout moment.

Cela dit, notre plus grande crainte ne devrait pas être de succomber aux virus venus de l’extérieur, mais plutôt de continuer à cajoler le virus qui nous ronge de l’intérieur! Ce satané virus qui entretient notre conception matérielle de la vie et qui nous pousse constamment à nous identifier à notre corps. Ce fichu virus qui nous fait complètement oublier que c’est notre enveloppe qui est mortelle, pas nous!

Virus, sort de cette âme

Comment nous débarrasser de cet empêcheur de tourner en rond qui menace constamment de faire échouer nos projets de bonheur sans limites? Tout d’abord en prenant conscience de son existence. Si je n’ai pas conscience d’être ballotté entre mes désirs et mes émotions en réaction aux sollicitations de mes sens, je ne peux que continuer à jouer le jeu de l’ennemi public no 1.

Secundo, en m’enfonçant dans le crâne une bonne fois pour toutes que rien n’est permanent sur le plan matériel, et que tous mes efforts pour jouir pleinement de la vie dans un corps sous l’emprise du plus délétère de tous les virus sont inéluctablement voués à l’échec.

« Éphémères, joies et peines, comme étés et hivers vont et viennent. »

Bhagavad-gita, 2.14

Tertio, en adoptant une perspective plus durable et jouissive de la vie. Si je ne suis réellement maître de rien d’autre que la conscience dans laquelle j’agis, j’ai tout intérêt à développer un goût supérieur à celui des plaisirs furtifs qui s’offrent à moi sur le plan matériel.

L’immunité ici et maintenant

À bas le virus de la mort! Injectons-nous sans tarder le vaccin qui libère de toute crainte et de toute entrave. Comment? En utilisant cette forme humaine pour nous rapprocher de l’Absolu. En reconnaissant que nous ne sommes que d’infimes parcelles du Grand Tout et en acceptant humblement de nous mettre à son service plutôt que de chercher à tout contrôler autour de nous. Enfin, en honorant et en glorifiant constamment non seulement la vie, mais la Source de toute vie.

Qui pense, parle et agit dans une telle conscience s’établit spontanément sur le plan spirituel et goûte pleinement un bonheur sans fin et sans limites, ici et maintenant. Ce n’est pas plus compliqué que ça.

« Sur le plan spirituel, chaque pas est une danse, chaque parole est un chant,
et jamais ne cessent ni l’amour ni les rires. »

Brahma-samhita, 5.56

Lavons-nous les mains, mais aussi le cœur. Réintégrons nos foyers, mais aussi l’intérieur de nous-mêmes. Faisons de l’exercice, mais profitons-en aussi pour nous entraîner à voir les choses autrement et à nous immuniser contre la foutue conception matérielle de la vie qui nous rend esclaves de notre corps et nous expose à toutes les plaies de ce plan d’existence temporaire et illusoire.

N’attendons pas la maladie, la vieillesse, la famine, la guerre, les pandémies ou les catastrophes naturelles pour nous rappeler de mettre les choses en perspective et de nous recentrer sur l’essentiel. La vie est trop courte pour ça! Vivons notre immortalité dès aujourd’hui!

Non mais, je rêve ou quoi?

J’ai bien peur que oui! La frontière entre rêve et réalité est en effet plus ténue qu’il n’y paraît.

Tout se joue en fait au niveau de la conscience. Or, la conscience n’a rien de monolithique. S’il est vrai que nous sommes tous des êtres conscients, il est tout aussi vrai que la conscience des uns n’est pas celle des autres, et que ma propre conscience fluctue au gré des heures et des jours, de même qu’au fil de mes expériences et de mes apprentissages.

Les Védas définissent globalement trois états de conscience chez l’être vivant :

L’état d’éveil relatif, dans lequel nous vaquons couramment à nos activités quotidiennes. Relatif, parce que la réalité sensorielle, émotionnelle et intellectuelle dans laquelle nous évoluons – la seule que nous connaissions généralement – est elle-même relative et partielle.

L’état de sommeil avec rêve, dans lequel les fonctions végétatives du corps physique (respiration, circulation sanguine, digestion, etc.) sont pour ainsi dire sur le pilote automatique, tandis que le corps subtil – composé du mental, de l’intelligence et de l’ego – transporte l’âme dans une dimension non soumise aux limites et aux contraintes du corps physique. Mais comme ce dernier ne peut continuer de fonctionner seul très longtemps, l’âme doit bientôt le sortir de sa torpeur pour replonger dans la réalité de la vie éveillée.

L’état de sommeil sans rêve, dans lequel la conscience est complètement voilée. Cet état caractérise non seulement nos périodes de sommeil profond, mais aussi l’état dans lequel se trouve une personne sous anesthésie générale, celui dans lequel se trouve l’âme dans le ventre d’une mère tandis qu’un fœtus se développe autour d’elle, et celui dans lequel l’âme se voit plongée lorsque l’univers matériel se résorbe à l’état non manifesté au moment de sa dissolution.

La face cachée de la réalité

Ce qui a tendance à nous échapper, c’est que la réalité du corps et de l’esprit est elle-même illusoire. Le corps et l’esprit sont bien réels, mais le fait que nous nous identifions complètement à eux relève de l’illusion et nous plonge dans un état de rêve éveillé que nous prenons pour notre réalité propre.

Lorsque nous émergeons d’un rêve nocturne, nous nous dissocions facilement de tout ce que nous avons pu faire, penser et ressentir pendant ce rêve, car nous avons conscience du fait qu’il s’agissait d’une fabrication de l’esprit. Nos rêves nocturnes sont de très courte durée, si bien que nous n’avons aucun mal à comprendre qu’ils sont le fruit d’une projection fugace. Mais notre état d’éveil relatif est si long entre deux périodes de sommeil que nous le pensons tout à fait réel, alors qu’il s’agit d’une autre forme de rêve.

L’état de plein éveil est celui dans lequel l’âme a pleinement conscience de sa nature spirituelle et éternelle, et du fait que le corps dans lequel elle se trouve n’est qu’un support temporaire conçu en fonction de ses désirs et mis à sa disposition pour lui permettre de parachever son cheminement personnel. La réalité de l’âme est distincte de celle du corps dans lequel elle voyage entre deux destinations.

À preuve, je suis témoin des battements de mon cœur, des poils et des cheveux qui poussent sur mon corps et sur ma tête, de mes fonctions respiratoire et digestive… mais aucun de ces processus n’exige un effort conscient de ma part. Je suis également témoin de l’activité de mon mental en rêve comme à l’état de veille, que j’en dirige ou non les pensées et les désirs en réaction aux impulsions qu’il reçoit des sens.

Observateur tantôt actif, tantôt passif de mon corps physique et de mon corps subtil, ce n’est que lorsque je m’éveille à mon identité réelle, au-delà de l’un comme de l’autre, que je cesse de m’identifier à ces enveloppes éphémères, que je parviens à me dissocier de mes rêves aussi bien diurnes que nocturnes, et que je commence à vivre ma vie au lieu de la rêver.

Pour voir si vous m’avez bien suivi, voici une question particulièrement difficile (ou facile, c’est selon) :

Dans quel état de conscience se trouvent les millions de personnes à travers le monde dont le premier réflexe, à l’annonce d’une pandémie potentiellement mortelle, est de prendre les commerces d’assaut et de jouer du coude avec un maximum de personnes potentiellement contagieuses pour leur disputer les stocks de papier hygiénique?

Non mais, je rêve ou quoi?

My Sweet Lord

En 1970, Bhaktivedanta Swami achevait d’écrire un résumé du dixième Chant du Bhagavat Purana intitulé Kṛṣṇa, The Supreme Personality of Godhead (paru en français sous le titre Le livre de Kṛṣṇa). Alors qu’il cherchait à réunir les fonds nécessaires à la publication de cette œuvre en trois volumes enrichie de planches en couleur, le Beatle George Harrison a accepté d’en couvrir les frais. Le maître lui a alors exprimé sa gratitude en lui offrant d’en écrire la préface, dont je reproduis ici la traduction.

Tout le monde est à la recherche de Krishna. Certains n’en ont pas conscience, mais ils n’en sont pas moins à sa recherche. Krishna est Dieu, la Source de tout ce qui existe, la Cause de tout ce qui est, a été et sera. Puisque Dieu est sans limites, Il possède d’innombrables noms. Allah, Bouddha, Jéhovah, Rama désignent tous le même Être unique : Krishna.

Dieu n’a rien d’abstrait. Il Se manifeste aussi bien de façon impersonnelle que sous Sa forme personnelle, suprême, éternelle, félicieuse et pleinement connaissante. Tout comme une goutte d’eau possède les mêmes attributs que l’océan, notre conscience participe de la conscience de Dieu; mais à travers notre identification et notre attachement à l’énergie matérielle – à notre corps physique, aux plaisirs sensoriels, aux possessions matérielles, à l’ego… –, notre conscience transcendantale originelle s’est corrompue, si bien que, comme un miroir sale, elle ne parvient plus à nous renvoyer une image claire.

Au fil de nombreuses vies, nos liens avec l’éphémère se sont amplifiés, de sorte que nous méprenons notre corps impermanent – un sac d’os et de chair – pour notre vrai moi, et notre condition passagère pour finale.

À toutes les époques, de grands saints se sont avérés des preuves vivantes de ce que la conscience divine, la conscience permanente de tout être vivant, peut être ravivée. Krishna enseigne dans la Bhagavad-gita :

« Établi dans la réalisation spirituelle, purifié de toute souillure matérielle, le yogi jouit du bonheur suprême que procure l’union constante avec l’Absolu. »

Bhagavad-gita, 6.28

Le yoga, un procédé scientifique de réalisation de soi et de Dieu, permet de purifier la conscience, d’enrayer sa corruption et d’atteindre la perfection ultime sous le signe de la connaissance absolue et de la félicité éternelle.

Si Dieu existe, je veux à tout prix Le voir. Il est parfaitement futile de croire en quoi que ce soit sans preuve tangible. Or, la conscience de Krishna et la méditation sont des méthodes qui permettent précisément d’entrer en contact avec Dieu. On peut en effet voir Dieu, L’entendre, et même jouer avec Lui. Cela peut sembler insensé, mais Dieu, Krishna, existe bel et bien; Il est en nous et avec nous, ici, maintenant et à chaque instant.

Il existe de nombreuses voies yogiques – raja, jñana, hatha, kriya, karma, bhakti… –, enseignées par différents maîtres. Swami Bhaktivedanta est, comme son titre l’indique, un bhakti-yogi qui suit et enseigne la voie de la dévotion. En servant Dieu à travers ses moindres pensées, paroles et actions, et en chantant ou récitant Ses saints noms, le dévot développe très rapidement sa conscience divine.

En chantant…

Hare Krishna, Hare Krishna,
Krishna Krishna, Hare Hare,
Hare Rama, Hare Rama,
Rama Rama, Hare Hare,

on ravive immanquablement sa conscience de Krishna. Il vous suffit de le faire pour vous en assurer. Je vous invite donc à plonger dans ce Livre de Krishna et à en approfondir le contenu. Je vous invite aussi cordialement à prendre dès aujourd’hui rendez-vous avec Dieu en vous engageant dans la voie libératrice et unificatrice du bhakti-yoga.

Give peace a chance!

Yoga

L’union fait la force.

Comme beaucoup de mots sanskrit, yoga revêt plusieurs significations. Selon le contexte, il peut entre autres désigner la racine étymologique d’un terme, la conjonction de deux astres célestes ou l’une des six grandes écoles philosophiques des Védas. Il se traduit également par « voie », « méthode » ou « technique ».

Quant aux disciplines corporelles, mentales ou spirituelles auxquelles on associe le plus souvent le yoga, elles sous-tendent son sens d’« union ». Les pratiques en question sont en effet conçues pour favoriser l’union intime de l’être avec son moi profond, avec l’univers et avec l’Absolu, les trois étant eux-mêmes étroitement liés.

Ce dernier sens donne lui-même lieu à plusieurs déclinaisons selon l’approche privilégiée par le yogi, mais on distingue globalement trois grandes voies de réalisation de soi par le yoga, à savoir l’action, la connaissance et la dévotion.

Le karma-yoga, ou « yoga de l’action », est la voie de l’action désintéressée visant à se libérer des chaînes du karma. L’enchaînement aux réactions de ses actes n’étant dû qu’au désir d’en tirer un avantage personnel, il s’agit ici de se détacher des fruits de l’action en cherchant satisfaction dans le devoir accompli et dans le service d’une cause supérieure.

« Agis par sens du devoir, sans convoiter le fruit de l’acte.
L’action accomplie dans un esprit de détachement permet d’atteindre l’Absolu. »

Bhagavad-gita, 3.19

Cette discipline, aussi appelée kriya-yoga, est souvent associée au travail social ou au service communautaire, mais la cause supérieure entre toutes demeure celle qui sert directement les intérêts spirituels du pratiquant en mettant ses actes au service de l’Absolu.

Le jñana-yoga, ou « yoga de la connaissance », est la voie de la quête intérieure visant à se libérer des contingences de ce monde par la culture du savoir qui permet de distinguer la matière de l’esprit, de comprendre les mécanismes qui régissent le fonctionnement de l’univers dans lequel nous évoluons, et d’appréhender le lien qui relie tout être et toute chose à l’Absolu.

« Ceux dont la pratique consiste à cultiver le savoir spirituel
vénèrent l’Absolu comme l’un sans second
manifeste en une multiplicité de formes. »

Bhagavad-gita, 9.15

Cette catégorie de yoga englobe techniquement le raja-yoga, ou « yoga intégral », aussi appelé ashtanga-yoga du fait qu’il comporte huit volets rigoureusement codifiés pour amener le yogi à réaliser l’aspect localisé de l’Absolu en son cœur et à se libérer du cycle des morts et des renaissances en quittant son corps par le centre énergétique (chakra) situé au sommet de son crâne.

Voir 8 Volets du yoga intégral.

Certains adeptes des temps passés pratiquaient cette forme de yoga dans le but d’acquérir des pouvoirs surnaturels, mais les exigences de cette pratique sont telles que personne de nos jours ne peut réalistement y aspirer.

Voir 8 Pouvoirs yogiques primaires.
Voir 10 Pouvoirs yogiques secondaires
.
Voir 5 Pouvoirs yogiques tertiaires.

C’est ce qui fait que les écoles modernes n’enseignent que certains volets de cette forme de yoga, qu’il s’agisse des techniques respiratoires (prana-yoga), des postures destinées à stabiliser le corps et l’esprit (hatha-yoga) ou de la méditation sous différentes formes (dhyana-yoga).

Le bhakti-yoga, ou « yoga de la dévotion », est la voie libératrice de l’amour divin. Il repose sur un ensemble de pratiques conçues pour raviver le lien personnel qui unit chaque être à l’Absolu.

Voir 9 Pratiques dévotionnelles du bhakti-yoga.

« Seul le yoga de la dévotion empreinte d’amour
donne de connaître l’Absolu dans sa forme personnelle. »

Bhagavad-gita, 11.54


Enfin, il importe de souligner que les trois catégories de yoga ne sont pas mutuellement exclusives. Le principe d’« union » qui les caractérise est en effet tel que le bhakti-yoga peut incorporer des éléments de karma-yoga ou de jñana-yoga, et vice versa. Si l’union fait la force, c’est précisément que, sous ses différentes formes, le yoga nous apprend à voir au-delà des manifestions transitoires de l’existence, à transcender graduellement la matière, et à puiser en l’Absolu l’intelligence et la force de nous réaliser pleinement.

Comment noyer le poisson

Illustration de Denis Dubois

En cette ère de désinformation et de fausses nouvelles, je vous propose aujourd’hui un petit exercice de raisonnement et de logique élémentaire.

En spiritualité, noyer le poisson, c’est s’afficher comme un gourou tout en se défendant d’en être un; c’est diffuser un enseignement ciblé en prétendant accompagner les gens dans la quête de leur propre vérité; c’est créer des liens de cause à effet là où il n’y en a pas; c’est user d’arguments qui semblent logiques mais qui découlent d’un faux raisonnement – ce qu’on appelle communément un « sophisme » (kutarka en sanskrit).

Le but : déformer les faits à son avantage, tromper autrui en s’appuyant sur des éléments de vérité pour propager des faussetés, créer une confusion propice à l’exploitation des émotions d’autrui, remplacer un système de croyances par un autre système de croyances…

À titre d’exemple, je vous propose un texte de Jeff Foster, dont le parcours et le discours ont naturellement retenu mon attention, car il s’inspire ouvertement des écoles de pensée védiques – notamment du vedanta et des philosophies connexes, dont l’advaita (la non-dualité) et la bhedabheda (l’unité dans la diversité).

Le problème, c’est que monsieur Foster en détourne habilement le sens en les accommodant à sa propre sauce au goût du jour. Se tromper soi-même est une chose, mais tromper les autres en les berçant de non-sens au nom de la vérité en est une toute autre.

Une personne avertie en vaut deux. Voyons voir si vous arrivez à débusquer les aberrations dans le texte qui suit.

Le leurre

Le texte en question, sous forme de poème, s’intitule The Rapture (L’enchantement), et se traduit comme suit :

Il n’y a pas de Dieu
simplement parce que Dieu
n’a ni intérieur ni extérieur
non plus qu’aucunes limites.

Il n’a pas non plus de nom
autre que tous les noms.

Ne serait-ce que prononcer le mot « Dieu »
réduit Dieu à une chose,
à un concept,
circonscrit, distinct, séparé de vous.

Il n’y a pas de Dieu
simplement parce que
tout est Dieu.

Dieu n’est qu’un autre nom
pour Tout ce qui est
et Tout ce qui n’est pas.

Et que vous y croyiez ou non
n’a rien à y voir.

Hallelujah.


Tel est pris qui croyait prendre

1er hic : Dire que Dieu possède certains attributs, par exemple qu’il n’a ni intérieur, ni extérieur, ni limites, c’est dire que Dieu existe, ce qui, en toute logique, contredit l’affirmation initiale qu’il n’existe pas plutôt que d’en être la preuve – une chose qui n’existe pas ne peut pas avoir d’attributs!

2e hic : Si Dieu a tous les noms, il ne peut logiquement pas ne pas avoir de nom.

Il s’agit là de caractérisations de l’Absolu provenant des Upanishads, qui précisent en outre que l’Absolu est à la fois immobile et plus rapide que la pensée, qu’il se déplace sans se déplacer, qu’il est à la fois infiniment loin et infiniment près, et présent aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de chaque être et de chaque chose. Ces attributs contribuent à le définir, et non à en nier l’existence. (Pour plus de détails, voir À la découverte de l’Absolu.)

3e hic : Est-ce que le fait de prononcer le mot « humain », « cheval » ou « moustique » en fait des choses, des objets ou des notions dépourvues de réalité en dehors de nous? Dire que prononcer le mot « Dieu » réduit Dieu à une chose implique tacitement que Dieu est autre chose qu’une simple chose, ce qui contredit la prémisse de départ voulant qu’il n’ait pas d’existence.

4e hic : Comment peut-on déclarer qu’il n’y a pas de Dieu, donc que Dieu n’est rien, pour ensuite proclamer que tout est Dieu?

À titre d’information, la Bhagavad-gita explique – nuance importante – que Dieu est en tout et que tout est en Dieu, mais que tout n’est pas Dieu. L’humain, le chien et l’arbre participent tous de la nature de l’Absolu, mais aucun d’eux n’est l’Absolu en soi.

5e hic : Dire que Dieu n’est qu’un autre nom pour Tout ce qui est et Tout ce qui n’est pas, ce n’est pas établir sa non-existence. C’est au contraire affirmer qu’il est le Grand Tout, l’Absolu, l’alpha et l’oméga… présent en tout et hors de tout.

Que nous croyions ou non en Dieu n’a en effet aucune importance ici. Ce que monsieur Foster semble attendre de nous, c’est que nous le croyions sur parole lorsqu’il nous dit qu’il n’y a pas de Dieu, en dépit de l’illogisme flagrant des arguments qu’il emploie pour noyer le poisson – ou serait-ce plutôt pour nous appâter comme des poissons?

Et si on remettait le poisson à l’eau?

Je ne vous demanderai pas votre score, mais j’espère sincèrement que cet exercice vous incitera à aiguiser votre jugement et à détecter les leurres lorsqu’il y a anguille sous roche. Trop de beaux parleurs nous font perdre notre temps en jouant sur nos émotions plutôt que de faire appel à notre intelligence pour nous aider à discerner le vrai du faux.

Pour l’heure, vous aurez sans doute compris que monsieur Foster jongle avec les mots dans l’espoir de nous voir mordre à l’hameçon de sa conception impersonnelle de l’Absolu. Mais en quoi sa conception mérite-t-elle plus d’attention que la conception localisée de l’Absolu ou la conception personnelle de l’Absolu (voir La triade divine)?

La question est d’autant plus pertinente que la dimension profondément personnelle de l’humain – sur laquelle il insiste tellement dans ses enseignements – ne peut qu’être le reflet de cette même dimension dans l’Absolu, puisque par définition, l’Absolu englobe tout; il ne saurait donc être dépourvu des attributs d’aucune de ses manifestations relatives! En cherchant à confiner l’Absolu à une seule de ses dimensions, on s’égare soi-même; et en le criant sur les toits, on risque malheureusement d’entraîner les autres dans son sillage.

Plutôt que de noyer davantage un poisson déjà mal en point, mieux vaut simplement le remettre à l’eau. L’océan de la sagesse a tellement mieux à offrir!

Conscience et neurosciences

Le Dr Eben Alexander, neurochirurgien de renom et professeur émérite aux écoles de médecine des universités Harvard, Duke et du Massachusetts, découvre bien malgré lui que ce qu’il croit et enseigne depuis 20 ans à propos de la conscience est complètement faux!

En 2008, le Dr Alexander est subitement atteint d’une affection rarissime qui le plonge dans un profond coma. Déclaré en état de mort cérébrale, il perd tout contact avec la réalité physique de son corps et de son environnement. Les médecins maintiennent artificiellement ses fonctions organiques pendant sept jours, au terme desquels, sans espoir de le sauver, ils s’apprêtent à le débrancher. Mais contre toute attente, il ouvre soudain les yeux et revient à la vie!

Scientifique pur et dur, ce praticien issu d’une famille de médecins et formé dans les grandes facultés avait toujours soutenu la thèse selon laquelle le cerveau est la source et le siège de la conscience et de l’identité profonde de tout être humain. Mais son séjour hors de son corps alors que son cerveau était complètement éteint lui a permis de vivre une expérience qu’il n’aurait jamais imaginée, et qu’il a par la suite décrite en détail dans un livre intitulé La preuve du Paradis – Voyage d’un neurochirurgien dans l’après-vie…, paru en 2013 aux éditions Trédaniel (titre original : Proof of Heaven: A Neurosurgeon’s Journey into the Afterlife).

Ce qui l’a complètement bouleversé à son retour « sur terre », c’est que pendant sept jours et sept nuits, il avait évolué dans une autre dimension, hors du temps et de l’espace, sans le moindre souvenir de son corps ou de sa vie familiale, professionnelle et sociale. Bref, il n’avait eu connaissance d’aucune réalité antérieure à celle dans laquelle il s’était trouvé plongé pendant toute la durée de son coma. C’est alors qu’il a réalisé qu’à l’encontre de ce qu’on lui avait appris et de ce qu’il avait lui-même enseigné, la conscience est indépendante du cerveau. Elle ne naît pas du cerveau, elle ne réside pas dans le cerveau, et elle continue d’exister même lorsque le cerveau ne fonctionne plus.

Vraiment?

Des voix se sont naturellement élevées pour discréditer l’homme et l’accuser de s’opposer aux canons de la science en invoquant une expérience impossible à vérifier. Peut-être, après tout, n’était-il pas vraiment dans le coma? Peut-être son cerveau n’était-il pas complètement éteint? Peut-être sa maladie avait-elle provoqué en lui un improbable élan mystique ayant eu pour effet de le priver de tout jugement critique? Les médecins qui l’ont traité ont toutefois clairement établi qu’aucune de ces hypothèses n’était recevable.

Quoi qu’il en soit, l’expérience qu’il relate, si unique et extraordinaire soit-elle, présente une indéniable parenté avec l’expérience de mort imminente (EMI) de milliers d’autres personnes de tous âges, de toutes nationalités, de toutes les couches de la société, et aussi bien athées que croyantes, dont le témoignage a été étudié, analysé et documenté depuis maintenant un demi-siècle.

Rendons à César…

Les Védas enseignent depuis toujours que la conscience – l’expression du moi intime de chaque être – est le propre de l’âme, qui est de nature spirituelle, alors que le corps à travers lequel elle s’exprime est de nature matérielle. L’être en soi et la conscience qui en émane demeurent entièrement distincts du corps physique. Le corps dépend de l’énergie que lui insuffle l’âme pour sa survie, mais l’âme ne dépend en rien du corps qu’elle emprunte et auquel elle survit lorsqu’il devient inutilisable.

La science n’obéit toutefois qu’à ses propres règles, et ne souscrit qu’à ce qu’elle peut observer et mesurer. Elle affirme que seule la rigueur de ses méthodes permet de cerner la réalité, et prétend ainsi détenir le monopole de la connaissance. Elle n’a donc d’autre choix que de nier tout ce qui déborde de son cadre de référence, sinon de promettre qu’elle trouvera bientôt une explication logique à tous ces phénomènes soi-disant inexplicables, paranormaux ou spirituels qui échappent encore à ses techniques d’analyse.

Tout comme les scientifiques, le commun des mortels est fasciné par l’inconnu. Et tout comme les scientifiques, il cherche des réponses à ses questions, des plus banales aux plus profondément existentielles. Mais la science n’a pas toutes les réponses, et tant que son champ d’étude se limitera au plan physique, elle restera inapte à appréhender le mystère de la vie et les dimensions transcendantes de la réalité.

Sachons donc reconnaître l’apport inestimable de la science moderne dans une foule de domaines, mais aussi admettre, comme le Dr Alexander, que la réalité dépasse à maints égards la perception que nous en avons et l’étude que nous pouvons en faire avec les outils matériels dont nous disposons.

Le savant et le batelier

Photo de Midhun George

Après avoir consacré de nombreuses années à l’étude des sciences dans les plus grandes écoles, le fils d’un potier décide un jour de retourner dans son lointain village natal pour y revoir les siens.

L’île de son enfance étant séparée du continent par un large plan d’eau, le savant doit retenir les services d’un batelier pour franchir la dernière étape de son voyage.

Tandis qu’ils voguent paisiblement, l’homme au vaste savoir engage la conversation avec l’humble passeur.

— Dis-moi, batelier, que sais-tu de la lune et des étoiles, du soleil et de la course des planètes dans l’espace?

— Rien du tout, mon bon monsieur. Je ne suis qu’un pauvre batelier.

— Comme c’est dommage! La science des astres est si importante. Tu as sans doute perdu le quart de ta vie.

Parle-moi donc plutôt de ces arbres qui bordent les rives, et des plantes qui poussent dans la région.

— Je ne connais rien de tout cela, monsieur. Je passe mes journées sur l’eau à faire traverser des gens comme vous.

— Incroyable! Tu n’as aucune connaissance de la botanique? Il semble, mon brave, que tu aies en fait perdu la moitié de ta vie.

Tu dois au moins pouvoir me parler des animaux qui vivent dans cette contrée et des poissons qui peuplent ces eaux? Tu as bien dû les étudier?

— Je dois dire que non, savant érudit. Je ne sais même pas lire.

— Tu ne connais donc ni la zoologie ni aucune des autres sciences fondamentales. Et puisque tu ne sais pas lire, tu ne peux non plus connaître la littérature ou la philosophie. Quel ignorant tu fais! Je peux t’assurer que tu as gaspillé au moins trois quarts de ta vie.

Entre-temps, le ciel s’était couvert et le vent se levait, agitant de plus en plus la surface des flots. Un violent orage éclata, et les vagues devinrent si fortes que la barque allait sans aucun doute chavirer d’un instant à l’autre. Soudain pris de panique, le savant se mit à crier : « À l’aide! À l’aide! »

— Ne savez-vous pas nager? lui demanda le batelier.

— NOOOON… hurla l’érudit dans la tempête.

— Dans ce cas, j’ai bien peur que vous perdiez la totalité de votre vie!

Le b.a.-ba du savoir

Nous ne cessons de marquer des progrès dans une foule de domaines, et c’est très bien. Les sciences nous aident à analyser et à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Le développement économique contribue à améliorer notre qualité de vie. Et la technologie nous permet de réaliser des exploits sans précédent. Mais nous ne devons pas pour autant oublier que le plus important des savoirs est celui qui nous permet de régler une fois pour toutes l’incontournable problème de la maladie, de la vieillesse… et de la mort!

Ainsi le Bienheureux enseigne-t-il dans la Bhagavad-gita :

Le vrai savoir, Je le déclare, tient à l’entendement que naissance, maladie, vieillesse et mort sont sources de souffrances, à la poursuite assidue de la réalisation spirituelle et à la quête de la Vérité Absolue sous la gouverne d’un maître accompli. Les manifestations naturelles de ce savoir sont l’humilité, la modestie, la non-violence, la tolérance, la simplicité, la pureté, la constance, la maîtrise de soi, le détachement des plaisirs futiles, l’émancipation des liens asservissants, l’affranchissement du faux ego, l’équanimité dans la prospérité comme dans l’adversité, et la pure conscience divine empreinte d’amour. Tout ce qui s’en écarte relève à proprement parler de l’ignorance.

Bhagavad-gita, 13.8-12

Toutes les branches de la connaissance sont précieuses pour acquérir une meilleure compréhension de l’univers. Mais elles deviennent oiseuses lorsqu’on omet de les cultiver parallèlement à une meilleure compréhension de son identité propre en lien avec l’Absolu. Hors de toute recherche spirituelle, elles ne sont en effet d’aucune utilité pour résoudre les problèmes fondamentaux de notre existence conditionnée par une conception matérielle de nous-même. Souhaitons-nous vraiment risquer d’y perdre la totalité de notre vie?

Le monde est petit

Ou devrais-je plutôt dire qu’on n’invente rien? Que l’histoire se répète? Que les mots et les idées se font mystérieusement écho dans le temps et dans l’espace?

Dans Vivre ma spiritualité aujourd’hui, j’ai écrit :
« Ce qu’il est convenu d’appeler l’âme est le véritable siège de l’identité, de la conscience et de la vie. Même si aucun microscope n’est assez puissant pour nous donner de voir l’étincelle spirituelle en chacun de nous, nous pouvons à tout le moins comprendre que ce n’est pas un paquet d’os, de muscles, de neurones et d’organes parcourus de vaisseaux sanguins et d’impulsions chimiques ou électriques qui nous définit en tant que personne.

« Nous ne pouvons pas voir le vent, mais nous savons qu’il existe par les effets qu’il produit. Impossible également de voir le sel dans l’eau de mer, mais sa présence devient manifeste dès qu’on goûte cette eau. Personne n’a jamais non plus vu un atome à proprement parler, et pourtant, les modèles atomiques et quantiques sont généralement reconnus et invoqués pour expliquer le comportement de la matière.

« De même, l’âme échappe peut-être à nos facultés perceptuelles limitées, mais nous pouvons aisément déceler sa présence ou son absence dans un corps selon qu’il est en vie ou non. Bref, l’âme s’impose comme l’axiome de la vie. »

Et la conclusion naturelle de ma démonstration s’est aussitôt imposée à mon esprit :

« Nous ne sommes pas des êtres humains en quête d’une expérience spirituelle,
mais bien des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »

Heureux d’avoir pu résumer en une phrase ce principe fondamental, j’en ai même fait la citation d’ouverture de la page d’accueil de mon site!

Deux ans plus tard, en parcourant les travaux de Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) – jésuite, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe de renom –, quelle ne fut donc pas ma surprise de découvrir qu’une de ses citations les plus célèbres est :

« Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle,
mais des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »

Je n’en croyais pas mes yeux! Mais je n’ai pas un instant pensé : « Les grands esprits se rencontrent. » Je me suis au contraire senti bien peu de chose. J’ai conscience de n’être qu’un instrument dans la main du Destin, et je ne peux que m’émerveiller de ce que ces mêmes paroles m’aient été inspirées plus d’un demi-siècle après le passage sur terre de cette sommité. Qui sait? Peut-être même quelqu’un d’autre avant lui avait-il déjà prononcé ces mêmes mots? Après tout, comme l’a si bien dit André Gide :

« Toutes choses sont dites déjà; mais comme personne n’écoute,
il faut toujours recommencer. »

Pourquoi un autre livre sur la spiritualité?

Allocution prononcée lors du lancement officiel de mon troisième ouvrage.

Pourquoi un autre livre sur la spiritualité? Eh bien, pour la simple et bonne raison que la spiritualité, c’est ce que nous avons de plus précieux. On associe généralement la spiritualité à la religion, à diverses croyances et pratiques, à la prière, à la méditation ou au yoga, mais la spiritualité, c’est beaucoup plus que ça.

De la même façon que notre « humanité » définit notre condition humaine, notre « spiritualité » définit notre identité spirituelle. Nous oublions trop facilement que nous ne sommes pas des êtres humains en quête d’une expérience spirituelle, mais bien des êtres spirituels vivant une expérience humaine!

Comment savons-nous que notre identité propre est de nature spirituelle? Nous le savons parce qu’aucune forme d’énergie matérielle ni aucune combinaison d’éléments matériels ne peut donner la vie. Seule l’énergie spirituelle peut donner vie à la matière. Seule la personne que je suis peut donner vie au corps que j’habite. Dès l’instant où je quitterai ce corps, il s’éteindra et se décomposera. Rien ni personne d’autre ne pourra le ramener à la vie.

La spiritualité n’est donc pas quelque chose d’extérieur à nous, mais bien plutôt notre essence même, l’ADN de notre ADN. La spiritualité, c’est à proprement parler… la vie! Nous avons donc tout intérêt à mieux nous connaître pour profiter pleinement de la vie. Voilà pourquoi j’ai écrit ce troisième livre sur la spiritualité, et pourquoi je compte bien en écrire d’autres. Le sujet est en effet inépuisable.

Lecture d’extraits de

Vivre ma spiritualité aujourd’hui – Une affaire de conscience

Compte tenu de tous les changements qui surviennent dans notre corps et notre esprit de la naissance à l’âge adulte – aussi bien que dans notre situation sociale, professionnelle ou familiale –, il est évident que nous ne sommes pas ce que nous croyons être à différentes étapes de notre vie, puisqu’à travers toutes ces transformations, nous demeurons foncièrement la même personne.

Aussi attaché que je puisse être à mon corps et aux désignations qui le caractérisent, je n’en reste pas moins celui ou celle qui perçoit les sensations que me procure ce corps. Et c’est encore moi qui ressens les émotions que suscitent dans mon esprit mes rapports avec les gens qui m’entourent et avec le monde dans lequel je vis.

Bref, je ne suis pas mon corps, non plus que mon mental, puisque je peux, selon le cas, observer, subir ou contrôler ce qui se passe dans l’un comme dans l’autre. Il s’agit donc de regarder au-delà du corps physique et du mental pour découvrir qui est ce « je », ce « moi » ou cet « observateur ».

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Aucune action n’est bonne ou mauvaise en soi. C’est son objet et l’esprit dans lequel nous l’accomplissons qui déterminent son impact sur nous-mêmes et sur les autres. Le secret réside dans la conscience avec laquelle nous agissons.

Explorons plus avant ce qu’il en est de l’action accomplie par sens du devoir, dans le respect des lois de l’homme et de l’univers, et sans attachement aux résultats. Je ne risque guère de me tromper si je dis que cette perspective ne nous sourit pas spontanément. Premier réflexe : « Si je me fous des résultats, je n’arriverai jamais à rien! » Attention! Il n’est absolument pas question de se foutre des résultats. Il s’agit plutôt d’avoir l’humilité d’admettre et de reconnaître que peu importe l’énergie et les ressources que je peux déployer dans mes entreprises, je n’ai AUCUN contrôle sur les résultats en question. Vous en doutez? Parlez-en au cultivateur qui voit sa récolte détruite par la grêle en dépit de ses valeureux efforts; à l’homme d’affaires qui voit s’écrouler le marché au moment de lancer un produit soigneusement étudié dont le développement a nécessité d’importants investissements; ou à l’auteure inconnue et sans le sou dont le premier roman est rejeté par tous les éditeurs à qui elle le présente avant de devenir un des plus grands best-sellers de tous les temps! Il s’agit d’une vérité immuable : les résultats sont parfois inférieurs à nos attentes, parfois satisfaisants, sans plus, et parfois nettement supérieurs à tout ce qu’on aurait pu imaginer, mais JAMAIS nous n’avons la moindre garantie en ce sens.

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Nombre d’animaux sont beaucoup mieux dotés que nous à plusieurs égards. Qu’il suffise de penser à l’ouïe du chien, capable d’entendre une large plage de fréquences auxquelles nous restons parfaitement insensibles, ou à son odorat, jusqu’à quarante fois plus développé que le nôtre… Au système de navigation des baleines, qui parcourent des milliers de kilomètres pour mettre bas au même endroit génération après génération… À la capacité de manger de la musaraigne, capable d’engloutir chaque jour jusqu’à deux fois son poids en nourriture… À la vision de l’aigle, qui peut repérer sa proie à plus de cinq cents mètres… À la force d’une simple fourmi, capable de transporter jusqu’à soixante fois son poids… Et que dire de l’ours, qui peut dormir tout l’hiver, ou des performances sexuelles de nos cousins les singes?

Tout bien considéré, sur le plan strictement physique, nous n’avons franchement pas de quoi pavoiser dans la création. Les atouts de l’Homo sapiens se situent à un tout autre niveau, et je ne parle pas ici que du rire, communément tenu pour le propre de l’homme même si de nombreux chercheurs estiment que d’autres espèces en sont aussi capables. Ce qui fait l’exclusivité unique de l’espèce humaine, c’est la faculté de se questionner, de raisonner et de façonner sa destinée. Au contraire des animaux, l’être humain est à même de faire des choix existentiels, et du coup de s’élever ou de s’abaisser, de continuer à mésuser de son libre arbitre et à migrer d’un corps à un autre, ou de mettre fin à ce cycle contraignant qui va à l’encontre de sa nature profonde et de sa raison d’être.

Pour l’âme désireuse de tirer pleinement parti de son existence, le choix est clair : elle doit saisir l’occasion exceptionnelle que lui offre la forme humaine pour raviver la conscience de son moi véritable et renouer avec sa source, au-delà du train-train boulot-bouffe-baise-dodo. Telle est sa raison d’être, et le fondement même de sa mission sur terre.

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En fin de compte, la voie à suivre pour vivre sa spiritualité n’est autre que celle qui permet d’élever sa conscience au-delà de la conception strictement corporelle et matérielle de la vie, et de raviver sa conscience de l’Absolu. Car – faut-il le répéter – la spiritualité est d’abord et avant tout une affaire de conscience.

Et cette voie peut être suivie par tous, quelles que soient leur culture, leur éducation et leur religion – ou leur absence de religion. Oubliez les idées reçues sur la spiritualité voulant qu’elle passe par le retrait du monde, le renoncement aux plaisirs temporels, l’adhésion à un groupe, la prière à tout va ou je ne sais quelles bigoteries. La voie de la réalisation spirituelle ne dépend d’aucun préalable, n’impose aucune contrainte et n’obéit à aucune règle autre que le désir et la volonté expresse d’opérer en soi un changement de conscience libérateur. Reste à prendre des mesures concrètes pour y parvenir.

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Une des plus grandes difficultés à vivre ma spiritualité aujourd’hui tient au fait que tout me pousse à m’en détourner. Je suis bombardé d’appels à la consommation, d’annonces de spectacles et d’événements à ne pas manquer, d’incitations à mille et une formes d’évasion et de divertissement… Il faut une volonté de fer pour restreindre ses élans et se réserver le temps de vivre sa spiritualité au quotidien. Tous les moyens d’apaiser ses sens surexcités et son mental tourbillonnant sont donc les bienvenus. L’identification au corps et le conditionnement matériel résistent à tout effort d’affranchissement de cette fausse conception de l’existence. Or, une vie simple et de hautes pensées contribuent grandement à réduire leur emprise.

La beauté de la chose, en fin de compte, c’est qu’au-delà de tous les principes et de toutes les pratiques, la spiritualité reste foncièrement une affaire de conscience. La conscience qui m’habite et que je cultive quand je joue et quand je travaille. La conscience avec laquelle je cuisine, je bois et je mange. La conscience dans laquelle je peins, je chante et je tricotte. La conscience par laquelle je lis et j’écris. La conscience qui anime la moindre de mes pensées, la moindre de mes paroles et le moindre de mes actes. Matérielle ou spirituelle? Le choix est mien. À chaque instant de mon existence. En tout temps et en tout lieu.