Suit le texte et la version audio du chapitre 1 de Vivre ma spiritualité aujourd’hui – Une affaire de conscience, qui traite des fondements et des principes d’une saine spiritualité vivante à l’époque où nous vivons.

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Un monde de fou

À quoi rime ma vie?

«Il ne faut pas avoir l’âme fort élevée pour comprendre qu’il n’y a point ici de satisfaction véritable et solide, que tous nos plaisirs ne sont que vanités et que nos maux sont infinis.»
Blaise Pascal

Vivre ma spiritualité aujourd’hui n’est pas une mince affaire! Nos journées ont si souvent l’allure d’une course contre la montre que ça nous laisse bien peu de temps pour profiter de la vie, et encore moins pour réfléchir au sens de la vie. Allées et venues matin et soir dans les bouchons de circulation ou les transports en commun. Longues heures de travail. Les repas à préparer et les incontournables tâches ménagères. Les enfants à conduire à gauche et à droite. Obligations sociales et familiales. Visites chez le médecin, le dentiste et le coiffeur. Épicerie, pharmacie, nettoyeur… La liste des choses à faire s’allonge aussi vite qu’on s’empresse de la réduire.

La vie coûte de plus en plus cher et les salaires ne suivent pas. Notre pouvoir d’achat s’en trouve diminué alors que tout nous pousse à consommer toujours plus. L’endettement des ménages ne cesse de grimper, et on ne compte plus les gens qui doivent cumuler plusieurs emplois ou continuer à travailler passé l’âge de la retraite pour arriver à joindre les deux bouts.

Les gouvernements agissent effrontément à l’encontre de la volonté et des intérêts des populations qu’ils sont censés représenter. La démocratie se voit honteusement bafouée au profit du capitalisme. Les revendications syndicales, identitaires, territoriales et constitutionnelles se multiplient sans fin. Les grandes industries exploitent les ressources naturelles comme si elles étaient inépuisables. De puissantes multinationales mettent tout en œuvre pour contrôler les semences et les réserves en eau potable de la planète. Et que dire des luttes de pouvoir et des conflits armés qui font rage un peu partout dans le monde?

La science a certes permis d’énormes progrès, aussi bien dans les domaines de la médecine et des communications que dans ceux de la physique, de la génétique et des technologies de l’information, mais le fossé n’en continue pas moins de se creuser entre riches et pauvres; la terre, l’air et l’eau sont de plus en plus pollués; et pour chaque solution trouvée, dix nouveaux problèmes font surface – quand les «solutions» elles-mêmes ne sont pas à l’origine de catastrophes naturelles ou de nouveaux fléaux. Changements climatiques, fonte des pôles, hausse du niveau des mers, supervirus résistants aux antibiotiques et extinction d’espèces n’ont rien pour nous rassurer à ce chapitre!

Loin de moi l’idée de faire le procès de la société moderne, plus complexe, certes, mais aussi beaucoup moins rude que celle d’un passé pas si lointain. Néanmoins, toutes ces contraintes, ces inégalités, ces adversités et ces abus nous donnent parfois l’impression d’être pris dans un engrenage, sinon dans une impasse. On a beau vouloir rester positif et prendre la vie du bon côté, il y a des moments où l’on se sent impuissant et où l’on aimerait bien comprendre à quoi tout cela rime. Mais le tourbillon de la vie ne nous laisse guère le loisir de nous pencher sur la question. Non seulement nos emplois du temps sont chargés, mais nous sommes quotidiennement en proie à toutes sortes de préoccupations, bombardés de courriels et de textos, et constamment sollicités par les médias sociaux, les maisons de sondage et les organismes caritatifs, sans oublier la publicité omniprésente.

Devons-nous simplement fermer les yeux et nous résigner à notre sort, ou – faute de sauver le monde – à tout le moins chercher activement à comprendre le réel sens de la vie et à nous réaliser pleinement? Les réponses et les solutions ne sautent pas aux yeux; aussi choisit-on le plus souvent de ne pas trop se torturer les méninges. Il est d’ailleurs plus tentant de céder à la facilité et de multiplier les diversions que de concilier ses obligations personnelles, familiales et professionnelles, la satisfaction de ses besoins immédiats et la quête active de sa raison d’être. Mais à quel prix?

Des questions, des questions et encore des questions

Histoire de rompre avec la routine, de sortir la tête de l’eau, d’oublier ses tracas et de respirer un peu, on va au cinéma, on court les cinq à sept, on s’offre un week-end dans un spa ou une semaine de vacances au soleil. On écoute des séries télévisées, on dévore des magazines à faire rêver, on se paie un bon resto, un concert rock, un spectacle d’humoriste… ou une nouvelle garde-robe. On fait du sport, on prend des leçons de danse, on collectionne des figurines ou l’on passe ses nuits dans un monde virtuel. Toutes ces activités et bien d’autres encore sont à n’en point douter tantôt relaxantes, tantôt divertissantes, voire stimulantes, et souvent même enrichissantes, sauf qu’elles n’étanchent en rien notre soif de sens. Nous avons tous besoin de nous amuser, de nous émouvoir et de nous oxygéner – tout autant que de manger et dormir; la question n’est pas là. Reste que malgré tous nos efforts pour ensoleiller nos journées et multiplier les petits plaisirs, nous ne pouvons ignorer le fait que la vie nous réserve aussi son lot de nuages plus ou moins sombres, et qu’elle a fâcheusement tendance à contrecarrer nos plans plus souvent qu’à son tour.

Il est donc tout à fait normal qu’au-delà de nos occupations courantes et de nos moments de distraction, nous en venions à nous poser des questions sur le sens réel de la vie et à chercher des réponses éclairées. Sommes-nous vraiment faits pour travailler comme des ânes et courir comme des lapins? N’avons-nous d’autre choix que de voguer au gré des remous de nos jours et de nos nuits, et de tirer le meilleur parti d’une mauvaise affaire en nous «évadant» ou en nous «éclatant» le plus souvent possible? Quelque chose nous dit que non, mais nous avons du mal à voir la lumière au bout du tunnel. Ce qui fait que nous ne cherchons que sporadiquement des réponses à nos questions, plus ou moins à l’aveuglette ou à tâtons, et que les résultats nous laissent en général sur notre faim.

Tout le monde se pose des questions. Les dirigeants s’interrogent sur la façon de surmonter les obstacles qui entravent la bonne marche de leur organisation. Les reporters s’efforcent d’établir les tenants et les aboutissants des événements qui marquent l’actualité. Les représentants de l’ordre cherchent des indices pouvant les mettre sur la piste des criminels. Les financiers multiplient les analyses pour cerner la tendance des marchés. Les parents se demandent comment offrir ce qu’il y a de mieux à leurs enfants. Les étudiants questionnent leurs professeurs pour mieux comprendre la matière qu’ils leur enseignent… Et tout un chacun s’échine quotidiennement à résoudre des questions d’ordre domestique, budgétaire, affectif, professionnel ou autre. Quel temps fera-t-il demain ? Quelle sera notre prochaine destination de voyage? Quand ma commande arrivera-t-elle ? Devrais-je ou non accepter cette proposition d’affaires? Où puis-je rencontrer l’âme sœur? Comment trouver le temps de réaliser le projet qui me tient le plus à cœur?

À travers toutes ces questions – et combien d’autres –, il en est une, avouons-le, qui refait périodiquement surface: «À quoi tout cela rime-t-il?» À moins d’être complètement insensible ou désabusé, on ne peut en effet s’empêcher d’avoir parfois le sentiment d’être dépassé par les événements. Notamment lorsque les choses ne tournent pas rond, pas aussi rond qu’on le voudrait, ou moins rond qu’avant. Ou encore lorsqu’on éprouve une vive insatisfaction face à son sort, estimant mériter mieux que ce que l’on a, que ce soit en termes de succès, de richesse, de liberté, de santé, d’affection ou de reconnaissance. Tout cela finit par nous amener, un jour ou l’autre, aux fameuses questions existentielles: «Qui suis-je vraiment?», «D’où est-ce que je viens?», «Pourquoi suis-je ici?» et «Où la vie me conduit-elle?» Ce ne sont peut-être pas les questions qui retiennent le plus souvent notre attention, mais ce sont vraiment les plus importantes, car toutes les autres en découlent. Tous les Où? Quand? Comment? Pourquoi? ne sont en réalité, si on y réfléchit bien, qu’autant de corollaires de la grande question du sens de la vie.

Et pour peu qu’on en prenne conscience, on doit chercher des réponses ailleurs qu’en terrain connu, puisque, si nous nous posons encore les grandes questions, cela veut dire que ni nos professeurs, ni nos dirigeants, ni les médias, ni nos proches n’ont à ce jour élucidé pour nous le mystère de la vie. Mais à qui s’adresser? Dans quelle direction chercher? Livres, cours, ateliers et conférences abondent sur les grandes questions, mais comment savoir que je frappe à la bonne porte? Comment être sûr qu’on ne me raconte pas des sornettes? Je cherche de vraies réponses, et je n’ai manifestement pas tout le bagage nécessaire pour juger de la pertinence ou de la validité du discours qu’on me tient. Je peux toujours y aller au feeling, mais qui me dit que je ne vais pas m’engager dans une voie trompeuse ou sans issue?

Quelques points de repère

Nous savons tous qu’il existe des imposteurs prêts à nous faire avaler n’importe quoi pour s’attirer des adeptes, se faire un nom ou s’emplir les poches. Et ils ne sont pas toujours faciles à démasquer. Heureusement, la plupart des apôtres des grandes écoles de pensée sont honnêtes et on ne peut mieux intentionnés; ils croient sincèrement détenir la vérité, en tout ou en partie, et souhaitent rendre service à l’humanité en partageant leur savoir et leurs convictions. Mais cela ne facilite pas pour autant la tâche de celui ou celle qui cherche des réponses claires à ses questions fondamentales: comment savoir qui dit vrai en présence d’autorités honnêtes et sincères, mais divergentes ou carrément contradictoires?

Un bon point de départ consiste à départager les enseignements qu’on nous présente à la lumière d’une certaine échelle de valeurs, comme cette bonne vieille pyramide de Maslow, par exemple, qui dresse une hiérarchie sommaire des besoins de l’humain.

Les besoins, réels ou ressentis, deviennent des sources de motivation. Et la motivation, tout comme l’intention, détermine en grande partie la nature et la portée du message transmis. C’est ainsi que les enseignements varient selon la motivation de leur auteur et selon le public auquel ils s’adressent. On n’apprend pas la même chose aux écoliers qu’aux doctorants; ils n’ont pas les mêmes besoins. Et le scientifique n’enseigne pas la même chose que le prédicateur; leur intention n’est pas la même.

Toutes choses n’étant pas égales, il n’y a rien d’étonnant à ce que la spiritualité, comme toute autre discipline, couvre un large éventail de besoins, de motifs et d’intentions. Il en découle que tous les enseignements spirituels ne sont pas du même calibre et n’ont pas la même valeur. Par ailleurs, on peut aussi bien s’engager dans une voie dite «spirituelle» par besoin d’estime ou d’appartenance que pour se donner bonne conscience ou en retirer des avantages matériels. Toutes ces approches sont parfaitement admissibles et légitimes dans la mesure où elles correspondent à différents degrés de maturité, mais elles ne donnent pas les mêmes résultats, sans compter qu’elles éloignent à vrai dire du véritable objet de la spiritualité. On ne peut en effet parler de spiritualité vivante qu’en termes de quête de sens et d’accomplissement de soi, au-delà des besoins primaires ou intermédiaires de notre pyramide.

C’est donc sous cet angle que nous aborderons la question. Car, si nous voulons vraiment vivre notre spiritualité, nous devons concentrer nos efforts sur notre quête maîtresse et nos préoccu­pations existentielles les plus profondes. Seules les réponses relatives à notre identité véritable, à nos origines, à notre causalité et à notre finalité peuvent nous combler pleinement et donner un réel sens à notre vie.

Vivre ma spiritualité – Chapitre 1