

La série consacrée à l’épopée du Mahabharata racontée par Normand Vanasse se poursuit avec un résumé des 18 chapitres consacrés à la Bhagavad-gita, «Le Chant du Bienheureux».
Voir l’épisode précédent.
Le Chant du Bienheureux

– 7. La connaissance de l’Absolu –
Le Seigneur Bienheureux dit:
— Maintenant, ô Arjuna, écoute comment, par la pratique du yoga en pleine conscience de Moi, le mental fixé sur Moi, tu peux entièrement Me connaître, sans plus le moindre doute. Je vais te révéler dans sa totalité la connaissance du phénomène et du noumène, hors de quoi il n’est rien qui reste à connaître.
«Parmi des milliers d’hommes, un seul peut-être recherchera la perfection, et parmi ceux qui l’atteignent, rare celui qui Me connaît en vérité.»
La terre, l’eau, le feu, l’air, l’éther, le mental, l’intelligence et le faux ego, ces huit éléments constituent Mon énergie matérielle, distincte de Moi. Comprends, ô Arjuna, qu’outre cette énergie inférieure, il est une énergie supérieure, également Mienne, constituée des êtres vivants qui exploitent les ressources de la nature matérielle. Sache que tout ce qui existe en ce monde procède de ces deux énergies. Du matériel et du spirituel, Je suis à l’origine, comme Je le suis de la manifestation et de la dissolution de l’univers.
Nulle vérité ne M’est supérieure. Tout sur Moi repose, comme des perles sur un fil. De l’eau, Je suis la saveur, ô fils de Kuntī; du Soleil et de la Lune, la lumière; des mantras védiques, la syllabe om. Je suis le son dans l’éther, et dans l’homme, l’aptitude. De la terre, Je suis le parfum originel, et du feu, la chaleur. Je suis la vie en tout ce qui vit, et l’ascèse de l’ascète.
Comprends, ô Arjuna, que Je suis la semence primordiale de tous les êtres. De l’intelligent, Je suis l’intelligence, et du puissant, la prouesse. Je suis la force du fort exempt de passion et de désir. Je suis l’union charnelle qui n’enfreint pas les principes de la spiritualité.
Sache que tous les états de l’être, qu’ils relèvent de la vertu, de la passion ou de l’ignorance, sont des manifestations de Mon énergie. En un sens, Je suis tout, mais Je reste indépendant de tout. Jamais Je ne subis les forces d’influence de la nature matérielle, car elles-mêmes émanent de Moi. Égaré par les trois gounas [vertu, passion et ignorance], l’univers entier ignore qui Je suis, Moi le Suprême, l’Intarissable, qui transcende ces influences.
Diverses classes d’êtres
Cette énergie divine que constituent les trois gounas est difficile à surmonter. Mais celui qui s’abandonne à Moi en triomphe aisément. Les sots, les derniers des humains, ceux dont l’illusion a dérobé le savoir et ceux dont la nature est démoniaque – aucun de ces mécréants ne s’abandonne à Moi. Les vertueux qui en viennent à Me servir avec dévotion sont de quatre ordres, ô Arjuna: le malheureux, le curieux, la personne en quête de richesses et celle qui cherche à connaître l’Absolu.
D’entre tous, le sage au parfait savoir qui s’absorbe constamment dans le service dévotionnel est le plus élevé. Je lui suis très cher, comme il M’est aussi très cher. Tous ces dévots sont certes des âmes magnanimes, mais Je tiens pour établi en Moi celui qui Me connaît. Voué à Mon service absolu, il est assuré de M’atteindre – l’ultime destination.
Après de nombreuses renaissances, Me sachant être la Cause de toutes les causes et tout ce qui est, l’homme au vrai savoir s’abandonne à Moi. Rare un tel mahatma. Ceux dont l’intelligence est dérobée par les désirs matériels se vouent aux dévas et observent, chacun selon sa nature, les divers rites propres à leur culte. Dès qu’une personne désire rendre un culte aux dévas, c’est Moi, présent dans le cœur de chacun en tant qu’Âme Suprême, qui affermis sa foi pour lui permettre de se vouer au déva de son choix. Animée d’une telle foi, elle s’emploie à gagner la faveur du déva et voit ainsi ses désirs comblés. Mais en vérité, ces bienfaits lui sont accordés par nul autre que Moi. Les gens de peu d’intelligence rendent un culte aux dévas et en récoltent des fruits éphémères et limités. Ils atteignent les planètes des devas qu’ils adorent, alors que Mes dévots atteignent Ma propre planète, suprême entre toutes.
L’Absolu tel qu’il est
Les personnes dénuées d’intelligence qui ne Me connaissent point, Moi Kṛṣṇa, Dieu en personne, croient que Je n’ai ni forme ni personnalité, et que Je ne fais maintenant qu’emprunter une forme personnelle. Leur manque de savoir les empêche de connaître Ma nature suprême et immuable.
Je ne Me montre jamais aux sots et aux insensés. Le voile de Ma puissance interne Me soustrait à leur regard, si bien qu’ils ne savent pas que Je suis non né et impérissable. Parce que Je suis Dieu, la Personne Suprême, ô Arjuna, Je sais tout du passé, du présent et de l’avenir. Je connais aussi tous les êtres, mais Moi, nul ne Me connaît.
Ô Arjuna, tous les êtres naissent dans l’illusion, égarés par les dualités nées du désir et de l’aversion. Les êtres vertueux dans leurs vies passées comme dans cette vie et entièrement affranchis des suites de leurs fautes échappent à l’emprise des dualités illusoires et Me servent avec détermination. Les êtres d’intelligence qui cherchent à s’affranchir de la vieillesse et de la mort prennent refuge en Moi en pratiquant le service dévotionnel. Ils sont, en vérité, établis au niveau du brahman, car ils ont pleine connaissance des activités purement spirituelles. Ceux qui, pleinement conscients de Moi, Me savent être Dieu, le Seigneur Suprême, le principe même au fondement de la manifestation matérielle, des dévas et de toutes les formes de sacrifices, peuvent, même à l’heure de la mort, Me connaître et Me comprendre.
À suivre…

