La série consacrée à l’épopée du Mahabharata racontée par Normand Vanasse se poursuit avec un résumé des 18 chapitres consacrés à la Bhagavad-gita, «Le Chant du Bienheureux».

Voir l’épisode précédent.

Le Chant du Bienheureux

– 8. La réalisation de l’Absolu –

Arjuna dit:

— Qu’est-ce que le brahman? Qu’est-ce que le soi? Que faut-il entendre par action intéressée et manifestation matérielle? Et que sont les dévas? Ô mon Seigneur, Toi la Personne Suprême, veuille, je T’en prie, faire la lumière sur ces questions. Qui est le Maître du sacrifice? Où et comment vit-Il dans le corps? Et comment, à l’heure de la mort, ceux qui pratiquent le service dévotionnel peuvent-ils Te connaître?

Krishna dit:

— On appelle brahman l’être spirituel impérissable, et adhyatma le soi, sa nature éternelle. Quant à l’action intéressée, ou karma, elle désigne les actes qui façonnent les corps successifs qu’il revêt.

Ô meilleur des êtres incarnés, sache qu’on nomme adhibhouta la manifestation matérielle en constante mutation, adhidaiva la forme universelle du Seigneur Suprême, qui englobe tous les dévas [comme ceux de la Lune et du Soleil], et adhiyagya le Maître du sacrifice, lequel n’est autre que Moi, présent dans le cœur de chacun sous la forme de l’Âme Suprême.

«Quiconque, au terme de sa vie, se souvient de Moi seul en quittant son corps partage aussitôt Ma nature transcendantale, n’en doute pas. Car ce sont les pensées, les souvenirs de l’être à l’instant de quitter le corps qui déterminent sa condition future.»

Méditer sur l’Être Suprême

Ainsi, ô Arjuna, absorbe toujours tes pensées en Moi, Kṛṣṇa, dans Ma forme personnelle, tout en remplissant ton devoir de guerrier. En Me vouant tes actes et en fixant sur Moi ton mental et ton intelligence, sans nul doute tu viendras à Moi. Celui qui médite sur Moi, le Seigneur Suprême, et toujours se souvient de Moi, sans jamais s’écarter de la voie, celui-là sans nul doute vient à Moi.

Il faut méditer sur le Seigneur Suprême comme Celui qui sait tout, qui est le plus ancien de tous, le maître et soutien de tout, plus ténu que le plus ténu, au-delà de toute conception matérielle, inconcevable, et qui demeure de tout temps une personne. Aussi resplendissant que le Soleil, Il transcende ce monde de ténèbres.

Celui qui, à l’instant de la mort, fixe son souffle vital entre les sourcils, et qui, par la force du yoga, s’absorbe sans fléchir dans le souvenir du Seigneur Suprême avec une dévotion absolue, celui-là est assuré de L’atteindre.

Les grands sages établis dans le renoncement, versés dans les Vedas, et qui prononcent l’omkara [om] pénètrent dans le Brahman. Désireux d’atteindre cette perfection, ils vivent dans la continence. Je vais maintenant t’instruire dans cette voie de salut.

Rompre le cycle des morts et des renaissances

Le yoga exige le détachement de toute activité sensorielle. On s’y établit en fermant les portes des sens, en fixant le mental sur le cœur et en maintenant le souffle vital au sommet de la tête. En pratiquant ainsi le yoga et en prononçant la syllabe sacrée om – suprême combinaison de lettres –, celui qui, à l’instant de quitter son corps, pense à Moi, Dieu, la Personne Suprême, atteint sans nul doute les planètes spirituelles. Parce qu’il est constamment absorbé dans le service dévotionnel, celui qui toujours se souvient de Moi sans jamais faillir M’atteint sans peine, ô Arjuna.

Quand ces grandes âmes que sont les yogis pénétrés de dévotion M’ont atteint, s’étant par là élevées à la plus haute perfection, jamais plus elles ne reviennent en ce monde transitoire, où règne la souffrance. Toutes les planètes de l’univers, de la plus haute à la plus basse, sont des lieux de souffrance où se succèdent la naissance et la mort. Mais l’âme qui atteint Mon royaume, ô Arjuna, n’a jamais plus à renaître.

Un jour de Brahmā équivaut à mille âges sur le plan terrestre, et autant sa nuit. Au début d’un jour de Brahmā, tous les êtres vivants émergent de l’état non manifesté, et lorsque vient la nuit, ils y retournent tous. Sans fin, jour après jour, renaît le jour, ô Arjuna, et chaque fois, des myriades d’êtres sont ramenés à l’existence. Sans fin, nuit après nuit, tombe la nuit, et avec elle, tous les êtres sombrent dans l’anéantissement, sans rien pouvoir y faire.

Il existe cependant un autre plan d’existence, celui-là éternel, au-delà des états manifesté et non manifesté de la matière. Suprême et indestructible, il demeure intact quand tout est dissous dans l’univers matériel. Ce plan d’existence que les védantistes disent non manifesté et impérissable, cette ultime destination que plus jamais ne quitte celui qui l’atteint, c’est Ma demeure suprême.

La dévotion pure permet d’atteindre Dieu, le Seigneur Suprême, supérieur à tous, ô Arjuna. Bien que toujours en Son royaume, Il pénètre en toute chose, et en Lui tout repose.

Au-delà de la lumière et des ténèbres

Ô meilleur des Bhāratas, laisse-Moi à présent te décrire les moments où un yogi doit quitter ce monde pour ne plus y revenir, et ceux où il devra renaître.

Celui qui connaît le Brahman Suprême l’atteint en quittant ce monde en pleine lumière, sous le signe du déva du feu, à une heure propice de la journée, durant la quinzaine où croît la lune et durant les six mois où le soleil passe au nord.

S’il part la nuit, dans un nuage de fumée, durant le déclin de la lune ou les six mois où le soleil passe au sud, le yogi atteint l’astre lunaire, mais doit ensuite revenir en ce monde.

Il existe, selon les Vedas, deux façons de quitter ce monde: dans les ténèbres ou dans la lumière. L’une est la voie du retour, et l’autre, du non-retour. Bien que conscient de ces deux voies, ô Arjuna, jamais le dévot ne s’en trouve perplexe. Sois donc toujours ferme dans la dévotion.

«Celui qui emprunte la voie du service dévotionnel n’est en rien privé des fruits que confèrent l’étude des Vedas, les sacrifices, les austérités, les actes charitables, la recherche philosophique et l’action intéressée. Par sa seule pratique, il les obtient tous, et atteint à la fin le royaume suprême et éternel.»

À suivre…

L’épopée du Mahabharata – Épisode 74