

Extrait d’un entretien entre Bhaktivedanta Swami et le Dr J. Stillson Judah de la Graduate Theological Union de Berkeley, en Californie, le 25 juin 1975.
Bhaktivedanta Swami : Seriez-vous d’accord pour dire que ni les théosophes ni les théologiens n’ont une idée claire de Dieu?
Dr. Judah : Je crois qu’il faut faire une distinction entre connaître Dieu et savoir quelque chose à propos de Dieu. On trouve de l’information sur Dieu dans divers ouvrages, mais on ne peut connaître Dieu à moins d’en faire l’expérience. J’estime que c’est là la particularité du mouvement fondé sur la bhakti instauré par Shri Chaitanya: il permet aux gens de faire l’expérience de Dieu, d’en avoir une connaissance personnelle qui change leur vie.
Bhaktivedanta Swami : Cette approche est au fondement même de la civilisation védique.
Dr. Judah : Effectivement.
Bhaktivedanta Swami : Les matérialistes ne connaissent pas Dieu. Ils ne savent pas non plus que le but ultime de l’existence est de le connaître. Ce savoir est essentiel, mais il fait défaut à la civilisation moderne. Les gens ne se soucient même pas de connaître le but ultime de leur existence. Mais maintenant qu’ils ont obtenu une forme humaine, il est important qu’ils en viennent à connaître Dieu, sans quoi leur vie est un échec.
Dr. Judah : Je suis d’accord avec vous.
Bhaktivedanta Swami : La nature ouvre la voie en dotant les humains d’une conscience qui leur permet de connaître Dieu, mais de nos jours, tout particulièrement en Occident, personne ne connaît Dieu.
Dr. Judah : C’est malheureusement vrai.
Bhaktivedanta Swami : Et lorsque nous présentons Dieu tel qu’il est, les gens refusent de l’accepter.
Dr. Judah : Selon moi, le problème tient au fait que l’Occident s’est globalement développé sur des bases fondamentalement matérialistes.
Bhaktivedanta Swami : Ce qui fait que les gens ne veulent même pas connaître Dieu. Quelle tristesse! Une situation d’autant plus regrettable que les gens qui ne cherchent pas à connaître Dieu ne valent pas mieux, en fait, que les animaux, qui n’ont eux-mêmes aucun intérêt pour Dieu. Dans la société humaine, que l’on soit hindou, musulman ou chrétien, tout le monde a la possibilité d’apprendre à connaître Dieu. Mais les gens se détournent malheureusement de plus en plus de la religion et de la spiritualité en général, et évitent ne serait-ce que de parler de Dieu.
Les théologiens et les théosophistes se distinguent du lot en ce qu’ils essaient au moins de comprendre Dieu, mais ils n’arrivent ni à s’en faire une idée claire, ni à vraiment le connaître. Pourquoi donc refusent-ils le savoir que nous transmettons à propos de Dieu? Lorsqu’on ne sait pas quelque chose et que quelqu’un s’offre à nous l’apprendre, comment peut-on s’y refuser?
Dr. Judah : Excellente question.
Bhaktivedanta Swami : En quête de savoir technologique de haut niveau, par exemple, des Indiens vont étudier à l’étranger. Le savoir ne s’obtient pas qu’à un seul endroit. Il ne faut pas se montrer sectaire et n’accepter de recevoir des connaissances que par un canal en particulier. Là où se trouve le savoir, nous devons nous en prévaloir. Telle doit être l’attitude d’une personne réellement en quête de savoir.
L’éthicien et moraliste Chanakya Pandit disait: «S’il y a quelque nectar dans une jarre de poison, n’hésite pas à le prendre.» Ou encore: «Si tu trouves de l’or dans un endroit infect, prends-le tout de même.» Bien qu’il puisse se trouver dans un lieu immonde, l’or n’en est jamais souillé ou altéré. Il ne faut donc pas hésiter à le prendre.
Dans le même ordre d’idées, on poursuit généralement son éducation auprès d’autorités reconnues, mais Chanakya disait: «Si l’éducation dont tu as besoin est offerte par un simple ouvrier, voire un paria, accepte-le comme maître.» Et «Même si une jeune fille ravissante, avenante et instruite vient d’une famille de vile extraction, prends-la pour épouse.» En Inde comme dans d’autres cultures, un homme n’accepte traditionnellement une femme en mariage qu’après avoir soigneusement examiné ses antécédents familiaux. Or, Chanakya stipulait que, si une jeune fille se trouvait être un véritable joyau, il ne fallait pas hésiter à l’accepter pour épouse même si elle venait d’une famille peu respectable.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’on doit accepter toute bonne chose même si elle ne provient pas d’une source souhaitable. Donc, si vous voulez connaître Dieu et que les textes védiques peuvent répondre à votre besoin, même s’il s’agit d’une source étrangère à vos yeux, pourquoi n’accueilleriez-vous pas le précieux savoir qu’ils renferment?
Dr. Judah : Cela me semble parfaitement raisonnable.
Bhaktivedanta Swami : À travers notre enseignement, nous offrons ouvertement la connaissance de Dieu. Pourquoi les gens ne prendraient-ils pas au sérieux ce que nous avons à offrir? Certains objecteront sans doute que Krishna est hindou ou indien, et qu’ils ne peuvent donc l’accepter comme Dieu. Mais dans la Bhagavad-gita, il est écrit: «Shri Bhagavan uvacha, le Seigneur Bienheureux dit». Ce qui veut dire que les versets qu’elle renferme sont la parole de Dieu. Et Krishna y déclare que rien ni personne ne lui est supérieur, ce que seul Dieu peut affirmer. Si vous n’aimez pas le mot Krishna, acceptez à tout le moins la parole de Dieu. Qui pourrait bien être plus grand que Dieu?
Dr. Judah : Personne, de toute évidence.
Bhaktivedanta Swami : Vous pouvez ainsi lire la Bhagavad-gita et faire abstraction du mot Krishna si ça vous chante, mais elle n’en renferme pas moins la parole de Dieu. Il s’agit là d’un fait avéré. Pourquoi donc les gens n’accepteraient-ils pas la science de Dieu telle qu’offerte par la Bhagavad-gita?
«Nulle vérité ne M’est supérieure. Tout sur Moi repose, comme des perles sur un fil» peut-on y lire. Chacun des mots qu’elle renferme est de Dieu en personne. Vous pouvez ou non accepter Krishna comme Dieu, mais le texte n’en est autre que la parole de Dieu. Pour tous ceux et celles qui pourraient vouloir connaître Dieu, voilà ce qu’est la Bhagavad-gita.

