Vos réactions à mon billet Quand passion rime avec mission m’incitent à revenir sur la notion de mission de vie.

S’il est vrai qu’une passion ou la défense d’une cause peut devenir une mission de vie, il importe de se rappeler qu’il est une mission de vie qui prime sur toutes les autres, et c’est celle de la quête du soi.

Aussi nobles et importants que puissent être nos efforts pour sauver nos institutions, notre langue, la planète ou les plus démunis, il ne faut pas oublier de se sauver soi-même, au même titre que, dans un avion en perte d’altitude, il faut mettre son propre masque avant d’aider une personne qui ne peut le faire elle-même, afin d’éviter de se retrouver soi-même incapable de faire l’un ou l’autre.

Puisque nous vivons en société, il est naturellement souhaitable de protéger la veuve et l’orphelin, de redresser les torts faits à l’environnement et de promouvoir des mesures propres à améliorer le sort de tout un chacun. Reste que notre séjour sur Terre est de courte durée, et que nous n’emporterons dans l’au-delà rien de ce que nous avons pu obtenir ou accomplir sur le plan matériel. Nous savons tous que nous ne pouvons demeurer ici éternellement. Nous devrions donc mettre autant de soin à planifier notre avenir qu’à organiser notre vie terrestre.

Un impératif

Le Védanta-soutra, qui représente la somme du savoir philosophique des Védas, s’ouvre d’ailleurs sur un premier aphorisme aussi impérieux que laconique – Athāto brahma jijñāsā:

«Maintenant (sous-entendu “que nous avons obtenu une forme humaine”), nous devons nous enquérir du Brahman (de la Vérité Absolue, de la Réalité Ultime).»

C’est que, d’entre les millions d’espèces vivantes, la forme humaine est la seule à pouvoir s’interroger sur sa finalité et départager les différents niveaux de réalité. Tous les être vivants possèdent une forme de conscience, mais seul l’humain possède une conscience suffisamment développée pour chercher à comprendre qui il est vraiment.

Nous voyons bien que nous ne sommes pas le corps dans lequel nous nous trouvons, ce corps qui change constamment au fil des ans alors que nous restons la même personne, témoin de ces changements. Mais nous n’avons pas d’information a priori sur notre identité spirituelle et notre raison d’être.

C’est pourquoi le Védanta-soutra nous enjoint d’entrée de jeu de quérir cette information auprès de sources sûres, de sorte à nous réaliser non seulement sur le plan matériel, mais aussi sur le plan spirituel, et ainsi tirer le meilleur parti de notre existence. Cette démarche correspond à ce qu’on appelle communément la réalisation de soi, ou la réalisation spirituelle, et il s’agit bel et bien de notre plus grande mission de vie, faute de quoi nous quitterons ce monde sans savoir pourquoi nous n’avons pas su y trouver un bonheur parfait et durable en dépit de tous nos efforts et de toutes les causes que nous avons pu défendre.

Au-delà des superficialités

Nous devons éviter de faire en sorte que la plus grande et la plus essentielle de toutes nos missions de vie devienne l’orpheline que nous n’avons pas su défendre. Le savoir que le Védanta-soutra nous prie sagement d’acquérir vise précisément à connaître tout ce qu’on ne nous enseigne pas à l’école, tout ce que nos parents, éducateurs et dirigeants ne peuvent nous apprendre faute d’en avoir eux-mêmes percé l’entendement.

Et c’est bien dommage, car seule la juste connaissance de soi, de l’univers et de sa source peut nous amener à comprendre les inégalités humaines et notre impuissance à contrer les lois de la nature. Cette science existe dans les Écritures révélées de diverses traditions, à commencer par les Védas, sans contredit les plus riches, et de loin, en la matière. Elle est en outre enseignée par des maîtres qui la transmettent de tout temps sans l’altérer. Encore faut-il se donner la peine d’approcher ces sources et de leur prêter une oreille attentive, ce à quoi les Védas nous convient de tout cœur.

Pourquoi ne pas dès aujourd’hui poser les premiers jalons de notre quête de transcendance, au-delà des vicissitudes de la vie en ce monde, et préparer ainsi les conditions dans lesquelles nous poursuivrons notre évolution après nous être libérés de notre enveloppe charnelle? Ayons la sagesse d’éviter que notre apothéose matérielle ne devienne la veuve de notre réalisation spirituelle, et que le soi ne devienne l’orphelin de son reflet extérieur.

La veuve et l’orphelin