La série consacrée à l’épopée du Mahabharata racontée par Normand Vanasse se poursuit avec un résumé des 18 chapitres consacrés à la Bhagavad-gita, «Le Chant du Bienheureux».

Voir l’épisode précédent.

Le Chant du Bienheureux

– 9. La plus secrète des sciences –

Le Seigneur Bienheureux dit:

— Mon cher Arjuna, parce que jamais tu ne Me jalouses, Je vais te révéler la sagesse la plus secrète, grâce à laquelle tu seras affranchi des souffrances de l’existence matérielle. D’entre toutes les sciences, ce savoir est roi, le secret d’entre les secrets, la plus pure des connaissances. Impérissable et d’application joyeuse, il incarne la perfection de la spiritualité, car il permet de réaliser directement le soi.

Ceux qui n’ont pas foi dans le service dévotionnel ne peuvent M’atteindre, ô Arjuna. Ils reviennent donc naître et mourir en ce monde.

Cet univers, Je le pénètre tout entier dans Ma forme non manifestée. Tous les êtres sont en Moi, mais Je ne suis pas en eux. En même temps, rien de ce qui est créé n’est en Moi. Vois Ma puissance surnaturelle! Bien que Je soutienne tous les êtres et que Je sois partout présent, Je n’appartiens pas à cette manifestation cosmique, car Je suis la source même de toute création. De même que le vent puissant, soufflant partout, demeure toujours dans l’espace éthéré, comprends qu’en Moi reposent tous les êtres.

À la fin d’un cycle d’âges, ô fils de Kunti, toutes créations matérielles rentrent en Moi, et au début du suivant, par Ma puissance, Je les crée à nouveau. Le cosmos tout entier dépend de Moi. Par Ma volonté, il est automatiquement manifesté puis anéanti, encore et encore. Mais ces actes ne sauraient Me lier, ô Arjuna. À jamais détaché d’eux, Je reste neutre. La nature matérielle est une de Mes énergies, et sous Ma direction, elle engendre tous les êtres, mobiles et immobiles. De par ses lois, le cosmos est créé puis anéanti dans un cycle sans fin.

Le Tout de ce qui est

Les sots Me dénigrent lorsque sous forme humaine Je descends en ce monde. Ils ignorent tout de Ma nature transcendantale et de Ma suprématie absolue. Dans leur égarement, ils chérissent des vues démoniaques et athées. Vains sont leurs espoirs de libération, vains leurs actes intéressés, et vaine leur culture du savoir.

Mais les mahatmas, les grandes âmes affranchies de l’illusion, sont sous la protection de la nature divine, ô Arjuna. Me sachant Dieu, la Personne Suprême, originel et inexhaustible, ils s’absorbent pleinement dans le service dévotionnel. Chantant toujours Mes gloires, se prosternant devant Moi, hautement déterminées dans leur effort spirituel, ces grandes âmes M’adorent éternellement avec amour et dévotion.

D’autres, dont le sacrifice consiste à cultiver le savoir, M’adorent soit comme l’Un sans second, soit dans la diversité des êtres et des choses, ou encore dans Ma forme universelle.

En vérité, Je suis le rite et le sacrifice, l’oblation aux ancêtres, l’herbe médicinale et le mantra. Je suis et le beurre et le feu et l’offrande. Je suis le père de l’univers. Je suis la mère, le soutien et l’aïeul. Je suis l’objet du savoir, le purificateur et la syllabe om. Je suis aussi le Rig-véda, le Sama-véda et le Yajur-véda.

Je suis le but, le pourvoyeur, le maître, le témoin, la demeure, le refuge et l’ami le plus cher. Je suis la création et l’annihilation, le fondement de toute chose, le lieu de repos et l’éternelle semence. Je dispense la chaleur et Je déverse les pluies, tout comme Je les retiens. Je suis l’immortalité ainsi que la mort personnifiée. L’être et le non-être sont tous deux en Moi, ô Arjuna.

Divers cultes donnent divers résultats

Ceux qui étudient les Vedas et boivent le soma afin de gagner les planètes édéniques M’adorent indirectement. Purifiés des suites de leurs fautes, ils renaissent sur la vertueuse planète d’Indra, où ils jouissent de plaisirs célestes. Après avoir joui de plaisirs paradisiaques et épuisé leurs mérites, ils reviennent sur la terre des mortels. Ainsi ceux qui adhèrent aux principes des trois Vedas en quête de plaisirs sensoriels n’obtiennent-ils que la répétition des morts et des renaissances.

Mais ceux qui M’adorent avec une dévotion sans partage en méditant sur Ma forme absolue, Je comble leurs manques et préserve ce qu’ils possèdent. Ceux qui vouent un culte aux dévas avec foi n’adorent en fait que Moi, ô Arjuna, mais de façon inadéquate.

Je suis l’unique bénéficiaire et maître de tous les sacrifices, et ceux qui se méprennent sur Ma nature véritable, purement transcendantale, ne peuvent que déchoir.

Ceux qui vouent leur adoration aux dévas renaîtront parmi les dévas; ceux qui vénèrent les ancêtres renaîtront parmi les ancêtres, et parmi les spectres et autres esprits, ceux qui leur rendent un culte. Mais c’est auprès de Moi que vivront Mes dévots.

La suprématie de la dévotion

Que d’un cœur pur l’on M’offre avec amour et dévotion une feuille, une fleur, un fruit ou de l’eau, et cette offrande, Je l’accepterai. Quoi que tu fasses, que tu manges, sacrifies ou prodigues, quelque austérité que tu pratiques, que ce soit pour Me l’offrir, ô fils de Kuntī.

Tu t’affranchiras ainsi de l’enchaînement aux suites de tes actes, tant désirables qu’indésirables. Le mental fixé sur Moi dans cet esprit de renoncement, tu seras libéré et viendras à Moi.

Je ne favorise ni ne défavorise personne; envers tous Je suis impartial. Quiconque Me sert avec dévotion vit toutefois en Moi; il est un ami pour Moi, comme J’en suis un pour lui. Commettrait-il un acte hautement condamnable, il faut voir quiconque est résolument engagé dans le service dévotionnel comme un saint homme, car il marche dans la bonne voie. Il aura tôt fait de s’établir dans la vertu et de trouver la paix éternelle. Tu peux le proclamer avec force, ô fils de Kunti, jamais Mon dévot ne périra!

Quiconque en Moi prend refuge peut atteindre le but suprême, fût-il un homme de basse naissance, une femme, un marchand ou un simple ouvrier. Que dire des nobles brahmanas, des dévots et des saints rois! Toi que voici en ce monde éphémère, en ce monde de souffrances, sers-Moi avec amour et dévotion. Emplis toujours de Moi tes pensées, deviens Mon dévot, offre-Moi ton hommage et voue-Moi ton adoration. Entièrement absorbé en Moi, certes tu viendras à Moi.

À suivre…

L’épopée du Mahabharata – Épisode 75