Suit le texte et la version audio du chapitre 2 de Vivre ma spiritualité aujourd’hui – Une affaire de conscience, qui traite des fondements et des principes d’une saine spiritualité vivante à l’époque où nous vivons.

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Retour aux sources

Où trouver des réponses?

«Il n’y a rien de tel qu’une question idiote; il n’y a que des réponses idiotes.»
Albert Einstein

On ne compte plus les auteurs branchés, les philosophes à la mode et les leaders d’opinion qui évincent les grandes questions existentielles. Leur propos: «Il n’y a pas de réponses à ces questions; nous naissons, nous vivons et nous mourons, voilà tout.» Ou encore: «Personne ne connaît les réponses; à chacun de trouver les siennes.» Et la meilleure: «Toutes les réponses se trouvent en nous.» Mais bien sûr! Comment n’y ai-je pas pensé moi-même? Cela va de soi puisque nous sommes tous nés avec la science infuse!

Nous sommes naturellement libres de nous poser ou non ces questions fondamentales. Ceux qui choisissent de ne pas se les poser peuvent toujours se gargariser de telles échappatoires, mais ceux qui se les posent n’y trouvent aucune issue.

Osons regarder les choses en face. S’il n’y avait pas de réponses, notre vie aurait moins de sens que celle des plantes ou des animaux qui, sans avoir à se poser des questions, accomplissent parfaitement leur destinée. C’est qu’ils n’ont pas de choix à faire, alors que nous en avons, et les questions existentielles que nous nous posons servent précisément à comprendre et à accomplir au mieux notre propre destinée en tant qu’humains.

Quant à dire que personne ne connaît les réponses, c’est poser un jugement à partir d’un raisonnement purement inductif: «Je ne connais personne qui connaît les réponses, donc personne ne connaît les réponses.» Aussi ridicule que de dire: «Je ne connais personne qui a vu un rhinocéros, donc cet animal n’existe pas.»

Les chercheurs aguerris — quelle que soit leur discipline — sont plutôt d’avis qu’il y a toujours des réponses aux questions qu’on se pose, et qu’il suffit, pour les trouver, de les chercher au bon endroit et de poser les bonnes questions de la bonne façon.

Pour certains, la bonne façon réside dans l’expérimentation, soit la méthode dite «ascendante», par laquelle on s’efforce d’escalader l’édifice de la connaissance pierre par pierre jusqu’à trouver les réponses recherchées. Cette approche permet sans doute de faire certains progrès à force d’essais-erreurs, mais comme nos sens sont imparfaits, que les pistes à explorer sont pour ainsi dire infinies, et que des siècles de recherche empirique nous laissent encore démunis face aux grandes questions, nous risquons fort de passer l’arme à gauche avant de voir aboutir notre quête!

Pour d’autres, il s’agit plutôt de savoir puiser aux bonnes sources, soit la méthode dite «descendante», qui consiste à s’ouvrir aux réponses tenues pour avérées, à en évaluer la pertinence et à en vérifier l’applicabilité. Cette approche se révèle d’emblée la plus raisonnable, la plus directe et la plus productive, à condition, bien sûr, d’avoir l’humilité d’admettre qu’on a toujours besoin d’un plus connaissant que soi. La maîtrise d’un art ou d’une science s’acquiert en effet avantageusement auprès d’autorités en la matière. Et il en va de même de la spiritualité.

Il serait d’ailleurs complètement insensé de vouloir partir à zéro et de rejeter tout ce qui s’est fait avant nous. J’aurais beau être le plus grand génie de la planète, jamais je ne pourrais, en une vie, découvrir tout ce qui a été découvert à ce jour, ne serait-ce que dans un seul champ de connaissances. La question est de savoir où et comment chercher. Car, en spiritualité comme en chimie, en physique, en peinture ou en musique, les références sont innombrables, de sorte qu’il importe de cibler son approche.

Si je ne souhaite avoir qu’un aperçu d’un sujet donné, je ne me tournerai pas vers les mêmes ressources que si je me suis fixé comme objectif d’aller au fond des choses. Et si je cherche à combler des besoins physiologiques, affectifs ou d’appartenance, ma démarche ne sera pas la même que si j’aspire à me réaliser pleinement. C’est précisément la raison pour laquelle il existe en tout des cours pour débutants, des cours intermédiaires et des cours avancés, ce qui vaut pareillement pour les ouvrages de référence.

L’importance du discernement

Il s’agit en effet d’orienter sa quête en fonction du but recherché, sachant que tous les écrits et tous les enseignements n’ont pas le même poids ni la même portée. Ce qui ne veut pas nécessairement dire que certains sont bons et les autres, mauvais. Non plus que les adeptes de telle ou telle philosophie, religion ou mouvement sont dans le droit chemin et que les autres ne le sont pas. Toute personne qui s’efforce honnêtement de parfaire son existence dans le respect des valeurs universelles et selon de solides principes de vie est tout autant en voie de se réaliser qu’une autre.

Cela ne change cependant rien au fait que tous les écrits et tous les enseignements ne sont pas égaux, et que leurs porte-étendard ne sont pas tous aussi éclairés les uns que les autres. Il faut donc faire preuve d’un sain discernement pour comprendre où se situent qui et quoi. Et compte tenu de l’importance des questions fondamentales que nous nous posons, les réponses ont tout intérêt à être étayées, probantes, et satisfaisantes!

Peu importe qu’une personne ait été ou non élevée dans une religion; qu’elle soit pratiquante ou non; qu’elle se soit approprié des principes de vie glanés à gauche et à droite; qu’elle mette ses espoirs dans la science; ou qu’elle se réclame de la libre-pensée. Lorsqu’elle en vient à s’interroger sérieusement sur ses origines, sa raison d’être et sa finalité, elle ne saurait se contenter ni des diktats de la religion, ni des promesses de la science, ni de principes à l’eau de rose, ni d’idées nouvelles alléchantes ou réconfortantes. Il lui faut des réponses concluantes sur lesquelles s’appuyer pour se réaliser et s’accomplir pleinement.

Des milliers d’ouvrages ont été publiés sur la spiritualité, et il continue de s’en publier tous les jours. La quête de sens a de tout temps précédé, et de loin, bien d’autres préoccupations humaines, et je peux d’entrée de jeu vous assurer que vous gagnerez un temps précieux en puisant directement aux sources. N’hésitez donc pas à revisiter les écrits fondateurs des grandes traditions, les textes dits « sacrés» ou «révélés» et les enseignements des grands maîtres qui ont résisté à l’épreuve du temps. Car, s’ils ont résisté à l’épreuve du temps, ce n’est pas par hasard; c’est parce qu’au fil des siècles, des millions et des millions de personnes y ont trouvé des réponses justes à leurs questions, voire leur raison d’être et le fondement même de leur spiritualité.

Une autre bonne raison de puiser à des enseignements éprouvés de longue date tient au fait qu’ils témoignent encore aujourd’hui — des siècles plus tard — du caractère immuable et impérissable des principes inhérents à une spiritualité profonde et vivante. Chaque tradition et chaque école de pensée présente des particularités qui lui sont propres, mais les principes de base sont partout les mêmes, et une lecture objective permet de relever autant, sinon plus de similitudes entre elles que de réelles divergences.

Quoi que nous pensions des religions traditionnelles, des mouvements ésotériques et des écoles de pensée modernes, nous ne devons pas oublier que de grands sages, maîtres et prophètes ont sillonné la planète, et que bien des humains se sont pleinement réalisés avant nous. Il en résulte un héritage d’une inestimable richesse qui peut indéniablement nous aider à trouver notre propre voie. Ignorer le passé, c’est ignorer une grande partie de ce que nous sommes aujourd’hui. Par ailleurs, ce n’est pas en cherchant continuellement à réinventer la roue ni en élaborant des théories au gré de nos fantaisies que nous supplanterons la somme monumentale des connaissances fiables et solidement établies en matière de spiritualité. Il y a, et il y aura toujours place à approfondissement, à développement et à raffinement, mais il importe de construire sur des bases solides.

Des valeurs sûres

Misez sur l’authenticité. On ne peut en effet espérer trouver des réponses concluantes qu’auprès de sources sûres, reconnues et éprouvées.

Des émissaires de l’orthodoxie musulmane mandatés par le roi Fahd d’Arabie saoudite m’ont un jour confié la tâche de traduire une série de textes faisant abondamment référence au Coran. Ils m’ont en outre prié de fonder mes traductions sur une version dûment autorisée du livre sacré, en m’expliquant que les versions les plus répandues en Occident étaient le fait d’universitaires étrangers à l’islam qui avaient détourné le sens de nombreux passages faute d’en avoir saisi les nuances et les subtilités.

Il existe également de nombreuses traductions de la Bhagavad-gita dont la très grande majorité ne lui rend aucunement justice. Pourquoi? Parce que leurs auteurs n’étaient pas instruits de la teneur de l’enseignement de Krishna, si bien que leur connaissance du sanskrit ne suffisait pas à leur révéler le fondement des notions qui dépassaient leur entendement et leur expérience.

Autrement dit, on ne peut se contenter de traductions ou d’interprétations approximatives, contradictoires ou fantaisistes de textes fondateurs, purement intellectuelles, poétiques ou spéculatives; et encore moins de théories novatrices, si brillantes et aguichantes soient-elles, car elles ne sont pas nécessairement en harmonie avec la sagesse fondée sur une expérience séculaire. Pour ne pas s’égarer inutilement, mieux vaut se concentrer sur des écrits d’origine largement tenus pour authentiques et sur les commentaires éclairés qu’en font des maîtres et des exégètes réputés fidèles à une tradition reconnue qui en vivent eux-mêmes les préceptes. C’est la seule façon de saisir sans détour l’essence d’un enseignement spirituel dans l’esprit même où il a été livré.

Prenons l’exemple de la Bible. Le Nouveau Testament est globalement le fruit de l’expérience directe des quatre évangélistes et d’autres proches disciples de Jésus — ils ont tout vu et tout entendu, de la bouche même du maître. Leur perception de certains événements peut varier, mais ils sont unanimes sur les aspects essentiels de l’enseignement du Christ. On pourrait donc difficilement trouver une source plus représentative de la doctrine chrétienne. Quant à l’authenticité du maître en question, elle est également attestée par de nombreuses sources. Les patriarches avaient annoncé sa venue dans l’Ancien Testament et fourni des indices qui permettraient de le reconnaître. On trouve même, dans un texte védique datant de plus de 3000 ans av. J.-C. — le Bavishya Pourana — un passage qui prédit l’avènement du Christ, précise le nom de sa mère et fournit des détails sur sa mission, ses pouvoirs surnaturels, sa mort et sa résurrection.

Cela dit, tous les écrits tenus pour authentiques ne sont pas du même calibre. Ils datent d’époques très différentes, s’inscrivent dans le contexte de cultures variées, et s’adressent au départ à des populations diverses. Par ailleurs, il est bien connu que certains d’entre eux auraient été « retouchés» au fil du temps. Mais peu importe comment les grandes religions et les philosophies spiritualistes ont pu se développer et évoluer à partir des enseignements de sages, maîtres et prophètes, leurs messages se recoupent en de nombreux points et définissent globalement la structure de base de la spiritualité à proprement parler à travers un ensemble de principes de vie valables pour l’ensemble de l’humanité.

Néanmoins, les textes fondateurs issus de différentes traditions ne fournissent pas tous autant de détails en réponse aux grandes questions existentielles. Par exemple, à la question «D’où venons-nous?», la Bible et la Tora répondent succinctement que Dieu a créé le monde en six jours, que nous descendons d’Adam et Ève et que la condition humaine est le résultat du péché originel. Bouddha restait muet, pour sa part, lorsqu’on lui posait cette question, tandis que les Védas traitent en long et en large des origines de l’homme et de l’univers.

Quant à la vie après la mort, la Bible nous destine au ciel, à l’enfer ou au purgatoire, mais fournit bien peu de précisions sur ces destinations outre que le paradis est peuplé d’anges et que l’enfer est un lieu de souffrance où brûlent des flammes éternelles. De son côté, le Coran nous livre, à travers ses 114 sourates, des descriptions plus détaillées du ciel et de l’enfer ainsi que de leurs habitants, tandis que le Bhagavat Pourana et d’autres écrits védiques consacrent des milliers de versets aux différents systèmes planétaires de même qu’à la nature et à la structure des mondes matériel et spirituel.

Étape par étape

À la lecture des textes dits inspirés, révélés ou sacrés, on constate que certaines des réponses fournies revêtent un caractère plus ou moins sommaire ou symbolique, et exigent donc plus de recherches pour savoir ce qu’il en est vraiment, alors que d’autres se veulent beaucoup plus étoffées et rigoureuses. Chacun reste libre de puiser aux sources de son choix, tout en sachant que s’il n’y trouve pas des réponses entièrement satisfaisantes et concluantes, il a toujours la possibilité de les trouver ailleurs. Pour faire un parallèle avec l’éducation, certains se contentent d’études primaires ou secondaires, mais ceux qui veulent parfaire leurs connaissances peuvent toujours poursuivre des études universitaires de premier, deuxième et troisième cycles.

Chronologie des principaux textes fondateurs

• Védas (vaishnavisme, shivaïsme, hindouisme) — 3000 av. J.-C.

• Tao te king (taoïsme) — 600 av. J.-C.

• Yi Jing (confucianisme) — 500 av. J.-C.

• Tora (judaïsme) — 400 av. J.-C.

• Bible (christianisme) — 200 av. J.-C. à 100 apr. J.-C.

• Tripitaka canon pali — 29 av. J.-C.

• Coran (islam) — 622 apr. J.-C.

• Kojiki (shinto) — 712 apr. J.-C.

Les dates ci-dessus correspondent aux dates d’achèvement communément admises par les chantres des textes cités, qui peuvent dès lors puiser à des sources plus anciennes. Notez que les courants spirituels qui s’y rattachent ont parfois pris forme à des dates antérieures ou ultérieures aux textes en question, et qu’ils reposent généralement sur plus d’un texte fondateur.

En ce qui me concerne, après plusieurs décennies d’études et de recherches, et sans pour autant rejeter les riches et précieux enseignements des autres traditions, je dois dire que c’est dans la littérature védique que j’ai trouvé le plus de réponses. La somme de connaissances qu’elle renferme m’a même permis de mieux comprendre les différentes religions, les grandes écoles philosophiques et les multiples courants spirituels; d’établir des liens entre les préceptes qui les sous-tendent; de saisir le bien-fondé de certaines pratiques et règles propres à favoriser le développement spirituel et une plus grande harmonie entre les humains de toute race et de toute obédience. Sans parler d’une juste appréciation des lois de la nature, d’un modèle d’organisation sociale respectueux de chacun, de l’art de gouverner sainement et d’un savoir scientifique que je ne soupçonnais pas d’exister il y a des milliers d’années, notamment en médecine, en psychologie, en sociologie et en astronomie.

Qui plus est, les Védas présentent une variété d’approches à la spiritualité, mais ne préconisent aucune religion en particulier. Ils mettent plutôt l’accent sur l’ensemble des principes universels au fondement de toutes les religions, de tous les grands courants spirituels et de toutes les techniques de développement personnel, à savoir la pureté de corps et d’esprit, l’intégrité, la compassion et la discipline. Après avoir présenté à Arjouna différentes approches pragmatiques, philosophiques et mystiques, Krishna conclut d’ailleurs en ces termes dans la Bhagavad-gita — le classique par excellence de la littérature védique: «Oublie toutes les convenances religieuses, et remets-t’en simplement à moi.» Bref, spiritualité n’est pas synonyme de religion.

Quoi qu’il en soit, l’étude des textes fondateurs constitue un excellent point de départ à une démarche spirituelle. Il importe en effet de bien comprendre les fondements d’un enseignement pour ne pas le détourner de son objet et pour en tirer pleinement parti. Trop de gens, même fervents croyants et pratiquants, négligent malheureusement cet impératif, et il en résulte d’innombrables conflits et aberrations pouvant aller jusqu’au fanatisme et n’ayant rien à voir avec l’intention première du messager. C’est que l’adhésion à une religion ou à un mouvement spirituel sans de solides bases philosophiques reste purement sentimentale.

De plus, la lecture des textes fondateurs, des vies de saints et des recueils d’enseignements de maîtres et de sages est non seulement instructive, mais aussi inspirante. Elle nous permet de nous ressourcer, de nous ouvrir davantage à notre réalité intérieure et d’apprendre à voir la vie d’un autre œil, à entrer en contact avec la dimension spirituelle au-delà de la dimension matérielle. Un tel retour aux sources ne vise nullement à retourner en arrière et à vivre et penser comme dans les temps anciens, ni à souscrire à des références socioculturelles qui n’ont plus de résonnance à notre époque et dans nos milieux de vie, mais plutôt à puiser à des enseignements universels applicables en tout temps et en tout lieu, et à poser les jalons de notre spiritualité. D’ailleurs, qui dit sources authentiques ne dit pas uniquement textes anciens; toutes les traditions vivantes ont en effet produit au fil des siècles — et encore de nos jours — des écrits visant à fournir une juste compréhension des enseignements fondateurs.

Vous n’aimez pas spécialement lire ou étudier? Qu’à cela ne tienne. Je suis sûr que vous pouvez lire ne serait-ce qu’une page, un paragraphe, voire un seul verset ou une seule phrase par jour sans que ça vous demande un gros effort. Il suffit d’en prendre l’habitude. De nombreuses ressources sont même disponibles sous forme de livres audio ou d’applications mobiles. Ne vous en privez pas. Vos lectures ou vos écoutes auront pour effet d’alimenter votre réflexion et de vous aider à préciser votre démarche spirituelle. Vous en retirerez sans doute plus de bienfaits que vous ne l’imaginez. La connaissance consolide les bases de la spiritualité.

J’ajouterais toutefois qu’au-delà de cet exercice, la meilleure façon d’approfondir les écrits révélés et les autres ouvrages de référence en matière de spiritualité consiste à le faire auprès de guides compétents. Les connaissances et l’expérience de tels guides permettent en effet d’actualiser les références socioculturelles à des pratiques révolues, de contextualiser les préceptes et les enseignements présentés par rapport à une vision d’ensemble, et surtout de répondre de façon éclairée aux questions pointues qu’une lecture personnelle ne manque pas de soulever.

Vivre ma spiritualité – Chapitre 2