Le côté obscur de la Force

Si Dieu est amour, lumière et paix, d’où vient le mal?

Puisque l’Absolu englobe tout, n’est-il pas forcément la source du mal autant que du bien, comme il doit aussi l’être de la beauté et de la laideur, de la grandeur et de la petitesse, de la richesse et de la pauvreté, bref de tous les positifs et négatifs?

Oui et non. Car, en soi, l’Absolu est Un et indivisible. La Brahma-samhita le définit comme étant l’ultime expression de l’éternité (sat), de la connaissance (cit) et de la félicité (ananda) en un tout homogène, complet et parfait. L’éphémérité, l’ignorance et le malheur ne sont que des formes dégradées à différents degrés de leur essence première, que des manifestations relatives, incomplètes et dénaturées du Grand Tout.

L’exemple de la Force est pertinent dans ce contexte. La Force est en effet neutre; c’est l’usage qu’en font les protagonistes de La guerre des étoiles qui la rend claire ou obscure. Et la frontière entre les deux est souvent mince. De même, le Tout-puissant est neutre; c’est notre rapport à lui qui détermine le bien ou le mal.

Oui, Dieu est amour, lumière et paix, et si nous vivons en parfaite harmonie avec lui et avec les valeurs universelles, nous participons tout naturellement de cet amour, de cette lumière et de cette paix, comme de l’éternité, la connaissance et la félicité inhérentes à l’Absolu au fondement même de tout ce qui existe. Mais si nous renions nos liens avec le Divin en poursuivant nos intérêts personnels sans égard aux siens, nous optons, consciemment ou non, pour le côté obscur de la Force.

Honni soit qui mal y pense

Combien de fois entend-on dire : «Si Dieu existait, il n’y aurait ni guerre, ni injustice, ni famine, ni maladie.» On pourrait allonger la liste de ces calamités, mais la remarque n’en serait pas moins totalement infondée. Ce sont des hommes qui font la guerre à d’autres hommes, encore des hommes qui, par égoïsme, sont causes d’injustices et d’inégalités, et toujours des hommes qui, par mille et une pratiques irrespectueuses de l’environnement et des principes de vie les plus élémentaires, provoquent famines, maladies et autres fléaux. Le mal ne vient pas de Dieu, mais de l’homme. Le mal n’a pas à être créé, il est le simple refus du bien.

Pour plus de clarté, nous faisons partie intégrante du Grand Tout, mais nous conservons à jamais notre individualité, et qui dit individualité, dit libre arbitre. Autrement dit, nous sommes libres d’agir en symbiose avec la Source dont nous émanons, ou de nous en détourner pour tenter d’exercer notre empire sur tout ce qui nous entoure.

Or, pour évoluer dans la sphère spirituelle, nos intérêts personnels ne peuvent entrer en conflit avec les valeurs d’harmonie absolue qui y règnent. C’est ainsi que, tout en étant de nature éternelle, nous obtenons de revêtir un corps temporaire dans lequel donner libre cours à nos désirs d’affirmation et d’indépendance.

De force ou de plein gré

Le mal et son cortège de souffrances naissent d’une mauvaise utilisation de la Force, soit de notre indépendance et de notre libre arbitre. Lorsqu’une personne se retrouve en prison pour avoir commis un crime, ce n’est pas Dieu qui l’y envoie. Lorsqu’une personne est aux prises avec une maladie chronique pour avoir commis Dieu sait quels abus, à qui la faute? Lorsqu’une personne met sa vie et celle des siens en péril par imprudence, par incurie ou par ignorance, qui doit-elle blâmer?

Le Grand Manitou respecte entièrement notre liberté. Dans sa forme personnelle, son plus grand souhait est de nous voir réunis avec lui, hors de toutes les contingences contre lesquelles nous rageons tant et aussi longtemps que nous entretenons une conception matérielle de la vie. Mais il nous laisse néanmoins entièrement libres d’agir à notre guise et de chercher le bonheur dans la dimension matérielle, si tel est notre désir. Le cas échéant, il nous accompagne même pour guider nos pas, car dans sa forme localisée – que certains perçoivent comme l’ange gardien ou la petite voix intérieure –, il est présent dans le cœur de tout un chacun.

«Oui mais…», vous entends-je dire, qu’en est-il des malheurs dont nous sommes victimes alors que nous n’avons rien fait pour les mériter? Et je vous réponds que le côté obscur de la Force est sans pitié. La Bhagavad-gita explique en long et en large que nos actes portent tous fruit, que ce soit sur-le-champ, après un certain temps, ou beaucoup plus tard, sinon dans une autre vie. Ce n’est pas parce que nous ne nous souvenons pas d’avoir agi de façon à mériter ce qui nous arrive que nous n’en sommes pas l’auteur et le créateur. Nous sommes en tout temps seuls maîtres et responsables de notre destinée, et il faut être lâche ou inconscient pour rejeter la faute sur Dieu. Ne croyez-vous pas?

«Le côté obscur de la Force, redouter tu dois», disait sagement Yoda.

Le masque de la discorde

Photo : Adnan Khan

Masque maison, masque chirurgical, N95… Le mot est sur toutes les lèvres, et l’objet, sur de plus en plus de visages.

Pour ou contre? Le débat fait rage. Études scientifiques à l’appui, certaines administrations publiques en rendent désormais le port obligatoire dans les lieux fermés, et nombre d’autres envisagent de leur emboîter le pas. Études scientifiques à l’appui, divers segments de la population s’y opposent ex cathedra. Et entre les deux, une foule d’indécis, de résignés, de frustrés et de bons samaritains qui aimeraient tout de même y voir plus clair.

Pour citer un petit comique: « Si le masque est obligatoire dans les établissements fermés, je vais simplement attendre qu’ils rouvrent. »

Qui a tort et qui a raison? Seul l’avenir nous le dira, ou pas… Une chose est sûre, cependant: si ce fameux masque fait couler autant d’encre et de salive, c’est d’abord et avant tout parce qu’il est très visible, alors que d’autres nous laissent complètement indifférents.

Nous avons en effet une longue pratique des masques, mais de masques plus discrets et si intimement intégrés à nos personas qu’ils font beaucoup moins de bruit sur les réseaux sociaux et que nous n’en faisons nous-mêmes aucun cas. Pour tout dire, ils sont si bien intégrés que nous ne les voyons même pas comme des masques!

Ces masques que nous ne voyons pas

Je parle bien sûr des masques du genre, de la race, de la nationalité, du rang social, de l’appartenance politique, idéologique ou religieuse, et de tous les autres masques qui définissent nos fausses identités et que nous portons fièrement sans sourciller.

L’être humain peut parfois se montrer très bizarre. Le voilà qui remue ciel et terre pour un bout de chiffon ou de plastique, y voyant, pour certains, un moyen de protection indispensable, et pour d’autres, un instrument d’hégémonie inqualifiable, en plus d’être inconfortable et d’empêcher les rapprochements naturels entre congénères.

Mais c’est sans tenir compte du fait que nos propres masques sont souvent dérangeants pour ceux et celles qui ne partagent pas notre couleur de peau, notre pays d’origine, nos convictions personnelles ou nos croyances collectives. À vrai dire, tous nos masques sont tôt ou tard sources de discorde, et qui dit discorde dit distanciation sociale extrême et toxique.

Nos fausses identités nous empoisonnent la vie et celle des autres dans une mesure infiniment plus grande qu’un simple virus, fût-il couronné. Pire encore, elles nous mènent droit à une mort certaine, alors qu’avec la Covid-19, nos chances de survie sont finalement plutôt bonnes.

L’envers du masque

Fausses identités, dis-je? Oui, parce que derrière tous les masques que nous arborons, il y a un humain, et parce que derrière cette enveloppe humaine, il y a une âme, une énergie vitale qui n’a aucun lien avec les différentes désignations dont elle peut s’affubler.

La crise des masques est d’autant plus forte à notre époque que, selon les Védas, nous nous trouvons dans le quatrième âge d’un cycle cosmique, appelé kali-youga, soit «l’âge de la discorde» dans la langue de Molière. Et cette discorde naît de ce qu’on oublie trop facilement que derrière les masques de la couleur, du sexe et autres, nous sommes tous frères et sœurs, égaux devant l’Éternel.

Cette égalité qui, malgré tous nos efforts, ne se manifeste jamais entièrement dans la sphère matérielle, s’explique par notre identité réelle. Car au cœur de chaque humain – comme de tout être vivant – se trouve ce qu’il est convenu d’appeler une âme, soit la source de l’énergie qui l’anime durant son séjour sur terre.

Pour contrer la discorde, il est donc primordial de faire tomber les masques qui nous retiennent prisonniers d’une conception matérielle de la vie, afin de raviver la conscience de notre véritable identité, rayonnante et pérenne, purement spirituelle dans son essence. Donc entièrement libre des contingences que nous imposent les désignations factices auxquelles nous nous identifions et auxquelles nous réagissons, le plus souvent sans même y penser.

Justifié ou non, l’accessoire facial à la mode du jour devient alors très secondaire. Nous avons à nous occuper en priorité de choses beaucoup plus importantes, croyez-moi; à commencer par la personne qui se trouve derrière l’enveloppe humaine qui se trouve derrière le masque. Je vous dis juste ça comme ça…

S’il n’y avait que des illusions d’optique…

Cette photo prise en Suède n’a rien de truqué, elle est en tous points fidèle à la réalité de la scène; mais la présence de plusieurs soleils dans le ciel est purement illusoire. Nous les voyons de nos propres yeux, comme ces Suédois les ont vus, mais ils n’existent pas!

Ce phénomène optique communément appelé «faux soleil» porte le nom scientifique de «parhélie». Il se produit lorsque le soleil se trouve près de l’horizon et que l’atmosphère est chargée de cristaux de glace. En tombant des nuages, ces derniers forment un réseau de prismes qui reflètent et réfractent la lumière du soleil, faisant ainsi apparaître de faux soleils de part et d’autre du vrai soleil.

Le Bhagavat Purana rapporte un échange entre les Védas personnifiés et les philosophes de l’école du mimamsa sur l’illusion et la réalité. Selon les adeptes de cette école de pensée, il n’existe aucune réalité en dehors du monde connu et de la perception que nous en donnent nos sens et nos moyens d’analyse. Selon eux, l’existence de l’univers ne dépend d’aucun facteur d’ordre surnaturel; il n’a en soi ni commencement ni fin, et le cycle karmique des actions et de leurs réactions est perpétuel, n’offrant aucune possibilité d’accès à une dimension susceptible de transcender la matière.

Voir 6 écoles de philosophie védiques.
Voir Un philosophe peut en cacher un autre.

Les Védas leur opposent toutefois une vision plus nuancée et plus complète de la réalité. Ils donnent, entre autres, l’exemple d’une personne qui, voyant une corde enroulée au sol dans la pénombre est soudain prise de peur, croyant qu’il s’agit d’un serpent. La corde est bien réelle, mais l’image qu’elle fait naître est illusoire, même si la réaction qu’elle provoque est tout aussi réelle que la corde elle-même. La peur de l’observateur ne vient pas de la corde, mais de l’image qu’il s’en fait; elle vient de son ignorance de la réalité, soit de la véritable nature du serpent qu’il croit voir.

De même, l’univers en soi est bien réel, mais la perception selon laquelle il représente la totalité du réel est illusoire. En y regardant de plus près, l’observateur apeuré finit par comprendre que ce qu’il croit être un serpent est en fait une corde. Et un examen attentif de la structure même de la matière a tôt fait de révéler qu’elle est en constante transformation, que toutes les formes qu’elle emprunte sont transitoires, et que la perception qu’elle puisse être permanente est illusoire.

Prismes et projections

Les Védas expliquent en outre que les manifestations transitoires de la matière sont en fait autant de reflets de la réalité transcendante et permanente d’où procède l’infinie variété de réalités éphémères. Et que ces reflets sont savamment agencés sous l’effet des désirs des êtres conditionnés par une conception matérielle de l’existence. Conception qui les fait s’identifier à leur corps temporaire au point d’y vivre comme s’il n’allait jamais s’éteindre, alors que contrairement à eux qui sont éternels, tous les corps qu’ils revêtent naissent et meurent.

À l’image des faux soleils n’existant que par les prismes qui reflètent la réalité du vrai soleil, ou encore du faux serpent extrapolé de la réalité de la corde, les innombrables facettes de la nature matérielle et les corps animés qui y évoluent ne sont qu’autant de projections de l’énergie vivante qui les anime.

L’illusion selon laquelle l’univers connu est la seule réalité qui existe se transmet de génération en génération par des philosophes et des matérialistes qui ignorent tout de la réalité transcendante dont dépend la réalité visible. Or, les Védas recommandent de ne pas céder aveuglément à la fascination que peut exercer cette illusion.

C’est pourquoi le tout premier verset du Védanta-soutra – qui marque l’aboutissement de toutes les approches philosophiques de la réalité et de l’Absolu – nous enjoint de nous enquérir du Brahman, de la réalité suprême qui englobe toutes les réalités secondaires. Le Brahman constitue d’ailleurs l’un des cinq grands thèmes de la Bhagavad-gita, le classique le plus connu et le plus accessible de la littérature védique, de sorte que nous pouvons l’étudier à loisir pour mieux distinguer l’illusion de la réalité.

Le Paradis nous attend

… et pas nécessairement à la fin de nos jours. Le fait est que si nous avons quitté le monde spirituel, lui ne nous a jamais quitté!

« Fils et filles immortels du royaume divin,
entendez les sages qui vous en indiquent le chemin. »

Shvetashvatara Upanishad, 2.5

Notre intelligence duelle peut nous porter à croire que si le monde spirituel s’oppose au monde matériel, il doit se trouver en dehors de celui-ci, à des années-lumière d’où nous vivons actuellement. Ne parle-t-on pas d’ailleurs de l’Au-delà comme d’une destination éloignée de notre univers terrestre et cosmique?

Une juste compréhension des choses exige une réflexion plus poussée, à la lumière des multiples indications fournies d’âge en âge par les maîtres du savoir, à commencer par le Bienheureux lui-même dans la Bhagavad-gita :

« Le royaume suprême est non manifesté et impérissable. »

Bhagavad-gita, 8.21

Si le monde spirituel est impérissable, il est clairement distinct du monde matériel, où tout est périssable. Mais le terme clé, ici, est «non manifesté», ce qui veut dire que le monde spirituel ne peut pas être une destination au sens d’un lieu accessible par un déplacement physique d’un point A à un point B. Aucun moyen de transport ne permet d’atteindre un lieu non manifesté, donc impalpable et invisible à nos yeux d’humains.

Une image qui en cache bien d’autres

Ainsi l’image du Paradis comme un royaume céleste à atteindre au terme de notre vie terrestre n’est-elle que cela… une image. Une image néanmoins riche d’évocations, en ce qu’elle nous invite à prendre conscience d’une tout autre réalité que celle que nous nous sommes fabriquée en revêtant un corps de chair et d’os. Une réalité éternelle et immuable plutôt que temporaire et changeante. Une réalité où tout est vérité, libre de toute illusion trompeuse et de toute conception erronée de la vie. Une réalité empreinte de joie et de sérénité, étrangère aux hauts et aux bas de notre quotidien.

Car, «non manifesté» ne veut pas dire «non existant». Les Védas, notamment la Brahma-samhita, le Shrimad-Bhagavatam et les Puranas en général, fournissent d’ailleurs des descriptions détaillées du monde spirituel.

« En ce royaume baigné d’amour, les demeures sont faites de pierres philosophales, des arbres-à-souhaits produisent une infinie variété de fruits, et les vaches donnent leur lait sans compter. Chaque parole y est un chant, et chaque pas, une danse. »

Brahma-samhita, 5.29

Imagerie symbolique ou description factuelle? Ne vous torturez pas trop les méninges avec ça. Comprenez plutôt que nous vivons dans un univers multidimensionnel dont nombre de dimensions échappent à nos facultés perceptuelles. Et que le Paradis dont il est question se veut l’expression des possibilités infinies qui s’offrent à nous sur le plan spirituel.

Notre champ de conscience est obscurci par notre identification et notre attachement à la dimension matérielle de l’univers, avec toutes les contraintes spatiotemporelles que nous lui connaissons. Autrement dit, nous n’exploitons sur le plan physique, mental, émotionnel et intellectuel qu’une infime partie des ressources qui s’offrent à nous. Le plan matériel nous livre une vision incomplète de la réalité; il n’est qu’un pâle reflet du plan spirituel.

Les yeux du cœur

Pour voir au-delà des barrières grossières et subtiles qui nous cachent la vue de la dimension paradisiaque, il nous faut cependant des yeux tout autres que ceux que nous utilisons pour écrire et pour lire ces lignes.

«L’essentiel est invisible pour les yeux», disait le Petit Prince de Saint-Exupéry, et la vision requise pour voir l’essentiel ou le non-manifesté ne s’acquiert qu’en affinant la conscience de notre véritable moi. Ce moi aujourd’hui enfoui sous de multiples couches de désignations acquises de nos parents, de nos enseignants, de nos employeurs, de nos collectivités, de nos dirigeants, et j’en passe. Nous nous identifions à un tas de choses sans substance et sans durée, et nous croyons qu’il s’agit là de notre vrai moi, mais c’est précisément ce moi illusoire fabriqué de toutes pièces qui nous interdit l’accès à la dimension spirituelle et paradisiaque.

Comment donc affiner notre conscience et percer toutes ces couches brumeuses qui nous cachent le soleil de la vie rayonnante à souhait? En balayant les interférences causées par les images trompeuses que nous avons de nous-mêmes et en nous recentrant sur notre moi intime. «On ne voit bien qu’avec le cœur», disait encore le Petit Prince. C’est en effet dans le cœur que siège l’âme, d’où elle rayonne dans tout le corps, et seuls les yeux du cœur détiennent la clé du Paradis.

Plus nous ramenons les choses à l’essentiel en dissipant les futilités qui dispersent nos pensées, nos sentiments et nos énergies, plus la dimension spirituelle nous apparaît clairement. Plus nous accordons de place à la réflexion, à l’écoute, à l’étude, à la méditation et au recueillement, plus les différents aspects de notre existence prennent du sens, plus nous devenons sensibles aux lois de l’univers, et plus nous nous rapprochons de l’Absolu et de son divin royaume.

Pourquoi donc attendre plus longtemps? Le Paradis est à notre portée et il nous attend, ici et maintenant!

Gouna

Ce mot sanskrit se traduit notamment par « attribut », « propriété », « qualité constitutive », « essence » et, par extension, « influence dominante ». Pour clarifier ce concept, je vous propose un extrait adapté de Vivre ma spiritualité aujourd’hui.

Les gounas, les influences maîtresses qui régissent les interactions entre le corps grossier et le corps subtil par l’entremise des sens et du mental, s’imposent comme les attributs fondamentaux de l’énergie illusoire à la racine même de notre identification au corps et de notre conception matérielle de la vie.

Les gounas sont en quelque sorte des marionnettistes qui tirent les ficelles de nos sensations, de nos pensées, de nos sentiments et de nos désirs (gouna peut aussi désigner la corde d’un arc ou d’un instrument de musique). Pour mieux nous aider à définir nos priorités et à canaliser nos efforts, elles tirent à qui mieux mieux sur nos cordes sensibles et opèrent en fonction de nos choix et de nos réactions.

Nous sommes et nous restons seuls maîtres de nos choix et de notre destinée, mais tant et aussi longtemps que nous choisissons d’exercer notre indépendance dans la sphère matérielle, dont nous ne sommes nullement maîtres, nous devons nous plier à certaines exigences, et parmi elles, les gounas, qui régissent bel et bien tout ce que nous faisons dans l’oubli de notre identité spirituelle.

Les gounas sont au nombre de trois, et elles se présentent comme suit :

Vertu (sattva-gouna) : les personnes sous l’influence de la vertu (sattva se traduit aussi par «pureté», «vérité», «connaissance», «intégrité» ou «équilibre») font preuve de compassion, de droiture et de détachement, ne manifestent aucune aversion ni aucun attrait excessif, et trouvent leur satisfaction dans le sentiment du devoir accompli.

Passion (rajo-gouna) : les personnes sous l’influence de la passion (rajas se traduit aussi par «énergie», «force», «impulsion» ou «mouvement») sont pétries de désirs et d’ambitions, motivées par leur ego et acharnées dans leur quête de résultats.

Ignorance (tamo-gouna) : les personnes sous l’influence de l’ignorance (tamas se traduit aussi par «obscurité», «lourdeur» ou «inertie») se révèlent irresponsables, inconstantes et déloyales. Elles recherchent la facilité en tout et sont enclines à la tromperie, à la paresse et à l’indolence.

Un trio tentaculaire

Il faut aussi savoir que ces influences alternent et se chevauchent, ce qui donne lieu à une infinité de combinaisons, si bien que les descriptions ci-dessus visent uniquement à dégager les grandes lignes des tendances associées à chacune des gounas. La nature nous propose en effet un éventail infini de possibilités et d’occasions de satisfaire nos désirs. Et comme notre soif de satisfaction est sans borne, toutes ces avenues semblent si prometteuses que les sens et le mental s’y engagent volontiers sans offrir de résistance.

Nous butinons ainsi de fleur en fleur à la recherche du nectar qui nous procurera le bonheur recherché, et les gounas ne cessent d’en faire apparaître de nouvelles, plus colorées, plus odorantes et plus attirantes encore. Elles déterminent en outre nos préférences en termes d’aliments, de vêtements, de couleurs, de profession et de croyances, et influent sans relâche sur les moindres aspects de notre existence. Le 14e chapitre de la Bhagavad-gita traite en détail de la question, si ça vous intéresse.

Conditionnés par une conception matérielle — pour ne pas dire carrément corporelle — de l’existence, nous sommes davantage enclins à nous laisser guider par nos sens et notre mental que par notre intelligence. Or, ni les sens ni le mental n’ont d’autonomie à proprement parler. Ou alors ils sont harnachés par l’intelligence et entièrement mis au service de notre quête intérieure, ou alors ils répondent spontanément aux sollicitations de l’extérieur.

Et puisque nous n’avons pas tous le même bagage et que nous n’en sommes pas tous au même point dans notre évolution, nous ne sommes pas tous attirés par les mêmes choses. Autrement dit, selon le chemin parcouru et notre héritage karmique, nous sommes plus naturellement portés, consciemment ou non, vers des attitudes, des comportements et des activités sous le signe de la «vertu», sous le signe de la «passion» ou sous le signe de l’«ignorance». À nous d’obéir aveuglément à ces influences ou, au contraire, de prendre les moyens de nous en affranchir…

Simplicité volontaire

Diogène – Tableau de Jean-Léon Gérôme (1860)

Si vous croyez que la simplicité volontaire est une idée nouvelle, détrompez-vous. Thoreau, Tolstoï et Gandhi ont peut-être inspiré ses plus récents défenseurs, mais François d’Assise les avait précédés au 13e siècle, et Diogène bien avant lui, au 4e siècle avant notre ère!

Diogène de Sinope, élève de Socrate, est un philosophe grec contemporain de Platon et d’Aristote qui vivait dans un tonneau et passait ses journées à déambuler, vêtu de haillons, lanterne à la main, en quête d’un homme authentique. Sa philosophie : savoir se satisfaire de l’essentiel et vivre en harmonie avec la nature plutôt que de s’agiter en tous sens comme des poules sans tête à la poursuite de biens et de plaisirs futiles et fugaces.

Voyant un jour un jeune garçon boire à la fontaine avec ses mains, il jeta son écuelle et s’exclama :

« Cet enfant m’apprend que je conserve encore du superflu. »

Le principe fondamental de la simplicité volontaire consiste à réduire sa consommation globale ainsi que ses impacts sur l’environnement et la société. Elle est généralement motivée par un désir de vivre en accord avec des valeurs familiales, communautaires ou écologiques tenues pour essentielles.

Un choix raisonné

En poursuivant nos recherches, nous découvrons que les valeurs et les principes au fondement même de la simplicité volontaire ponctuent l’histoire de l’humanité bien avant l’avènement de Diogène. On les retrouve jusque dans la plus ancienne des Upanishads, qui date de plusieurs milliers d’années et qui pousse le concept encore plus loin :

« L’Être Suprême est l’unique maître et propriétaire de tout ce qui existe dans l’univers, aussi bien de ce qui est animé que de ce qui ne l’est pas. Nous devons donc accepter la part qui nous revient et n’utiliser que ce qui nous est nécessaire, en nous rappelant bien à qui tout appartient. »

Isha Upanishad, 1

Cette strophe admet d’emblée la suprématie de l’Absolu dans sa forme personnelle, au-delà de ses manifestations localisées et impersonnelles. De fait, tout ce qui existe procède du Divin et lui est subordonné, aussi bien la terre, l’air et l’eau que les êtres vivants et les objets inanimés.

On compare l’Absolu au feu, et tout ce qui existe, à la lumière et à la chaleur du feu. Tout relève de l’énergie matérielle ou de l’énergie spirituelle, et toutes deux ont pour source énergétique celui qu’on nomme ici l’Être Suprême. Toute énergie doit en effet avoir une source, et la source première de toutes les énergies en est seule maîtresse et propriétaire.

« Outre l’énergie matérielle, inférieure,
il est une énergie supérieure qui M’appartient également.
Elle est constituée des êtres vivants
qui exploitent les ressources de la nature matérielle. »

Bhagavad-gita, 7.5

Ayons donc la sagesse d’admettre à notre tour qu’en toute intelligence, rien ne nous appartient en propre. Nous n’avons créé ni le bois, ni la pierre, ni les métaux que nous utilisons pour nos constructions; nous ne pouvons qu’en modifier la forme et les assembler. Nous n’avons non plus créé aucune céréale, aucun fruit ou légume, ni aucun des autres aliments qui assurent notre survie; nous ne pouvons que les cueillir ou les cultiver et les récolter.

L’Isha Upanishad nous le rappelle d’ailleurs en termes clairs : tout ce qui nous est essentiel est gracieusement mis à notre disposition par le seigneur et maître de tout ce qui existe. La simplicité volontaire gagne dès lors en profondeur lorsqu’elle nous amène à vivre non seulement plus simplement, mais aussi et surtout plus consciemment, dans une conscience élargie du fait que nous dépendons entièrement de la Source primordiale de l’animé comme de l’inanimé.

Une vie simple de hautes pensées

Nos sociétés modernes, où la réussite se mesure en pouvoir et en argent, favorisent la surexploitation des ressources naturelles, la surconsommation et la croissance à tout prix au détriment d’une vie en harmonie avec notre mère la terre, avec nos frères et sœurs humains, ainsi qu’avec la Source intarissable de tous les bienfaits.

Nous arrivons nus en ce monde, et nous en repartons nus. Nous n’apportons rien avec nous en naissant, et nous n’emportons rien non plus en mourant. Est-ce à dire que nous devrions nous priver de tout confort? Ne jurer que par le 100 % fait main et fait maison? Nous interdire tout déplacement autre qu’à pied, à cheval ou à vélo? Pas nécessairement.

Tant mieux si vous pouvez produire votre propre nourriture et fabriquer tout ce que vous utilisez, mais tout le monde n’a pas la même vision de la simplicité. Ce qui importe vraiment, c’est d’apprendre à nous contenter de ce qui nous vient sans efforts excessifs; c’est de dégager du temps et de l’énergie pour développer la dimension spirituelle de notre être et pour apprendre à mieux connaître la Source de toutes les richesses mises à notre disposition.

Une vie plus simple, oui, mais d’abord et avant tout pour élever nos pensées au-delà des considérations matérielles, qu’elles soient d’ordre familial, communautaire ou écologique.

La merveille des merveilles

Illustration de la bataille de Kouroukshetra
dans une ancienne édition manuscrite du Mahabharata.

Réflexion de circonstance d’un point de vue… spirituel. Pour tout le reste, les médias et les réseaux sociaux font très bien l’affaire.

Au 30e siècle avant notre ère, à la veille de l’historique bataille de Kouroukshetra, le grand justicier Yamaraj met à l’épreuve la sagesse du roi Youdhisthir en lui demandant quelle est la chose la plus merveilleuse en ce monde. Et l’auguste souverain de lui répondre :

« La plus merveilleuse de toutes les choses en ce monde,
c’est que des centaines de milliers d’êtres vivants meurent à chaque instant,
et que les gens continuent à vivre comme si leur heure n’allait jamais venir. »

Mahabharata, Vana-parva, 313.116

Personne n’a envie de mourir, et c’est tout à fait naturel. Personne n’a trop envie d’en parler ou d’y penser non plus, et c’est tout aussi naturel. Reste que nous sommes continuellement témoins de l’œuvre du temps qui fauche tout sur son passage, et que nous pouvons passer l’arme à gauche à tout moment. Personne ne sait quand son heure viendra, mais elle viendra, et nous aimons croire qu’elle viendra… plus tard, beaucoup plus tard. Jusqu’à ce qu’une redoutable menace vienne soudainement nous rappeler que notre vie ne tient toujours qu’à un fil et que notre monde peut basculer à tout moment.

Cela dit, notre plus grande crainte ne devrait pas être de succomber aux virus venus de l’extérieur, mais plutôt de continuer à cajoler le virus qui nous ronge de l’intérieur! Ce satané virus qui entretient notre conception matérielle de la vie et qui nous pousse constamment à nous identifier à notre corps. Ce fichu virus qui nous fait complètement oublier que c’est notre enveloppe qui est mortelle, pas nous!

Virus, sort de cette âme

Comment nous débarrasser de cet empêcheur de tourner en rond qui menace constamment de faire échouer nos projets de bonheur sans limites? Tout d’abord en prenant conscience de son existence. Si je n’ai pas conscience d’être ballotté entre mes désirs et mes émotions en réaction aux sollicitations de mes sens, je ne peux que continuer à jouer le jeu de l’ennemi public no 1.

Secundo, en m’enfonçant dans le crâne une bonne fois pour toutes que rien n’est permanent sur le plan matériel, et que tous mes efforts pour jouir pleinement de la vie dans un corps sous l’emprise du plus délétère de tous les virus sont inéluctablement voués à l’échec.

« Éphémères, joies et peines, comme étés et hivers vont et viennent. »

Bhagavad-gita, 2.14

Tertio, en adoptant une perspective plus durable et jouissive de la vie. Si je ne suis réellement maître de rien d’autre que la conscience dans laquelle j’agis, j’ai tout intérêt à développer un goût supérieur à celui des plaisirs furtifs qui s’offrent à moi sur le plan matériel.

L’immunité ici et maintenant

À bas le virus de la mort! Injectons-nous sans tarder le vaccin qui libère de toute crainte et de toute entrave. Comment? En utilisant cette forme humaine pour nous rapprocher de l’Absolu. En reconnaissant que nous ne sommes que d’infimes parcelles du Grand Tout et en acceptant humblement de nous mettre à son service plutôt que de chercher à tout contrôler autour de nous. Enfin, en honorant et en glorifiant constamment non seulement la vie, mais la Source de toute vie.

Qui pense, parle et agit dans une telle conscience s’établit spontanément sur le plan spirituel et goûte pleinement un bonheur sans fin et sans limites, ici et maintenant. Ce n’est pas plus compliqué que ça.

« Sur le plan spirituel, chaque pas est une danse, chaque parole est un chant,
et jamais ne cessent ni l’amour ni les rires. »

Brahma-samhita, 5.56

Lavons-nous les mains, mais aussi le cœur. Réintégrons nos foyers, mais aussi l’intérieur de nous-mêmes. Faisons de l’exercice, mais profitons-en aussi pour nous entraîner à voir les choses autrement et à nous immuniser contre la foutue conception matérielle de la vie qui nous rend esclaves de notre corps et nous expose à toutes les plaies de ce plan d’existence temporaire et illusoire.

N’attendons pas la maladie, la vieillesse, la famine, la guerre, les pandémies ou les catastrophes naturelles pour nous rappeler de mettre les choses en perspective et de nous recentrer sur l’essentiel. La vie est trop courte pour ça! Vivons notre immortalité dès aujourd’hui!

Comment noyer le poisson

Illustration de Denis Dubois

En cette ère de désinformation et de fausses nouvelles, je vous propose aujourd’hui un petit exercice de raisonnement et de logique élémentaire.

En spiritualité, noyer le poisson, c’est s’afficher comme un gourou tout en se défendant d’en être un; c’est diffuser un enseignement ciblé en prétendant accompagner les gens dans la quête de leur propre vérité; c’est créer des liens de cause à effet là où il n’y en a pas; c’est user d’arguments qui semblent logiques mais qui découlent d’un faux raisonnement – ce qu’on appelle communément un « sophisme » (kutarka en sanskrit).

Le but : déformer les faits à son avantage, tromper autrui en s’appuyant sur des éléments de vérité pour propager des faussetés, créer une confusion propice à l’exploitation des émotions d’autrui, remplacer un système de croyances par un autre système de croyances…

À titre d’exemple, je vous propose un texte de Jeff Foster, dont le parcours et le discours ont naturellement retenu mon attention, car il s’inspire ouvertement des écoles de pensée védiques – notamment du védanta et des philosophies connexes, dont l’advaita (la non-dualité) et la bhedabheda (l’unité dans la diversité).

Le problème, c’est que monsieur Foster en détourne habilement le sens en les accommodant à sa propre sauce au goût du jour. Se tromper soi-même est une chose, mais tromper les autres en les berçant de non-sens au nom de la vérité en est une toute autre.

Une personne avertie en vaut deux. Voyons voir si vous arrivez à débusquer les aberrations dans le texte qui suit.

Le leurre

Le texte en question, sous forme de poème, s’intitule The Rapture (L’enchantement), et se traduit comme suit :

Il n’y a pas de Dieu
simplement parce que Dieu
n’a ni intérieur ni extérieur
non plus qu’aucunes limites.

Il n’a pas non plus de nom
autre que tous les noms.

Ne serait-ce que prononcer le mot « Dieu »
réduit Dieu à une chose,
à un concept,
circonscrit, distinct, séparé de vous.

Il n’y a pas de Dieu
simplement parce que
tout est Dieu.

Dieu n’est qu’un autre nom
pour Tout ce qui est
et Tout ce qui n’est pas.

Et que vous y croyiez ou non
n’a rien à y voir.

Hallelujah.


Tel est pris qui croyait prendre

1er hic : Dire que Dieu possède certains attributs, par exemple qu’il n’a ni intérieur, ni extérieur, ni limites, c’est dire que Dieu existe, ce qui, en toute logique, contredit l’affirmation initiale qu’il n’existe pas plutôt que d’en être la preuve – une chose qui n’existe pas ne peut pas avoir d’attributs!

2e hic : Si Dieu a tous les noms, il ne peut logiquement pas ne pas avoir de nom.

Il s’agit là de caractérisations de l’Absolu provenant des Upanishads, qui précisent en outre que l’Absolu est à la fois immobile et plus rapide que la pensée, qu’il se déplace sans se déplacer, qu’il est à la fois infiniment loin et infiniment près, et présent aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de chaque être et de chaque chose. Ces attributs contribuent à le définir, et non à en nier l’existence. (Pour plus de détails, voir À la découverte de l’Absolu.)

3e hic : Est-ce que le fait de prononcer le mot « humain », « cheval » ou « moustique » en fait des choses, des objets ou des notions dépourvues de réalité en dehors de nous? Dire que prononcer le mot « Dieu » réduit Dieu à une chose implique tacitement que Dieu est autre chose qu’une simple chose, ce qui contredit la prémisse de départ voulant qu’il n’ait pas d’existence.

4e hic : Comment peut-on déclarer qu’il n’y a pas de Dieu, donc que Dieu n’est rien, pour ensuite proclamer que tout est Dieu?

À titre d’information, la Bhagavad-gita explique – nuance importante – que Dieu est en tout et que tout est en Dieu, mais que tout n’est pas Dieu. L’humain, le chien et l’arbre participent tous de la nature de l’Absolu, mais aucun d’eux n’est l’Absolu en soi.

5e hic : Dire que Dieu n’est qu’un autre nom pour Tout ce qui est et Tout ce qui n’est pas, ce n’est pas établir sa non-existence. C’est au contraire affirmer qu’il est le Grand Tout, l’Absolu, l’alpha et l’oméga… présent en tout et hors de tout.

Que nous croyions ou non en Dieu n’a en effet aucune importance ici. Ce que monsieur Foster semble attendre de nous, c’est que nous le croyions sur parole lorsqu’il nous dit qu’il n’y a pas de Dieu, en dépit de l’illogisme flagrant des arguments qu’il emploie pour noyer le poisson – ou serait-ce plutôt pour nous appâter comme des poissons?

Et si on remettait le poisson à l’eau?

Je ne vous demanderai pas votre score, mais j’espère sincèrement que cet exercice vous incitera à aiguiser votre jugement et à détecter les leurres lorsqu’il y a anguille sous roche. Trop de beaux parleurs nous font perdre notre temps en jouant sur nos émotions plutôt que de faire appel à notre intelligence pour nous aider à discerner le vrai du faux.

Pour l’heure, vous aurez sans doute compris que monsieur Foster jongle avec les mots dans l’espoir de nous voir mordre à l’hameçon de sa conception impersonnelle de l’Absolu. Mais en quoi sa conception mérite-t-elle plus d’attention que la conception localisée de l’Absolu ou la conception personnelle de l’Absolu (voir La triade divine)?

La question est d’autant plus pertinente que la dimension profondément personnelle de l’humain – sur laquelle il insiste tellement dans ses enseignements – ne peut qu’être le reflet de cette même dimension dans l’Absolu, puisque par définition, l’Absolu englobe tout; il ne saurait donc être dépourvu des attributs d’aucune de ses manifestations relatives! En cherchant à confiner l’Absolu à une seule de ses dimensions, on s’égare soi-même; et en le criant sur les toits, on risque malheureusement d’entraîner les autres dans son sillage.

Plutôt que de noyer davantage un poisson déjà mal en point, mieux vaut simplement le remettre à l’eau. L’océan de la sagesse a tellement mieux à offrir!

Pourquoi un autre livre sur la spiritualité?

Allocution prononcée lors du lancement officiel de mon troisième ouvrage.

Pourquoi un autre livre sur la spiritualité? Eh bien, pour la simple et bonne raison que la spiritualité, c’est ce que nous avons de plus précieux. On associe généralement la spiritualité à la religion, à diverses croyances et pratiques, à la prière, à la méditation ou au yoga, mais la spiritualité, c’est beaucoup plus que ça.

De la même façon que notre « humanité » définit notre condition humaine, notre « spiritualité » définit notre identité spirituelle. Nous oublions trop facilement que nous ne sommes pas des êtres humains en quête d’une expérience spirituelle, mais bien des êtres spirituels vivant une expérience humaine!

Comment savons-nous que notre identité propre est de nature spirituelle? Nous le savons parce qu’aucune forme d’énergie matérielle ni aucune combinaison d’éléments matériels ne peut donner la vie. Seule l’énergie spirituelle peut donner vie à la matière. Seule la personne que je suis peut donner vie au corps que j’habite. Dès l’instant où je quitterai ce corps, il s’éteindra et se décomposera. Rien ni personne d’autre ne pourra le ramener à la vie.

La spiritualité n’est donc pas quelque chose d’extérieur à nous, mais bien plutôt notre essence même, l’ADN de notre ADN. La spiritualité, c’est à proprement parler… la vie! Nous avons donc tout intérêt à mieux nous connaître pour profiter pleinement de la vie. Voilà pourquoi j’ai écrit ce troisième livre sur la spiritualité, et pourquoi je compte bien en écrire d’autres. Le sujet est en effet inépuisable.

Lecture d’extraits de

Vivre ma spiritualité aujourd’hui – Une affaire de conscience

Compte tenu de tous les changements qui surviennent dans notre corps et notre esprit de la naissance à l’âge adulte – aussi bien que dans notre situation sociale, professionnelle ou familiale –, il est évident que nous ne sommes pas ce que nous croyons être à différentes étapes de notre vie, puisqu’à travers toutes ces transformations, nous demeurons foncièrement la même personne.

Aussi attaché que je puisse être à mon corps et aux désignations qui le caractérisent, je n’en reste pas moins celui ou celle qui perçoit les sensations que me procure ce corps. Et c’est encore moi qui ressens les émotions que suscitent dans mon esprit mes rapports avec les gens qui m’entourent et avec le monde dans lequel je vis.

Bref, je ne suis pas mon corps, non plus que mon mental, puisque je peux, selon le cas, observer, subir ou contrôler ce qui se passe dans l’un comme dans l’autre. Il s’agit donc de regarder au-delà du corps physique et du mental pour découvrir qui est ce « je », ce « moi » ou cet « observateur ».

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Aucune action n’est bonne ou mauvaise en soi. C’est son objet et l’esprit dans lequel nous l’accomplissons qui déterminent son impact sur nous-mêmes et sur les autres. Le secret réside dans la conscience avec laquelle nous agissons.

Explorons plus avant ce qu’il en est de l’action accomplie par sens du devoir, dans le respect des lois de l’homme et de l’univers, et sans attachement aux résultats. Je ne risque guère de me tromper si je dis que cette perspective ne nous sourit pas spontanément. Premier réflexe : « Si je me fous des résultats, je n’arriverai jamais à rien! » Attention! Il n’est absolument pas question de se foutre des résultats. Il s’agit plutôt d’avoir l’humilité d’admettre et de reconnaître que peu importe l’énergie et les ressources que je peux déployer dans mes entreprises, je n’ai AUCUN contrôle sur les résultats en question. Vous en doutez? Parlez-en au cultivateur qui voit sa récolte détruite par la grêle en dépit de ses valeureux efforts; à l’homme d’affaires qui voit s’écrouler le marché au moment de lancer un produit soigneusement étudié dont le développement a nécessité d’importants investissements; ou à l’auteure inconnue et sans le sou dont le premier roman est rejeté par tous les éditeurs à qui elle le présente avant de devenir un des plus grands best-sellers de tous les temps! Il s’agit d’une vérité immuable : les résultats sont parfois inférieurs à nos attentes, parfois satisfaisants, sans plus, et parfois nettement supérieurs à tout ce qu’on aurait pu imaginer, mais JAMAIS nous n’avons la moindre garantie en ce sens.

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Nombre d’animaux sont beaucoup mieux dotés que nous à plusieurs égards. Qu’il suffise de penser à l’ouïe du chien, capable d’entendre une large plage de fréquences auxquelles nous restons parfaitement insensibles, ou à son odorat, jusqu’à quarante fois plus développé que le nôtre… Au système de navigation des baleines, qui parcourent des milliers de kilomètres pour mettre bas au même endroit génération après génération… À la capacité de manger de la musaraigne, capable d’engloutir chaque jour jusqu’à deux fois son poids en nourriture… À la vision de l’aigle, qui peut repérer sa proie à plus de cinq cents mètres… À la force d’une simple fourmi, capable de transporter jusqu’à soixante fois son poids… Et que dire de l’ours, qui peut dormir tout l’hiver, ou des performances sexuelles de nos cousins les singes?

Tout bien considéré, sur le plan strictement physique, nous n’avons franchement pas de quoi pavoiser dans la création. Les atouts de l’Homo sapiens se situent à un tout autre niveau, et je ne parle pas ici que du rire, communément tenu pour le propre de l’homme même si de nombreux chercheurs estiment que d’autres espèces en sont aussi capables. Ce qui fait l’exclusivité unique de l’espèce humaine, c’est la faculté de se questionner, de raisonner et de façonner sa destinée. Au contraire des animaux, l’être humain est à même de faire des choix existentiels, et du coup de s’élever ou de s’abaisser, de continuer à mésuser de son libre arbitre et à migrer d’un corps à un autre, ou de mettre fin à ce cycle contraignant qui va à l’encontre de sa nature profonde et de sa raison d’être.

Pour l’âme désireuse de tirer pleinement parti de son existence, le choix est clair : elle doit saisir l’occasion exceptionnelle que lui offre la forme humaine pour raviver la conscience de son moi véritable et renouer avec sa source, au-delà du train-train boulot-bouffe-baise-dodo. Telle est sa raison d’être, et le fondement même de sa mission sur terre.

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En fin de compte, la voie à suivre pour vivre sa spiritualité n’est autre que celle qui permet d’élever sa conscience au-delà de la conception strictement corporelle et matérielle de la vie, et de raviver sa conscience de l’Absolu. Car – faut-il le répéter – la spiritualité est d’abord et avant tout une affaire de conscience.

Et cette voie peut être suivie par tous, quelles que soient leur culture, leur éducation et leur religion – ou leur absence de religion. Oubliez les idées reçues sur la spiritualité voulant qu’elle passe par le retrait du monde, le renoncement aux plaisirs temporels, l’adhésion à un groupe, la prière à tout va ou je ne sais quelles bigoteries. La voie de la réalisation spirituelle ne dépend d’aucun préalable, n’impose aucune contrainte et n’obéit à aucune règle autre que le désir et la volonté expresse d’opérer en soi un changement de conscience libérateur. Reste à prendre des mesures concrètes pour y parvenir.

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Une des plus grandes difficultés à vivre ma spiritualité aujourd’hui tient au fait que tout me pousse à m’en détourner. Je suis bombardé d’appels à la consommation, d’annonces de spectacles et d’événements à ne pas manquer, d’incitations à mille et une formes d’évasion et de divertissement… Il faut une volonté de fer pour restreindre ses élans et se réserver le temps de vivre sa spiritualité au quotidien. Tous les moyens d’apaiser ses sens surexcités et son mental tourbillonnant sont donc les bienvenus. L’identification au corps et le conditionnement matériel résistent à tout effort d’affranchissement de cette fausse conception de l’existence. Or, une vie simple et de hautes pensées contribuent grandement à réduire leur emprise.

La beauté de la chose, en fin de compte, c’est qu’au-delà de tous les principes et de toutes les pratiques, la spiritualité reste foncièrement une affaire de conscience. La conscience qui m’habite et que je cultive quand je joue et quand je travaille. La conscience avec laquelle je cuisine, je bois et je mange. La conscience dans laquelle je peins, je chante et je tricotte. La conscience par laquelle je lis et j’écris. La conscience qui anime la moindre de mes pensées, la moindre de mes paroles et le moindre de mes actes. Matérielle ou spirituelle? Le choix est mien. À chaque instant de mon existence. En tout temps et en tout lieu.

As-tu fait ton jogging?

Sérieusement, te gardes-tu en forme… spirituellement?

Pour garder la forme, certains font du jogging alors que d’autres vont au gym, font du vélo, jouent au tennis et quoi encore. L’idée est simple et éprouvée : la pratique régulière d’une forme d’activité physique structurée donne de l’énergie, permet de maintenir le corps en santé et aide à avoir les idées claires.

Un point pour le corps. Mais qu’en est-il de l’âme? Si le corps a besoin d’exercice pour être en santé, l’âme n’a-t-elle pas aussi besoin d’une forme d’entraînement pour rester alerte et épanouir sa conscience? La réponse est « oui ».

Si je suis une personne de nature spirituelle vivant dans un corps matériel, il est tout à fait normal et souhaitable que je prenne soin de ce corps : c’est ma demeure, mon chez moi dans cette vie. Mais il est tout aussi normal et impératif que je m’occupe de moi, moi qui vis dans ce corps et qui l’anime.

Si je prends soin de mon corps mais néglige de m’occuper de moi, je vais continuer de m’encrasser dans une conception purement matérielle de l’existence. Je vais continuer à m’identifier à mon corps au point d’en oublier que je suis de nature spirituelle et que je ne suis que de passage dans ce corps. Au point d’en oublier que je suis éternel et que je me trouve dans ce monde comme dans un rêve, en proie à mille et une illusions.

Si je trouve le temps d’accorder à mon corps une heure d’activité physique en plus de ses heures de sommeil, de ses heures de travail, de ses repas quotidiens et de ses moments de détente, ne pourrais-je m’en accorder au moins autant pour me nourrir spirituellement? Je comprends que mon corps a besoin de beaucoup d’attention et de soins, mais je ne dois pas me négliger pour autant.

Allez, un petit effort! Comme pour l’activité physique, le plus dur, c’est de commencer. Après, on ne peut plus s’en passer. Êtes-vous plus matin ou soir? Préférez-vous la lecture ou la méditation? Pourquoi pas les mantras, les contenus audio ou vidéo inspirants et instructifs? Sans parler des lieux de recueillement ou de célébration en groupe. Je vous laisse le choix des armes. L’important, c’est que vous vous occupiez de vous. Je peux vous assurer que vous y trouverez une satisfaction et un plaisir insoupçonnés et sans cesse renouvelés.