

Compte-rendu d’un entretien entre Bhaktivedanta Swami et Carol Cameron, doctorante en anthropologie, à Perth, Australie, le 9 mai 1975.
Bhaktivedanta Swami : Les Darwinistes nous parlent d’évolution des espèces sur des millions, voire des milliards d’années. Mais comme nous tous, ils ne vivent que 70 ou 80 ans. Comment peuvent-ils faire des calculs sur des périodes aussi incroyables? Il s’agit de pures spéculations. Et leurs spéculations induisent les gens en erreur. Un honnête homme ne devrait jamais tromper autrui. Il devrait simplement reconnaître que son savoir est limité au lieu de promouvoir des théories fantaisistes. Tout cela n’a rien de réjouissant.
Pensez-y, un peu. Ces scientifiques sont censés être des leaders en matière de savoir, mais leur savoir est imparfait. Ils ne font que théoriser. Ils se rassurent en se disant qu’ils n’ont rien à offrir que des théories sans fondement, mais que c’est toujours mieux que rien, même si cela risque d’égarer les gens. Tout cela n’est que de la poudre aux yeux, et un honnête homme ne devrait pas leurrer les gens de la sorte.
Avant de communiquer quelque savoir aux autres, il faut d’abord soi-même détenir un réel savoir. Voilà ce que nous prônons. Commencez par parfaire vos connaissances; ensuite pourrez-vous en faire bénéficier les autres. Si vous ne savez pas vraiment, ou si vous n’avez qu’une vague idée des choses, comment pouvez-vous prétendre instruire les autres?
Carol Cameron : Est-il possible de détenir un parfait savoir? Le savoir peut-il jamais être vraiment parfait?
BS : Oui.
CC : J’imagine que je pourrais éventuellement, un jour, détenir le parfait savoir, mais ça me semble peu probable. Comment avoir la certitude que le savoir qu’on possède est parfait?
BS : Vous pouvez obtenir le parfait savoir en un instant, à condition de le recevoir d’une personne qui le possède. Si vos connaissances viennent d’un charlatan, comment pourraient-elles jamais être parfaites?
Le savoir s’acquiert auprès d’une personne. Lorsque je vais à l’école, à l’université ou dans un centre de yoga, c’est pour y apprendre d’un maître. Si le maître est parfaitement accompli dans sa discipline, le savoir que vous recevez de lui est parfait. Sinon, vous n’apprendrez rien de substantiel.
CC : Si je comprends bien, il faut que le maître soit parfaitement situé pour que le savoir qu’on reçoit de lui soit parfait.
BS : C’est exact.
CC : Et peut-on immédiatement recevoir de lui le parfait savoir?
BS : Absolument. À titre d’exemple, le savoir que nous transmettons provient de la Bhagavad-gita. Ce savoir est parfait, et si vous le faites vôtre, vous devenez vous-même parfaite.
CC : Est-ce que cela veut dire que nos actions peuvent aussi devenir parfaites?
BS : Tout à fait. Avez-vous lu la Bhagavad-gita?
CC : Pas encore.
BS : Vous y verrez notamment que Krishna, le Seigneur, nous recommande de toujours penser à lui. Et c’est ce que nous faisons en chantant ou en récitant le mantra Haré Krishna. L’instruction est là, et nous la suivons. Nos actions deviennent dès lors parfaites. Si mon médecin me dit: «Prends ce médicament trois fois par jour, évite telle ou telle chose, et fais les exercices que je t’ai recommandés», et si je suis ses instructions, j’ai tôt fait de guérir. La perfection est à ma portée.
CC : Le cas échéant, n’allons-nous pas tout de même continuer à nous interroger sur le bien-fondé de nos actions, ou constamment remettre nos actions en question?
BS : Non. Si vous savez que le savoir que vous recevez est parfait – parce que vous le recevez d’une personne elle-même parfaitement qualifiée –, vous n’avez aucune raison de vous torturer de la sorte. Vous n’avez qu’à suivre les instructions reçues.
CC : Cela demande donc une foi totale.
BS : Comme chez l’enfant, pour qui son père et sa mère sont parfaits. On s’entend qu’un père et une mère devraient être parfaits dans leur rôle, et qu’aux yeux de l’enfant, toute connaissance qu’ils lui transmettent ne peut qu’être parfaite. Si, par exemple, le père dit à son fils: «Ceci est une table», l’enfant, qui ignore ce qu’est une table, apprendra et répétera: «Ceci est une table». Et lorsqu’il le répétera, il ne fera que dire la vérité, car son savoir est parfait. L’enfant lui-même n’est peut-être pas parfait, mais parce qu’il répète le parfait savoir reçu de son père, ce qu’il dit est parfait.
Un enfant pose naturellement toutes sortes de questions à ses parents. Pour prendre un autre exemple, s’il demande à son père: «Comment s’appelle cette chose?», celui-ci lui répondra: «C’est une sonnette. Et pour la faire sonner, tu dois appuyer sur le bouton, comme ceci.» Voilà comment l’enfant acquiert le parfait savoir des choses de la vie, en posant humblement des questions à ses parents et en mettant leurs instructions en application. Lorsque l’enfant appuie à son tour sur le bouton de la sonnette, il constate qu’effectivement, elle sonne.
Le même principe vaut pour le savoir d’un ordre supérieur. Si vous l’obtenez d’une personne parfaitement compétente pour vous le transmettre, le savoir que vous recevrez sera parfait. Mais si, dans votre domaine par exemple, vous puisez vos connaissances auprès d’une source imparfaite, comme Darwin, vous faites fausse route. À quoi bon perdre son temps à acquérir des connaissances imparfaites?
CC : Sans doute nos critères de perfection ou de réelle compétence ne sont-ils pas très élevés. Nous nous contentons de ce qu’on nous présente, et n’avons que rarement l’occasion de rencontrer qui que ce soit digne d’être qualifié de parfait.
BS : Sachant que c’est le cas, et que les gens acceptent aussi facilement d’être trompés, je n’ai plus qu’à décrocher un doctorat pour devenir une soi-disant autorité… et un parfait trompeur.
CC : Mais le fait est que, même en cherchant très sincèrement à rencontrer quelqu’un de parfait, on ne trouve personne de ce calibre.
BS : Encore faut-il savoir le reconnaître. C’est pourquoi nous nous efforçons de vous présenter Krishna, un être parfait, et de vous transmettre son enseignement. Mais si vous ne voulez pas le suivre, qu’y pouvons-nous? Je peux aussi vous présenter Jésus-Christ, un autre être parfait. Vous le connaissez déjà, mais vous ne suivez pas ses instructions.
CC : Mmm…
BS : Vous n’acceptez pas le savoir parfait qu’il vous donne. Vous préférez suivre Darwin. À qui la faute? Au maître parfaitement compétent, ou à vous? Le fait est que vous n’aimez pas entendre ce qu’une personne parfaite a à dire. Vous préférez écouter des beaux parleurs et des charlatans. C’est là tout le problème.

