Suite et fin de ce billet sur le réel pouvoir du son en matière de spiritualité. Tout particulièrement en ce qui a trait à la méditation mantrique que recommandent les Védas pour s’accomplir pleinement à l’époque où nous vivons. À commencer par ce qu’en dit la science.

Voir le volet précédent.

Au profit des esprits cartésiens que nous sommes, susceptibles de se demander si les Védas n’exagèrent pas les vertus du maha-mantra, il peut être intéressant de vérifier si la science y trouve quelque fondement. Car, même si la science n’a guère d’intérêt pour la spiritualité, elle s’est tout de même penchée sur les effets de la méditation mantrique, dont la pratique compte de plus en plus d’adeptes dans le monde.

Il est notamment prouvé que le chant du maha-mantra a non seulement un effet apaisant sur le cerveau, mais qu’il favorise par ailleurs la concentration et la clarté d’esprit.

Une des grandes causes d’anxiété, voire d’insomnie, tient à un flot incessant de pensées agitées que beaucoup ont du mal à contrôler. Or, il a également été démontré que la pratique du maha-mantra donne à ce chapitre des résultats qui compensent avantageusement la prise de médicaments.

Deux études probantes

Une étude publiée en 2021 par W. J. Niva et coll. portait sur l’analyse des niveaux de marqueurs de stress dans le sang d’un groupe de professionnels de la santé chantant régulièrement le maha-mantra et dans celui d’un groupe de contrôle ne pratiquant pas la méditation mantrique. Les résultats ont démontré une nette réduction des marqueurs en question chez les méditants et confirmé la pratique du maha-mantra comme une forme d’intervention efficace pour réduire le stress chez les sujets à l’étude.

Une étude d’envergure de A. Tseng réalisée en 2022 et faisant référence à plusieurs autres recherches ayant souligné des résultats comparables indique par ailleurs que le chant méditatif du maha-mantra réduit non seulement le stress et l’anxiété, mais aussi les risques d’hypertension artérielle et d’épuisement professionnel, en plus de renforcer le système immunitaire et d’améliorer globalement la qualité de vie des pratiquants.

Du prosaïque au sublime

Aussi intéressants que puissent être les résultats de ces quelques exemples d’études scientifiques parmi d’autres en la matière, permettez-moi de revenir à l’objet central de mon propos, axé sur le pouvoir spirituel des vibrations sonores associées aux seize noms transcendants qui composent le maha-mantra.

Haré Krishna, Haré Krishna
Krishna Krishna, Haré Haré
Haré Râma, Haré Râma
Râma Râma, Haré haré

Qui de mieux, pour nous en parler, que l’avatar Chaitanya, venu enseigner à l’humanité, il y a près de 500 ans déjà, cette méthode de réalisation de soi recommandée entre toutes pour l’époque à laquelle nous vivons. Contrairement à d’autres maîtres qui, au fil des siècles, ont rédigé de volumineux ouvrages sur la science spirituelle, Chaitanya à condensé l’essence de son enseignement dans huit versets connus sous le nom de Shri Shikshastakam. Et le premier de ces versets révèle plus précisément sept effets propres au chant méditatif du maha-mantra.

  1. Le chant méditatif du maha-mantra nettoie le miroir du cœur (ceto-darpaṇa-mārjanam). Un précieux bienfait, sachant que le miroir en question est celui de la conscience, et que tout comme un miroir empoussiéré ne peut renvoyer une image claire, la conscience d’une personne voilée par une conception matérielle de l’existence ne lui permet pas de voir son identité d’âme spirituelle.
  1. Le chant méditatif du maha-mantra éteint le brasier de l’existence matérielle (bhava-mahā-dāvāgni-nirvāpaṇam), ce brasier n’étant autre que le feu dévorant de la vie en ce monde avec son alternance de joies et de peines sous l’influence des lois de la nature et sous les assauts répétés des souffrances infligées par le corps, par les éléments et par les autres êtres.
  1. Le chant méditatif du maha-mantra est tel la lune croissante qui épanouit le lotus de la fortune la plus heureuse qui soit (śreyaḥ-kairava-candrikā-vitaraṇam), une façon poétique et ésotérique de dire qu’il suscite un attrait grandissant pour les gloires de l’Absolu dans sa forme personnelle.
  1. Le chant méditatif du maha-mantra révèle l’essence même du savoir spirituel (vidyā-vadhū-jīvanam), qui consiste à comprendre que les êtres infinitésimaux que nous sommes sont des émanations fragmentaires de l’Être suprême, qu’ils en font éternellement partie intégrante, et qu’ils lui sont intimement liés par une relation indéfectible.
  1. Le chant méditatif du maha-mantra fait sans cesse grandir l’océan de félicité qu’alimente la vie spirituelle (ānandāmbudhi-vardhanam) en procurant à l’âme le bonheur inhérent à sa nature propre, bonheur qu’aucune forme de satisfaction sensorielle, émotionnelle ou intellectuelle ne peut lui procurer pleinement ni durablement.
  1. Le chant méditatif du maha-mantra donne de goûter le nectar sans cesse renouvelé des échanges empreints d’affection entre l’âme infinitésimale et l’Âme suprême (prati-padaṁ pūrṇāmṛtāsvādanam).
  1. Le chant méditatif du maha-mantra a enfin le pouvoir de purifier entièrement le soi (sarvātma-snapanam) et de l’affranchir des désirs de satisfaction personnelle qui l’empêchent de servir le Seigneur des seigneurs avec amour et dévotion.

Ainsi comprend-on que ces effets, dont la manifestation est graduelle – selon le degré d’abandon du méditant à l’écoute attentive et à la prononciation sentie du maha-mantra – culminent dans l’atteinte de la perfection de la vie humaine.

Tel est le réel pouvoir du son!

ceto-darpaṇa-mārjanaṁ bhava-mahā-dāvāgni-nirvāpaṇaṁ
śreyaḥ-kairava-candrikā-vitaraṇaṁ vidyā-vadhū-jīvanam
ānandāmbudhi-vardhanaṁ prati-padaṁ pūrṇāmṛtāsvādanaṁ
sarvātma-snapanaṁ paraṁ vijayate śrī-kṛṣṇa-saṅkīrtanam

Tandis que la Renaissance était littéraire et artistique en Europe,
elle était plutôt spirituelle en Orient,
où l’avatar Chaitanya propageait le chant du maha-mantra de ville en ville,
et confiait à ses disciples et à leurs propres disciples la tâche d’en répandre la pratique partout dans le monde
pour le plus grand bien de l’humanité.
Le pouvoir du son (2/2)