Le Paradis nous attend

… et pas nécessairement à la fin de nos jours. Le fait est que si nous avons quitté le monde spirituel, lui ne nous a jamais quitté!

« Fils et filles immortels du royaume divin,
entendez les sages qui vous en indiquent le chemin. »

Shvetashvatara Upanishad, 2.5

Notre intelligence duelle peut nous porter à croire que si le monde spirituel s’oppose au monde matériel, il doit se trouver en dehors de celui-ci, à des années-lumière d’où nous vivons actuellement. Ne parle-t-on pas d’ailleurs de l’Au-delà comme d’une destination éloignée de notre univers terrestre et cosmique?

Une juste compréhension des choses exige une réflexion plus poussée, à la lumière des multiples indications fournies d’âge en âge par les maîtres du savoir, à commencer par le Bienheureux lui-même dans la Bhagavad-gita :

« Le royaume suprême est non manifesté et impérissable. »

Bhagavad-gita, 8.21

Si le monde spirituel est impérissable, il est clairement distinct du monde matériel, où tout est périssable. Mais le terme clé, ici, est «non manifesté», ce qui veut dire que le monde spirituel ne peut pas être une destination au sens d’un lieu accessible par un déplacement physique d’un point A à un point B. Aucun moyen de transport ne permet d’atteindre un lieu non manifesté, donc impalpable et invisible à nos yeux d’humains.

Une image qui en cache bien d’autres

Ainsi l’image du Paradis comme un royaume céleste à atteindre au terme de notre vie terrestre n’est-elle que cela… une image. Une image néanmoins riche d’évocations, en ce qu’elle nous invite à prendre conscience d’une tout autre réalité que celle que nous nous sommes fabriquée en revêtant un corps de chair et d’os. Une réalité éternelle et immuable plutôt que temporaire et changeante. Une réalité où tout est vérité, libre de toute illusion trompeuse et de toute conception erronée de la vie. Une réalité empreinte de joie et de sérénité, étrangère aux hauts et aux bas de notre quotidien.

Car, «non manifesté» ne veut pas dire «non existant». Les Védas, notamment la Brahma-samhita, le Shrimad-Bhagavatam et les Puranas en général, fournissent d’ailleurs des descriptions détaillées du monde spirituel.

« En ce royaume baigné d’amour, les demeures sont faites de pierres philosophales, des arbres-à-souhaits produisent une infinie variété de fruits, et les vaches donnent leur lait sans compter. Chaque parole y est un chant, et chaque pas, une danse. »

Brahma-samhita, 5.29

Imagerie symbolique ou description factuelle? Ne vous torturez pas trop les méninges avec ça. Comprenez plutôt que nous vivons dans un univers multidimensionnel dont nombre de dimensions échappent à nos facultés perceptuelles. Et que le Paradis dont il est question se veut l’expression des possibilités infinies qui s’offrent à nous sur le plan spirituel.

Notre champ de conscience est obscurci par notre identification et notre attachement à la dimension matérielle de l’univers, avec toutes les contraintes spatiotemporelles que nous lui connaissons. Autrement dit, nous n’exploitons sur le plan physique, mental, émotionnel et intellectuel qu’une infime partie des ressources qui s’offrent à nous. Le plan matériel nous livre une vision incomplète de la réalité; il n’est qu’un pâle reflet du plan spirituel.

Les yeux du cœur

Pour voir au-delà des barrières grossières et subtiles qui nous cachent la vue de la dimension paradisiaque, il nous faut cependant des yeux tout autres que ceux que nous utilisons pour écrire et pour lire ces lignes.

«L’essentiel est invisible pour les yeux», disait le Petit Prince de Saint-Exupéry, et la vision requise pour voir l’essentiel ou le non-manifesté ne s’acquiert qu’en affinant la conscience de notre véritable moi. Ce moi aujourd’hui enfoui sous de multiples couches de désignations acquises de nos parents, de nos enseignants, de nos employeurs, de nos collectivités, de nos dirigeants, et j’en passe. Nous nous identifions à un tas de choses sans substance et sans durée, et nous croyons qu’il s’agit là de notre vrai moi, mais c’est précisément ce moi illusoire fabriqué de toutes pièces qui nous interdit l’accès à la dimension spirituelle et paradisiaque.

Comment donc affiner notre conscience et percer toutes ces couches brumeuses qui nous cachent le soleil de la vie rayonnante à souhait? En balayant les interférences causées par les images trompeuses que nous avons de nous-mêmes et en nous recentrant sur notre moi intime. «On ne voit bien qu’avec le cœur», disait encore le Petit Prince. C’est en effet dans le cœur que siège l’âme, d’où elle rayonne dans tout le corps, et seuls les yeux du cœur détiennent la clé du Paradis.

Plus nous ramenons les choses à l’essentiel en dissipant les futilités qui dispersent nos pensées, nos sentiments et nos énergies, plus la dimension spirituelle nous apparaît clairement. Plus nous accordons de place à la réflexion, à l’écoute, à l’étude, à la méditation et au recueillement, plus les différents aspects de notre existence prennent du sens, plus nous devenons sensibles aux lois de l’univers, et plus nous nous rapprochons de l’Absolu et de son divin royaume.

Pourquoi donc attendre plus longtemps? Le Paradis est à notre portée et il nous attend, ici et maintenant!

Gouna

Ce mot sanskrit se traduit notamment par « attribut », « propriété », « qualité constitutive », « essence » et, par extension, « influence dominante ». Pour clarifier ce concept, je vous propose un extrait adapté de Vivre ma spiritualité aujourd’hui.

Les gounas, les influences maîtresses qui régissent les interactions entre le corps grossier et le corps subtil par l’entremise des sens et du mental, s’imposent comme les attributs fondamentaux de l’énergie illusoire à la racine même de notre identification au corps et de notre conception matérielle de la vie.

Les gounas sont en quelque sorte des marionnettistes qui tirent les ficelles de nos sensations, de nos pensées, de nos sentiments et de nos désirs (gouna peut aussi désigner la corde d’un arc ou d’un instrument de musique). Pour mieux nous aider à définir nos priorités et à canaliser nos efforts, elles tirent à qui mieux mieux sur nos cordes sensibles et opèrent en fonction de nos choix et de nos réactions.

Nous sommes et nous restons seuls maîtres de nos choix et de notre destinée, mais tant et aussi longtemps que nous choisissons d’exercer notre indépendance dans la sphère matérielle, dont nous ne sommes nullement maîtres, nous devons nous plier à certaines exigences, et parmi elles, les gounas, qui régissent bel et bien tout ce que nous faisons dans l’oubli de notre identité spirituelle.

Les gounas sont au nombre de trois, et elles se présentent comme suit :

Vertu (sattva-gouna) : les personnes sous l’influence de la vertu (sattva se traduit aussi par «pureté», «vérité», «connaissance», «intégrité» ou «équilibre») font preuve de compassion, de droiture et de détachement, ne manifestent aucune aversion ni aucun attrait excessif, et trouvent leur satisfaction dans le sentiment du devoir accompli.

Passion (rajo-gouna) : les personnes sous l’influence de la passion (rajas se traduit aussi par «énergie», «force», «impulsion» ou «mouvement») sont pétries de désirs et d’ambitions, motivées par leur ego et acharnées dans leur quête de résultats.

Ignorance (tamo-gouna) : les personnes sous l’influence de l’ignorance (tamas se traduit aussi par «obscurité», «lourdeur» ou «inertie») se révèlent irresponsables, inconstantes et déloyales. Elles recherchent la facilité en tout et sont enclines à la tromperie, à la paresse et à l’indolence.

Un trio tentaculaire

Il faut aussi savoir que ces influences alternent et se chevauchent, ce qui donne lieu à une infinité de combinaisons, si bien que les descriptions ci-dessus visent uniquement à dégager les grandes lignes des tendances associées à chacune des gounas. La nature nous propose en effet un éventail infini de possibilités et d’occasions de satisfaire nos désirs. Et comme notre soif de satisfaction est sans borne, toutes ces avenues semblent si prometteuses que les sens et le mental s’y engagent volontiers sans offrir de résistance.

Nous butinons ainsi de fleur en fleur à la recherche du nectar qui nous procurera le bonheur recherché, et les gounas ne cessent d’en faire apparaître de nouvelles, plus colorées, plus odorantes et plus attirantes encore. Elles déterminent en outre nos préférences en termes d’aliments, de vêtements, de couleurs, de profession et de croyances, et influent sans relâche sur les moindres aspects de notre existence. Le 14e chapitre de la Bhagavad-gita traite en détail de la question, si ça vous intéresse.

Conditionnés par une conception matérielle — pour ne pas dire carrément corporelle — de l’existence, nous sommes davantage enclins à nous laisser guider par nos sens et notre mental que par notre intelligence. Or, ni les sens ni le mental n’ont d’autonomie à proprement parler. Ou alors ils sont harnachés par l’intelligence et entièrement mis au service de notre quête intérieure, ou alors ils répondent spontanément aux sollicitations de l’extérieur.

Et puisque nous n’avons pas tous le même bagage et que nous n’en sommes pas tous au même point dans notre évolution, nous ne sommes pas tous attirés par les mêmes choses. Autrement dit, selon le chemin parcouru et notre héritage karmique, nous sommes plus naturellement portés, consciemment ou non, vers des attitudes, des comportements et des activités sous le signe de la «vertu», sous le signe de la «passion» ou sous le signe de l’«ignorance». À nous d’obéir aveuglément à ces influences ou, au contraire, de prendre les moyens de nous en affranchir…

La solitude

Extraits d’un texte d’actualité sous la plume de Mathieu Guénette, conseiller en orientation et instigateur du projet « Les Ambitieux ».

Pourquoi avons-nous tendance à percevoir la solitude comme étant non désirable?

Quand j’étais adolescent, je me retrouvais souvent seul. Au départ, c’est vrai, la solitude m’était apparue comme un calvaire. J’y voyais aussi un échec. Si tu es seul, c’est que personne n’a envie de passer du temps à tes côtés. Par exemple, je n’aurais pas voulu qu’à l’heure du dîner, à la cafétéria de mon école secondaire, on me voit manger seul. Manger mon lunch avec n’importe qui m’apparaissait assurément préférable à cette solitude.

Mais à force d’être seul, j’ai fini par développer une réelle complicité avec cette solitude. Je pourrais même dire que nous en sommes venus à nous apprécier mutuellement. Puis, c’est grâce à cette solitude que j’en suis venu à retirer autant de plaisir à lire, écrire, développer mes connaissances et ma créativité. Quand je me retrouve enfin seul après une longue période, j’ai l’impression de renouer avec un vieil ami, un ami avec qui j’ai grandi et qui me connaît mieux que quiconque.

Ta relation avec la solitude évolue avec le temps. Cette relation peut s’avérer saine tout comme elle peut devenir toxique dans certains cas.

Il peut être tentant de te distraire constamment pour en venir à oublier qui tu es, ce que tu veux vraiment, et même que tu es là. Par contre, se réconcilier avec ta solitude s’avère vital. Nous devons disposer d’au moins une heure par jour en absence de stimulation extérieure, nous dit Sonia Lupien dans Par amour du stress. Ce moment nous permet d’intégrer mentalement les nouvelles informations que nous avons recueillies au cours de la journée. C’est un peu comme mettre notre système à jour.

Si tu passes assez de temps avec ta solitude, tu vas réaliser qu’elle a aussi une personnalité, une personnalité qui lui est propre. Tu parles à ta solitude et elle finit par te répondre. Ce dialogue intérieur est parfois bien étrange, comme lorsque tu te retrouves à négocier avec toi-même : « Alors, est-ce qu’on se prend un autre morceau de gâteau? S’il te plait, dis oui! »

En cette période de confinement, je réalise que la solitude est un thème majeur dans nos vies. Il y a des gens qui se retrouvent seuls et qui vivent mal cette solitude. Ça commence à leur peser, tandis qu’à l’inverse, d’autres n’ont pas assez de temps pour être seuls, devant partager le même lieu avec d’autres personnes.

Et toi, comment ça se passe avec ta solitude? Trop seul ou pas assez?

Quelle est ta relation avec ta solitude? Comment décrirais-tu la personnalité de ta solitude? Pour ma part, ma solitude, je la vis quand j’écris. J’aime réfléchir à un sujet, le façonner, le peaufiner. Pour créer, j’ai besoin d’être seul et de m’isoler. Ça devient en quelque sorte un confinement dans le confinement! Mais en même temps, je ne me sens jamais vraiment seul, car je pense à mon auditoire et à ses réactions à mon propos.

Puis, si je conçois du contenu et qu’il n’y a personne pour l’apprécier, il y aura au moins ma solitude. Elle sera là pour moi, car nous sommes liés à la vie et à la mort.

Ces réflexions à propos de la solitude m’ont donné envie de me remettre à la méditation, de le faire de manière régulière. Avant, je méditais parfois, mais sous prétexte que je manquais de temps, je passais très souvent mon tour. Là, l’excuse du manque de temps, je ne l’ai plus.

Le confinement t’offre une belle occasion de développer de nouvelles habitudes, de démarrer un tout nouveau projet qui va te sortir de ta zone de confort. Ne fais pas qu’y penser, passe à l’action!

Le poète et le roi

En guise d’introduction à une série de billets inspirés de l’Hitopadesh et du Pancha-tantra, voici un extrait des Contes de l’Inde ancienne de Guy Tétreault.

Bharavi était un poète de génie qui vivait dans la plus grande indigence. Un jour, sa femme se mit vivement en colère contre lui, ne supportant plus de le voir absorbé dans la poésie en négligeant totalement sa famille. Bharavi résolut alors de se rendre à la cour du roi afin de solliciter son aide.

La route était fort longue jusqu’à la capitale, si bien qu’après plusieurs heures de marche, il s’arrêta près d’un lac pour s’y reposer avant de poursuivre son chemin. Se sentant soudain inspiré, il écrivit de son ongle un verset sur un pétale de lotus :

« L’action accomplie sans discernement engendre de grandes souffrances.
La bonne fortune n’accompagne les nobles qualités de l’homme
que lorsqu’il agit après mûre réflexion. »
(Kiratarjuniya, 2.30)

La Providence voulut que le roi, qui chassait ce jour-là, s’arrêtât près du même lac. Appréciant au plus haut point le verset qu’il lut sur le pétale de lotus, il pria le poète de venir l’honorer de sa présence à la cour. Toutefois, lorsque plus tard Bharavi se présenta aux portes du palais, les gardes refusèrent de le laisser passer, le considérant comme un vulgaire mendiant.

Le roi aimait tant le verset de Bharavi qu’il l’avait fait graver en lettres d’or dans sa chambre afin de pouvoir le lire chaque matin à son réveil. Un jour, au terme d’une semaine de chasse, il revint tard le soir à son palais. En entrant dans sa chambre, voilà qu’il aperçoit un jeune homme couché dans son lit aux côtés de la reine. Furieux, il sort sa dague pour les tuer tous deux quand soudain, son regard croise le verset en lettres d’or.

Brisant son élan, il se prend à penser qu’il est impossible que la reine, si chaste, ait pu entretenir une relation avec un autre homme. Il la réveille donc pour connaître le fin mot de l’histoire, et sa tendre moitié l’informe avec la plus grande joie que le prince, leur fils, enlevé quelques années auparavant, vient tout juste d’être ramené au palais.

Réalisant que la précieuse maxime de Bharavi avait sauvé la vie de son fils et de son épouse, le roi l’envoya chercher en grande pompe et le reçut à la cour avec tous les honneurs royaux.

Simplicité volontaire

Diogène – Tableau de Jean-Léon Gérôme (1860)

Si vous croyez que la simplicité volontaire est une idée nouvelle, détrompez-vous. Thoreau, Tolstoï et Gandhi ont peut-être inspiré ses plus récents défenseurs, mais François d’Assise les avait précédés au 13e siècle, et Diogène bien avant lui, au 4e siècle avant notre ère!

Diogène de Sinope, élève de Socrate, est un philosophe grec contemporain de Platon et d’Aristote qui vivait dans un tonneau et passait ses journées à déambuler, vêtu de haillons, lanterne à la main, en quête d’un homme authentique. Sa philosophie : savoir se satisfaire de l’essentiel et vivre en harmonie avec la nature plutôt que de s’agiter en tous sens comme des poules sans tête à la poursuite de biens et de plaisirs futiles et fugaces.

Voyant un jour un jeune garçon boire à la fontaine avec ses mains, il jeta son écuelle et s’exclama :

« Cet enfant m’apprend que je conserve encore du superflu. »

Le principe fondamental de la simplicité volontaire consiste à réduire sa consommation globale ainsi que ses impacts sur l’environnement et la société. Elle est généralement motivée par un désir de vivre en accord avec des valeurs familiales, communautaires ou écologiques tenues pour essentielles.

Un choix raisonné

En poursuivant nos recherches, nous découvrons que les valeurs et les principes au fondement même de la simplicité volontaire ponctuent l’histoire de l’humanité bien avant l’avènement de Diogène. On les retrouve jusque dans la plus ancienne des Upanishads, qui date de plusieurs milliers d’années et qui pousse le concept encore plus loin :

« L’Être Suprême est l’unique maître et propriétaire de tout ce qui existe dans l’univers, aussi bien de ce qui est animé que de ce qui ne l’est pas. Nous devons donc accepter la part qui nous revient et n’utiliser que ce qui nous est nécessaire, en nous rappelant bien à qui tout appartient. »

Isha Upanishad, 1

Cette strophe admet d’emblée la suprématie de l’Absolu dans sa forme personnelle, au-delà de ses manifestations localisées et impersonnelles. De fait, tout ce qui existe procède du Divin et lui est subordonné, aussi bien la terre, l’air et l’eau que les êtres vivants et les objets inanimés.

On compare l’Absolu au feu, et tout ce qui existe, à la lumière et à la chaleur du feu. Tout relève de l’énergie matérielle ou de l’énergie spirituelle, et toutes deux ont pour source énergétique celui qu’on nomme ici l’Être Suprême. Toute énergie doit en effet avoir une source, et la source première de toutes les énergies en est seule maîtresse et propriétaire.

« Outre l’énergie matérielle, inférieure,
il est une énergie supérieure qui M’appartient également.
Elle est constituée des êtres vivants
qui exploitent les ressources de la nature matérielle. »

Bhagavad-gita, 7.5

Ayons donc la sagesse d’admettre à notre tour qu’en toute intelligence, rien ne nous appartient en propre. Nous n’avons créé ni le bois, ni la pierre, ni les métaux que nous utilisons pour nos constructions; nous ne pouvons qu’en modifier la forme et les assembler. Nous n’avons non plus créé aucune céréale, aucun fruit ou légume, ni aucun des autres aliments qui assurent notre survie; nous ne pouvons que les cueillir ou les cultiver et les récolter.

L’Isha Upanishad nous le rappelle d’ailleurs en termes clairs : tout ce qui nous est essentiel est gracieusement mis à notre disposition par le seigneur et maître de tout ce qui existe. La simplicité volontaire gagne dès lors en profondeur lorsqu’elle nous amène à vivre non seulement plus simplement, mais aussi et surtout plus consciemment, dans une conscience élargie du fait que nous dépendons entièrement de la Source primordiale de l’animé comme de l’inanimé.

Une vie simple de hautes pensées

Nos sociétés modernes, où la réussite se mesure en pouvoir et en argent, favorisent la surexploitation des ressources naturelles, la surconsommation et la croissance à tout prix au détriment d’une vie en harmonie avec notre mère la terre, avec nos frères et sœurs humains, ainsi qu’avec la Source intarissable de tous les bienfaits.

Nous arrivons nus en ce monde, et nous en repartons nus. Nous n’apportons rien avec nous en naissant, et nous n’emportons rien non plus en mourant. Est-ce à dire que nous devrions nous priver de tout confort? Ne jurer que par le 100 % fait main et fait maison? Nous interdire tout déplacement autre qu’à pied, à cheval ou à vélo? Pas nécessairement.

Tant mieux si vous pouvez produire votre propre nourriture et fabriquer tout ce que vous utilisez, mais tout le monde n’a pas la même vision de la simplicité. Ce qui importe vraiment, c’est d’apprendre à nous contenter de ce qui nous vient sans efforts excessifs; c’est de dégager du temps et de l’énergie pour développer la dimension spirituelle de notre être et pour apprendre à mieux connaître la Source de toutes les richesses mises à notre disposition.

Une vie plus simple, oui, mais d’abord et avant tout pour élever nos pensées au-delà des considérations matérielles, qu’elles soient d’ordre familial, communautaire ou écologique.

Au-delà des mots

Êtes-vous de ceux et celles qui prennent les saintes Écritures et autres textes sacrés au pied de la lettre, qui cherchent plutôt à en saisir l’esprit, ou qui n’y voient que matière à lavage de cerveau?

Dans The Lost Art of Scripture – Rescuing the Sacred Texts (L’art perdu des Écritures – À la rescousse des textes sacrés), Karen Armstrong, ancienne religieuse et prolifique auteure britannique, propose une approche renouvelée aux écrits anciens que sont la Bible, le Coran, les Védas ou autres, et déclare sans ambages :

« Compte tenu de nos problèmes actuels, la foi des Écritures dans le potentiel divin
de tous les êtres humains semble plus pertinente que jamais. »

L’intérêt réel des enseignements dits « révélés » transcende en effet largement les époques et les guerres de clocher dont ils font les frais.

Ces mots qui enflamment

Intégristes, puristes et extrémistes ne jurent que par ce qui est écrit – textuellement – et y prennent appui sans réserve pour justifier les pires abominations, qu’il s’agisse, pour ne citer que ces deux exemples, d’asservir la gent féminine ou de tuer tous les méchants infidèles.

Pas étonnant qu’islamophobes, libres penseurs et autres profanes citent les mêmes écrits – textuellement – pour les taxer qui de misogynie, qui de bigoterie, sinon de fanatisme religieux, les jugeant du même souffle complètement dépassés. Mais Karen Armstrong, qui épluche le sujet de l’intérieur comme de l’extérieur, nous assure que les deux camps font fausse route :

« Trop de croyants et d’incroyants prêtent obstinément aux textes sacrés un sens littéral qui s’écarte passablement de l’esprit mystique et inventif propre à la spiritualité prémoderne. »

Armstrong donne en exemple la description biblique de la création : parce qu’elle ne concorde pas avec les plus récentes découvertes scientifiques, les activistes athées ne voient dans la Bible qu’un ramassis de fables et de mensonges, tandis que les croyants purs et durs font des pieds et des mains pour démontrer que la version de la Genèse est scientifiquement fondée.

Toutes les Écritures du monde donnent lieu à d’incessants affrontements idéologiques qui détournent les textes de leur objet et leur donnent inutilement mauvaise presse. Or, tous ces vains débats portent sur la lettre des écrits tenus pour sacrés, alors que leur richesse réside dans leur esprit.

Poids et contrepoids

Armstrong insiste sur le fait que les Écritures ne doivent pas a priori être interprétées de façon rigide et strictement littérale, que ce soit en chaire ou entre les murs d’une bibliothèque. Les Écritures sont en réalité contextuelles, flexibles et évolutives, si bien qu’elles relèvent davantage de performances artistiques que de simples livres.

« Le mot “Écriture” sous-entend bien sûr un texte écrit, mais la plupart des Écritures ont initialement été composées et transmises par voie orale. Certaines traditions accordent même plus d’importance au son des mots inspirés qu’à leur signification sémantique. Les Écritures étaient d’ailleurs généralement récitées, chantées ou déclamées sur un mode distinct du langage courant, si bien que les mots – produits par l’hémisphère gauche du cerveau – fusionnaient avec les émotions plus subtiles du cerveau droit. »

La tradition védique insiste en outre sur le fait que les Écritures ne doivent pas être sèchement étudiées en vase clos. Aussi claires qu’elles puissent sembler au premier degré, elles comportent toujours une part d’hermétisme, d’apparentes contradictions et des affirmations déroutantes, voire choquantes hors contexte. C’est pourquoi il est recommandé de confronter sa lecture personnelle aux enseignements d’autorités compétentes en la matière. Plus encore, la teneur essentielle des textes et l’éclairage des maîtres doivent trouver écho dans le cœur. Une juste compréhension des Écritures exige en effet une saine convergence de ces trois éléments.

De quoi nous faire réfléchir avant de penser bêtement en noir et blanc au moment d’aborder les textes fondateurs des grandes traditions spirituelles…

La merveille des merveilles

Illustration de la bataille de Kouroukshetra
dans une ancienne édition manuscrite du Mahabharata.

Réflexion de circonstance d’un point de vue… spirituel. Pour tout le reste, les médias et les réseaux sociaux font très bien l’affaire.

Au 30e siècle avant notre ère, à la veille de l’historique bataille de Kouroukshetra, le grand justicier Yamaraj met à l’épreuve la sagesse du roi Youdhisthir en lui demandant quelle est la chose la plus merveilleuse en ce monde. Et l’auguste souverain de lui répondre :

« La plus merveilleuse de toutes les choses en ce monde,
c’est que des centaines de milliers d’êtres vivants meurent à chaque instant,
et que les gens continuent à vivre comme si leur heure n’allait jamais venir. »

Mahabharata, Vana-parva, 313.116

Personne n’a envie de mourir, et c’est tout à fait naturel. Personne n’a trop envie d’en parler ou d’y penser non plus, et c’est tout aussi naturel. Reste que nous sommes continuellement témoins de l’œuvre du temps qui fauche tout sur son passage, et que nous pouvons passer l’arme à gauche à tout moment. Personne ne sait quand son heure viendra, mais elle viendra, et nous aimons croire qu’elle viendra… plus tard, beaucoup plus tard. Jusqu’à ce qu’une redoutable menace vienne soudainement nous rappeler que notre vie ne tient toujours qu’à un fil et que notre monde peut basculer à tout moment.

Cela dit, notre plus grande crainte ne devrait pas être de succomber aux virus venus de l’extérieur, mais plutôt de continuer à cajoler le virus qui nous ronge de l’intérieur! Ce satané virus qui entretient notre conception matérielle de la vie et qui nous pousse constamment à nous identifier à notre corps. Ce fichu virus qui nous fait complètement oublier que c’est notre enveloppe qui est mortelle, pas nous!

Virus, sort de cette âme

Comment nous débarrasser de cet empêcheur de tourner en rond qui menace constamment de faire échouer nos projets de bonheur sans limites? Tout d’abord en prenant conscience de son existence. Si je n’ai pas conscience d’être ballotté entre mes désirs et mes émotions en réaction aux sollicitations de mes sens, je ne peux que continuer à jouer le jeu de l’ennemi public no 1.

Secundo, en m’enfonçant dans le crâne une bonne fois pour toutes que rien n’est permanent sur le plan matériel, et que tous mes efforts pour jouir pleinement de la vie dans un corps sous l’emprise du plus délétère de tous les virus sont inéluctablement voués à l’échec.

« Éphémères, joies et peines, comme étés et hivers vont et viennent. »

Bhagavad-gita, 2.14

Tertio, en adoptant une perspective plus durable et jouissive de la vie. Si je ne suis réellement maître de rien d’autre que la conscience dans laquelle j’agis, j’ai tout intérêt à développer un goût supérieur à celui des plaisirs furtifs qui s’offrent à moi sur le plan matériel.

L’immunité ici et maintenant

À bas le virus de la mort! Injectons-nous sans tarder le vaccin qui libère de toute crainte et de toute entrave. Comment? En utilisant cette forme humaine pour nous rapprocher de l’Absolu. En reconnaissant que nous ne sommes que d’infimes parcelles du Grand Tout et en acceptant humblement de nous mettre à son service plutôt que de chercher à tout contrôler autour de nous. Enfin, en honorant et en glorifiant constamment non seulement la vie, mais la Source de toute vie.

Qui pense, parle et agit dans une telle conscience s’établit spontanément sur le plan spirituel et goûte pleinement un bonheur sans fin et sans limites, ici et maintenant. Ce n’est pas plus compliqué que ça.

« Sur le plan spirituel, chaque pas est une danse, chaque parole est un chant,
et jamais ne cessent ni l’amour ni les rires. »

Brahma-samhita, 5.56

Lavons-nous les mains, mais aussi le cœur. Réintégrons nos foyers, mais aussi l’intérieur de nous-mêmes. Faisons de l’exercice, mais profitons-en aussi pour nous entraîner à voir les choses autrement et à nous immuniser contre la foutue conception matérielle de la vie qui nous rend esclaves de notre corps et nous expose à toutes les plaies de ce plan d’existence temporaire et illusoire.

N’attendons pas la maladie, la vieillesse, la famine, la guerre, les pandémies ou les catastrophes naturelles pour nous rappeler de mettre les choses en perspective et de nous recentrer sur l’essentiel. La vie est trop courte pour ça! Vivons notre immortalité dès aujourd’hui!

My Sweet Lord

En 1970, Bhaktivedanta Swami achevait d’écrire un résumé du dixième Chant du Bhagavat Purana intitulé Kṛṣṇa, The Supreme Personality of Godhead (paru en français sous le titre Le livre de Kṛṣṇa). Alors qu’il cherchait à réunir les fonds nécessaires à la publication de cette œuvre en trois volumes enrichie de planches en couleur, le Beatle George Harrison a accepté d’en couvrir les frais. Le maître lui a alors exprimé sa gratitude en lui offrant d’en écrire la préface, dont je reproduis ici la traduction.

Tout le monde est à la recherche de Krishna. Certains n’en ont pas conscience, mais ils n’en sont pas moins à sa recherche. Krishna est Dieu, la Source de tout ce qui existe, la Cause de tout ce qui est, a été et sera. Puisque Dieu est sans limites, Il possède d’innombrables noms. Allah, Bouddha, Jéhovah, Rama désignent tous le même Être unique : Krishna.

Dieu n’a rien d’abstrait. Il Se manifeste aussi bien de façon impersonnelle que sous Sa forme personnelle, suprême, éternelle, félicieuse et pleinement connaissante. Tout comme une goutte d’eau possède les mêmes attributs que l’océan, notre conscience participe de la conscience de Dieu; mais à travers notre identification et notre attachement à l’énergie matérielle – à notre corps physique, aux plaisirs sensoriels, aux possessions matérielles, à l’ego… –, notre conscience transcendantale originelle s’est corrompue, si bien que, comme un miroir sale, elle ne parvient plus à nous renvoyer une image claire.

Au fil de nombreuses vies, nos liens avec l’éphémère se sont amplifiés, de sorte que nous méprenons notre corps impermanent – un sac d’os et de chair – pour notre vrai moi, et notre condition passagère pour finale.

À toutes les époques, de grands saints se sont avérés des preuves vivantes de ce que la conscience divine, la conscience permanente de tout être vivant, peut être ravivée. Krishna enseigne dans la Bhagavad-gita :

« Établi dans la réalisation spirituelle, purifié de toute souillure matérielle, le yogi jouit du bonheur suprême que procure l’union constante avec l’Absolu. »

Bhagavad-gita, 6.28

Le yoga, un procédé scientifique de réalisation de soi et de Dieu, permet de purifier la conscience, d’enrayer sa corruption et d’atteindre la perfection ultime sous le signe de la connaissance absolue et de la félicité éternelle.

Si Dieu existe, je veux à tout prix Le voir. Il est parfaitement futile de croire en quoi que ce soit sans preuve tangible. Or, la conscience de Krishna et la méditation sont des méthodes qui permettent précisément d’entrer en contact avec Dieu. On peut en effet voir Dieu, L’entendre, et même jouer avec Lui. Cela peut sembler insensé, mais Dieu, Krishna, existe bel et bien; Il est en nous et avec nous, ici, maintenant et à chaque instant.

Il existe de nombreuses voies yogiques – raja, jñana, hatha, kriya, karma, bhakti… –, enseignées par différents maîtres. Swami Bhaktivedanta est, comme son titre l’indique, un bhakti-yogi qui suit et enseigne la voie de la dévotion. En servant Dieu à travers ses moindres pensées, paroles et actions, et en chantant ou récitant Ses saints noms, le dévot développe très rapidement sa conscience divine.

En chantant…

Hare Krishna, Hare Krishna,
Krishna Krishna, Hare Hare,
Hare Rama, Hare Rama,
Rama Rama, Hare Hare,

on ravive immanquablement sa conscience de Krishna. Il vous suffit de le faire pour vous en assurer. Je vous invite donc à plonger dans ce Livre de Krishna et à en approfondir le contenu. Je vous invite aussi cordialement à prendre dès aujourd’hui rendez-vous avec Dieu en vous engageant dans la voie libératrice et unificatrice du bhakti-yoga.

Give peace a chance!

Comment noyer le poisson

Illustration de Denis Dubois

En cette ère de désinformation et de fausses nouvelles, je vous propose aujourd’hui un petit exercice de raisonnement et de logique élémentaire.

En spiritualité, noyer le poisson, c’est s’afficher comme un gourou tout en se défendant d’en être un; c’est diffuser un enseignement ciblé en prétendant accompagner les gens dans la quête de leur propre vérité; c’est créer des liens de cause à effet là où il n’y en a pas; c’est user d’arguments qui semblent logiques mais qui découlent d’un faux raisonnement – ce qu’on appelle communément un « sophisme » (kutarka en sanskrit).

Le but : déformer les faits à son avantage, tromper autrui en s’appuyant sur des éléments de vérité pour propager des faussetés, créer une confusion propice à l’exploitation des émotions d’autrui, remplacer un système de croyances par un autre système de croyances…

À titre d’exemple, je vous propose un texte de Jeff Foster, dont le parcours et le discours ont naturellement retenu mon attention, car il s’inspire ouvertement des écoles de pensée védiques – notamment du védanta et des philosophies connexes, dont l’advaita (la non-dualité) et la bhedabheda (l’unité dans la diversité).

Le problème, c’est que monsieur Foster en détourne habilement le sens en les accommodant à sa propre sauce au goût du jour. Se tromper soi-même est une chose, mais tromper les autres en les berçant de non-sens au nom de la vérité en est une toute autre.

Une personne avertie en vaut deux. Voyons voir si vous arrivez à débusquer les aberrations dans le texte qui suit.

Le leurre

Le texte en question, sous forme de poème, s’intitule The Rapture (L’enchantement), et se traduit comme suit :

Il n’y a pas de Dieu
simplement parce que Dieu
n’a ni intérieur ni extérieur
non plus qu’aucunes limites.

Il n’a pas non plus de nom
autre que tous les noms.

Ne serait-ce que prononcer le mot « Dieu »
réduit Dieu à une chose,
à un concept,
circonscrit, distinct, séparé de vous.

Il n’y a pas de Dieu
simplement parce que
tout est Dieu.

Dieu n’est qu’un autre nom
pour Tout ce qui est
et Tout ce qui n’est pas.

Et que vous y croyiez ou non
n’a rien à y voir.

Hallelujah.


Tel est pris qui croyait prendre

1er hic : Dire que Dieu possède certains attributs, par exemple qu’il n’a ni intérieur, ni extérieur, ni limites, c’est dire que Dieu existe, ce qui, en toute logique, contredit l’affirmation initiale qu’il n’existe pas plutôt que d’en être la preuve – une chose qui n’existe pas ne peut pas avoir d’attributs!

2e hic : Si Dieu a tous les noms, il ne peut logiquement pas ne pas avoir de nom.

Il s’agit là de caractérisations de l’Absolu provenant des Upanishads, qui précisent en outre que l’Absolu est à la fois immobile et plus rapide que la pensée, qu’il se déplace sans se déplacer, qu’il est à la fois infiniment loin et infiniment près, et présent aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de chaque être et de chaque chose. Ces attributs contribuent à le définir, et non à en nier l’existence. (Pour plus de détails, voir À la découverte de l’Absolu.)

3e hic : Est-ce que le fait de prononcer le mot « humain », « cheval » ou « moustique » en fait des choses, des objets ou des notions dépourvues de réalité en dehors de nous? Dire que prononcer le mot « Dieu » réduit Dieu à une chose implique tacitement que Dieu est autre chose qu’une simple chose, ce qui contredit la prémisse de départ voulant qu’il n’ait pas d’existence.

4e hic : Comment peut-on déclarer qu’il n’y a pas de Dieu, donc que Dieu n’est rien, pour ensuite proclamer que tout est Dieu?

À titre d’information, la Bhagavad-gita explique – nuance importante – que Dieu est en tout et que tout est en Dieu, mais que tout n’est pas Dieu. L’humain, le chien et l’arbre participent tous de la nature de l’Absolu, mais aucun d’eux n’est l’Absolu en soi.

5e hic : Dire que Dieu n’est qu’un autre nom pour Tout ce qui est et Tout ce qui n’est pas, ce n’est pas établir sa non-existence. C’est au contraire affirmer qu’il est le Grand Tout, l’Absolu, l’alpha et l’oméga… présent en tout et hors de tout.

Que nous croyions ou non en Dieu n’a en effet aucune importance ici. Ce que monsieur Foster semble attendre de nous, c’est que nous le croyions sur parole lorsqu’il nous dit qu’il n’y a pas de Dieu, en dépit de l’illogisme flagrant des arguments qu’il emploie pour noyer le poisson – ou serait-ce plutôt pour nous appâter comme des poissons?

Et si on remettait le poisson à l’eau?

Je ne vous demanderai pas votre score, mais j’espère sincèrement que cet exercice vous incitera à aiguiser votre jugement et à détecter les leurres lorsqu’il y a anguille sous roche. Trop de beaux parleurs nous font perdre notre temps en jouant sur nos émotions plutôt que de faire appel à notre intelligence pour nous aider à discerner le vrai du faux.

Pour l’heure, vous aurez sans doute compris que monsieur Foster jongle avec les mots dans l’espoir de nous voir mordre à l’hameçon de sa conception impersonnelle de l’Absolu. Mais en quoi sa conception mérite-t-elle plus d’attention que la conception localisée de l’Absolu ou la conception personnelle de l’Absolu (voir La triade divine)?

La question est d’autant plus pertinente que la dimension profondément personnelle de l’humain – sur laquelle il insiste tellement dans ses enseignements – ne peut qu’être le reflet de cette même dimension dans l’Absolu, puisque par définition, l’Absolu englobe tout; il ne saurait donc être dépourvu des attributs d’aucune de ses manifestations relatives! En cherchant à confiner l’Absolu à une seule de ses dimensions, on s’égare soi-même; et en le criant sur les toits, on risque malheureusement d’entraîner les autres dans son sillage.

Plutôt que de noyer davantage un poisson déjà mal en point, mieux vaut simplement le remettre à l’eau. L’océan de la sagesse a tellement mieux à offrir!

Le monde est petit

Ou devrais-je plutôt dire qu’on n’invente rien? Que l’histoire se répète? Que les mots et les idées se font mystérieusement écho dans le temps et dans l’espace?

Dans Vivre ma spiritualité aujourd’hui, j’ai écrit :
« Ce qu’il est convenu d’appeler l’âme est le véritable siège de l’identité, de la conscience et de la vie. Même si aucun microscope n’est assez puissant pour nous donner de voir l’étincelle spirituelle en chacun de nous, nous pouvons à tout le moins comprendre que ce n’est pas un paquet d’os, de muscles, de neurones et d’organes parcourus de vaisseaux sanguins et d’impulsions chimiques ou électriques qui nous définit en tant que personne.

« Nous ne pouvons pas voir le vent, mais nous savons qu’il existe par les effets qu’il produit. Impossible également de voir le sel dans l’eau de mer, mais sa présence devient manifeste dès qu’on goûte cette eau. Personne n’a jamais non plus vu un atome à proprement parler, et pourtant, les modèles atomiques et quantiques sont généralement reconnus et invoqués pour expliquer le comportement de la matière.

« De même, l’âme échappe peut-être à nos facultés perceptuelles limitées, mais nous pouvons aisément déceler sa présence ou son absence dans un corps selon qu’il est en vie ou non. Bref, l’âme s’impose comme l’axiome de la vie. »

Et la conclusion naturelle de ma démonstration s’est aussitôt imposée à mon esprit :

« Nous ne sommes pas des êtres humains en quête d’une expérience spirituelle,
mais bien des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »

Heureux d’avoir pu résumer en une phrase ce principe fondamental, j’en ai même fait la citation d’ouverture de la page d’accueil de mon site!

Deux ans plus tard, en parcourant les travaux de Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) – jésuite, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe de renom –, quelle ne fut donc pas ma surprise de découvrir qu’une de ses citations les plus célèbres est :

« Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle,
mais des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »

Je n’en croyais pas mes yeux! Mais je n’ai pas un instant pensé : « Les grands esprits se rencontrent. » Je me suis au contraire senti bien peu de chose. J’ai conscience de n’être qu’un instrument dans la main du Destin, et je ne peux que m’émerveiller de ce que ces mêmes paroles m’aient été inspirées plus d’un demi-siècle après le passage sur terre de cette sommité. Qui sait? Peut-être même quelqu’un d’autre avant lui avait-il déjà prononcé ces mêmes mots? Après tout, comme l’a si bien dit André Gide :

« Toutes choses sont dites déjà; mais comme personne n’écoute,
il faut toujours recommencer. »