Comment noyer le poisson

Illustration de Denis Dubois

En cette ère de désinformation et de fausses nouvelles, je vous propose aujourd’hui un petit exercice de raisonnement et de logique élémentaire.

En spiritualité, noyer le poisson, c’est s’afficher comme un gourou tout en se défendant d’en être un; c’est diffuser un enseignement ciblé en prétendant accompagner les gens dans la quête de leur propre vérité; c’est créer des liens de cause à effet là où il n’y en a pas; c’est user d’arguments qui semblent logiques mais qui découlent d’un faux raisonnement – ce qu’on appelle communément un « sophisme » (kutarka en sanskrit).

Le but : déformer les faits à son avantage, tromper autrui en s’appuyant sur des éléments de vérité pour propager des faussetés, créer une confusion propice à l’exploitation des émotions d’autrui, remplacer un système de croyances par un autre système de croyances…

À titre d’exemple, je vous propose un texte de Jeff Foster, dont le parcours et le discours ont naturellement retenu mon attention, car il s’inspire ouvertement des écoles de pensée védiques – notamment du vedanta et des philosophies connexes, dont l’advaita (la non-dualité) et la bhedabheda (l’unité dans la diversité).

Le problème, c’est que monsieur Foster en détourne habilement le sens en les accommodant à sa propre sauce au goût du jour. Se tromper soi-même est une chose, mais tromper les autres en les berçant de non-sens au nom de la vérité en est une toute autre.

Une personne avertie en vaut deux. Voyons voir si vous arrivez à débusquer les aberrations dans le texte qui suit.

Le leurre

Le texte en question, sous forme de poème, s’intitule The Rapture (L’enchantement), et se traduit comme suit :

Il n’y a pas de Dieu
simplement parce que Dieu
n’a ni intérieur ni extérieur
non plus qu’aucunes limites.

Il n’a pas non plus de nom
autre que tous les noms.

Ne serait-ce que prononcer le mot « Dieu »
réduit Dieu à une chose,
à un concept,
circonscrit, distinct, séparé de vous.

Il n’y a pas de Dieu
simplement parce que
tout est Dieu.

Dieu n’est qu’un autre nom
pour Tout ce qui est
et Tout ce qui n’est pas.

Et que vous y croyiez ou non
n’a rien à y voir.

Hallelujah.


Tel est pris qui croyait prendre

1er hic : Dire que Dieu possède certains attributs, par exemple qu’il n’a ni intérieur, ni extérieur, ni limites, c’est dire que Dieu existe, ce qui, en toute logique, contredit l’affirmation initiale qu’il n’existe pas plutôt que d’en être la preuve – une chose qui n’existe pas ne peut pas avoir d’attributs!

2e hic : Si Dieu a tous les noms, il ne peut logiquement pas ne pas avoir de nom.

Il s’agit là de caractérisations de l’Absolu provenant des Upanishads, qui précisent en outre que l’Absolu est à la fois immobile et plus rapide que la pensée, qu’il se déplace sans se déplacer, qu’il est à la fois infiniment loin et infiniment près, et présent aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de chaque être et de chaque chose. Ces attributs contribuent à le définir, et non à en nier l’existence. (Pour plus de détails, voir À la découverte de l’Absolu.)

3e hic : Est-ce que le fait de prononcer le mot « humain », « cheval » ou « moustique » en fait des choses, des objets ou des notions dépourvues de réalité en dehors de nous? Dire que prononcer le mot « Dieu » réduit Dieu à une chose implique tacitement que Dieu est autre chose qu’une simple chose, ce qui contredit la prémisse de départ voulant qu’il n’ait pas d’existence.

4e hic : Comment peut-on déclarer qu’il n’y a pas de Dieu, donc que Dieu n’est rien, pour ensuite proclamer que tout est Dieu?

À titre d’information, la Bhagavad-gita explique – nuance importante – que Dieu est en tout et que tout est en Dieu, mais que tout n’est pas Dieu. L’humain, le chien et l’arbre participent tous de la nature de l’Absolu, mais aucun d’eux n’est l’Absolu en soi.

5e hic : Dire que Dieu n’est qu’un autre nom pour Tout ce qui est et Tout ce qui n’est pas, ce n’est pas établir sa non-existence. C’est au contraire affirmer qu’il est le Grand Tout, l’Absolu, l’alpha et l’oméga… présent en tout et hors de tout.

Que nous croyions ou non en Dieu n’a en effet aucune importance ici. Ce que monsieur Foster semble attendre de nous, c’est que nous le croyions sur parole lorsqu’il nous dit qu’il n’y a pas de Dieu, en dépit de l’illogisme flagrant des arguments qu’il emploie pour noyer le poisson – ou serait-ce plutôt pour nous appâter comme des poissons?

Et si on remettait le poisson à l’eau?

Je ne vous demanderai pas votre score, mais j’espère sincèrement que cet exercice vous incitera à aiguiser votre jugement et à détecter les leurres lorsqu’il y a anguille sous roche. Trop de beaux parleurs nous font perdre notre temps en jouant sur nos émotions plutôt que de faire appel à notre intelligence pour nous aider à discerner le vrai du faux.

Pour l’heure, vous aurez sans doute compris que monsieur Foster jongle avec les mots dans l’espoir de nous voir mordre à l’hameçon de sa conception impersonnelle de l’Absolu. Mais en quoi sa conception mérite-t-elle plus d’attention que la conception localisée de l’Absolu ou la conception personnelle de l’Absolu (voir La triade divine)?

La question est d’autant plus pertinente que la dimension profondément personnelle de l’humain – sur laquelle il insiste tellement dans ses enseignements – ne peut qu’être le reflet de cette même dimension dans l’Absolu, puisque par définition, l’Absolu englobe tout; il ne saurait donc être dépourvu des attributs d’aucune de ses manifestations relatives! En cherchant à confiner l’Absolu à une seule de ses dimensions, on s’égare soi-même; et en le criant sur les toits, on risque malheureusement d’entraîner les autres dans son sillage.

Plutôt que de noyer davantage un poisson déjà mal en point, mieux vaut simplement le remettre à l’eau. L’océan de la sagesse a tellement mieux à offrir!

Le monde est petit

Ou devrais-je plutôt dire qu’on n’invente rien? Que l’histoire se répète? Que les mots et les idées se font mystérieusement écho dans le temps et dans l’espace?

Dans Vivre ma spiritualité aujourd’hui, j’ai écrit :
« Ce qu’il est convenu d’appeler l’âme est le véritable siège de l’identité, de la conscience et de la vie. Même si aucun microscope n’est assez puissant pour nous donner de voir l’étincelle spirituelle en chacun de nous, nous pouvons à tout le moins comprendre que ce n’est pas un paquet d’os, de muscles, de neurones et d’organes parcourus de vaisseaux sanguins et d’impulsions chimiques ou électriques qui nous définit en tant que personne.

« Nous ne pouvons pas voir le vent, mais nous savons qu’il existe par les effets qu’il produit. Impossible également de voir le sel dans l’eau de mer, mais sa présence devient manifeste dès qu’on goûte cette eau. Personne n’a jamais non plus vu un atome à proprement parler, et pourtant, les modèles atomiques et quantiques sont généralement reconnus et invoqués pour expliquer le comportement de la matière.

« De même, l’âme échappe peut-être à nos facultés perceptuelles limitées, mais nous pouvons aisément déceler sa présence ou son absence dans un corps selon qu’il est en vie ou non. Bref, l’âme s’impose comme l’axiome de la vie. »

Et la conclusion naturelle de ma démonstration s’est aussitôt imposée à mon esprit :

« Nous ne sommes pas des êtres humains en quête d’une expérience spirituelle, mais bien des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »

Heureux d’avoir pu résumer en une phrase ce principe fondamental, j’en ai même fait la citation d’ouverture de la page d’accueil de mon site!

Deux ans plus tard, en parcourant les travaux de Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) – jésuite, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe de renom –, quelle ne fut donc pas ma surprise de découvrir qu’une de ses citations les plus célèbres est :

« Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle, mais des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »

Je n’en croyais pas mes yeux! Mais je n’ai pas un instant pensé : « Les grands esprits se rencontrent. » Je me suis au contraire senti bien peu de chose. J’ai conscience de n’être qu’un instrument dans la main du Destin, et je ne peux que m’émerveiller de ce que ces mêmes paroles m’aient été inspirées plus d’un demi-siècle après le passage sur terre de cette sommité. Qui sait? Peut-être même quelqu’un d’autre avant lui avait-il déjà prononcé ces mêmes mots? Après tout, comme l’a si bien dit André Gide :

« Toutes choses sont dites déjà; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer. »

Pourquoi un autre livre sur la spiritualité?

Allocution prononcée lors du lancement officiel de mon troisième ouvrage.

Pourquoi un autre livre sur la spiritualité? Eh bien, pour la simple et bonne raison que la spiritualité, c’est ce que nous avons de plus précieux. On associe généralement la spiritualité à la religion, à diverses croyances et pratiques, à la prière, à la méditation ou au yoga, mais la spiritualité, c’est beaucoup plus que ça.

De la même façon que notre « humanité » définit notre condition humaine, notre « spiritualité » définit notre identité spirituelle. Nous oublions trop facilement que nous ne sommes pas des êtres humains en quête d’une expérience spirituelle, mais bien des êtres spirituels vivant une expérience humaine!

Comment savons-nous que notre identité propre est de nature spirituelle? Nous le savons parce qu’aucune forme d’énergie matérielle ni aucune combinaison d’éléments matériels ne peut donner la vie. Seule l’énergie spirituelle peut donner vie à la matière. Seule la personne que je suis peut donner vie au corps que j’habite. Dès l’instant où je quitterai ce corps, il s’éteindra et se décomposera. Rien ni personne d’autre ne pourra le ramener à la vie.

La spiritualité n’est donc pas quelque chose d’extérieur à nous, mais bien plutôt notre essence même, l’ADN de notre ADN. La spiritualité, c’est à proprement parler… la vie! Nous avons donc tout intérêt à mieux nous connaître pour profiter pleinement de la vie. Voilà pourquoi j’ai écrit ce troisième livre sur la spiritualité, et pourquoi je compte bien en écrire d’autres. Le sujet est en effet inépuisable.

Lecture d’extraits de

Vivre ma spiritualité aujourd’hui – Une affaire de conscience

Compte tenu de tous les changements qui surviennent dans notre corps et notre esprit de la naissance à l’âge adulte – aussi bien que dans notre situation sociale, professionnelle ou familiale –, il est évident que nous ne sommes pas ce que nous croyons être à différentes étapes de notre vie, puisqu’à travers toutes ces transformations, nous demeurons foncièrement la même personne.

Aussi attaché que je puisse être à mon corps et aux désignations qui le caractérisent, je n’en reste pas moins celui ou celle qui perçoit les sensations que me procure ce corps. Et c’est encore moi qui ressens les émotions que suscitent dans mon esprit mes rapports avec les gens qui m’entourent et avec le monde dans lequel je vis.

Bref, je ne suis pas mon corps, non plus que mon mental, puisque je peux, selon le cas, observer, subir ou contrôler ce qui se passe dans l’un comme dans l’autre. Il s’agit donc de regarder au-delà du corps physique et du mental pour découvrir qui est ce « je », ce « moi » ou cet « observateur ».

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Aucune action n’est bonne ou mauvaise en soi. C’est son objet et l’esprit dans lequel nous l’accomplissons qui déterminent son impact sur nous-mêmes et sur les autres. Le secret réside dans la conscience avec laquelle nous agissons.

Explorons plus avant ce qu’il en est de l’action accomplie par sens du devoir, dans le respect des lois de l’homme et de l’univers, et sans attachement aux résultats. Je ne risque guère de me tromper si je dis que cette perspective ne nous sourit pas spontanément. Premier réflexe : « Si je me fous des résultats, je n’arriverai jamais à rien! » Attention! Il n’est absolument pas question de se foutre des résultats. Il s’agit plutôt d’avoir l’humilité d’admettre et de reconnaître que peu importe l’énergie et les ressources que je peux déployer dans mes entreprises, je n’ai AUCUN contrôle sur les résultats en question. Vous en doutez? Parlez-en au cultivateur qui voit sa récolte détruite par la grêle en dépit de ses valeureux efforts; à l’homme d’affaires qui voit s’écrouler le marché au moment de lancer un produit soigneusement étudié dont le développement a nécessité d’importants investissements; ou à l’auteure inconnue et sans le sou dont le premier roman est rejeté par tous les éditeurs à qui elle le présente avant de devenir un des plus grands best-sellers de tous les temps! Il s’agit d’une vérité immuable : les résultats sont parfois inférieurs à nos attentes, parfois satisfaisants, sans plus, et parfois nettement supérieurs à tout ce qu’on aurait pu imaginer, mais JAMAIS nous n’avons la moindre garantie en ce sens.

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Nombre d’animaux sont beaucoup mieux dotés que nous à plusieurs égards. Qu’il suffise de penser à l’ouïe du chien, capable d’entendre une large plage de fréquences auxquelles nous restons parfaitement insensibles, ou à son odorat, jusqu’à quarante fois plus développé que le nôtre… Au système de navigation des baleines, qui parcourent des milliers de kilomètres pour mettre bas au même endroit génération après génération… À la capacité de manger de la musaraigne, capable d’engloutir chaque jour jusqu’à deux fois son poids en nourriture… À la vision de l’aigle, qui peut repérer sa proie à plus de cinq cents mètres… À la force d’une simple fourmi, capable de transporter jusqu’à soixante fois son poids… Et que dire de l’ours, qui peut dormir tout l’hiver, ou des performances sexuelles de nos cousins les singes?

Tout bien considéré, sur le plan strictement physique, nous n’avons franchement pas de quoi pavoiser dans la création. Les atouts de l’Homo sapiens se situent à un tout autre niveau, et je ne parle pas ici que du rire, communément tenu pour le propre de l’homme même si de nombreux chercheurs estiment que d’autres espèces en sont aussi capables. Ce qui fait l’exclusivité unique de l’espèce humaine, c’est la faculté de se questionner, de raisonner et de façonner sa destinée. Au contraire des animaux, l’être humain est à même de faire des choix existentiels, et du coup de s’élever ou de s’abaisser, de continuer à mésuser de son libre arbitre et à migrer d’un corps à un autre, ou de mettre fin à ce cycle contraignant qui va à l’encontre de sa nature profonde et de sa raison d’être.

Pour l’âme désireuse de tirer pleinement parti de son existence, le choix est clair : elle doit saisir l’occasion exceptionnelle que lui offre la forme humaine pour raviver la conscience de son moi véritable et renouer avec sa source, au-delà du train-train boulot-bouffe-baise-dodo. Telle est sa raison d’être, et le fondement même de sa mission sur terre.

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En fin de compte, la voie à suivre pour vivre sa spiritualité n’est autre que celle qui permet d’élever sa conscience au-delà de la conception strictement corporelle et matérielle de la vie, et de raviver sa conscience de l’Absolu. Car – faut-il le répéter – la spiritualité est d’abord et avant tout une affaire de conscience.

Et cette voie peut être suivie par tous, quelles que soient leur culture, leur éducation et leur religion – ou leur absence de religion. Oubliez les idées reçues sur la spiritualité voulant qu’elle passe par le retrait du monde, le renoncement aux plaisirs temporels, l’adhésion à un groupe, la prière à tout va ou je ne sais quelles bigoteries. La voie de la réalisation spirituelle ne dépend d’aucun préalable, n’impose aucune contrainte et n’obéit à aucune règle autre que le désir et la volonté expresse d’opérer en soi un changement de conscience libérateur. Reste à prendre des mesures concrètes pour y parvenir.

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Une des plus grandes difficultés à vivre ma spiritualité aujourd’hui tient au fait que tout me pousse à m’en détourner. Je suis bombardé d’appels à la consommation, d’annonces de spectacles et d’événements à ne pas manquer, d’incitations à mille et une formes d’évasion et de divertissement… Il faut une volonté de fer pour restreindre ses élans et se réserver le temps de vivre sa spiritualité au quotidien. Tous les moyens d’apaiser ses sens surexcités et son mental tourbillonnant sont donc les bienvenus. L’identification au corps et le conditionnement matériel résistent à tout effort d’affranchissement de cette fausse conception de l’existence. Or, une vie simple et de hautes pensées contribuent grandement à réduire leur emprise.

La beauté de la chose, en fin de compte, c’est qu’au-delà de tous les principes et de toutes les pratiques, la spiritualité reste foncièrement une affaire de conscience. La conscience qui m’habite et que je cultive quand je joue et quand je travaille. La conscience avec laquelle je cuisine, je bois et je mange. La conscience dans laquelle je peins, je chante et je tricotte. La conscience par laquelle je lis et j’écris. La conscience qui anime la moindre de mes pensées, la moindre de mes paroles et le moindre de mes actes. Matérielle ou spirituelle? Le choix est mien. À chaque instant de mon existence. En tout temps et en tout lieu.

La triade divine

Vous vous demandez encore si Dieu existe? Cessez, de grâce, de vous torturer les méninges.

Les Védas n’abordent même pas la question. Il n’y est pas non plus question de Dieu dans le sens confessionnel où nous l’entendons généralement. On y part plutôt du principe fondamental et universel que toute énergie a une source, que tout effet a une cause et que tout ce qui existe a une origine. Et on y désigne globalement l’origine des origines, la cause première de toutes les causes et la source primordiale de toutes les énergies du nom d’Absolu.

Voilà un mot qui, en soi, définit bien le Grand Tout – ce qu’on aime aujourd’hui appeler l’Univers, la Lumière ou le Verbe –, c’est-à-dire la réalité transcendante qui dépasse notre entendement mais dont la présence se fait partout sentir sous une forme ou une autre.

Et comme les Védas ne sont jamais avares d’explications, ils nous amènent à mieux saisir cet Absolu en précisant qu’il peut être perçu sous trois aspects :

vadanti tat tattva-vidas tattvaṁ yaj jñānam advayam
brahmeti paramātmeti bhagavān iti śabdyate

« Les doctes sages qui connaissent la Vérité absolue nomment cette essence indivisible Brahman, Paramatma ou Bhagavan. »

(Shrimad-Bhagavatam, 1.2.11)

Brahman désigne l’aspect impersonnel de l’Absolu, son omniprésence diffuse et rayonnante à travers le monde qui nous entoure, telle la lumière du soleil qui tout pénètre. La perception de cet aspect impersonnel de l’Absolu se reflète souvent dans l’émerveillement que suscitent les beautés de la nature ou l’immensité de l’espace.

Paramatma désigne l’aspect localisé de l’Absolu, présent en chaque être et en toutes choses, jusque dans l’atome. Vous avez déjà entendu l’expression « Dieu est en chacun de nous »? Eh bien, c’est du Paramatma qu’il s’agit, de cette manifestation de l’Absolu qui assure l’équilibre des forces de l’univers et qui nous guide de l’intérieur – pour peu qu’on y porte attention. On y fait parfois référence comme « la petite voix qui nous parle », ou encore « la voix de la conscience ».

Quant à Bhagavan, il s’agit de l’aspect personnel de l’Absolu, incarnant l’éternité, la connaissance et la félicité par excellence, avec qui chaque être entretient une relation intime selon une variété de saveurs allant de l’aversion la plus profonde à l’amour le plus sublime. Bhagavan désigne l’Absolu comme l’expression vivante de toutes les perfections. Chaque être possède la beauté, la richesse, la force, la renommée, le savoir et le détachement dans une certaine mesure. Mais l’Absolu dans son aspect personnel se définit comme l’Être suprême, ou encore le Bienheureux, qui possède tous ces attributs dans la plus complète et la plus parfaite des mesures.

La trilogie divine désigne donc en fait un Absolu unique et indivisible, mais manifeste et perceptible sous trois aspects distincts, selon le degré de réalisation de ceux et celles qui cherchent à le saisir.

All you need is love

Traduction d’un extrait d’entretien entre le poète Allen Ginsberg
et A. C. Bhaktivedanta Swami le 12 mai 1969.

Allan Ginsberg : Différents groupes prétendent que seule leur religion permet d’atteindre le salut.

A. C. Bhaktivedanta Swami : Toutes les religions sont bienvenues. Nous n’en rejetons aucune. Religion ou pas, le point est que l’Absolu, ou Dieu, est amour, et que l’amour est infiniment attrayant. Nous sommes tous naturellement attirés par l’amour – à plus forte raison dans sa forme absolue –, tout comme le fer est irrésistiblement attiré par l’aimant… à condition de ne pas être rouillé! Si nous ne sommes pas attirés par l’Infiniment attrayant, c’est que nous sommes rouillés, c’est-à-dire conditionnés par notre attachement aux promesses illusoires du monde qui nous entoure.

La véritable religion est celle qui nous débarrasse de cette rouille et qui ravive notre amour pour Dieu. Que vous l’appeliez Allah, Krishna, Govinda, Bouddha ou Jéhovah n’a aucune importance. L’important, c’est que votre religion, quelle qu’elle soit, vous amène à développer l’amour suprême. Tous les gens devraient apprendre à aimer, car c’est là que réside la perfection de l’existence.

J’te l’dis! J’te crois pas. J’te l’dis!

Conversation entre jumeaux dans le ventre de leur mère
(adaptation d’un texte de Jean-Jacques Charbonier).


« Tu crois vraiment qu’il y a une vie après la naissance?

— Bien sûr! C’est évident qu’il y a une vie après la naissance. Nous sommes ici pour nous préparer à ce que nous serons plus tard.

— Pfffff… Complètement ridicule! Il n’y a rien après la naissance. À quoi pourrait bien ressembler la vie en dehors d’ici?

— Je ne sais pas exactement, mais il y aura sûrement plus de lumière qu’ici, et sans doute plein d’expériences à vivre. Peut-être même marcherons-nous avec nos jambes et mangerons-nous avec notre bouche.

— N’importe quoi! Ne vois-tu pas qu’il est impossible de marcher? Que dire de manger avec notre bouche? C’est le cordon ombilical qui nous nourrit. Et vu sa longueur, nous ne pourrions pas aller bien loin en sortant d’ici. Tes histoires ne tiennent pas debout.

— Mais je suis sûr qu’il y a quelque chose de « l’autre côté », quelque chose de différent de ce à quoi nous sommes habitués ici.

— Réveille-toi, enfin! Personne n’est jamais revenu de « l’autre côté ». La vie n’est que flottement et ballottement dans le noir, et elle se termine à la naissance.

— Je ne peux rien prouver, mais il me semble tout à fait naturel que nous voyions maman et qu’elle veille sur nous en sortant d’ici.

— Maman? Tu veux dire que tu crois en maman? Tu es vraiment plus naïf que je pensais… Où se trouve-t-elle donc, cette maman?

— Mais partout, tout autour de nous! Ne le vois-tu pas? Nous sommes en elle, et c’est à elle que nous devons la vie. Sans elle, rien de tout cela n’existerait et nous ne serions pas là!

— Pure sottise! Je n’ai jamais vu de maman. Il est donc clair pour moi qu’elle n’existe pas.

— Quoi que tu en penses, il m’arrive parfois, lorsque tout est calme, d’entendre sa voix. Je peux même sentir sa main qui caresse notre monde… Je suis de plus en plus sûr que la vraie vie nous attend après la naissance, et que nous sommes seulement en train de nous y préparer.

— … »

Faut-il pleurer, faut-il en rire?

S’il est une vérité immuable, pour le meilleur ou pour le pire, c’est bien celle-ci : on ne voit pas le temps passer, comme le chantait poétiquement Jean Ferrat.

On pourrait presque parler d’euphémisme, tant la vie est courte. « Dès qu’un humain vient à la vie, il est déjà assez vieux pour mourir », disait plus crûment Heidegger. Constat saisissant dont on préfère ne pas trop parler – Je n’ai pas le cœur à le dire –, mais qui n’en reflète pas moins notre condition à tous.

Si je vous écris et que vous me lisez, c’est que nous faisons partie des privilégiés qui bénéficient d’un sursis entre la naissance et la mort. Mais notre vie n’est pas pour autant un long fleuve tranquille – Entre les courses et la vaisselle, entre ménage et déjeuner, le monde peut battre de l’aile… et nous en faire voir de toutes les couleurs avec ses hauts et ses bas.

Car nos plaisirs, nos joies et nos bonheurs alternent invariablement avec des épisodes moins rigolos, souvent même pas rigolos du tout. Mal de vivre, mal d’aimer, mal du pays ou mal de tête, ce ne sont pas les maux qui manquent, non plus que les mots (souvent très colorés) pour le dire et pour s’en plaindre!

« Mais, c’est la vie! » me direz-vous. Peut-être, mais ne nous arrive-t-il pas tous de l’imaginer autrement, cette vie, nous qui rêvons naturellement de bonheur et d’éternité? Avouez que vous vous passeriez volontiers des maux qui empêchent votre corps de tourner rondement, comme de ceux qui minent vos pensées et qui bouleversent vos émotions. Ou encore des souffrances et des tourments que vous infligent vos congénères et les autres êtres vivants, du microbe et du moustique au profiteur et au fauteur de troubles. Sans parler des douleurs et des frayeurs dues aux forces de la nature – sécheresses, inondations, tremblements de terre et ouragans.

Pas de panique!

Loin de moi l’idée de vous déprimer avec tout cela. Mon propos vise simplement à illustrer que notre vie déjà plus ou moins courte est constamment perturbée par des aléas qui ne font jamais partie de nos projets mais qui trouvent toujours le moyen de s’y immiscer – Faut-il pleurer, faut-il en rire?

Dans la Bhagavad-gita, Krishna répond sagement à son cher ami Arjouna :

« Éphémères, joies et peines, comme étés et hivers vont et viennent. Apprends à les tolérer sans en être affecté. »

Bhagavad-gita, 2.14

Plus facile à dire qu’à faire! Mais non moins tout à fait possible, en commençant par admettre que nous sommes, bon gré mal gré, les seuls et uniques artisans de notre malheur comme de notre bonheur. Comme le disait si bien Rousseau :

« Insensés qui vous plaignez sans cesse de la nature, apprenez que tous vos maux vous viennent de vous. »

Il est sans doute aisé – et souvent commode, ou à tout le moins tentant – d’en attribuer la cause à des facteurs externes, mais le fait est que nous sommes responsables à part entière de nos pensées, de nos paroles et de nos actes, de leurs conséquences et des états d’âme qui en résultent, tout comme de la perception et de l’entendement que nous avons des phénomènes naturels et du monde qui nous entoure.

Un remède efficace

Pour nous affranchir des dualités à la racine de nos hauts et de nos bas, nous devons aussi comprendre qu’elles ne sont dues qu’à une conception matérielle de l’existence. Ayant de longue date oublié notre identité spirituelle, nous nous identifions en effet à notre corps et à notre mental comme si nous n’existions que par eux et que pour eux. Ce qui nous rend vulnérables à leurs moindres sursauts.

Lorsque l’âme s’établit dans la connaissance de son identité propre, elle continue d’agir à travers le corps qu’elle a revêtu et elle continue d’être sensible aux émotions propres à tout être pensant, mais sa vision des choses lui permet de relativiser les hauts et les bas de l’existence, et d’atteindre un équilibre qui facilite grandement son bref passage sur terre.

Pour guérir définitivement des maux du corps, du cœur et de l’esprit, il n’est d’autre avenue que de guérir du mal à l’âme. Négligée, elle demeure en effet impuissante à guider l’intelligence, elle-même censée guider le mental et les sens de manière à harmoniser notre existence sur tous les plans. Il suffit pourtant d’apprendre à la connaître et de développer la conscience de son rapport à l’Absolu pour retrouver le vrai sens de la vie et percevoir sous un tout autre jour les incontournables joies et peines qui jalonnent notre quotidien.

Je vous laisse avec le texte complet de la chanson de Ferrat.