

Suit le texte et la version audio de l’introduction de Vivre ma spiritualité aujourd’hui – Une affaire de conscience, qui traite des fondements et des principes d’une saine spiritualité vivante à l’époque où nous vivons.
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«Le 21e siècle sera spirituel ou ne sera pas.»
Cette prophétie qui a fait le tour du monde, et qu’a même citée le pape Jean-Paul II dans une de ses encycliques, a été attribuée à André Malraux par le chroniqueur André Frossard du journal Le Monde à la suite d’un entretien privé avec le célèbre écrivain vers le milieu du siècle dernier.
Malraux s’est plus tard défendu en public d’avoir prononcé ces mots, mais il n’en aspirait pas moins de toute évidence — comme en témoignent de nombreux écrits et entretiens — à un grand renouveau spirituel, car à ses yeux, le matérialisme débridé plongeait la société dans un gouffre dont l’homme devait s’extirper pour ne pas y perdre son âme. Et pour lui, ce renouveau ne passait pas par une renaissance des religions traditionnelles, mais plutôt par une intégration sentie du sacré et du divin dans la psyché de chacun.
Exit la religion. Vive la spiritualité!
Les faits parlent d’eux-mêmes. Les églises sont plus vides que jamais. L’État a pris ses distances du clergé et se veut désormais résolument séculier. On a sorti l’enseignement religieux des écoles au profit de la «morale» et de l’«ouverture aux cultures du monde». Les tabous d’autrefois ne sont plus que de mauvais souvenirs. Les procès de curés friands de petits garçons font les manchettes. L’autorité du Vatican est de plus en plus remise en question par les pratiquants eux-mêmes. L’islam cherche à se dissocier de ses intégristes. L’hindouisme se morcelle… Bref, la religion n’a plus la cote!
L’heure est à l’universalité, à la laïcité et aux accommodements raisonnables. À chacun sa voie, pour autant qu’on tolère celle de son voisin et qu’on ne marche pas sur ses plates-bandes. Liberté d’expression, droits de la personne et respect de la vie privée sont les mots d’ordre du jour. Et pour peu qu’on adhère encore à certaines valeurs et pratiques sacrées, on préfère désormais parler de spiritualité plutôt que de religion.
Signe des temps? Juste retour du balancier? Évolution des mœurs? Victoire de la modernité? Ne sautons pas trop vite aux conclusions. Il suffit en effet de brosser un tableau un peu plus large de la situation pour constater que la réalité n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air.
Il est vrai qu’à partir de la deuxième moitié du 20e siècle, les sociétés industrialisées ont peu à peu mis la religion au rancart et insisté sur la séparation de l’Église et de l’État. Mais il est tout aussi vrai que nombre de pays du Proche et du Moyen-Orient ont parallèlement connu une recrudescence de la ferveur religieuse, jusqu’à atteindre les sommets du fanatisme dans certains cas. Et malgré la progression fulgurante du matérialisme en Asie, les traditions ancestrales y demeurent profondément ancrées, tandis que les régimes qui répriment, bannissent et punissent toute manifestation religieuse n’arrivent pas pour autant à refroidir les ardeurs des fidèles.
Par ailleurs, bien que l’Occident ait pour une large part fait une croix sur les institutions du passé et ouvert toutes grandes les portes à l’individualisme et à la libre pensée, on a rapidement vu s’y multiplier les églises évangéliques, les sectes et les mouvements nouvel-âgistes de toutes sortes. Sans parler des communautés multiethniques et pluriconfessionnelles qui ravivent le débat sur la place de la religion dans nos sociétés. Bref, au-delà des apparences, force est de reconnaître que la religion et ses dérivés ont toujours le vent dans les voiles.
Et pour cause! Qu’on souscrive aux préceptes d’une église établie ou qu’on cherche à les remplacer par une philosophie de vie et des pratiques moins contraignantes, plus exotiques, plus à la mode ou plus personnelles, la quête de sens demeure au fondement même de l’humain. Et qu’elle soit justifiée par un besoin de sécurité, d’appartenance, de savoir ou d’accomplissement, cette quête oriente en grande partie nos pensées et nos actes.
Si les options sont plus nombreuses que jamais, le fil conducteur reste le même. Nous nous interrogeons invariablement sur nos origines et notre finalité. Nous mettons en question les inégalités, les injustices et les cataclysmes. Nous restons pantois devant la pauvreté, la famine et la violence. Pourquoi la maladie, la vieillesse et la mort? Qui suis-je vraiment? Pourquoi suis-je ici? Où tout cela mène-t-il? Et comme les réponses toutes faites ne parviennent pas à nous satisfaire, les nouveaux gourous, maîtres à penser et prédicateurs de tout acabit se bousculent au portillon pour prendre le relais des grandes traditions et nous livrer leur vision du monde. Ils savent répondre à un besoin criant et généralisé, et croient même souvent offrir une solution viable aux problèmes de l’existence.
Mais comment s’y retrouver dans le dédale des promesses de mieux-être, de bonheur et de salut? Comment distinguer le vrai du faux et le sérieux du farfelu? En quoi les multiples formes de spiritualité nouvelle diffèrent-elles vraiment des grandes religions — d’autant qu’elles s’en inspirent le plus souvent? Et pourquoi même se pencher sur la question puisque, de toute façon, chacun est foncièrement libre de croire et de faire ce qu’il veut?
Parce que l’enjeu est crucial. Nous adhérons tous d’une façon ou d’une autre à un système de pensée ou de croyances, que ce soit par conviction, par dépit, par convenance ou par suite d’une quelconque révélation. Nous avons donc tous intérêt à confronter notre perception de la réalité et de la vérité aux archétypes de l’être et du monde qui nous entoure, ne serait-ce que pour y voir plus clair.
Cela dit, compte tenu des abus commis au nom de la foi et des contradictions qui suscitent en nous plus de doutes que de certitudes, il est aujourd’hui plus tentant de se replier sur soi-même et de balayer toutes formes de bondieuseries ou de préceptes philosophico-ésotériques que de chercher à faire la part des choses et à dénicher la clé du mystère de la vie. Fini le temps des sociétés en vase clos où tous suivaient la voie tracée sans poser de questions. La mondialisation et l’avènement du village global nous exposent à d’autres schèmes de référence qui, bien souvent, ne font qu’accentuer notre malaise existentiel, voire notre intolérance profonde à l’égard de tout ce qui bouscule nos valeurs acquises.
Ce n’est toutefois ni en faisant l’autruche ni en partant en croisade qu’on étanchera sa soif de vérité, de bonheur et de paix. On peut bien sûr se fabriquer sa petite vérité, son petit bonheur et sa petite paix à soi, et s’en tirer à plus ou moins bon compte, si ce n’est que la réalité finit toujours par nous rattraper. Notre besoin de réponses et de raison de vivre — avoué ou latent — est tel que nous restons à l’affût de tout ce qui pourrait lever le voile sur une nouvelle facette de l’inconnu.
Il y a sans doute ceux et celles qui ont véritablement trouvé leur voie, ou encore ceux qui puisent leur réconfort dans ce qu’on leur a appris depuis leur plus tendre enfance, sans vraiment chercher plus loin. Mais il y a aussi, et ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui se dressent contre toute forme de dogmatisme et d’establishment pour se tourner vers d’autres sources de connaissance et d’expérience au nom de la libre pensée.
C’est ainsi qu’on a vu naître un engouement massif pour le yoga, le tai-chi, les arts martiaux, la méditation, le végétarisme, la psycho pop et les écoles de mieux-être ou de croissance personnelle; sans parler de la pensée magique, de l’occultisme, des myriades de sectes en tout genre et des philosophies orientales, amérindiennes ou autres. Certains sont même allés jusqu’à inventer des religions de toutes pièces. Quant aux plus conservateurs et aux agnostiques, ils n’en ont le plus souvent que pour la science.
En fin de compte, ne joue-t-on pas lestement sur les mots lorsqu’on ne fait que remplacer la religion par un autre système de croyances et de règles, une autre forme de dogme ou d’establishment? Et peut-on honnêtement se dire «spirituel» — en communion intime avec «l’esprit», avec l’essence même de son être et de l’univers — sur la seule base du fait qu’on a de belles valeurs, qu’on ne veut de mal à personne ou qu’on suit un courant à la mode? J’appellerais plutôt ça noyer le poisson pour ne pas avoir à chercher plus loin!
Quelles que soient les appellations et les orientations, les questions fondamentales et les enjeux restent les mêmes. Il importe donc de percer le voile des apparences et d’apprendre à voir au-delà des étiquettes et des emballages pour distinguer les repères d’une quête intérieure fructueuse. Et pour ce faire, il n’est d’autre moyen que de mettre les choses en perspective.
Aussi cet ouvrage vous convie-t-il à un voyage dans le temps et dans l’espace à travers les notions qui entourent ce vaste champ d’exploration qu’est la spiritualité. Nombreux sont ceux qui ont approfondi le sujet au fil des siècles, et il ne tient qu’à nous d’en tirer parti. Les réponses à nos questions existent. Il s’agit simplement de démêler le fouillis dans lequel elles nous sont présentées pour découvrir ce qu’il en est vraiment de la spiritualité et de la façon dont nous pouvons la vivre pleinement.
Je vous épargne le discours sur l’emploi du masculin générique. Ce livre s’adresse et s’applique naturellement aux femmes comme aux hommes. La spiritualité est universelle. Il s’adresse et s’applique de même aux croyants comme aux incroyants, et aux pratiquants comme aux non-pratiquants de toute confession et de tous horizons. La spiritualité n’a pas de frontières.
Enfin, je vous encourage à prendre patiemment le temps de parcourir le contenu de ces pages pas à pas. Car, avant d’aborder le comment, il faut faire le tour du pourquoi!

