Peinture sur toile kalamkari représentant Krishna et Arjouna (Andhra Pradesh, Inde)

On me demande parfois, à la lumière de mon étude des Védas, quelle est la meilleure approche à la spiritualité. Le fait est qu’il n’y a pas de recette magique ni de modèle universel. Il appartient en effet à chacun d’approcher la spiritualité selon ses acquis et ses dispositions naturelles.

Dans la célèbre Bhagavad-gita, Arjouna pose la question de façon plus explicite au Bienheureux Krishna: «Vaut-il mieux t’adorer et te servir avec amour et dévotion, ou plutôt vénérer le non-manifesté, le Brahman impersonnel?» La question est d’autant plus pertinente que certains conçoivent l’Absolu comme une personne, alors que d’autres le croient plutôt sans forme et sans attributs personnels.

Et le Bienheureux de lui répondre:

«Celui qui fixe son mental sur ma forme personnelle et qui toujours m’adore avec une foi sans partage, je le tiens pour le mieux situé. Mais ceux qui se vouent au non-manifesté en œuvrant pour le bien de tous finissent aussi par m’atteindre.»

Bhagavad-gita, 12.2-4

Rappelons ici que selon leur bagage et leur niveau d’entendement spirituel, différentes personnes sont sensibles à différents aspects de l’Absolu, soit son aspect personnel (Bhagavan), son aspect localisé (Paramatma) ou son aspect impersonnel (Brahman).

Voir La triade divine.

D’entre les trois, Krishna représente Bhagavan, l’Absolu dans sa forme personnelle, et il est qualifié de Bienheureux du fait qu’il possède toutes les excellences dans leur forme la plus achevée, qu’il s’agisse de la beauté, de la richesse, de la force, du savoir, de la renommée ou du renoncement.

L’approche personnelle et l’approche impersonnelle à l’Absolu sont donc toutes deux valables. Elles relèvent simplement de différents degrés de réalisation et finissent l’une comme l’autre par mener le pèlerin sincère à bon port.

Le Bienheureux ajoute néanmoins:

«Ceux qui s’attachent à la conception impersonnelle de l’Absolu ne progressent toutefois qu’à grand-peine.»

Bhagavad-gita, 12.5

La raison en est qu’il est difficile de se concentrer sur quelque chose d’impalpable, d’indéfinissable et, somme toute, d’inconcevable. Pour tout dire, seuls de grands yogis y parviennent en s’astreignant à de très rudes ascèses. Cette approche n’est donc clairement pas à la portée de tous.

Cela dit, Krishna a aussi conscience du fait qu’il n’est pas non plus à la portée de tous de s’abandonner corps et âme à l’Absolu dans sa forme personnelle, et de le servir spontanément avec amour et dévotion. C’est pourquoi, après avoir énoncé les deux positions extrêmes, il entreprend de nuancer sa réponse à Arjouna.

«Si tu ne peux fixer sur moi ton mental sans faillir, ô Arjouna, observe les principes régulateurs du bhakti-yoga pour ainsi acquérir le désir de m’atteindre.»

Bhagavad-gita, 12.9

Très intéressante proposition! Nous savons qu’il existe diverses formes de yoga, et qu’elles procurent des bienfaits différents. Toutes poursuivent cependant un même but ultime, qui est de réaliser l’Absolu en se réalisant soi-même. Or, à ceux qui aspirent à mieux connaître et servir l’Absolu dans sa forme personnelle, Krishna recommande plus particulièrement la pratique du bhakti-yoga.

«Si toutefois tu ne peux observer les principes régulateurs du bhakti-yoga, essaie d’œuvrer pour moi, car en agissant pour moi, tu atteindras la perfection.»

Bhagavad-gita, 12.10

Vous n’êtes pas trop porté sur le yoga? Soit. Pourquoi pas, dans ce cas, vous employer à diffuser et propager les gloires de l’Absolu selon vos talents et les moyens dont vous disposez?

«Mais si tu ne peux non plus agir dans cette conscience, alors efforce-toi de renoncer aux fruits de tes actes et de devenir maître de toi.»

Bhagavad-gita, 12.11

Trop exigeant? Eh bien, songez à consacrer une partie de vos gains, de votre temps et de votre énergie à une œuvre caritative ou à quelque autre bonne cause, tout en vous efforçant de mieux maîtriser vos sens et votre mental.

«Et si tu ne peux même adhérer à cette approche, cultive à tout le moins la connaissance. Sache néanmoins que la méditation est supérieure à la connaissance, et que le renoncement aux fruits des actes est plus élevé encore, car il confère la paix d’esprit.»

Bhagavad-gita, 12.12

En dernier recours, toute personne qui désire faire un premier pas dans la voie spirituelle peut cultiver la connaissance de soi, de sa nature profonde, de son origine, de sa place dans l’univers et du réel sens de la vie. Mais Krishna souligne qu’il ne s’agit effectivement que d’un premier pas, et qu’il est souhaitable d’en venir à la méditation, puis à l’action désintéressée, pour ensuite, étape par étape, parfaire son progrès vers la pleine conscience divine.

En définitive, ces versets nous aident bel et bien à comprendre que la réalisation spirituelle n’a rien de figé et qu’elle s’opère graduellement, au rythme de chacun. Mais encore faut-il commencer quelque part…

Pour une compréhension plus poussée d’une approche saine et globale à la spiritualité, je me permets de vous suggérer de lire Vivre ma spiritualité aujourd’hui – Une affaire de conscience, fruit de plusieurs décennies de recherches, d’études et de pratique.

À chacun son rythme