La quête de la réussite revêt différentes formes, que les Védas regroupent en quatre grandes catégories.

La réussite n’a pas la même couleur pour tout le monde. Elle revêt en fait autant de formes qu’il peut y avoir d’individus, car les critères de chacun varient sensiblement en matière d’excellence, qu’il s’agisse de beauté, de savoir, de richesse, de renommée, de pouvoir, de renoncement ou d’accomplissement de soi.

Les Védas ne cherchent donc pas à dresser le portrait de tous les visages de la réussite. Ils fournissent plutôt une échelle graduée des différents types de réussites pour nous aider à comprendre que toutes les formes d’achèvement n’ont pas même valeur, et pour nous inviter à viser la plus haute marche du podium.

Action

Au premier niveau de l’échelle de la réussite figure la quête de biens, d’attributs et d’atouts purement matériels, que ce soit sur le plan personnel, professionnel ou social. L’acquisition de ces avantages repose sur ce que les Védas appellent le karma, au sens d’«action». Elle exige en effet des efforts dont l’intensité et la durée peuvent varier, et qu’une personne doit consentir pour espérer obtenir le résultat qu’elle recherche.

Cette forme de réussite est de loin la plus convoitée par le commun des mortels, même si (on l’oublie trop souvent) tous les efforts du monde ne garantissent jamais le succès dont on peut rêver, car il ne suffit pas toujours de forger pour devenir forgeron.

Savoir

Lorsqu’on réalise que l’argent ne fait pas le bonheur – ni d’ailleurs quelque autre avantage matériel que ce soit –, la notion de réussite gravit un échelon en ce qu’elle cesse d’être centrée sur sa propre personne et sur son entourage. Les biens acquis et les avantages obtenus par le karma peuvent certes contribuer à faciliter l’existence, à améliorer notre confort ou à rehausser notre estime de soi, mais ils demeurent superficiels, éphémères et incapables de combler nos aspirations les plus profondes de façon durable.

C’est ainsi qu’au second niveau, une personne devient portée à poursuivre la connaissance plutôt que de chercher à acquérir des possessions ou un rang quelconque à la sueur de son front. Les Védas désignent cette quête de savoir du nom de gyana, et elle prend aussi bien la forme d’études variées pour mieux comprendre la nature humaine et le fonctionnement de l’univers que de spéculations philosophiques visant à percer le mystère des grandes questions existentielles.

Communion

Celui ou celle qui en vient à comprendre que l’objet ultime du savoir tient à la connaissance de son identité spirituelle et du fait que l’âme individuelle, infinitésimale, est une émanation fragmentaire de l’Âme suprême, dont elle fait éternellement partie intégrante, cherche irrémédiablement à raviver son lien avec la Source de tout ce qui est. Il s’agit là du troisième niveau de réussite, ou d’accomplissement, que les Védas qualifient de «communion», ou yoga.

«Quand ton intelligence aura traversé la dense forêt de l’illusion, tout ce que tu as entendu et tout ce que tu pourrais encore entendre te sera indifférent.»
Bhagavad-gita 2.52

À ce niveau, la quête de la pleine réalisation de soi prime sur la recherche de fugaces bienfaits matériels et de connaissances somme toute futiles en regard d’une existence éternelle préalable et subséquente à notre bref séjour sur Terre. Une personne intègre alors activement à son quotidien des pratiques favorables à la communion recherchée, notamment par l’étude de textes faisant autorité en matière de science spirituelle, par la méditation mantrique et par la pratique d’une forme de yoga favorisant l’éveil de l’âme.

Amour

Que peut-il bien y avoir au-delà de la communion avec la Source de son être et de l’univers, me demanderez-vous? La réponse découle du fait que les âmes réalisées se situent elles-mêmes à différents niveaux selon qu’elles communient avec l’Absolu sous son aspect impersonnel et omniprésent (Brahman), sous son aspect localisé et omniscient (Paramatma), ou dans sa forme personnelle, empreinte d’éternité, de pure conscience et de félicité (Bhagavan).

Au niveau de réussite le plus élevé, l’âme incarnée entre en relation personnelle et réciproque avec le Seigneur des seigneurs, et se voue tout entière à son service avec amour (bhakti), en pensées, en paroles et en actes. Elle en retire le plus grand bonheur qui soit et récolte tous les bienfaits que procure le plus haut niveau d’accomplissement qui soit.

L’ingrédient magique

On entend souvent qu’il n’est rien de plus précieux que l’amour. All you need is love! Et c’est bien vrai. Les Védas nous rappellent toutefois qu’encore là, il y a différentes formes et différents niveaux d’amour. Et qu’au-delà de l’amour des bêtes, du prochain, des amis, des amants ou des enfants, l’amour de l’Infiniment Fascinant est suprême.

Qui plus est, une personne emplie de cet amour en imprègne spontanément tout ce qu’elle pense, dit et fait, de sorte qu’il devient à proprement parler un ingrédient magique dans tous les aspects de sa vie.

En effet, alors qu’elle continue naturellement à remplir ses obligations personnelles, familiales, professionnelles et sociales, ses actions (karma) de tous les jours se transforment en karma-yoga. Pour peu qu’elle continue à élargir son champ de connaissances et à enrichir son savoir (gyana), ses études et ses recherches se transforment en gyana-yoga. Et si elle est encline à pratiquer une forme ou une autre de discipline, d’ascèse ou de yoga, son entreprise se transforme en bhakti-yoga.

Si vous êtes comme moi, je parie que vous ne verrez plus jamais la réussite du même œil.

L’ingrédient magique