Je vous propose une nouvelle série d’articles consacrés à la bhakti, l’objet même du bhakti-yoga, couramment appelé le yoga du cœur ou le yoga de l’amour et de la dévotion.

La voie de la bhakti – en sanskrit bhakti-marga – trône au sommet de l’échelle du yoga. Non pas parce qu’elle est meilleure que les autres voies – toutes les formes de yoga sont conçues pour mener à la réalisation spirituelle –, mais parce qu’elle englobe tous les aspects de la Vérité Absolue.

Les âmes qui empruntent les voies de la maîtrise du corps et de l’esprit par le hatha-yoga ou le koundalini-yoga, ou encore celles de l’action désintéressée par le kriya-yoga ou le karma-yoga, cherchent à atteindre des états ou des plans d’existence plus élevés pour y jouir d’une vie plus douce et plus sereine. Leur conception de l’Absolu se limite généralement aux manifestations de son énergie externe grossière et subtile, ou à sa présence diffuse à travers le cosmos, la nature et les myriades d’êtres vivants.

Les adeptes du gyana-yoga ou du sankhya-yoga poursuivent la connaissance métaphysique de l’Absolu afin de distinguer l’esprit de la matière, et ils aspirent à se fondre dans le Brahman, soit la radiance impersonnelle et omniprésente de l’Absolu.

Les yogis dits «mystiques» connaissent l’existence du Brahman, mais ils n’ont aucune intention d’y sacrifier leur individualité pour obtenir la libération. Ils pratiquent plutôt l’ashtanga-yoga (le yoga en huit phases), le raja-yoga (le yoga royal) ou le dhyana-yoga (le yoga de la méditation) dans le but de réaliser l’aspect localisé et omniscient de l’Absolu, qu’on appelle l’Âme suprême, ou Paramatma.

Quant aux pèlerins de la bhakti (appelés bhaktas), ils reconnaissent que l’Absolu étant l’Absolu, il englobe naturellement tout ce qui existe, aussi bien le matériel et le spirituel que l’impersonnel et le personnel. Ils s’appliquent donc à communier directement avec lui dans sa forme personnelle de Bhagavan, source ultime du Brahman et du Paramatma, et maître de toutes les perfections – beauté, richesse, force, renommée, sagesse et détachement.

Toujours plus haut

Bien que toutes les formes de yoga soient axées sur la réalisation de soi et de l’Absolu, elles correspondent à différents degrés de ce qu’on appelle «l’échelle du yoga». Autrement dit, elles ne sont pas équivalentes ou interchangeables, et elles ne donnent pas accès au même niveau de réalisation. Elles sont en fait autant de tremplins vers la conscience divine qui marque l’aboutissement de la réalisation spirituelle.

Les pratiques yogiques qui donnent de réaliser le Brahman, ou l’aspect impersonnel de l’Absolu, sont subordonnées à celles qui donnent accès à la réalisation plus intime du Paramatma, ou l’aspect localisé de l’Absolu présent en chaque être. La conscience de l’Âme suprême est plus développée que celle de l’éclat rayonnant et indifférencié de l’Absolu, mais elle demeure elle-même partielle.

Seule l’âme en cheminement qui, d’étape en étape, gravit les degrés de l’échelle du yoga jusqu’à son sommet en vient à la réalisation ultime et complète que l’Absolu est également de nature personnelle. Qu’il n’est pas seulement perceptible de façon impersonnelle à travers l’infiniment petit et l’infiniment grand. Ni seulement présent dans le cœur de chaque être. Mais qu’il possède aussi une forme propre, de laquelle procèdent d’innombrables formes et émanations divines. Qu’il possède non pas un nom, mais une infinie variété de noms en fonction de ses attributs et de ses activités. Et que ses gloires sont sans fin.

Au-delà de la connaissance et des techniques yogiques

C’est à ce stade que débute la bhakti. Stade où il est entendu que le spiritualiste a déjà pleinement connaissance du Brahman et du Paramatma. Qu’il a conscience de sa propre nature comme de celle de tous les autres êtres et de toutes les manifestations de l’énergie matérielle.

Les gyanis et les yogis mystiques n’arrivent pas à concevoir que le Divin soit aussi une personne, la personne suprême à l’origine de toutes les autres et la source de toutes les énergies qui sous-tendent l’univers. Ils n’ont pas encore atteint ce niveau de réalisation dans leur cheminement. Le bhakta, par contre, a conscience de cette ultime réalité, et il met tout en œuvre pour mieux la connaître et la servir.

Le bhakti-yoga se veut l’expression du principe selon lequel le Divin est amour. Le Divin devient ainsi l’objet de l’amour du bhakta. Un amour purement spirituel en ce qu’il n’est entaché d’aucun désir matériel. Un amour présent au fond de chacun qui ne demande qu’à être ravivé. Et les neuf clés de la bhakti sont précisément conçues pour raviver cet amour oublié depuis que nous avons cédé à l’influence de l’énergie illusoire qui nous fait croire seigneurs et maîtres de tout ce qui nous entoure.

Une approche pratique

Toutes les religions et toutes les formes de spiritualité culminent dans l’atteinte de cet amour sublime que nous recherchons tous et dont nous ne goûtons que des formes partielles et transitoires sur le plan matériel. Le bhakti-yoga cible directement cet objectif à travers neuf pratiques qui ne requièrent aucun préalable particulier et qui peuvent être adoptées séparément ou conjointement.

En guise d’introduction à cette série, voici l’énoncé de ces neuf pratiques dites «dévotionnelles» visant à parfaire sa réalisation du Divin et à rétablir le lien d’amour qui nous unit à lui:

  • l’écoute active
  • la communication ouverte
  • le souvenir conscient
  • l’humilité sentie
  • l’estime du sacré
  • la prière féconde
  • le don de soi
  • l’échange d’amitié
  • l’abandon libérateur

Un article sera consacré à chacune de ces pratiques dans le cadre de cette série.

Les neuf clés de la bhakti

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