Avatar

Gravure sur bois représentant les dix avatars majeurs de Vishnou (Temple du Sud de l’Inde)


Je n’entends ici vous entretenir ni du film éponyme de James Cameron ni de personnages virtuels de jeux vidéo ou de réseaux sociaux, mais plutôt du sens premier de ce mot omniprésent depuis quelques décennies.

Avatar est un mot sanskrit signifiant «qui descend». Dans l’ensemble des Védas, il désigne une manifestation du Suprême, une incarnation divine «descendue», ou «apparue» dans le but de remplir une fonction particulière. Il ne s’agit ni d’une projection ni d’une sorte d’alter ego du Suprême, mais plutôt d’une émanation distincte de sa source qui en partage les attributs divins à différents degrés.

À différents degrés, car il existe différents types d’avatars qui n’ont pas tous la même importance. Tous ont cependant en commun d’œuvrer à l’établissement, au rétablissement ou au maintien de l’ordre universel et des principes du dharma.

« Chaque fois qu’en quelque endroit de l’univers la spiritualité voit un déclin et que s’élève le matérialisme, Je descends en personne. »

Bhagavad-gita, 4.7

À voir l’état du monde, on pourrait se demander pourquoi le Bienheureux ne descend pas plus souvent! Notre échelle de temps humaine est toutefois réduite à une brève existence sur terre, alors que l’Absolu est intemporel – sans commencement ni fin. Ses critères sont donc forcément différents des nôtres.

Cela dit, bien que tous les avatars n’aient pas l’importance du Bienheureux et de ses émanations plénières, l’humanité n’est pas pour autant abandonnée à elle-même. À toutes les époques apparaissent en effet des avatars qui, sous les traits de simples humains, sont en fait investis de pouvoirs particuliers pour accomplir une mission précise ou pour guider de vastes pans de population. À nous de les reconnaître et de profiter de leur sagesse.

Voir 6 catégories d’avatars.

Dharma

Roue du char du Soleil, symbole du dharma et des cycles temporels dans plusieurs traditions (Temple de Konarak, Odisha, Inde)

Souvent traduit par «religion», le concept de dharma dépasse largement celui de confession sectaire.

Selon le contexte, ce mot sanskrit revêt en effet de nombreux sens connexes, mais non moins distincts. Il peut entre autres désigner l’ordre naturel des choses ou la justice universelle, et tout aussi bien évoquer les notions d’éthique, de vertu ou de morale que de droiture ou de devoir. Lorsqu’on le traduit par «religion», ce n’est donc pas tant par référence à une foi particulière qu’aux principes dits «religieux» au sens de «sacrés», c’est-à-dire fondamentalement respectueux des valeurs universelles.

Le dharma revêt plusieurs formes, toutes conçues pour guider la conduite des humains en société, et ses principes sont clairement définis dans les Védas. Un exemple courant en est le varnashram-dharma, qui réfère aux droits et responsabilités propres aux différents groupes de la société (varnas) et aux grandes étapes de la vie humaine (ashrams). Et quiconque adhère à ces principes honore d’emblée certains devoirs garants d’harmonie avec soi, avec ses semblables et avec la nature.

Voir 4 divisions naturelles de la société.
Voir 4 divisions naturelles de l’existence.

Toutes les notions évoquées ci-dessus dérivent du fait que, par sa racine sanskrite, le mot dharma désigne la nature intrinsèque d’une chose. Chaleur et lumière, par exemple, ne peuvent être dissociées du feu; sans elles, le mot «feu» n’a plus aucun sens. Il en est de même de la fluidité de l’eau, tout comme des propriétés inhérentes à toute autre chose.

Dharma et religion

Il est dès lors intéressant de se demander quelle est la nature propre de l’âme, sa fonction immanente et immuable, son sva-dharma. Eh bien, c’est de servir! Nous servons tous quelque chose ou quelqu’un de façon ininterrompue, de notre naissance à notre mort. Il s’agit d’un attribut aussi indissociable de nous que la chaleur peut l’être du feu ou que la liquidité peut l’être de l’eau. On pourrait en quelque sorte dire qu’il s’agit de notre «religion» éternelle, de notre sanatan-dharma.

Voilà qui peut nous aider à mieux comprendre pourquoi le mot «religion», dans le sens où on l’entend normalement, ne rend pas justice à la notion de dharma. L’adhésion à une religion repose en effet sur une croyance, et une croyance peut changer, si bien qu’on peut changer de confession. Par contre, notre dharma à proprement parler nous accompagne éternellement, il n’a par définition ni commencement ni fin, et on ne peut en changer.

Le dharma suprême

Si la fonction même de l’âme est de servir, il importe de comprendre que ce qui distingue la matérialité de la spiritualité, c’est en fait l’objet de notre service. On peut bien sûr servir ses sens, ses ambitions, ses parents, son conjoint, ses enfants, son employeur, la nation ou une cause quelconque, mais toutes ces formes de dharma demeurent matérielles et continuent d’enchaîner l’âme à la matière, alors qu’elle est de nature spirituelle et éternelle.

Qui désire vivre pleinement sa spiritualité doit donc plutôt vouer son service à l’Absolu en pensées, en paroles et en actes à travers ses occupations quotidiennes. C’est pourquoi Krishna dit à Arjouna dans la Bhagavad-gita :

« Oublie les convenances religieuses et toutes autres formes de dharma;
remets-t’en simplement à Moi ».

Bhagavad-gita, 18.66

Le Bienheureux insiste pour distinguer tous les dharmas secondaires, parallèles ou illusoires du dharma suprême de l’âme. Pour écarter les prétendues obligations qui repoussent sans cesse la poursuite de sa véritable mission sur terre. Pour supprimer les obstacles et les entraves au plein accomplissement de soi. Pour retirer les masques et dissiper les excuses qui détournent l’être de sa spiritualité profonde et du sens même de sa vie. Tel est l’enseignement ultime pour qui veut réellement vivre sa spiritualité, ici et maintenant.

Gouna

Ce mot sanskrit se traduit notamment par « attribut », « propriété », « qualité constitutive », « essence » et, par extension, « influence dominante ». Pour clarifier ce concept, je vous propose un extrait adapté de Vivre ma spiritualité aujourd’hui.

Les gounas, les influences maîtresses qui régissent les interactions entre le corps grossier et le corps subtil par l’entremise des sens et du mental, s’imposent comme les attributs fondamentaux de l’énergie illusoire à la racine même de notre identification au corps et de notre conception matérielle de la vie.

Les gounas sont en quelque sorte des marionnettistes qui tirent les ficelles de nos sensations, de nos pensées, de nos sentiments et de nos désirs (gouna peut aussi désigner la corde d’un arc ou d’un instrument de musique). Pour mieux nous aider à définir nos priorités et à canaliser nos efforts, elles tirent à qui mieux mieux sur nos cordes sensibles et opèrent en fonction de nos choix et de nos réactions.

Nous sommes et nous restons seuls maîtres de nos choix et de notre destinée, mais tant et aussi longtemps que nous choisissons d’exercer notre indépendance dans la sphère matérielle, dont nous ne sommes nullement maîtres, nous devons nous plier à certaines exigences, et parmi elles, les gounas, qui régissent bel et bien tout ce que nous faisons dans l’oubli de notre identité spirituelle.

Les gounas sont au nombre de trois, et elles se présentent comme suit :

Vertu (sattva-gouna) : les personnes sous l’influence de la vertu (sattva se traduit aussi par «pureté», «vérité», «connaissance», «intégrité» ou «équilibre») font preuve de compassion, de droiture et de détachement, ne manifestent aucune aversion ni aucun attrait excessif, et trouvent leur satisfaction dans le sentiment du devoir accompli.

Passion (rajo-gouna) : les personnes sous l’influence de la passion (rajas se traduit aussi par «énergie», «force», «impulsion» ou «mouvement») sont pétries de désirs et d’ambitions, motivées par leur ego et acharnées dans leur quête de résultats.

Ignorance (tamo-gouna) : les personnes sous l’influence de l’ignorance (tamas se traduit aussi par «obscurité», «lourdeur» ou «inertie») se révèlent irresponsables, inconstantes et déloyales. Elles recherchent la facilité en tout et sont enclines à la tromperie, à la paresse et à l’indolence.

Un trio tentaculaire

Il faut aussi savoir que ces influences alternent et se chevauchent, ce qui donne lieu à une infinité de combinaisons, si bien que les descriptions ci-dessus visent uniquement à dégager les grandes lignes des tendances associées à chacune des gounas. La nature nous propose en effet un éventail infini de possibilités et d’occasions de satisfaire nos désirs. Et comme notre soif de satisfaction est sans borne, toutes ces avenues semblent si prometteuses que les sens et le mental s’y engagent volontiers sans offrir de résistance.

Nous butinons ainsi de fleur en fleur à la recherche du nectar qui nous procurera le bonheur recherché, et les gounas ne cessent d’en faire apparaître de nouvelles, plus colorées, plus odorantes et plus attirantes encore. Elles déterminent en outre nos préférences en termes d’aliments, de vêtements, de couleurs, de profession et de croyances, et influent sans relâche sur les moindres aspects de notre existence. Le 14e chapitre de la Bhagavad-gita traite en détail de la question, si ça vous intéresse.

Conditionnés par une conception matérielle — pour ne pas dire carrément corporelle — de l’existence, nous sommes davantage enclins à nous laisser guider par nos sens et notre mental que par notre intelligence. Or, ni les sens ni le mental n’ont d’autonomie à proprement parler. Ou alors ils sont harnachés par l’intelligence et entièrement mis au service de notre quête intérieure, ou alors ils répondent spontanément aux sollicitations de l’extérieur.

Et puisque nous n’avons pas tous le même bagage et que nous n’en sommes pas tous au même point dans notre évolution, nous ne sommes pas tous attirés par les mêmes choses. Autrement dit, selon le chemin parcouru et notre héritage karmique, nous sommes plus naturellement portés, consciemment ou non, vers des attitudes, des comportements et des activités sous le signe de la «vertu», sous le signe de la «passion» ou sous le signe de l’«ignorance». À nous d’obéir aveuglément à ces influences ou, au contraire, de prendre les moyens de nous en affranchir…

Véda

Védas par-ci, Védas par-là… Je fais régulièrement référence aux Védas. Ils sont en effet au centre de mes études depuis que je les ai découverts, il y a maintenant près d’un demi-siècle. Et cette passion n’est pas près de s’éteindre, car une vie entière ne suffirait pas à en percer tous les secrets! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je concentre plus particulièrement mes recherches sur les volets philosophiques et spirituels de ces écrits millénaires.

D’abord et avant tout, il faut savoir que veda est un mot sanskrit qui signifie tout simplement « connaissance », « savoir » ou « science ». Cela dit, la somme de connaissances que renferment les Védas est tout bonnement monumentale. D’aucuns les qualifient même de manuel d’instruction de la vie en ce monde!

Il faut aussi savoir que les Védas n’ont pas été écrits, mais transposés dans l’écriture, car ils sont issus d’une tradition orale vieille comme le monde. Il n’y avait d’ailleurs au départ qu’un seul Véda, « le Véda », source du savoir universel. Ce n’est que plus tard, beaucoup plus tard – il y a environ 5000 ans – que le Véda a été mis par écrit. Le besoin ne s’en était jamais fait sentir, car les disciples des maîtres du savoir des âges antérieurs au nôtre disposaient d’une mémoire telle, qu’il leur suffisait d’entendre une seule fois un enseignement pour en retenir et en assimiler les moindres détails. Mais à l’approche de notre époque, où bien peu de gens peuvent se vanter d’avoir cette faculté, il s’est avéré nécessaire de mettre cet inestimable savoir par écrit pour éviter qu’il se perde.

Une tâche monumentale

Trop volumineux pour faire l’objet d’un seul ouvrage, le Véda original a d’abord été scindé en quatre parties. Cette tâche a été confiée à un sage d’exception du nom de Vyasa, investi de pouvoir par son maître spirituel, Narada Muni. Vyasa a ensuite conféré à d’autres sages parmi ses propres disciples le mandat de développer différentes parties des Védas.

C’est ainsi qu’à la portion révélée des Védas, appelée la shrouti, ou « ce qui a été entendu », s’est ajoutée la smriti, ou « ce dont on a mémoire », soit la tradition issue de la shrouti. L’ensemble couvre à proprement parler la connaissance physique et métaphysique de l’univers.

Entre autres disciplines, les Védas renferment en effet des traités hautement détaillés sur la médecine holistique, l’astronomie, les sciences politiques et économiques, la théorie et la pratique de la musique et de la danse, l’art dramatique, l’alimentation, l’agriculture écoresponsable, l’architecture et l’aménagement harmonieux des habitats, les principes et les règles de vie équilibrée en société, les arts martiaux, et j’en passe.

Un pour tous, tous pour un

Fait intéressant, contrairement aux autres textes dits sacrés ou révélés, les Védas ne sont issus d’aucune religion. Ils ont au fil des siècles inspiré la création de nombreuses écoles de pensée philosophique et de nombreuses religions, mais leur contenu n’en demeure pas moins universel.

À l’instar des disciplines évoquées ci-dessus – d’intérêt commun pour toute l’humanité, sans distinction de race ou de confession –, aucun préalable social ou culturel n’est requis pour pratiquer une forme de yoga, pour s’adonner à la méditation, pour apprendre à distinguer la matière de l’esprit, pour étudier la structure de l’univers, pour se développer pleinement sur le plan physique, sur le plan émotionnel, sur le plan intellectuel et sur le plan spirituel. Autant de branches du savoir que les Védas approfondissent de façon magistrale et qui viennent avantageusement enrichir nos connaissances actuelles.

À quelque chose malheur est bon

D’ailleurs, pourquoi ne pas profiter de cette période de confinement prolongé pour vous familiariser un peu plus avec les Védas? En guise d’introduction aux racines de la philosophie védique, je vous invite à lire À la découverte de l’Absolu, une traduction accessible et commentée de la plus ancienne des Upanishads.

Mon plus récent ouvrage, Vivre ma spiritualité aujourd’hui, offre quant à lui une approche synthétique et conviviale de la réalisation de soi fondée sur les préceptes védiques enseignés par les grands maîtres depuis des temps immémoriaux.

Enfin, ceux et celles qui souhaitent explorer plus avant les multiples facettes de cette science apprécieront tout particulièrement Un dialogue sans âge, qui présente chapitre par chapitre l’essentiel de la célèbre Bhagavad-gita, « Le chant du Bienheureux », un classique incontournable de la littérature védique.

Yoga

L’union fait la force.

Comme beaucoup de mots sanskrit, yoga revêt plusieurs significations. Selon le contexte, il peut entre autres désigner la racine étymologique d’un terme, la conjonction de deux astres célestes ou l’une des six grandes écoles philosophiques des Védas. Il se traduit également par « voie », « méthode » ou « technique ».

Quant aux disciplines corporelles, mentales ou spirituelles auxquelles on associe le plus souvent le yoga, elles sous-tendent son sens d’« union ». Les pratiques en question sont en effet conçues pour favoriser l’union intime de l’être avec son moi profond, avec l’univers et avec l’Absolu, les trois étant eux-mêmes étroitement liés.

Ce dernier sens donne lui-même lieu à plusieurs déclinaisons selon l’approche privilégiée par le yogi, mais on distingue globalement trois grandes voies de réalisation de soi par le yoga, à savoir l’action, la connaissance et la dévotion.

Le karma-yoga, ou « yoga de l’action », est la voie de l’action désintéressée visant à se libérer des chaînes du karma. L’enchaînement aux réactions de ses actes n’étant dû qu’au désir d’en tirer un avantage personnel, il s’agit ici de se détacher des fruits de l’action en cherchant satisfaction dans le devoir accompli et dans le service d’une cause supérieure.

« Agis par sens du devoir, sans convoiter le fruit de l’acte.
L’action accomplie dans un esprit de détachement permet d’atteindre l’Absolu. »

Bhagavad-gita, 3.19

Cette discipline, aussi appelée kriya-yoga, est souvent associée au travail social ou au service communautaire, mais la cause supérieure entre toutes demeure celle qui sert directement les intérêts spirituels du pratiquant en mettant ses actes au service de l’Absolu.

Le jñana-yoga, ou « yoga de la connaissance », est la voie de la quête intérieure visant à se libérer des contingences de ce monde par la culture du savoir qui permet de distinguer la matière de l’esprit, de comprendre les mécanismes qui régissent le fonctionnement de l’univers dans lequel nous évoluons, et d’appréhender le lien qui relie tout être et toute chose à l’Absolu.

« Ceux dont la pratique consiste à cultiver le savoir spirituel
vénèrent l’Absolu comme l’un sans second
manifeste en une multiplicité de formes. »

Bhagavad-gita, 9.15

Cette catégorie de yoga englobe techniquement le raja-yoga, ou « yoga intégral », aussi appelé ashtanga-yoga du fait qu’il comporte huit volets rigoureusement codifiés pour amener le yogi à réaliser l’aspect localisé de l’Absolu en son cœur et à se libérer du cycle des morts et des renaissances en quittant son corps par le centre énergétique (chakra) situé au sommet de son crâne.

Voir 8 Volets du yoga intégral.

Certains adeptes des temps passés pratiquaient cette forme de yoga dans le but d’acquérir des pouvoirs surnaturels, mais les exigences de cette pratique sont telles que personne de nos jours ne peut réalistement y aspirer.

Voir 8 Pouvoirs yogiques primaires.
Voir 10 Pouvoirs yogiques secondaires
.
Voir 5 Pouvoirs yogiques tertiaires.

C’est ce qui fait que les écoles modernes n’enseignent que certains volets de cette forme de yoga, qu’il s’agisse des techniques respiratoires (prana-yoga), des postures destinées à stabiliser le corps et l’esprit (hatha-yoga) ou de la méditation sous différentes formes (dhyana-yoga).

Le bhakti-yoga, ou « yoga de la dévotion », est la voie libératrice de l’amour divin. Il repose sur un ensemble de pratiques conçues pour raviver le lien personnel qui unit chaque être à l’Absolu.

Voir 9 Pratiques dévotionnelles du bhakti-yoga.

« Seul le yoga de la dévotion empreinte d’amour
donne de connaître l’Absolu dans sa forme personnelle. »

Bhagavad-gita, 11.54


Enfin, il importe de souligner que les trois catégories de yoga ne sont pas mutuellement exclusives. Le principe d’« union » qui les caractérise est en effet tel que le bhakti-yoga peut incorporer des éléments de karma-yoga ou de jñana-yoga, et vice versa. Si l’union fait la force, c’est précisément que, sous ses différentes formes, le yoga nous apprend à voir au-delà des manifestions transitoires de l’existence, à transcender graduellement la matière, et à puiser en l’Absolu l’intelligence et la force de nous réaliser pleinement.

Karma

Le mot est passé dans la langue, mais il nous reste parfois en travers de la gorge!

Karma est un mot sanskrit qui se traduit par « action ». Mais comme l’illustre la troisième loi de Newton, toute action entraîne invariablement une réaction proportionnelle, si bien qu’action et réaction sont indissociables. Ainsi le mot en vient-il à désigner la réaction elle-même, soit les conséquences de nos actes.

L’usage ayant souvent pour effet de détourner les mots de leur sens premier, on entend de plus en plus dire d’une personne qu’elle a « un bon karma » ou un « mauvais karma » dans le sens de « tout lui réussit » ou « rien ne lui réussit ». Karma devient presque alors synonyme de « chance », ce qui s’explique sans doute par le fait qu’on a souvent du mal à voir ce qui peut bien valoir à l’intéressé une situation aussi enviable ou un aussi triste sort.

Mais la destinée d’une personne n’est jamais l’effet du hasard, ni d’une quelconque forme de chance ou de malchance. Tout ce qu’une personne vit est en réaction directe à ses actes passés, récents ou éloignés dans le temps, voire dans une vie antérieure. Nous ne faisons que récolter ce que nous avons semé.

À chaque action sa réaction

La loi du karma est universelle et fort complexe. Mais le principe de base n’en demeure pas moins que ce sont nos désirs, nos choix et nos actes qui déterminent notre sort à court, à moyen ou à long terme. Pour nous aider à nuancer la question, la Bhagavad-gita distingue trois grandes catégories d’action.

Le sukarma désigne l’action vertueuse, conforme aux valeurs et aux principes moraux, éthiques et spirituels, donc l’action « bonne », qui entraîne des réactions conséquentes. À l’opposé, le vikarma désigne sans surprise l’action « mauvaise », c’est-à-dire immorale, à l’encontre du bien commun ou de son propre bien, avec son cortège de suites indésirables.

Pour le plus grand bonheur de ceux et celles qui n’aiment pas voir la vie en noir et blanc, il est toutefois possible de s’affranchir des effets du karma, des bons comme des mauvais. Et la solution ne se trouve pas dans l’inaction (nishkarma), mais plutôt dans l’action désintéressée, accomplie dans le détachement des fruits de l’acte. Cette catégorie d’action sans réaction en chaîne est appelée akarma, et elle s’opère par la pratique du karma-yoga dans la conscience de l’Absolu.

Cette dernière forme de karma est celle que privilégient les spiritualistes désireux de se réaliser pleinement et de vivre en harmonie avec leur nature éternelle de manière à mettre fin une fois pour toutes au cycle des morts et des renaissances.

Fort de ce savoir, il se pourrait bien que vous ayez envie de remettre les pendules à l’heure la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un mettre ses problèmes sur le dos du karma…

Mantra

Un pouvoir insoupçonné au bout des lèvres!

Mantra est un mot sanskrit composé de deux éléments : mana (mental) et tra (protection ou délivrance). Souvent décrit comme une forme d’incantation sacrée, mystique, ésotérique ou même magique, le mantra est à proprement parler une formule qui a le pouvoir de libérer le mental de ses tourments, de ses angoisses et de ses illusions.

Selon les Védas, certaines vibrations sonores – comme les mantras – permettent de s’élever au-delà des plans sensoriel, mental et intellectuel pour accéder au plan spirituel et à un état de conscience à la fois libérateur et clairvoyant.

Souvent utilisé comme support de méditation, le mantra favorise grandement la concentration grâce à la répétition mélodique et rythmée des sons qui le composent. Tantôt scandé, tantôt murmuré et tantôt chanté, il plonge instantanément celui ou celle qui le prononce attentivement dans un état second qui s’apparente à une sorte de transe.

La pratique assidue d’un mantra confère une grande lucidité et une grande paix d’esprit. Elle chasse par ailleurs aisément le stress, les états dépressifs, les idées noires et les frustrations, et permet de prendre un recul salutaire dans bon nombre de situations de tous les jours. Son plus grand bienfait réside toutefois dans son pouvoir d’éveil à notre nature spirituelle et dans sa capacité à nous rapprocher de l’Absolu.

Mode d’emploi

Les mantras se récitent seul ou en groupe, en tout lieu, à tout moment de la journée et selon une durée qui peut varier de quelques instants à plusieurs heures. Chantés, ils s’accompagnent souvent d’instruments de musique. Quant à ceux qui les entonnent en privé comme support méditatif, ils utilisent parfois une sorte de chapelet pour accentuer leur concentration et garder le compte des répétitions.

La répétition d’un mantra a un double impact. D’abord, en instaurant une discipline : en fixant au préalable le nombre de mantras à psalmodier, on se prédispose à décrocher de tout le reste pour se concentrer pleinement sur le précieux moment spirituel qu’on s’accorde. Ensuite, la force du nombre : plus les séances se prolongent, plus l’absorption libératrice s’accentue.

L’exercice peut se faire debout ou assis, les yeux ouverts ou fermés, dans une pièce réservée à cette fin, en pleine nature (où l’intensité du regard contemplatif peut aussi favoriser la concentration) ou en tout autre endroit jugé propice; et aussi bien en restant immobile qu’en marchant ou en dansant. Les malades peuvent même le faire dans leur lit, et les prisonniers dans leur cellule! Si les mantras qui ponctuaient les rites sacrificiels d’antan étaient régis par des règles très strictes, la pratique actuelle d’un mantra dans le contexte d’une démarche de développement personnel n’est en effet soumise à aucune contrainte.

Il existe une infinité de mantras. Certains favorisent une méditation impersonnelle alors que d’autres se veulent des hymnes de louanges et des canaux d’échanges directs avec le Suprême. Pour ceux que la chose intéresse, la Kali-santarana Upanishad et le Brihan-naradiya Purana préconisent tous deux pour l’époque à laquelle nous vivons le chant ou la récitation de ce qu’ils appellent « le grand mantra de la transcendance » ou « le mantra par excellence », soit le maha-mantra :

hare krishna hare krishna
krishna krishna hare hare
hare rama hare rama
rama rama hare hare

Par excellence, parce que considéré comme le moyen le plus facile et le plus efficace de se réaliser spirituellement de nos jours. Comme je l’explique dans Vivre ma spiritualité aujourd’hui, c’est aussi mon mantra favori du fait qu’il invoque l’Absolu dans son principe aussi bien féminin que masculin et qu’il relie toutes les énergies à leur source.

Sinon, toutes les traditions spirituelles ou religieuses préconisent des formules sacrées, des soutras, des psaumes, des chants, des prières ou des sourates propres à accompagner les moments de recueillement, de réflexion, de gratitude ou de glorification. L’important dans tout ça, c’est de renouer avec Soi et avec le Divin.

Oṁ

Qui n’a pas déjà entendu ou prononcé ce mot, ni vu le symbole qui lui est associé?

Ce caractère sanskrit – qui s’écrit oṁ ou auṁ en caractères romains – est en fait le signe graphique non pas d’un mot à proprement parler, mais plutôt d’une syllabe. « D’entre les vibrations, Je suis la syllabe oṁ », peut-on lire dans la Bhagavad-gita. Ce que confirment les Upanishads : « Oṁ est la représentation sonore du Suprême; il incarne le Brahman sous forme de vibration. »

Il en ressort que le symbole oṁ est aussi la représentation littérale ou visuelle de l’Absolu dans sa forme impersonnelle. Et qu’elle soit visuelle ou sonore, cette représentation sert précisément à invoquer l’Absolu. Cette syllabe mystique précède d’ailleurs d’innombrables mantras. On dit même que si les hymnes védiques ont une réelle valeur spirituelle, c’est parce qu’ils débutent par oṁ!

Lorsqu’on décompose cette syllabe primordiale en ses lettres constituantes – a, u et –, on comprend encore mieux son importance.

Auṁ est en effet constitué de la première et de la dernière voyelles, suivies de la dernière consonne de l’alphabet sanskrit, ce qui en ferait la combinaison de lettres par excellence, la manifestation de toutes les vérités qui se puissent exprimer à l’oral ou à l’écrit. Aussi tient-on la syllabe oṁ pour la racine même du savoir védique et de tous les savoirs qui en découlent.

Auṁ représente en outre les trois niveaux de conscience, soit l’état d’éveil (a), l’état de rêve (u) et l’état de sommeil profond (), de même que la source de tout ce qui existe (a), l’expression de toutes les formes d’énergie (u) et l’ensemble des êtres liés à la source universelle à travers ses énergies ().

En bref, oṁ incarne l’essence et la somme de tout.