Karma

Le mot est passé dans la langue, mais il nous reste parfois en travers de la gorge!

Karma est un mot sanskrit qui se traduit par « action ». Mais comme l’illustre la troisième loi de Newton, toute action entraîne invariablement une réaction proportionnelle, si bien qu’action et réaction sont indissociables. Ainsi le mot en vient-il à désigner la réaction elle-même, soit les conséquences de nos actes.

L’usage ayant souvent pour effet de détourner les mots de leur sens premier, on entend de plus en plus dire d’une personne qu’elle a « un bon karma » ou un « mauvais karma » dans le sens de « tout lui réussit » ou « rien ne lui réussit ». Karma devient presque alors synonyme de « chance », ce qui s’explique sans doute par le fait qu’on a souvent du mal à voir ce qui peut bien valoir à l’intéressé une situation aussi enviable ou un aussi triste sort.

Mais la destinée d’une personne n’est jamais l’effet du hasard, ni d’une quelconque forme de chance ou de malchance. Tout ce qu’une personne vit est en réaction directe à ses actes passés, récents ou éloignés dans le temps, voire dans une vie antérieure. Nous ne faisons que récolter ce que nous avons semé.

À chaque action sa réaction

La loi du karma est universelle et fort complexe. Mais le principe de base n’en demeure pas moins que ce sont nos désirs, nos choix et nos actes qui déterminent notre sort à court, à moyen ou à long terme. Pour nous aider à nuancer la question, la Bhagavad-gita distingue trois grandes catégories d’action.

Le sukarma désigne l’action vertueuse, conforme aux valeurs et aux principes moraux, éthiques et spirituels, donc l’action « bonne », qui entraîne des réactions conséquentes. À l’opposé, le vikarma désigne sans surprise l’action « mauvaise », c’est-à-dire immorale, à l’encontre du bien commun ou de son propre bien, avec son cortège de suites indésirables.

Pour le plus grand bonheur de ceux et celles qui n’aiment pas voir la vie en noir et blanc, il est toutefois possible de s’affranchir des effets du karma, des bons comme des mauvais. Et la solution ne se trouve pas dans l’inaction (nishkarma), mais plutôt dans l’action désintéressée, accomplie dans le détachement des fruits de l’acte. Cette catégorie d’action sans réaction en chaîne est appelée akarma, et elle s’opère par la pratique du karma-yoga dans la conscience de l’Absolu.

Cette dernière forme de karma est celle que privilégient les spiritualistes désireux de se réaliser pleinement et de vivre en harmonie avec leur nature éternelle de manière à mettre fin une fois pour toutes au cycle des morts et des renaissances.

Fort de ce savoir, il se pourrait bien que vous ayez envie de remettre les pendules à l’heure la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un mettre ses problèmes sur le dos du karma…

La triade divine

Vous vous demandez encore si Dieu existe? Cessez, de grâce, de vous torturer les méninges.

Les Védas n’abordent même pas la question. Il n’y est pas non plus question de Dieu dans le sens confessionnel où nous l’entendons généralement. On y part plutôt du principe fondamental et universel que toute énergie a une source, que tout effet a une cause et que tout ce qui existe a une origine. Et on y désigne globalement l’origine des origines, la cause première de toutes les causes et la source primordiale de toutes les énergies du nom d’Absolu.

Voilà un mot qui, en soi, définit bien le Grand Tout – ce qu’on aime aujourd’hui appeler l’Univers, la Lumière ou le Verbe –, c’est-à-dire la réalité transcendante qui dépasse notre entendement mais dont la présence se fait partout sentir sous une forme ou une autre.

Et comme les Védas ne sont jamais avares d’explications, ils nous amènent à mieux saisir cet Absolu en précisant qu’il peut être perçu sous trois aspects :

vadanti tat tattva-vidas tattvaṁ yaj jñānam advayam
brahmeti paramātmeti bhagavān iti śabdyate

« Les doctes sages qui connaissent la Vérité absolue nomment cette essence indivisible Brahman, Paramatma ou Bhagavan. »

(Shrimad-Bhagavatam, 1.2.11)

Brahman désigne l’aspect impersonnel de l’Absolu, son omniprésence diffuse et rayonnante à travers le monde qui nous entoure, telle la lumière du soleil qui tout pénètre. La perception de cet aspect impersonnel de l’Absolu se reflète souvent dans l’émerveillement que suscitent les beautés de la nature ou l’immensité de l’espace.

Paramatma désigne l’aspect localisé de l’Absolu, présent en chaque être et en toutes choses, jusque dans l’atome. Vous avez déjà entendu l’expression « Dieu est en chacun de nous »? Eh bien, c’est du Paramatma qu’il s’agit, de cette manifestation de l’Absolu qui assure l’équilibre des forces de l’univers et qui nous guide de l’intérieur – pour peu qu’on y porte attention. On y fait parfois référence comme « la petite voix qui nous parle », ou encore « la voix de la conscience ».

Quant à Bhagavan, il s’agit de l’aspect personnel de l’Absolu, incarnant l’éternité, la connaissance et la félicité par excellence, avec qui chaque être entretient une relation intime selon une variété de saveurs allant de l’aversion la plus profonde à l’amour le plus sublime. Bhagavan désigne l’Absolu comme l’expression vivante de toutes les perfections. Chaque être possède la beauté, la richesse, la force, la renommée, le savoir et le détachement dans une certaine mesure. Mais l’Absolu dans son aspect personnel se définit comme l’Être suprême, ou encore le Bienheureux, qui possède tous ces attributs dans la plus complète et la plus parfaite des mesures.

La trilogie divine désigne donc en fait un Absolu unique et indivisible, mais manifeste et perceptible sous trois aspects distincts, selon le degré de réalisation de ceux et celles qui cherchent à le saisir.

Un philosophe peut en cacher un autre

Pythagore • Socrate • Thalès de Milet • Aristote • Platon • Zénon d’Élée


Et si les philosophes grecs n’avaient pas inventé la roue?

On s’entend généralement pour dire que toutes les philosophies occidentales découlent, dérivent ou s’inspirent des voies tracées par les augustes penseurs de la Grèce antique, souvent considérée comme le berceau de la civilisation. Ce que peu de gens savent, cependant, c’est que les grands philosophes grecs puisaient eux-mêmes à la pensée védique!

Chez les Anciens, la philosophie était la science du savoir. Le mot tire d’ailleurs son étymologie du grec philo (amour) et sophia (sagesse). Cet « amour de la sagesse » donne lieu à une quête de vérité qui suscite de temps immémorial diverses conceptions de la causalité et de la finalité des êtres et des choses.

Ainsi les Védas millénaires détaillent-ils six philosophies primordiales, ou « visions du monde » (darshanas), promulguées par autant de sages dont les approches se chevauchent et se complètent jusqu’à fournir une compréhension globale du visible et de l’invisible :

La philosophie du nyaya, promulguée par Gautama, repose sur l’analyse logique, le raisonnement et la rhétorique pour appréhender la réalité. Elle définit les règles du débat relatif aux thématiques essentielles et existentielles du monde physique, du monde vivant et de l’Absolu.

La philosophie du vaisheshika, promulguée par Kanada, s’appuie sur les procédés du nyaya pour cerner systématiquement les caractéristiques qui différencient les concepts, classifiés en six catégories ontologiques : les substances, les propriétés, les activités, les substrats, les singularités et les inhérences. Les lois atomiques y sont tenues pour être la cause de la création et le fondement de toutes les catégories métaphysiques de la réalité.

La philosophie du sankhya, promulguée par Kapila, élargit le processus analytique du vaisheshika pour approfondir et synthétiser la connaissance de la matière et de l’esprit, des éléments les plus subtils aux plus grossiers, jusqu’à distinguer l’âme de la matière au sein de laquelle elle évolue. La Nature est alors tenue pour être la cause de tout ce qui existe.

La philosophie du yoga, promulguée par Patañjali, identifie plus clairement l’esprit à l’âme, décrite comme étant de nature spirituelle. Elle promeut le développement de la conscience de son identité intime et de la présence d’une manifestation de l’Absolu en chaque être et en chaque chose par l’application d’exercices mécaniques et de techniques méditatives.

La philosophie du mimamsa, promulguée par Jaimini, ne se préoccupe pas directement de la nature de l’être et de la matière comme les écoles de pensée qui précèdent. L’action et ses résultats sont tout ce qui compte. Elle prône donc une adhésion rigoureuse aux pratiques rituelles qui encadrent l’action intéressée et favorisent l’accomplissement fructueux des devoirs dévolus à chacun selon son rang et son statut.

La philosophie du védanta, promulguée par Vyasadeva, comble les failles des cinq philosophies antérieures et marque l’aboutissement de la sagesse des Upaniṣads. Elle priorise la pleine réalisation de soi en lien avec la conscience de l’Absolu et de ses différentes énergies, aussi bien matérielles que spirituelles.

Et les Grecs, dans tout ça?

Des historiens et des indianistes britanniques, français et allemands ont découvert que les six grandes écoles philosophiques des Védas étaient bien connues, étudiées et hautement respectées en Grèce antique. Les travaux exhaustifs du professeur Richard von Garbe de l’Université de Konigsberg ont même permis d’établir, à la fin du 19e siècle, qu’Aristote était un adepte de la philosophie du nyaya de Gautama, que Thalès était un adepte de la philosophie du vaisheshika de Kanada, que Pythagore était un adepte de la philosophie du sankhya de Kapila, que Zénon était un adepte de la philosophie du yoga de Patañjali, que Socrate était un adepte de la philosophie du mimamsa de Jaimini, et que Platon était un adepte de la philosophie du védanta de Vyasadeva.

Il en est ressorti que c’était en grande partie sous l’influence des écoles de pensée védiques que s’étaient par la suite articulées les philosophies modernes dans le sillage des Grecs.

Pourquoi chercher plus loin?

En cette ère de libre pensée, du chacun-pour-soi et du faites-le-vous-même, avons-nous encore une raison de chercher à consulter une quelconque autorité en matière de spiritualité?

Oui! Et je vais vous en donner non pas une, mais quatre! Que ça nous plaise ou non, nous devons en effet composer avec quatre handicaps qui limitent lourdement notre capacité à valider nos impressions, nos choix, nos jugements et nos décisions :

  • nos sens sont imparfaits;
  • nous sommes sujets à l’illusion;
  • nous ne pouvons éviter de commettre des erreurs;
  • nous sommes enclins à la tromperie.

« D’accord, mais tout cela n’est-il pas humain? ». Tout à fait. Et c’est bien là le problème, du moins pour quelqu’un qui cherche à se développer sur le plan « suprahumain », ou « métahumain » pour reprendre l’expression de Deepak Chopra.

Soyons honnêtes

Nos sens ne cessent de nous rappeler leurs limites et de nous jouer des tours. Nous ne pouvons manifestement pas compter sur eux pour saisir ce qui dépasse notre entendement.

Notre susceptibilité à l’illusion fait en sorte que nous prenons souvent nos rêves pour la réalité, que nous « imaginons des choses », et que nos impressions les mieux fondées entravent aisément notre aptitude à distinguer le vrai du faux.

Personne ne veut commettre d’erreurs, et pourtant… Il en découle qu’avec la meilleure volonté du monde, on ne peut en aucun cas s’appuyer sur son seul jugement pour avoir la certitude de frapper juste.

Et la tromperie. Parlons-en, de celle-là. Non seulement nous avons tendance à tromper les autres – un peu ou beaucoup, parfois ou souvent, à tort ou à raison –, mais nous sommes experts à nous tromper nous-mêmes, à rechercher la facilité, à camoufler nos torts, à nous donner des excuses…

Bref, conscient de ces faiblesses, comment peut-on prétendre éviter les écueils et les faux-fuyants d’une démarche spirituelle? Comment peut-on espérer s’y retrouver seul dans le labyrinthe des philosophies, des religions et des écoles de pensée à la mode? Comment s’imaginer qu’on peut s’inventer sa propre spiritualité et y trouver son compte?

Tout n’est pas égal

Chacun est libre de faire ce qu’il veut, quand il veut et où il veut – en remplaçant plus souvent qu’autrement tous ces « veut » par des « peut ». Mais lorsqu’il est sérieusement question de spiritualité, il ne s’agit pas d’improviser. On ne joue pas avec la vie et la mort. On ne spécule pas sur l’ici et l’au-delà. On ne se contente pas de sa petite idée sur la matière et l’antimatière. On ne fait pas semblant d’être spirituel sans comprendre ce que ça veut dire. On cherche les réponses là où elles se trouvent depuis toujours. Et on consulte des sources sûres, transcendantes à nos faiblesses.

Ne dit-on pas que c’est au fruit qu’on juge un arbre? Or, il existe trois formes de validation :

  • par expérience directe;
  • par raisonnement, ou intuition;
  • par l’approche d’une source sûre;

et les deux premières sont hypothéquées par nos fameux handicaps.

La Bhagavad-gita recommande d’ailleurs judicieusement :

« Cherche à connaître la vérité en approchant humblement un maître spirituel authentique. L’âme réalisée peut te révéler le savoir, car elle a vu la vérité. »

Bhagavad-gita, 4.34

La spiritualité ne s’invente pas. La spiritualité n’est pas un kit en pièces détachées et interchangeables qu’on assemble au gré de ses fantaisies. On ne choisit pas de vivre sa spiritualité comme on choisit de vivre ses loisirs. La spiritualité est notre condition première et notre essence fondamentale, l’ADN de notre ADN. Nous sommes des êtres spirituels vivant dans des corps matériels. Il ne s’agit donc pas de se fabriquer une spiritualité, mais plutôt de renouer en toute conscience avec notre spiritualité intrinsèque. Du moins pour qui veut réellement vivre sa spiritualité… aujourd’hui.

Oṁ

Qui n’a pas déjà entendu ou prononcé ce mot, ni vu le symbole qui lui est associé?

Ce caractère sanskrit – qui s’écrit oṁ ou auṁ en caractères romains – est en fait le signe graphique non pas d’un mot à proprement parler, mais plutôt d’une syllabe. « D’entre les vibrations, Je suis la syllabe oṁ », peut-on lire dans la Bhagavad-gita. Ce que confirment les Upanishads : « Oṁ est la représentation sonore du Suprême; il incarne le Brahman sous forme de vibration. »

Il en ressort que le symbole oṁ est aussi la représentation littérale ou visuelle de l’Absolu dans sa forme impersonnelle. Et qu’elle soit visuelle ou sonore, cette représentation sert précisément à invoquer l’Absolu. Cette syllabe mystique précède d’ailleurs d’innombrables mantras. On dit même que si les hymnes védiques ont une réelle valeur spirituelle, c’est parce qu’ils débutent par oṁ!

Lorsqu’on décompose cette syllabe primordiale en ses lettres constituantes – a, u et –, on comprend encore mieux son importance.

Auṁ est en effet constitué de la première et de la dernière voyelles, suivies de la dernière consonne de l’alphabet sanskrit, ce qui en ferait la combinaison de lettres par excellence, la manifestation de toutes les vérités qui se puissent exprimer à l’oral ou à l’écrit. Aussi tient-on la syllabe oṁ pour la racine même du savoir védique et de tous les savoirs qui en découlent.

Auṁ représente en outre les trois niveaux de conscience, soit l’état d’éveil (a), l’état de rêve (u) et l’état de sommeil profond (), de même que la source de tout ce qui existe (a), l’expression de toutes les formes d’énergie (u) et l’ensemble des êtres liés à la source universelle à travers ses énergies ().

En bref, oṁ incarne l’essence et la somme de tout.

Faut-il pleurer, faut-il en rire?

S’il est une vérité immuable, pour le meilleur ou pour le pire, c’est bien celle-ci : on ne voit pas le temps passer, comme le chantait poétiquement Jean Ferrat.

On pourrait presque parler d’euphémisme, tant la vie est courte. « Dès qu’un humain vient à la vie, il est déjà assez vieux pour mourir », disait plus crûment Heidegger. Constat saisissant dont on préfère ne pas trop parler – Je n’ai pas le cœur à le dire –, mais qui n’en reflète pas moins notre condition à tous.

Si je vous écris et que vous me lisez, c’est que nous faisons partie des privilégiés qui bénéficient d’un sursis entre la naissance et la mort. Mais notre vie n’est pas pour autant un long fleuve tranquille – Entre les courses et la vaisselle, entre ménage et déjeuner, le monde peut battre de l’aile… et nous en faire voir de toutes les couleurs avec ses hauts et ses bas.

Car nos plaisirs, nos joies et nos bonheurs alternent invariablement avec des épisodes moins rigolos, souvent même pas rigolos du tout. Mal de vivre, mal d’aimer, mal du pays ou mal de tête, ce ne sont pas les maux qui manquent, non plus que les mots (souvent très colorés) pour le dire et pour s’en plaindre!

« Mais, c’est la vie! » me direz-vous. Peut-être, mais ne nous arrive-t-il pas tous de l’imaginer autrement, cette vie, nous qui rêvons naturellement de bonheur et d’éternité? Avouez que vous vous passeriez volontiers des maux qui empêchent votre corps de tourner rondement, comme de ceux qui minent vos pensées et qui bouleversent vos émotions. Ou encore des souffrances et des tourments que vous infligent vos congénères et les autres êtres vivants, du microbe et du moustique au profiteur et au fauteur de troubles. Sans parler des douleurs et des frayeurs dues aux forces de la nature – sécheresses, inondations, tremblements de terre et ouragans.

Pas de panique!

Loin de moi l’idée de vous déprimer avec tout cela. Mon propos vise simplement à illustrer que notre vie déjà plus ou moins courte est constamment perturbée par des aléas qui ne font jamais partie de nos projets mais qui trouvent toujours le moyen de s’y immiscer – Faut-il pleurer, faut-il en rire?

Dans la Bhagavad-gita, Krishna répond sagement à son cher ami Arjouna :

« Éphémères, joies et peines, comme étés et hivers vont et viennent. Apprends à les tolérer sans en être affecté. »

Bhagavad-gita, 2.14

Plus facile à dire qu’à faire! Mais non moins tout à fait possible, en commençant par admettre que nous sommes, bon gré mal gré, les seuls et uniques artisans de notre malheur comme de notre bonheur. Comme le disait si bien Rousseau :

« Insensés qui vous plaignez sans cesse de la nature, apprenez que tous vos maux vous viennent de vous. »

Il est sans doute aisé – et souvent commode, ou à tout le moins tentant – d’en attribuer la cause à des facteurs externes, mais le fait est que nous sommes responsables à part entière de nos pensées, de nos paroles et de nos actes, de leurs conséquences et des états d’âme qui en résultent, tout comme de la perception et de l’entendement que nous avons des phénomènes naturels et du monde qui nous entoure.

Un remède efficace

Pour nous affranchir des dualités à la racine de nos hauts et de nos bas, nous devons aussi comprendre qu’elles ne sont dues qu’à une conception matérielle de l’existence. Ayant de longue date oublié notre identité spirituelle, nous nous identifions en effet à notre corps et à notre mental comme si nous n’existions que par eux et que pour eux. Ce qui nous rend vulnérables à leurs moindres sursauts.

Lorsque l’âme s’établit dans la connaissance de son identité propre, elle continue d’agir à travers le corps qu’elle a revêtu et elle continue d’être sensible aux émotions propres à tout être pensant, mais sa vision des choses lui permet de relativiser les hauts et les bas de l’existence, et d’atteindre un équilibre qui facilite grandement son bref passage sur terre.

Pour guérir définitivement des maux du corps, du cœur et de l’esprit, il n’est d’autre avenue que de guérir du mal à l’âme. Négligée, elle demeure en effet impuissante à guider l’intelligence, elle-même censée guider le mental et les sens de manière à harmoniser notre existence sur tous les plans. Il suffit pourtant d’apprendre à la connaître et de développer la conscience de son rapport à l’Absolu pour retrouver le vrai sens de la vie et percevoir sous un tout autre jour les incontournables joies et peines qui jalonnent notre quotidien.

Je vous laisse avec le texte complet de la chanson de Ferrat.

L’occasion d’une vie!

Dans le tout premier verset de son Vedanta-sutra, le sage Vyasa nous invite à nous enquérir sans tarder de l’Absolu.

Pourquoi l’Absolu? Et pourquoi « sans tarder »? Qu’est-ce qui a bien pu pousser Vyasa à exhorter de la sorte les générations à venir dès la première ligne de son célèbre condensé des Védas? À bien y penser, il appert qu’il ne s’agit pas d’un simple coup de tête, mais bien d’un conseil hautement judicieux.

Les millions d’espèces qui peuplent l’univers savent toutes se nourrir, alterner les périodes d’activité et de repos, se défendre contre les menaces extérieures et assurer la continuité de l’espèce par la reproduction. Certaines savent même jouer, rire et faire montre d’affection. Mais la forme humaine est la seule qui permet de s’interroger sur ses origines, sa raison d’être et sa finalité – la perle rare!

L’Absolu dont parle Vyasa, c’est le Brahman, l’Essence de tout ce qui existe, le Verbe, la Cause primordiale, l’Être suprême. Mais le brahman, en sanskrit, c’est aussi l’étincelle vivante qui anime tous les êtres, l’âme distincte de toutes les autres âmes et en même temps partie intégrante de l’Âme universelle. C’est aussi la nature et tous les éléments dont elle se compose – le champ d’action de l’âme incarnée. Et ce sont enfin les codes du savoir et les codes d’action que renferment les Védas.

Oyez, oyez!

En fin de compte, d’entrée de jeu, avant même d’entamer son propos, le sage tient à annoncer la couleur et à nous envoyer un message clair, haut et fort : « Le moment est venu de s’enquérir de l’Absolu, ici et maintenant. » Autrement dit, puisque nous avons la chance d’avoir une forme humaine, profitons-en sans tarder pour chercher à connaître la Source de tout, notre nature véritable ainsi que les mécanismes qui nous emprisonnent dans la matière et entravent notre soif de bonheur et d’éternité.

Ce ne sont pas les distractions qui manquent, mais il faut savoir établir ses priorités. Et quelle est notre plus grande priorité? C’est d’être heureux. Complètement heureux. Tout le temps heureux. Mais qu’ils soient d’ordre sensoriel, émotionnel ou intellectuel, les bonheurs que nous arrivons à glaner par nos efforts ne sont jamais sans failles ni durables.

Une personne sensée doit donc se rendre à l’évidence : jamais elle n’arrivera à vaincre la maladie, la vieillesse et la mort – les trois plus grands obstacles à son bonheur – sans élargir sa conception de la vie. Si elle veut connaître la plénitude, elle doit s’enquérir de l’Absolu et chercher à se réaliser sur le plan aussi bien spirituel que matériel. Et la précieuse forme humaine lui en donne le pouvoir!

Qui voudrait renoncer à ce pouvoir et laisser passer pareille occasion? Remercions plutôt le sage de nous inciter à regarder au-delà de nos instincts et de nos préoccupations primaires pour enrichir sans tarder notre vision du monde et découvrir l’Absolu dans toute sa splendeur.