Brahma • Vishnou • Shiva

Gravure sur pierre de Brahma datant du 7e siècle (Musée d’histoire de Mumbai, Maharashtra, Inde)

Brahma, Vishnou et Shiva sont trois personnalités dominantes du panthéon védique. Ils forment la triade de ce qu’on appelle les gouna-avatars, en ce qu’ils incarnent et contrôlent les forces maîtresses de la nature matérielle.

Brahma

Brahma représente le premier être créé de notre univers. Il incarne la force créatrice de la passion (rajo-gouna), et on le qualifie de démiurge, ou de créateur secondaire. Il est en effet responsable de l’organisation et du peuplement de l’univers sous la gouverne de l’Être suprême dont il est issu, lequel est d’ailleurs tenu pour le créateur originel. Directement instruit par le Maître absolu, Brahma est en outre le premier chaînon d’une filiation de maîtres spirituels qui se sont succédé depuis les origines jusqu’à nos jours.

Représentation de Maha-Vishnou allongé dans l’océan Causal. Des pores de sa peau émanent des myriades d’univers.

Vishnou

On compte en fait trois Vishnou qui, en plus d’appartenir à la catégorie des gouna-avatars, forment ensemble celle des pourousha-avatars, soit les maîtres de la création. Le premier, Maha-Vishnou, est présenté comme une émanation plénière et divine de Krishna. Pour répondre au désir des âmes désireuses d’exercer leur indépendance hors du cercle du Seigneur primordial, une portion du monde spirituel se voile d’un nuage d’oubli dans lequel s’allonge Maha-Vishnou. Des myriades d’univers exsudent alors des pores de sa peau et y retournent au moment de leur dissolution, au gré de ses inspirations et de ses expirations.

Dans chacun des univers se manifeste un second Vishnou, émanant du premier. C’est de lui que naît Brahma, et lui encore qui instruit Brahma de la connaissance du Veda originel.

Quant au troisième Vishnou, il s’agit de celui qui se déploie partout dans l’univers sous la forme de l’Âme suprême, présente en chaque être et en chaque chose, jusque dans l’atome. Il assure l’équilibre des différentes forces de la nature et s’offre à guider chaque être de l’intérieur de son cœur.

Vishnou incarne la pureté et la vertu (sattva-gouna), et c’est à lui qu’incombe le maintien de la création.

Statue de Shiva en méditation sur les rives du Gange (Parmarth Ashram, Rishikesh, Uttarakhand, Inde)

Shiva

Fils de Brahma, Shiva incarne la force destructrice des ténèbres, de l’inertie et de l’ignorance (tamo-gouna), et c’est à lui qu’il appartient, le moment venu, de procéder à la dissolution de l’univers. Il compte parmi les plus grandes autorités en matière de spiritualité, et est considéré comme le plus illustre dévot de Krishna.

Le masque de la discorde

Photo : Adnan Khan

Masque maison, masque chirurgical, N95… Le mot est sur toutes les lèvres, et l’objet, sur de plus en plus de visages.

Pour ou contre? Le débat fait rage. Études scientifiques à l’appui, certaines administrations publiques en rendent désormais le port obligatoire dans les lieux fermés, et nombre d’autres envisagent de leur emboîter le pas. Études scientifiques à l’appui, divers segments de la population s’y opposent ex cathedra. Et entre les deux, une foule d’indécis, de résignés, de frustrés et de bons samaritains qui aimeraient tout de même y voir plus clair.

Pour citer un petit comique: « Si le masque est obligatoire dans les établissements fermés, je vais simplement attendre qu’ils rouvrent. »

Qui a tort et qui a raison? Seul l’avenir nous le dira, ou pas… Une chose est sûre, cependant: si ce fameux masque fait couler autant d’encre et de salive, c’est d’abord et avant tout parce qu’il est très visible, alors que d’autres nous laissent complètement indifférents.

Nous avons en effet une longue pratique des masques, mais de masques plus discrets et si intimement intégrés à nos personas qu’ils font beaucoup moins de bruit sur les réseaux sociaux et que nous n’en faisons nous-mêmes aucun cas. Pour tout dire, ils sont si bien intégrés que nous ne les voyons même pas comme des masques!

Ces masques que nous ne voyons pas

Je parle bien sûr des masques du genre, de la race, de la nationalité, du rang social, de l’appartenance politique, idéologique ou religieuse, et de tous les autres masques qui définissent nos fausses identités et que nous portons fièrement sans sourciller.

L’être humain peut parfois se montrer très bizarre. Le voilà qui remue ciel et terre pour un bout de chiffon ou de plastique, y voyant, pour certains, un moyen de protection indispensable, et pour d’autres, un instrument d’hégémonie inqualifiable, en plus d’être inconfortable et d’empêcher les rapprochements naturels entre congénères.

Mais c’est sans tenir compte du fait que nos propres masques sont souvent dérangeants pour ceux et celles qui ne partagent pas notre couleur de peau, notre pays d’origine, nos convictions personnelles ou nos croyances collectives. À vrai dire, tous nos masques sont tôt ou tard sources de discorde, et qui dit discorde dit distanciation sociale extrême et toxique.

Nos fausses identités nous empoisonnent la vie et celle des autres dans une mesure infiniment plus grande qu’un simple virus, fût-il couronné. Pire encore, elles nous mènent droit à une mort certaine, alors qu’avec la Covid-19, nos chances de survie sont finalement plutôt bonnes.

L’envers du masque

Fausses identités, dis-je? Oui, parce que derrière tous les masques que nous arborons, il y a un humain, et parce que derrière cette enveloppe humaine, il y a une âme, une énergie vitale qui n’a aucun lien avec les différentes désignations dont elle peut s’affubler.

La crise des masques est d’autant plus forte à notre époque que, selon les Védas, nous nous trouvons dans le quatrième âge d’un cycle cosmique, appelé kali-youga, soit «l’âge de la discorde» dans la langue de Molière. Et cette discorde naît de ce qu’on oublie trop facilement que derrière les masques de la couleur, du sexe et autres, nous sommes tous frères et sœurs, égaux devant l’Éternel.

Cette égalité qui, malgré tous nos efforts, ne se manifeste jamais entièrement dans la sphère matérielle, s’explique par notre identité réelle. Car au cœur de chaque humain – comme de tout être vivant – se trouve ce qu’il est convenu d’appeler une âme, soit la source de l’énergie qui l’anime durant son séjour sur terre.

Pour contrer la discorde, il est donc primordial de faire tomber les masques qui nous retiennent prisonniers d’une conception matérielle de la vie, afin de raviver la conscience de notre véritable identité, rayonnante et pérenne, purement spirituelle dans son essence. Donc entièrement libre des contingences que nous imposent les désignations factices auxquelles nous nous identifions et auxquelles nous réagissons, le plus souvent sans même y penser.

Justifié ou non, l’accessoire facial à la mode du jour devient alors très secondaire. Nous avons à nous occuper en priorité de choses beaucoup plus importantes, croyez-moi; à commencer par la personne qui se trouve derrière l’enveloppe humaine qui se trouve derrière le masque. Je vous dis juste ça comme ça…

Dharma

Roue du char du Soleil, symbole du dharma et des cycles temporels dans plusieurs traditions (Temple de Konarak, Odisha, Inde)

Souvent traduit par «religion», le concept de dharma dépasse largement celui de confession sectaire.

Selon le contexte, ce mot sanskrit revêt en effet de nombreux sens connexes, mais non moins distincts. Il peut entre autres désigner l’ordre naturel des choses ou la justice universelle, et tout aussi bien évoquer les notions d’éthique, de vertu ou de morale que de droiture ou de devoir. Lorsqu’on le traduit par «religion», ce n’est donc pas tant par référence à une foi particulière qu’aux principes dits «religieux» au sens de «sacrés», c’est-à-dire fondamentalement respectueux des valeurs universelles.

Le dharma revêt plusieurs formes, toutes conçues pour guider la conduite des humains en société, et ses principes sont clairement définis dans les Védas. Un exemple courant en est le varnashram-dharma, qui réfère aux droits et responsabilités propres aux différents groupes de la société (varnas) et aux grandes étapes de la vie humaine (ashrams). Et quiconque adhère à ces principes honore d’emblée certains devoirs garants d’harmonie avec soi, avec ses semblables et avec la nature.

Voir 4 divisions naturelles de la société.
Voir 4 divisions naturelles de l’existence.

Toutes les notions évoquées ci-dessus dérivent du fait que, par sa racine sanskrite, le mot dharma désigne la nature intrinsèque d’une chose. Chaleur et lumière, par exemple, ne peuvent être dissociées du feu; sans elles, le mot «feu» n’a plus aucun sens. Il en est de même de la fluidité de l’eau, tout comme des propriétés inhérentes à toute autre chose.

Dharma et religion

Il est dès lors intéressant de se demander quelle est la nature propre de l’âme, sa fonction immanente et immuable, son sva-dharma. Eh bien, c’est de servir! Nous servons tous quelque chose ou quelqu’un de façon ininterrompue, de notre naissance à notre mort. Il s’agit d’un attribut aussi indissociable de nous que la chaleur peut l’être du feu ou que la liquidité peut l’être de l’eau. On pourrait en quelque sorte dire qu’il s’agit de notre «religion» éternelle, de notre sanatan-dharma.

Voilà qui peut nous aider à mieux comprendre pourquoi le mot «religion», dans le sens où on l’entend normalement, ne rend pas justice à la notion de dharma. L’adhésion à une religion repose en effet sur une croyance, et une croyance peut changer, si bien qu’on peut changer de confession. Par contre, notre dharma à proprement parler nous accompagne éternellement, il n’a par définition ni commencement ni fin, et on ne peut en changer.

Le dharma suprême

Si la fonction même de l’âme est de servir, il importe de comprendre que ce qui distingue la matérialité de la spiritualité, c’est en fait l’objet de notre service. On peut bien sûr servir ses sens, ses ambitions, ses parents, son conjoint, ses enfants, son employeur, la nation ou une cause quelconque, mais toutes ces formes de dharma demeurent matérielles et continuent d’enchaîner l’âme à la matière, alors qu’elle est de nature spirituelle et éternelle.

Qui désire vivre pleinement sa spiritualité doit donc plutôt vouer son service à l’Absolu en pensées, en paroles et en actes à travers ses occupations quotidiennes. C’est pourquoi Krishna dit à Arjouna dans la Bhagavad-gita :

« Oublie les convenances religieuses et toutes autres formes de dharma;
remets-t’en simplement à Moi ».

Bhagavad-gita, 18.66

Le Bienheureux insiste pour distinguer tous les dharmas secondaires, parallèles ou illusoires du dharma suprême de l’âme. Pour écarter les prétendues obligations qui repoussent sans cesse la poursuite de sa véritable mission sur terre. Pour supprimer les obstacles et les entraves au plein accomplissement de soi. Pour retirer les masques et dissiper les excuses qui détournent l’être de sa spiritualité profonde et du sens même de sa vie. Tel est l’enseignement ultime pour qui veut réellement vivre sa spiritualité, ici et maintenant.

Mental • Intelligence • Ego

Mental, esprit, intellect, cerveau… autant de termes parmi d’autres qu’on emploie fréquemment de façon plus ou moins interchangeable. Ils ne sont toutefois pas synonymes. Et la connaissance de soi passe par une compréhension plus fine de leurs spécificités.

Au-delà du corps physique, composé d’éléments matériels dits «bruts» ou «grossiers», en ce qu’ils sont visibles ou palpables, se trouve le corps dit «subtil», composé du mental, de l’intelligence et de l’ego, imperceptibles à l’aide de nos instruments de mesure ou d’observation. Et tant sur le plan physique que sur le plan subtil, chacun des éléments constituants du corps pris dans son ensemble remplit une fonction particulière.

Voir 24 éléments matériels.

La Katha Upanishad compare l’être vivant – le soi, ou l’âme – au passager d’un char représentant le corps physique, soit le véhicule à l’intérieur duquel il évolue. Les chevaux fougueux qui tirent le char sont apparentés aux sens, sensibles aux divers stimuli provenant du monde extérieur; et les rênes, au mental, qui réagit aux impulsions reçues des sens. Le cocher incarne pour sa part l’intelligence, chargée de tenir les rênes du mental, de contrôler l’attelage des sens et de conduire le char et son passager à bon port.

Cette comparaison imagée nous permet de saisir clairement que les notions évoquées en rubrique ne sont effectivement pas synonymes. Nous n’avons pas trop de mal à comprendre le fonctionnement des sens, mais pour mieux distinguer les éléments subtils qui entrent en jeu dans nos perceptions et dans les actions résultantes, il importe de définir plus en détail leurs rôles respectifs.

Le cerveau

Le cerveau ne fait pas partie des éléments subtils, mais il convient tout de même de le situer dans le contexte qui nous occupe. Certains y voient une mécanique complexe, un réseau de connexions synaptiques variant au gré de nos expériences. D’autres en font le siège de notre identité même, en contrôle – conscient ou inconscient – de tout ce qui se passe sur le plan corporel. Et d’autres encore le disent être le lieu de transition entre la matière et l’esprit.

Quoi qu’il en soit, le cerveau n’est pas un élément comme tel, mais bien un organe composé d’éléments grossiers, parcouru d’impulsions électriques et sujets à diverses réactions biochimiques. Il n’est pas non plus le siège de notre identité, l’âme siégeant plutôt, selon les Védas, au niveau du chakra du cœur. Le cerveau agit en fait comme médiateur des fonctions autonomes du corps et comme interface entre l’être conscient et son habitacle physique.

Quant à l’esprit, il peut aussi bien désigner le mental que l’intelligence ou le soi. Il ne s’agit donc que d’un terme générique dont le sens varie selon le contexte.

Le mental

Le mental remplit trois fonctions bien précises : le penser, le sentir et le vouloir. Ces trois facultés relèvent en effet entièrement de lui. C’est dans le mental que nos pensées et nos désirs prennent forme, se développent et se transforment. Le mental réagit en outre aux sensations que nous percevons, et il les interprète de façon tantôt favorable, tantôt défavorable, selon nos schèmes de référence. Le sentir est aussi le domaine des émotions, dont le mental est le terrain de jeu par excellence. Quant au vouloir, il permet de mettre en œuvre les moyens nécessaires à l’obtention des résultats les plus désirables (ou les moins indésirables) à travers chacun de nos gestes.

Le mental est très proche des sens qui, vu leur impétuosité, n’ont guère de mal à l’entraîner dans leurs aventures. Il est du coup le plus souvent ballotté entre le oui et le non, le bien et le mal, le juste et l’injuste, le vrai et le faux… En un mot, laissé à lui-même, le mental ne sait globalement que réagir aux sensations et aux impressions qui lui viennent du monde extérieur à travers les sens. Il n’a aucun pouvoir décisionnel.

L’intelligence

L’intelligence gouverne quant à elle nos facultés de raisonnement, d’analyse, de discernement et de jugement. Il s’agit en quelque sorte de notre ordinateur central. C’est à travers elle que nous devons déterminer ce qui est valable ou non et ce qui sert le mieux nos intérêts. Tel un cocher, elle doit fermement tenir les rênes du mental pour assurer le contrôle de nos pensées et de nos émotions, et par le fait même, une meilleure maîtrise de nos sens. Par contre, lorsqu’elle n’est pas assez développée ou lorsqu’elle ne dispose pas de données suffisantes, elle ne peut fournir aucune directive précise au mental, qui reste alors en proie à la dualité et aux sollicitations des sens.

L’ego

Aussi appelé «faux ego», ce troisième élément subtil est en quelque sorte l’ombre du moi, la projection de l’âme sur l’écran tridimensionnel de la sphère matérielle, soit une représentation illusoire de soi qui voile la conscience de notre identité réelle sous l’influence des trois gounas.

Bref, ce trio, bien que subtil, n’en demeure pas moins de nature matérielle, au même titre que le cerveau et les sens, que les éléments bruts dont se compose le corps physique, que nos organes de perception et que nos organes d’action. Le véritable ego, l’âme, ou l’être vivant en soi, de nature spirituelle, n’a aucun lien tangible avec eux, si ce n’est qu’il s’identifie au corps qu’il habite sous l’effet d’une conception matérielle de la vie.

Gouna

Ce mot sanskrit se traduit notamment par « attribut », « propriété », « qualité constitutive », « essence » et, par extension, « influence dominante ». Pour clarifier ce concept, je vous propose un extrait adapté de Vivre ma spiritualité aujourd’hui.

Les gounas, les influences maîtresses qui régissent les interactions entre le corps grossier et le corps subtil par l’entremise des sens et du mental, s’imposent comme les attributs fondamentaux de l’énergie illusoire à la racine même de notre identification au corps et de notre conception matérielle de la vie.

Les gounas sont en quelque sorte des marionnettistes qui tirent les ficelles de nos sensations, de nos pensées, de nos sentiments et de nos désirs (gouna peut aussi désigner la corde d’un arc ou d’un instrument de musique). Pour mieux nous aider à définir nos priorités et à canaliser nos efforts, elles tirent à qui mieux mieux sur nos cordes sensibles et opèrent en fonction de nos choix et de nos réactions.

Nous sommes et nous restons seuls maîtres de nos choix et de notre destinée, mais tant et aussi longtemps que nous choisissons d’exercer notre indépendance dans la sphère matérielle, dont nous ne sommes nullement maîtres, nous devons nous plier à certaines exigences, et parmi elles, les gounas, qui régissent bel et bien tout ce que nous faisons dans l’oubli de notre identité spirituelle.

Les gounas sont au nombre de trois, et elles se présentent comme suit :

Vertu (sattva-gouna) : les personnes sous l’influence de la vertu (sattva se traduit aussi par «pureté», «vérité», «connaissance», «intégrité» ou «équilibre») font preuve de compassion, de droiture et de détachement, ne manifestent aucune aversion ni aucun attrait excessif, et trouvent leur satisfaction dans le sentiment du devoir accompli.

Passion (rajo-gouna) : les personnes sous l’influence de la passion (rajas se traduit aussi par «énergie», «force», «impulsion» ou «mouvement») sont pétries de désirs et d’ambitions, motivées par leur ego et acharnées dans leur quête de résultats.

Ignorance (tamo-gouna) : les personnes sous l’influence de l’ignorance (tamas se traduit aussi par «obscurité», «lourdeur» ou «inertie») se révèlent irresponsables, inconstantes et déloyales. Elles recherchent la facilité en tout et sont enclines à la tromperie, à la paresse et à l’indolence.

Un trio tentaculaire

Il faut aussi savoir que ces influences alternent et se chevauchent, ce qui donne lieu à une infinité de combinaisons, si bien que les descriptions ci-dessus visent uniquement à dégager les grandes lignes des tendances associées à chacune des gounas. La nature nous propose en effet un éventail infini de possibilités et d’occasions de satisfaire nos désirs. Et comme notre soif de satisfaction est sans borne, toutes ces avenues semblent si prometteuses que les sens et le mental s’y engagent volontiers sans offrir de résistance.

Nous butinons ainsi de fleur en fleur à la recherche du nectar qui nous procurera le bonheur recherché, et les gounas ne cessent d’en faire apparaître de nouvelles, plus colorées, plus odorantes et plus attirantes encore. Elles déterminent en outre nos préférences en termes d’aliments, de vêtements, de couleurs, de profession et de croyances, et influent sans relâche sur les moindres aspects de notre existence. Le 14e chapitre de la Bhagavad-gita traite en détail de la question, si ça vous intéresse.

Conditionnés par une conception matérielle — pour ne pas dire carrément corporelle — de l’existence, nous sommes davantage enclins à nous laisser guider par nos sens et notre mental que par notre intelligence. Or, ni les sens ni le mental n’ont d’autonomie à proprement parler. Ou alors ils sont harnachés par l’intelligence et entièrement mis au service de notre quête intérieure, ou alors ils répondent spontanément aux sollicitations de l’extérieur.

Et puisque nous n’avons pas tous le même bagage et que nous n’en sommes pas tous au même point dans notre évolution, nous ne sommes pas tous attirés par les mêmes choses. Autrement dit, selon le chemin parcouru et notre héritage karmique, nous sommes plus naturellement portés, consciemment ou non, vers des attitudes, des comportements et des activités sous le signe de la «vertu», sous le signe de la «passion» ou sous le signe de l’«ignorance». À nous d’obéir aveuglément à ces influences ou, au contraire, de prendre les moyens de nous en affranchir…

Non mais, je rêve ou quoi?

J’ai bien peur que oui! La frontière entre rêve et réalité est en effet plus ténue qu’il n’y paraît.

Tout se joue en fait au niveau de la conscience. Or, la conscience n’a rien de monolithique. S’il est vrai que nous sommes tous des êtres conscients, il est tout aussi vrai que la conscience des uns n’est pas celle des autres, et que ma propre conscience fluctue au gré des heures et des jours, de même qu’au fil de mes expériences et de mes apprentissages.

Les Védas définissent globalement trois états de conscience chez l’être vivant :

L’état d’éveil relatif, dans lequel nous vaquons couramment à nos activités quotidiennes. Relatif, parce que la réalité sensorielle, émotionnelle et intellectuelle dans laquelle nous évoluons – la seule que nous connaissions généralement – est elle-même relative et partielle.

L’état de sommeil avec rêve, dans lequel les fonctions végétatives du corps physique (respiration, circulation sanguine, digestion, etc.) sont pour ainsi dire sur le pilote automatique, tandis que le corps subtil – composé du mental, de l’intelligence et de l’ego – transporte l’âme dans une dimension non soumise aux limites et aux contraintes du corps physique. Mais comme ce dernier ne peut continuer de fonctionner seul très longtemps, l’âme doit bientôt le sortir de sa torpeur pour replonger dans la réalité de la vie éveillée.

L’état de sommeil sans rêve, dans lequel la conscience est complètement voilée. Cet état caractérise non seulement nos périodes de sommeil profond, mais aussi l’état dans lequel se trouve une personne sous anesthésie générale, celui dans lequel se trouve l’âme dans le ventre d’une mère tandis qu’un fœtus se développe autour d’elle, et celui dans lequel l’âme se voit plongée lorsque l’univers matériel se résorbe à l’état non manifesté au moment de sa dissolution.

La face cachée de la réalité

Ce qui a tendance à nous échapper, c’est que la réalité du corps et de l’esprit est elle-même illusoire. Le corps et l’esprit sont bien réels, mais le fait que nous nous identifions complètement à eux relève de l’illusion et nous plonge dans un état de rêve éveillé que nous prenons pour notre réalité propre.

Lorsque nous émergeons d’un rêve nocturne, nous nous dissocions facilement de tout ce que nous avons pu faire, penser et ressentir pendant ce rêve, car nous avons conscience du fait qu’il s’agissait d’une fabrication de l’esprit. Nos rêves nocturnes sont de très courte durée, si bien que nous n’avons aucun mal à comprendre qu’ils sont le fruit d’une projection fugace. Mais notre état d’éveil relatif est si long entre deux périodes de sommeil que nous le pensons tout à fait réel, alors qu’il s’agit d’une autre forme de rêve.

L’état de plein éveil est celui dans lequel l’âme a pleinement conscience de sa nature spirituelle et éternelle, et du fait que le corps dans lequel elle se trouve n’est qu’un support temporaire conçu en fonction de ses désirs et mis à sa disposition pour lui permettre de parachever son cheminement personnel. La réalité de l’âme est distincte de celle du corps dans lequel elle voyage entre deux destinations.

À preuve, je suis témoin des battements de mon cœur, des poils et des cheveux qui poussent sur mon corps et sur ma tête, de mes fonctions respiratoire et digestive… mais aucun de ces processus n’exige un effort conscient de ma part. Je suis également témoin de l’activité de mon mental en rêve comme à l’état de veille, que j’en dirige ou non les pensées et les désirs en réaction aux impulsions qu’il reçoit des sens.

Observateur tantôt actif, tantôt passif de mon corps physique et de mon corps subtil, ce n’est que lorsque je m’éveille à mon identité réelle, au-delà de l’un comme de l’autre, que je cesse de m’identifier à ces enveloppes éphémères, que je parviens à me dissocier de mes rêves aussi bien diurnes que nocturnes, et que je commence à vivre ma vie au lieu de la rêver.

Pour voir si vous m’avez bien suivi, voici une question particulièrement difficile (ou facile, c’est selon) :

Dans quel état de conscience se trouvent les millions de personnes à travers le monde dont le premier réflexe, à l’annonce d’une pandémie potentiellement mortelle, est de prendre les commerces d’assaut et de jouer du coude avec un maximum de personnes potentiellement contagieuses pour leur disputer les stocks de papier hygiénique?

Non mais, je rêve ou quoi?

Yoga

L’union fait la force.

Comme beaucoup de mots sanskrit, yoga revêt plusieurs significations. Selon le contexte, il peut entre autres désigner la racine étymologique d’un terme, la conjonction de deux astres célestes ou l’une des six grandes écoles philosophiques des Védas. Il se traduit également par « voie », « méthode » ou « technique ».

Quant aux disciplines corporelles, mentales ou spirituelles auxquelles on associe le plus souvent le yoga, elles sous-tendent son sens d’« union ». Les pratiques en question sont en effet conçues pour favoriser l’union intime de l’être avec son moi profond, avec l’univers et avec l’Absolu, les trois étant eux-mêmes étroitement liés.

Ce dernier sens donne lui-même lieu à plusieurs déclinaisons selon l’approche privilégiée par le yogi, mais on distingue globalement trois grandes voies de réalisation de soi par le yoga, à savoir l’action, la connaissance et la dévotion.

Le karma-yoga, ou « yoga de l’action », est la voie de l’action désintéressée visant à se libérer des chaînes du karma. L’enchaînement aux réactions de ses actes n’étant dû qu’au désir d’en tirer un avantage personnel, il s’agit ici de se détacher des fruits de l’action en cherchant satisfaction dans le devoir accompli et dans le service d’une cause supérieure.

« Agis par sens du devoir, sans convoiter le fruit de l’acte.
L’action accomplie dans un esprit de détachement permet d’atteindre l’Absolu. »

Bhagavad-gita, 3.19

Cette discipline, aussi appelée kriya-yoga, est souvent associée au travail social ou au service communautaire, mais la cause supérieure entre toutes demeure celle qui sert directement les intérêts spirituels du pratiquant en mettant ses actes au service de l’Absolu.

Le jñana-yoga, ou « yoga de la connaissance », est la voie de la quête intérieure visant à se libérer des contingences de ce monde par la culture du savoir qui permet de distinguer la matière de l’esprit, de comprendre les mécanismes qui régissent le fonctionnement de l’univers dans lequel nous évoluons, et d’appréhender le lien qui relie tout être et toute chose à l’Absolu.

« Ceux dont la pratique consiste à cultiver le savoir spirituel
vénèrent l’Absolu comme l’un sans second
manifeste en une multiplicité de formes. »

Bhagavad-gita, 9.15

Cette catégorie de yoga englobe techniquement le raja-yoga, ou « yoga intégral », aussi appelé ashtanga-yoga du fait qu’il comporte huit volets rigoureusement codifiés pour amener le yogi à réaliser l’aspect localisé de l’Absolu en son cœur et à se libérer du cycle des morts et des renaissances en quittant son corps par le centre énergétique (chakra) situé au sommet de son crâne.

Voir 8 Volets du yoga intégral.

Certains adeptes des temps passés pratiquaient cette forme de yoga dans le but d’acquérir des pouvoirs surnaturels, mais les exigences de cette pratique sont telles que personne de nos jours ne peut réalistement y aspirer.

Voir 8 Pouvoirs yogiques primaires.
Voir 10 Pouvoirs yogiques secondaires
.
Voir 5 Pouvoirs yogiques tertiaires.

C’est ce qui fait que les écoles modernes n’enseignent que certains volets de cette forme de yoga, qu’il s’agisse des techniques respiratoires (prana-yoga), des postures destinées à stabiliser le corps et l’esprit (hatha-yoga) ou de la méditation sous différentes formes (dhyana-yoga).

Le bhakti-yoga, ou « yoga de la dévotion », est la voie libératrice de l’amour divin. Il repose sur un ensemble de pratiques conçues pour raviver le lien personnel qui unit chaque être à l’Absolu.

Voir 9 Pratiques dévotionnelles du bhakti-yoga.

« Seul le yoga de la dévotion empreinte d’amour
donne de connaître l’Absolu dans sa forme personnelle. »

Bhagavad-gita, 11.54


Enfin, il importe de souligner que les trois catégories de yoga ne sont pas mutuellement exclusives. Le principe d’« union » qui les caractérise est en effet tel que le bhakti-yoga peut incorporer des éléments de karma-yoga ou de jñana-yoga, et vice versa. Si l’union fait la force, c’est précisément que, sous ses différentes formes, le yoga nous apprend à voir au-delà des manifestions transitoires de l’existence, à transcender graduellement la matière, et à puiser en l’Absolu l’intelligence et la force de nous réaliser pleinement.

Karma

Le mot est passé dans la langue, mais il nous reste parfois en travers de la gorge!

Karma est un mot sanskrit qui se traduit par « action ». Mais comme l’illustre la troisième loi de Newton, toute action entraîne invariablement une réaction proportionnelle, si bien qu’action et réaction sont indissociables. Ainsi le mot en vient-il à désigner la réaction elle-même, soit les conséquences de nos actes.

L’usage ayant souvent pour effet de détourner les mots de leur sens premier, on entend de plus en plus dire d’une personne qu’elle a « un bon karma » ou un « mauvais karma » dans le sens de « tout lui réussit » ou « rien ne lui réussit ». Karma devient presque alors synonyme de « chance », ce qui s’explique sans doute par le fait qu’on a souvent du mal à voir ce qui peut bien valoir à l’intéressé une situation aussi enviable ou un aussi triste sort.

Mais la destinée d’une personne n’est jamais l’effet du hasard, ni d’une quelconque forme de chance ou de malchance. Tout ce qu’une personne vit est en réaction directe à ses actes passés, récents ou éloignés dans le temps, voire dans une vie antérieure. Nous ne faisons que récolter ce que nous avons semé.

À chaque action sa réaction

La loi du karma est universelle et fort complexe. Mais le principe de base n’en demeure pas moins que ce sont nos désirs, nos choix et nos actes qui déterminent notre sort à court, à moyen ou à long terme. Pour nous aider à nuancer la question, la Bhagavad-gita distingue trois grandes catégories d’action.

Le sukarma désigne l’action vertueuse, conforme aux valeurs et aux principes moraux, éthiques et spirituels, donc l’action « bonne », qui entraîne des réactions conséquentes. À l’opposé, le vikarma désigne sans surprise l’action « mauvaise », c’est-à-dire immorale, à l’encontre du bien commun ou de son propre bien, avec son cortège de suites indésirables.

Pour le plus grand bonheur de ceux et celles qui n’aiment pas voir la vie en noir et blanc, il est toutefois possible de s’affranchir des effets du karma, des bons comme des mauvais. Et la solution ne se trouve pas dans l’inaction (nishkarma), mais plutôt dans l’action désintéressée, accomplie dans le détachement des fruits de l’acte. Cette catégorie d’action sans réaction en chaîne est appelée akarma, et elle s’opère par la pratique du karma-yoga dans la conscience de l’Absolu.

Cette dernière forme de karma est celle que privilégient les spiritualistes désireux de se réaliser pleinement et de vivre en harmonie avec leur nature éternelle de manière à mettre fin une fois pour toutes au cycle des morts et des renaissances.

Fort de ce savoir, il se pourrait bien que vous ayez envie de remettre les pendules à l’heure la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un mettre ses problèmes sur le dos du karma…

La triade divine

Vous vous demandez encore si Dieu existe? Cessez, de grâce, de vous torturer les méninges.

Les Védas n’abordent même pas la question. Il n’y est pas non plus question de Dieu dans le sens confessionnel où nous l’entendons généralement. On y part plutôt du principe fondamental et universel que toute énergie a une source, que tout effet a une cause et que tout ce qui existe a une origine. Et on y désigne globalement l’origine des origines, la cause première de toutes les causes et la source primordiale de toutes les énergies du nom d’Absolu.

Voilà un mot qui, en soi, définit bien le Grand Tout – ce qu’on aime aujourd’hui appeler l’Univers, la Lumière ou le Verbe –, c’est-à-dire la réalité transcendante qui dépasse notre entendement mais dont la présence se fait partout sentir sous une forme ou une autre.

Et comme les Védas ne sont jamais avares d’explications, ils nous amènent à mieux saisir cet Absolu en précisant qu’il peut être perçu sous trois aspects :

vadanti tat tattva-vidas tattvaṁ yaj jñānam advayam
brahmeti paramātmeti bhagavān iti śabdyate

« Les doctes sages qui connaissent la Vérité absolue nomment cette essence indivisible Brahman, Paramatma ou Bhagavan. »

(Shrimad-Bhagavatam, 1.2.11)

Brahman désigne l’aspect impersonnel de l’Absolu, son omniprésence diffuse et rayonnante à travers le monde qui nous entoure, telle la lumière du soleil qui tout pénètre. La perception de cet aspect impersonnel de l’Absolu se reflète souvent dans l’émerveillement que suscitent les beautés de la nature ou l’immensité de l’espace.

Paramatma désigne l’aspect localisé de l’Absolu, présent en chaque être et en toutes choses, jusque dans l’atome. Vous avez déjà entendu l’expression « Dieu est en chacun de nous »? Eh bien, c’est du Paramatma qu’il s’agit, de cette manifestation de l’Absolu qui assure l’équilibre des forces de l’univers et qui nous guide de l’intérieur – pour peu qu’on y porte attention. On y fait parfois référence comme « la petite voix qui nous parle », ou encore « la voix de la conscience ».

Quant à Bhagavan, il s’agit de l’aspect personnel de l’Absolu, incarnant l’éternité, la connaissance et la félicité par excellence, avec qui chaque être entretient une relation intime selon une variété de saveurs allant de l’aversion la plus profonde à l’amour le plus sublime. Bhagavan désigne l’Absolu comme l’expression vivante de toutes les perfections. Chaque être possède la beauté, la richesse, la force, la renommée, le savoir et le détachement dans une certaine mesure. Mais l’Absolu dans son aspect personnel se définit comme l’Être suprême, ou encore le Bienheureux, qui possède tous ces attributs dans la plus complète et la plus parfaite des mesures.

La trilogie divine désigne donc en fait un Absolu unique et indivisible, mais manifeste et perceptible sous trois aspects distincts, selon le degré de réalisation de ceux et celles qui cherchent à le saisir.

Un philosophe peut en cacher un autre

Pythagore • Socrate • Thalès de Milet • Aristote • Platon • Zénon d’Élée


Et si les philosophes grecs n’avaient pas inventé la roue?

On s’entend généralement pour dire que toutes les philosophies occidentales découlent, dérivent ou s’inspirent des voies tracées par les augustes penseurs de la Grèce antique, souvent considérée comme le berceau de la civilisation. Ce que peu de gens savent, cependant, c’est que les grands philosophes grecs puisaient eux-mêmes à la pensée védique!

Chez les Anciens, la philosophie était la science du savoir. Le mot tire d’ailleurs son étymologie du grec philo (amour) et sophia (sagesse). Cet « amour de la sagesse » donne lieu à une quête de vérité qui suscite de temps immémorial diverses conceptions de la causalité et de la finalité des êtres et des choses.

Ainsi les Védas millénaires détaillent-ils six philosophies primordiales, ou « visions du monde » (darshanas), promulguées par autant de sages dont les approches se chevauchent et se complètent jusqu’à fournir une compréhension globale du visible et de l’invisible :

La philosophie du nyaya, promulguée par Gautama, repose sur l’analyse logique, le raisonnement et la rhétorique pour appréhender la réalité. Elle définit les règles du débat relatif aux thématiques essentielles et existentielles du monde physique, du monde vivant et de l’Absolu.

La philosophie du vaisheshika, promulguée par Kanada, s’appuie sur les procédés du nyaya pour cerner systématiquement les caractéristiques qui différencient les concepts, classifiés en six catégories ontologiques : les substances, les propriétés, les activités, les substrats, les singularités et les inhérences. Les lois atomiques y sont tenues pour être la cause de la création et le fondement de toutes les catégories métaphysiques de la réalité.

La philosophie du sankhya, promulguée par Kapila, élargit le processus analytique du vaisheshika pour approfondir et synthétiser la connaissance de la matière et de l’esprit, des éléments les plus subtils aux plus grossiers, jusqu’à distinguer l’âme de la matière au sein de laquelle elle évolue. La Nature est alors tenue pour être la cause de tout ce qui existe.

La philosophie du yoga, promulguée par Patañjali, identifie plus clairement l’esprit à l’âme, décrite comme étant de nature spirituelle. Elle promeut le développement de la conscience de son identité intime et de la présence d’une manifestation de l’Absolu en chaque être et en chaque chose par l’application d’exercices mécaniques et de techniques méditatives.

La philosophie du mimamsa, promulguée par Jaimini, ne se préoccupe pas directement de la nature de l’être et de la matière comme les écoles de pensée qui précèdent. L’action et ses résultats sont tout ce qui compte. Elle prône donc une adhésion rigoureuse aux pratiques rituelles qui encadrent l’action intéressée et favorisent l’accomplissement fructueux des devoirs dévolus à chacun selon son rang et son statut.

La philosophie du védanta, promulguée par Vyasadeva, comble les failles des cinq philosophies antérieures et marque l’aboutissement de la sagesse des Upaniṣads. Elle priorise la pleine réalisation de soi en lien avec la conscience de l’Absolu et de ses différentes énergies, aussi bien matérielles que spirituelles.

Et les Grecs, dans tout ça?

Des historiens et des indianistes britanniques, français et allemands ont découvert que les six grandes écoles philosophiques des Védas étaient bien connues, étudiées et hautement respectées en Grèce antique. Les travaux exhaustifs du professeur Richard von Garbe de l’Université de Konigsberg ont même permis d’établir, à la fin du 19e siècle, qu’Aristote était un adepte de la philosophie du nyaya de Gautama, que Thalès était un adepte de la philosophie du vaisheshika de Kanada, que Pythagore était un adepte de la philosophie du sankhya de Kapila, que Zénon était un adepte de la philosophie du yoga de Patañjali, que Socrate était un adepte de la philosophie du mimamsa de Jaimini, et que Platon était un adepte de la philosophie du védanta de Vyasadeva.

Il en est ressorti que c’était en grande partie sous l’influence des écoles de pensée védiques que s’étaient par la suite articulées les philosophies modernes dans le sillage des Grecs.