Extrait du commentaire de Bhaktivedanta Swami sur la Bhagavad-gita (18.55), dans lequel il souligne la pérennité de l’individualité des êtres.

Une personne qui possède pleinement la science de Dieu, ou Kṛṣṇa [l’Infiniment Fascinant], devient éligible à entrer dans sa demeure, dans le royaume spirituel. Lorsqu’on atteint le niveau du Brahman, on ne perd pas son identité propre. Les pratiques dévotionnelles se poursuivent sur le plan spirituel, et leur existence même implique tout à la fois celle de Dieu et de son dévot. Il s’agit là de vérités impérissables, même après la libération.

La libération s’entend de l’affranchissement de la conception matérielle de l’existence, car la distinction entre Dieu et les êtres perdure sur le plan spirituel, tout comme leur individualité respective, mais dans la pure conscience divine.

Dans ce verset, il ne faut pas se méprendre sur le sens du mot viśate, « il entre en Moi », et y voir un argument à l’appui du monisme, selon lequel on se fond dans le Brahman impersonnel. Non. Le mot viśate signifie que l’on entre dans le royaume du Seigneur Suprême tout en gardant son individualité propre, pour vivre en sa compagnie et le servir.

Un oiseau au plumage vert qui pénètre sous les vertes frondaisons d’un arbre ne cherche pas à s’y fondre, mais à se délecter de ses fruits. Pour justifier leur thèse, les impersonnalistes aiment à donner l’exemple du fleuve qui se jette dans l’océan et s’y confond. Or, si l’idée de se fondre ainsi dans l’océan de l’Absolu procure un certain bonheur à l’impersonnaliste, le personnaliste, lui, est heureux de garder son individualité, tel un poisson dans l’eau. Sous la surface de l’océan évoluent d’innombrables êtres vivants. Il ne suffit pas de contempler l’étendue d’eau; il faut prendre connaissance de la variété des êtres aquatiques qui vivent dans ses profondeurs.

Tel un poisson dans l’eau