

Quel est le réel pouvoir du son en matière de spiritualité? Tout particulièrement en ce qui a trait à la méditation mantrique que recommandent les Védas pour s’accomplir pleinement à l’époque où nous vivons? Dans la foulée de mes récents billets, il me semble important d’insister ici sur la pertinence de ce sujet.
Vous n’avez peut-être jamais envisagé les choses sous cet angle, mais notre qualité de vie dépend en grande partie des sons que nous entendons et que nous produisons. Il suffit de penser à la musique qui, de tout temps, peut aussi bien adoucir les mœurs qu’attiser les plus vives passions. Ou à l’effet sur le corps et l’esprit des bruits de la ville par rapport au bruissement des feuilles, au murmure des ruisseaux et aux caresses du vent dans la nature. Les mots même que nous prononçons ou que captent nos oreilles sont porteurs de toute la gamme des émotions qu’un être humain peut ressentir et exprimer.
Le pouvoir du son sur le plan matériel est indéniable. Mais qu’en est-il des sons tenus pour spirituels qui transcendent les strates sensorielles, émotionnelles et intellectuelles de notre être? Plus précisément des mantras qui occupent une place centrale dans la spiritualité d’inspiration védique, notamment dans la pratique du yoga?
Double prémisse
Rappelons-nous ici que la spiritualité vise d’abord et avant tout à raviver la conscience de notre identité spirituelle. Pour reprendre une citation de Vivre ma spiritualité aujourd’hui, que Pierre Teilhard de Chardin avait lui-même énoncée à peu de chose près dans les mêmes mots:
«Nous ne sommes pas des êtres humains en quête d’une expérience spirituelle,
mais bien des êtres spirituels vivant une expérience humaine!»
Cela étant dit, la spiritualité vise également à rétablir notre rapport à l’Absolu, au Grand Tout, à la Source de tout ce qui existe, à la Cause de toutes les causes, au Divin, ou à l’Être suprême, selon l’angle sous lequel on l’aborde. Or, tous les textes et tous les maîtres du monde s’entendent pour dire que le Seigneur des seigneurs demeure inatteignable au moyen de nos sens et de notre intellect limités. Comment donc reprendre contact avec lui?
Le fait est que, bien que nous ne puissions concevoir Dieu, son pouvoir infini fait qu’il se rend notamment accessible aux êtres finis que nous sommes à travers le son. Les Védas établissent en effet que les noms de l’Infiniment Fascinant ne sont pas différents de sa personne. Sur le plan matériel, les mots sont distincts des choses qu’ils désignent. Mais sur le plan spirituel, le fait de prononcer le ou les noms de l’Un sans second permet d’entrer directement en contact avec lui.
Double corollaire
Dans un premier temps, les enseignements philosophiques et métaphysiques des textes révélés et des sages maîtres issus d’une filiation spirituelle authentique sont porteurs de vérités qui ont le pouvoir de franchir les barrières temporelles de l’esprit pour atteindre la conscience, l’âme même de qui les reçoit avec une oreille attentive.
C’est cette écoute réceptive au pouvoir transformateur qui éveille une personne à son identité spirituelle et qui, dans un second temps, l’incite à enrichir son expérience par des pratiques favorables au développement de sa vie intérieure et à l’entendement de la dimension spirituelle de son existence.
Il en résulte une satisfaction profonde qui, peu à peu, transforme sa vision du monde, ses valeurs, ses ambitions, et jusqu’à ses habitudes de vie.
Un pouvoir insoupçonné
Parmi les pratiques qui soutiennent et alimentent une démarche spirituelle, les Védas insistent sur le fait qu’aucune n’a plus de pouvoir à notre époque que le chant du maha-mantra, comme nous l’avons vu dans «La voie royale»:
Haré Krishna, Haré Krishna
Krishna Krishna, Haré Haré
Haré Râma, Haré Râma
Râma Râma, Haré haré
Ce pouvoir est à proprement parler «mystique». En effet, contrairement à une suite de mots ordinaires – formeraient-ils les plus beaux vers du monde –, on peut réciter ce mantra de façon répétée et prolongée sans jamais se lasser. Pour tout dire, le pouvoir spirituel en est tel que, plus on le chante, plus on a envie de le chanter, que ce soit seul, dans l’intimité de son chez-soi ou dans la nature, ou en groupe en s’accompagnant d’instruments de musique.
Cette pratique a en outre pour effet de dissiper notre conception matérielle de l’existence et notre identification au corps qui nous est donné l’espace d’une brève existence. Le mental et l’intelligence s’en trouvent purifiés, et donc plus à même d’apprécier les subtilités du savoir spirituel. Il en résulte tout naturellement un regard neuf et inspirant sur la réalité, de même qu’une paix intérieure libératrice face aux aléas de la vie.
Somme toute, le maha-mantra a l’effet d’un baume sur l’âme, qu’il baigne de joie et d’amour en l’invitant à la transcendance. Les textes comparent sa pratique sentie aux cris et aux pleurs de l’enfant qui implore l’attention et la protection de sa mère, en ce que l’âme invoque ainsi de tout cœur le Divin de guider ses pas dans sa quête pour s’accomplir pleinement au cours de son séjour sur Terre.
À suivre…

