

La notion de mantra ne vous est sans doute plus étrangère. Mais savez-vous qu’il en est un qui surclasse tous les autres?
Les Védas le qualifient de maha-mantra, c’est-à-dire «le mantra par excellence». Et bien qu’il existe depuis la nuit des temps, c’est Shri Chaitanya, l’illustre avatar et réformateur du 16e siècle, chaînon phare de la filiation spirituelle qui remonte au créateur et régent de notre univers, qui l’a tout spécialement mis à l’honneur au profit de tous ceux et celles qui aspirent à se réaliser pleinement en ces temps pour le moins troublés où nous vivons.
Les textes expliquent en effet que nous sommes entrés, depuis un peu plus de 5000 ans, dans l’âge de Kali, l’âge de fer védique, une ère de discorde et de tourmente où les méthodes de réalisation spirituelle des temps passés, comme les offrandes sacrificielles, les cultes élaborés ou les ascèses yogiques, ne sont plus applicables compte tenu des exigences qu’elles comportent. Qu’à cela ne tienne, le maha-mantra, dont le chant n’est restreint par aucune règle, est tenu pour procurer tous les bienfaits qu’on pouvait espérer obtenir par les voies infiniment plus exigeantes prescrites pour les autres âges – la voie royale!
Un pouvoir incomparable
De fait, comme le prophétisait avec emphase le Brihan-naradiya Purana des milliers d’années avant l’avènement de Chaitanya:
harer nama harer nama harer nama eva kevalam
kalau nasty eva nasty eva nasty eva gatir anyatha
«Dans l’âge de Kali, la seule et unique méthode efficace [répété trois fois] pour se réaliser pleinement consistera à chanter les noms de Hari [l’Absolu].»
Pas étonnant, donc, que le Shrimad-Bhagavatam renchérisse en déclarant qu’à notre époque, toute personne d’intelligence ne peut que gagner à appliquer cette méthode.
Comment? Notamment – comme vous avez pu le lire dans «L’œil du témoin» – par la pratique répétée du maha-mantra, que ce soit en le chantant à haute voix, en le psalmodiant à voix basse ou en le méditant en son for intérieur:
Haré Krishna, Haré Krishna
Krishna Krishna, Haré Haré
Haré Râma, Haré Râma
Râma Râma, Haré Haré
Tous les noms de ce mantra sont à la forme vocative, ce qui en fait à proprement parler une invocation directe à l’Absolu (Hari), source de plaisir pour tous les êtres (Râma), de même qu’au Couple divin (Hara, ou Râdhâ, et Krishna, l’Infiniment Fascinant), puits d’amour infini.
Le fait de réciter ce mantra en se concentrant sur la prononciation et l’écoute attentive de chacun de ces noms procure des bienfaits qui vont bien au-delà de l’apaisement qui en découle tout naturellement. En effet, la magie du mantra se trouve dans ce qu’il permet de prendre conscience de sa propre nature spirituelle et d’entrer spontanément en contact avec l’Absolu, et ce, en tout temps et en tout lieu. Il suffit de laisser la puissante vibration spirituelle du mantra nous pénétrer jusqu’au plus profond de notre cœur.
Une force libératrice
Ce qui distingue la spiritualité des simples activités courantes, c’est la faculté de détacher notre esprit des mille et une préoccupations que soulèvent ces activités pour le recentrer sur l’essentiel. Il ne s’agit pas de cesser toute activité ni de renoncer à ses devoirs ou à ses obligations familiales, professionnelles ou sociales. Il s’agit plutôt de libérer l’esprit des contraintes qui s’y rattachent pour rester en contact avec l’essence de son être en lien avec la Source de tout ce qui existe.
Le processus qui permet de transcender les pensées strictement liées à la satisfaction des besoins du corps et du mental a pour nom «mantra», ce mot étant dérivé de mana (mental) et traya (libération). En s’absorbant dans le chant répété du maha-mantra, que ce soit pendant cinq minutes ou une heure, on renoue tout naturellement avec la dimension spirituelle de son être.
Les tracas, les peurs, les angoisses et tous les autres tourments de la vie en ce monde se dissipent alors comme par magie. Non pas parce qu’on en fait abstraction, mais bien parce qu’en nous recentrant sur notre essentielle raison d’être, elles perdent leur emprise sur nous.
Il va sans dire que le mental et les sens n’acceptent pas toujours de se taire, mais en apprenant à leur faire la sourde oreille et à se concentrer uniquement sur le chant et l’écoute du mantra, on finit toujours par se replonger dans l’extase méditative que procure l’absorption dans le soi et le Divin.
La pratique quotidienne du maha-mantra purifie peu à peu les sens et l’esprit par le pouvoir du son, et donne ainsi de s’approcher toujours plus du but de l’existence, qui consiste à vivre sa vie jour après jour en pleine conscience de l’Absolu, infiniment fascinant, tout amour, et toujours prêt à nous éclairer du fond du cœur pour peu qu’on lui prête une oreille attentive. Une affaire en or – la voie royale pour notre époque ô combien troublée!

