Un philosophe peut en cacher un autre

Pythagore • Socrate • Thalès de Milet • Aristote • Platon • Zénon d’Élée


Et si les philosophes grecs n’avaient pas inventé la roue?

On s’entend généralement pour dire que toutes les philosophies occidentales découlent, dérivent ou s’inspirent des voies tracées par les augustes penseurs de la Grèce antique, souvent considérée comme le berceau de la civilisation. Ce que peu de gens savent, cependant, c’est que les grands philosophes grecs puisaient eux-mêmes à la pensée védique!

Chez les Anciens, la philosophie était la science du savoir. Le mot tire d’ailleurs son étymologie du grec philo (amour) et sophia (sagesse). Cet « amour de la sagesse » donne lieu à une quête de vérité qui suscite de temps immémorial diverses conceptions de la causalité et de la finalité des êtres et des choses.

Ainsi les Védas millénaires détaillent-ils six philosophies primordiales, ou « visions du monde » (darshanas), promulguées par autant de sages dont les approches se chevauchent et se complètent jusqu’à fournir une compréhension globale du visible et de l’invisible :

La philosophie du nyaya, promulguée par Gautama, repose sur l’analyse logique, le raisonnement et la rhétorique pour appréhender la réalité. Elle définit les règles du débat relatif aux thématiques essentielles et existentielles du monde physique, du monde vivant et de l’Absolu.

La philosophie du vaisheshika, promulguée par Kanada, s’appuie sur les procédés du nyaya pour cerner systématiquement les caractéristiques qui différencient les concepts, classifiés en six catégories ontologiques : les substances, les propriétés, les activités, les substrats, les singularités et les inhérences. Les lois atomiques y sont tenues pour être la cause de la création et le fondement de toutes les catégories métaphysiques de la réalité.

La philosophie du sankhya, promulguée par Kapila, élargit le processus analytique du vaisheshika pour approfondir et synthétiser la connaissance de la matière et de l’esprit, des éléments les plus subtils aux plus grossiers, jusqu’à distinguer l’âme de la matière au sein de laquelle elle évolue. La Nature est alors tenue pour être la cause de tout ce qui existe.

La philosophie du yoga, promulguée par Patañjali, identifie plus clairement l’esprit à l’âme, décrite comme étant de nature spirituelle. Elle promeut le développement de la conscience de son identité intime et de la présence d’une manifestation de l’Absolu en chaque être et en chaque chose par l’application d’exercices mécaniques et de techniques méditatives.

La philosophie du mimamsa, promulguée par Jaimini, ne se préoccupe pas directement de la nature de l’être et de la matière comme les écoles de pensée qui précèdent. L’action et ses résultats sont tout ce qui compte. Elle prône donc une adhésion rigoureuse aux pratiques rituelles qui encadrent l’action intéressée et favorisent l’accomplissement fructueux des devoirs dévolus à chacun selon son rang et son statut.

La philosophie du védanta, promulguée par Vyasadeva, comble les failles des cinq philosophies antérieures et marque l’aboutissement de la sagesse des Upaniṣads. Elle priorise la pleine réalisation de soi en lien avec la conscience de l’Absolu et de ses différentes énergies, aussi bien matérielles que spirituelles.

Et les Grecs, dans tout ça?

Des historiens et des indianistes britanniques, français et allemands ont découvert que les six grandes écoles philosophiques des Védas étaient bien connues, étudiées et hautement respectées en Grèce antique. Les travaux exhaustifs du professeur Richard von Garbe de l’Université de Konigsberg ont même permis d’établir, à la fin du 19e siècle, qu’Aristote était un adepte de la philosophie du nyaya de Gautama, que Thalès était un adepte de la philosophie du vaisheshika de Kanada, que Pythagore était un adepte de la philosophie du sankhya de Kapila, que Zénon était un adepte de la philosophie du yoga de Patañjali, que Socrate était un adepte de la philosophie du mimamsa de Jaimini, et que Platon était un adepte de la philosophie du védanta de Vyasadeva.

Il en est ressorti que c’était en grande partie sous l’influence des écoles de pensée védiques que s’étaient par la suite articulées les philosophies modernes dans le sillage des Grecs.

J’te l’dis! J’te crois pas. J’te l’dis!

Conversation entre jumeaux dans le ventre de leur mère
(adaptation d’un texte de Jean-Jacques Charbonier).


« Tu crois vraiment qu’il y a une vie après la naissance?

— Bien sûr! C’est évident qu’il y a une vie après la naissance. Nous sommes ici pour nous préparer à ce que nous serons plus tard.

— Pfffff… Complètement ridicule! Il n’y a rien après la naissance. À quoi pourrait bien ressembler la vie en dehors d’ici?

— Je ne sais pas exactement, mais il y aura sûrement plus de lumière qu’ici, et sans doute plein d’expériences à vivre. Peut-être même marcherons-nous avec nos jambes et mangerons-nous avec notre bouche.

— N’importe quoi! Ne vois-tu pas qu’il est impossible de marcher? Que dire de manger avec notre bouche? C’est le cordon ombilical qui nous nourrit. Et vu sa longueur, nous ne pourrions pas aller bien loin en sortant d’ici. Tes histoires ne tiennent pas debout.

— Mais je suis sûr qu’il y a quelque chose de « l’autre côté », quelque chose de différent de ce à quoi nous sommes habitués ici.

— Réveille-toi, enfin! Personne n’est jamais revenu de « l’autre côté ». La vie n’est que flottement et ballottement dans le noir, et elle se termine à la naissance.

— Je ne peux rien prouver, mais il me semble tout à fait naturel que nous voyions maman et qu’elle veille sur nous en sortant d’ici.

— Maman? Tu veux dire que tu crois en maman? Tu es vraiment plus naïf que je pensais… Où se trouve-t-elle donc, cette maman?

— Mais partout, tout autour de nous! Ne le vois-tu pas? Nous sommes en elle, et c’est à elle que nous devons la vie. Sans elle, rien de tout cela n’existerait et nous ne serions pas là!

— Pure sottise! Je n’ai jamais vu de maman. Il est donc clair pour moi qu’elle n’existe pas.

— Quoi que tu en penses, il m’arrive parfois, lorsque tout est calme, d’entendre sa voix. Je peux même sentir sa main qui caresse notre monde… Je suis de plus en plus sûr que la vraie vie nous attend après la naissance, et que nous sommes seulement en train de nous y préparer.

— … »

L’aventure vous attend!

On peut bien sûr vivre sa spiritualité chez soi, mais on peut aussi élargir ses horizons et enrichir son expérience au-delà des frontières de son quotidien. Et ce beau livre des éditions Guides de voyage Ulysse nous donne 50 raisons de le faire.

Dans la Bhagavad-gita, Krishna lui-même dit : « Je suis l’aventure. », et une façon parmi d’autres de vivre sa spiritualité aujourd’hui consiste précisément à puiser l’inspiration divine en des lieux réputés et fréquentés de longue date pour l’énergie spirituelle qui s’en dégage. Une destination de voyage peut ainsi devenir une occasion de ressourcement pour l’âme.

Les auteures de Voyages spirituels ont sélectionné pour nous 50 itinéraires autour du monde. Temples hindous, monastères bouddhistes, cathédrales chrétiennes, lieux sacrés autochtones, sites méditatifs…, il y en a pour tous les goûts.

Chaque itinéraire détaillé s’agrémente de courts textes qui en mettent les points forts en lumière sur le plan spirituel, mais aussi historique, architectural, artistique ou géographique, le tout abondamment et richement illustré dans un format facile et agréable à consulter.

Vous y trouverez bien sûr des incontournables comme le Vatican et le Taj Mahal, de même que des pèlerinages dont la réputation n’est plus à faire, que ce soit à Sainte-Anne-de-Beaupré ou à Compostelle, mais aussi des dizaines de hauts lieux de la spiritualité dont vous n’avez sans doute jamais entendu parler, et ce, aussi bien au Québec qu’en Inde, en Europe, au Japon ou en Amérique du Sud!

Le tourisme n’est plus ce qu’il était. De plus en plus de gens recherchent des destinations de voyage hors des sentiers battus, s’offrent des vacances d’exploration en région sauvage, préfèrent participer à un projet humanitaire en pays défavorisé, ou profiter d’un décrochage scolaire ou professionnel pour découvrir les mille et un horizons spirituels de la planète. C’est dans ce contexte aux possibilités sans fin que s’inscrit Voyages spirituels, dont les itinéraires de 5 à 18 jours peuvent s’effectuer en vase clos, ou jumelés à d’autres intérêts. Libre à chacun de composer son panaché!

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13 décembre courrons la chance de gagner ce magnifique livre grand format gracieusement offert par les éditions Guides de voyage Ulysse.

Pour multiplier par 5 vos chances de gagner,
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Le tirage aura lieu le 13 décembre
et le nom du gagnant ou de la gagnante sera annoncé ici même.

Bonne chance!

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Je n’ai pas d’âme

Mais ne vous en faites pas pour moi. Tout va très bien.

Si vous croyez que l’âme est un mythe, ma déclaration ne vous surprend pas du tout. Mais si vous êtes de ceux et celles qui parlez volontiers de « vieille âme » et d’« âme sœur », vous vous demandez sans doute comment une personne ayant toutes ses facultés peut dire une chose pareille. Quoi qu’il en soit, je persiste et je signe : je n’ai pas d’âme. Et si je n’ai pas d’âme, c’est pour la simple et bonne raison que je suis une âme.

Avoir et être n’ont jamais été plus distincts l’un de l’autre!

L’âme dont je parle, c’est l’atma, le soi. C’est l’anima, l’entité qui anime le corps. C’est la psyché des Grecs, l’unité personnelle de l’être. C’est l’observateur et le témoin des métaphysiciens. C’est l’atome d’antimatière qui donne forme à la matière. C’est l’étincelle de vie sans laquelle toutes nos cellules meurent et deviennent inertes.

Le nom importe peu; ce qu’on appelle communément l’âme, c’est la personne vivante et consciente. Point final. Pourquoi lui attribuer une appellation particulière? Pour la distinguer du corps et des éléments grossiers et subtils dont il se compose. Car le corps et l’âme sont aussi distincts l’un de l’autre que le sont avoir et être.

Mais encore?

On entend et on lit des phrases du genre : « Prenez soin de votre âme », ou « Faites du bien à votre âme ». Mais à qui s’adresse-t-on au juste? Si le corps, ses organes et son cerveau s’éteignent lorsque la vie les quitte, qui est donc cette personne qui possède une âme? Et de quelle nature est cette âme si elle n’est ni la personne elle-même ni le corps dans lequel elle se trouve?

Nous sommes tellement conditionnés à nous identifier au corps que nous habitons que même les personnes informées de la véritable nature de l’âme se laissent prendre à parler de « leur » âme.

En quoi sommes-nous distincts de notre corps? La Bhagavad-gita, les Upanishads et les Puranas l’expliquent en détail. Mais qu’il suffise ici de dire que l’âme est de nature spirituelle et éternelle. Elle ne partage aucun attribut avec la matière et elle ne meurt pas avec le corps.

Utile précision

C’est la nature spirituelle de l’âme qui fait qu’elle donne vie au corps, car seule l’énergie spirituelle peut animer la matière; aucune forme d’énergie matérielle ni aucun assemblage d’éléments physiques ne peut donner la vie, ni la ressusciter. Et c’est la nature éternelle de l’âme qui fait que, pendant son séjour dans le corps, elle se voit intuitivement vivre pour toujours, alors que cette perspective est impensable dans un corps périssable.

La vie ne peut venir que du vivant. Seule l’âme vivante peut donner vie aux éléments matériels, et seule l’âme consciente peut posséder un mental et une intelligence. N’y a-t-il pas lieu d’insister sur la distinction entre avoir et être pour mieux comprendre qui nous sommes vraiment?

À toutes fins utiles, si vous me parlez de « votre » âme, je ne vous en voudrai pas. Mais ne soyez pas surpris.e si je vous demande qui parle au juste.

Pourquoi chercher plus loin?

En cette ère de libre pensée, du chacun-pour-soi et du faites-le-vous-même, avons-nous encore une raison de chercher à consulter une quelconque autorité en matière de spiritualité?

Oui! Et je vais vous en donner non pas une, mais quatre! Que ça nous plaise ou non, nous devons en effet composer avec quatre handicaps qui limitent lourdement notre capacité à valider nos impressions, nos choix, nos jugements et nos décisions :

  • nos sens sont imparfaits;
  • nous sommes sujets à l’illusion;
  • nous ne pouvons éviter de commettre des erreurs;
  • nous sommes enclins à la tromperie.

« D’accord, mais tout cela n’est-il pas humain? ». Tout à fait. Et c’est bien là le problème, du moins pour quelqu’un qui cherche à se développer sur le plan « suprahumain », ou « métahumain » pour reprendre l’expression de Deepak Chopra.

Soyons honnêtes

Nos sens ne cessent de nous rappeler leurs limites et de nous jouer des tours. Nous ne pouvons manifestement pas compter sur eux pour saisir ce qui dépasse notre entendement.

Notre susceptibilité à l’illusion fait en sorte que nous prenons souvent nos rêves pour la réalité, que nous « imaginons des choses », et que nos impressions les mieux fondées entravent aisément notre aptitude à distinguer le vrai du faux.

Personne ne veut commettre d’erreurs, et pourtant… Il en découle qu’avec la meilleure volonté du monde, on ne peut en aucun cas s’appuyer sur son seul jugement pour avoir la certitude de frapper juste.

Et la tromperie. Parlons-en, de celle-là. Non seulement nous avons tendance à tromper les autres – un peu ou beaucoup, parfois ou souvent, à tort ou à raison –, mais nous sommes experts à nous tromper nous-mêmes, à rechercher la facilité, à camoufler nos torts, à nous donner des excuses…

Bref, conscient de ces faiblesses, comment peut-on prétendre éviter les écueils et les faux-fuyants d’une démarche spirituelle? Comment peut-on espérer s’y retrouver seul dans le labyrinthe des philosophies, des religions et des écoles de pensée à la mode? Comment s’imaginer qu’on peut s’inventer sa propre spiritualité et y trouver son compte?

Tout n’est pas égal

Chacun est libre de faire ce qu’il veut, quand il veut et où il veut – en remplaçant plus souvent qu’autrement tous ces « veut » par des « peut ». Mais lorsqu’il est sérieusement question de spiritualité, il ne s’agit pas d’improviser. On ne joue pas avec la vie et la mort. On ne spécule pas sur l’ici et l’au-delà. On ne se contente pas de sa petite idée sur la matière et l’antimatière. On ne fait pas semblant d’être spirituel sans comprendre ce que ça veut dire. On cherche les réponses là où elles se trouvent depuis toujours. Et on consulte des sources sûres, transcendantes à nos faiblesses.

Ne dit-on pas que c’est au fruit qu’on juge un arbre? Or, il existe trois formes de validation :

  • par expérience directe;
  • par raisonnement, ou intuition;
  • par l’approche d’une source sûre;

et les deux premières sont hypothéquées par nos fameux handicaps.

La Bhagavad-gita recommande d’ailleurs judicieusement :

« Cherche à connaître la vérité en approchant humblement un maître spirituel authentique. L’âme réalisée peut te révéler le savoir, car elle a vu la vérité. »

Bhagavad-gita, 4.34

La spiritualité ne s’invente pas. La spiritualité n’est pas un kit en pièces détachées et interchangeables qu’on assemble au gré de ses fantaisies. On ne choisit pas de vivre sa spiritualité comme on choisit de vivre ses loisirs. La spiritualité est notre condition première et notre essence fondamentale, l’ADN de notre ADN. Nous sommes des êtres spirituels vivant dans des corps matériels. Il ne s’agit donc pas de se fabriquer une spiritualité, mais plutôt de renouer en toute conscience avec notre spiritualité intrinsèque. Du moins pour qui veut réellement vivre sa spiritualité… aujourd’hui.

Venez me rencontrer!


Je serai présent au Salon du livre de Montréal. Profitez d’une des trois séances de dédicace inscrites au programme pour ensoleiller ma journée.

Jeudi 21 novembre de 17 h à 19 h

Samedi 23 novembre de 15 h à 17 h

Dimanche 24 novembre de 11 h à 13 h

Vivre ma spiritualité aujourd’hui – qui sort tout juste de chez l’imprimeur – y sera bien sûr en vedette, mais vous pourrez aussi vous procurer sur place mes deux premiers livres.

Rendez-vous au kiosque des éditions AdA (stands 548-556).

L’hindouisme n’existe pas

Avant de monter aux barricades, laissez-moi vous expliquer…

Les spécialistes de l’Inde antique sont formels : aucune religion de ce nom n’a jamais été fondée par qui que ce soit, et il n’existe aucune trace du mot « hindou » dans les langues ancestrales que sont le sanskrit et le tamoul. Mais d’où vient-il, alors?

En remontant à l’époque des conquêtes d’Alexandre le Grand, au 4e siècle avant notre ère, on découvre qu’après avoir franchi le fleuve Sindhu, il le rebaptisa du nom d’« Indus » pour en faciliter la prononciation par les Grecs. Et c’est ainsi que ses armées en sont venues à appeler « Inde » le pays situé à l’est de ce fleuve.

Par la suite, les envahisseurs musulmans ont toutefois renommé ce même fleuve « Hindou », car dans leur langue – le parsi –, le « s » se prononçait comme un « h », si bien qu’ils donnèrent au pays à l’est du fleuve le nom d’« Hindoustan », et celui d’« Hindous » à ses habitants.

Le mot hindoo (aussi écrit hindu) ne fait son entrée dans la langue anglaise qu’au 17e siècle. S’il désigne toujours, au départ, les habitants de l’Inde devenu l’Hindoustan, il en vient graduellement à désigner plus précisément les personnes ayant choisi de rester fidèles aux pratiques rituelles et spirituelles de leurs ancêtres plutôt que de se convertir à l’islam.

C’est ainsi qu’au 19e siècle, par souci de simplification, les Anglais inventent le mot hinduism – devenu « hindouisme » en français – pour regrouper les diverses doctrines, croyances et pratiques du sous-continent indien en un système unifié, sur le modèle des grandes religions connues des Occidentaux de l’époque.

Erreur! Les multiples traditions spirituelles qui prévalent en Inde sont en fait autant de « religions » distinctes, et souvent mutuellement exclusives, qu’il s’agisse du shivaïsme, du jaïnisme, du sikhisme ou du vaishnavisme, pour n’en nommer que quelques-unes. Toutes les formes de cultes qui en dérivent ont leurs propres coutumes, leurs propres pontifes et leurs propres guides spirituels, parfaitement indépendants les uns des autres.

Reste que, même si le mot « hindou » tire son origine de considérations purement géographiques, et même si l’« hindouisme » est né de l’imagination d’intellectuels occidentaux, ces mots ont fait leur chemin dans l’usage. Si bien que les Indiens d’obédience religieuse – toutes doctrines confondues – ou simplement traditionalistes dans l’âme ont fini par se dire eux-mêmes collectivement « hindous », tout en sachant qu’ils pratiquent en fait des douzaines de religions différentes, si tant est qu’ils en pratiquent une! En ce sens, on peut donc en quelque sorte dire que l’hindouisme « existe », mais sans avoir jamais vraiment existé.

Le faussaire masqué court toujours

Un mystérieux quidam en mal de pensée positive investit subrepticement les réseaux sociaux depuis quelques années en proclamant qu’en Inde, on enseigne « Les quatre lois de la spiritualité ».

Prenant bien soin de conserver l’anonymat, il (ou elle?) mise sur l’aura de sagesse dont l’Inde est nimbée pour inciter ses victimes à répercuter son message, et ça marche! D’autant plus que les gens se disent tout naturellement : « Tiens, je ne savais pas qu’il y avait quatre lois de la spiritualité. Ça va sûrement intéresser tous mes amis. »

L’enquêteur chargé du dossier a cependant découvert qu’aucune lignée de maîtres, aucune école de pensée ni aucun texte de l’Inde n’enseigne les lois en question. Il s’est en outre avéré que ces lois ne sont stipulées nulle part, ni en Inde ni ailleurs. Elles n’existent tout simplement pas! Et pour comble, elles sont complètement fausses! Il n’en fallait pas plus pour que les autorités se saisissent de l’affaire.

Quelles que soient les intentions cachées de l’insidieux personnage et quelque habile que soit sa manœuvre, un avis détaillant les tenants et les aboutissants de l’enquête est ci-après transmis à la population pour tenter d’endiguer le nombre d’innocentes victimes du faussaire masqué.

Méfiez-vous des lois qui n’en sont pas

La première loi dit : « La personne qui arrive est toujours la bonne personne ». Personne n’entre dans notre vie par hasard. Toutes les personnes qui interagissent avec nous sont là pour nous apprendre à progresser dans toutes les situations.

S’il est évident qu’on peut apprendre quelque chose de toutes les personnes avec lesquelles on interagit, il est complètement faux de dire que chacune de celles qu’on croise est « la bonne pour nous ». Même les plus fervents disciples de l’amour universel savent que tout le monde ne nous veut pas que du bien, et que nous devons parfois écarter certaines personnes de nos vies pour éviter d’être abusés par elles.

La deuxième loi dit : « Ce qui est arrivé est la seule chose qui pouvait arriver. » Rien, absolument rien de ce qui est arrivé dans notre vie n’aurait pu être autrement. C’est comme ça que nous apprenons les leçons de la vie. Chaque situation qui survient dans notre vie est idéale, même si notre esprit et notre ego sont réticents à l’accepter.

Il est aussi complètement faux de dire que toute chose qui nous arrive est la seule qui pouvait arriver. Cette forme d’absolutisme relève de la fatalité et va à l’encontre du libre arbitre dont jouit chaque être humain. Nous avons toujours entièrement le choix de nos actes, nous en sommes seuls responsables, et nos choix seuls, bons ou mauvais, déterminent ce qui nous arrive.

La troisième loi dit : « Le moment où les choses se passent est toujours le bon moment. » Tout commence au bon moment, pas avant ni après. Quand nous sommes prêts à vivre quelque chose de nouveau, c’est alors que ça se passe.

Il est également faux de dire que tout commence au bon moment. Nos erreurs viennent d’ailleurs souvent de ce que nous agissons trop tôt, trop tard, ou pas du tout. La vie n’attend pas après nous; elle suit son cours, que nous soyons prêts ou non. Le choix du juste moment est primordial en tout, et il nous appartient pleinement.

La quatrième loi dit : « Quand une chose se termine, c’est fini. » Point final. Si une chose prend fin dans notre vie, c’est pour nous faire évoluer. Il faut éviter de regarder en arrière pour aller de l’avant, enrichi par l’expérience.

Une fin n’a pas toujours à être sans recours. Beaucoup de situations permettent de se reprendre, de corriger le tir ou de modifier son approche. La négation de cette réalité est gage de défaitisme, d’impuissance et d’inaction, qui n’ont rien à voir avec le lâcher-prise qu’exigent certaines autres situations.

Et le faussaire d’ajouter : Ce n’est pas un hasard si vous lisez ceci. Si ce texte est entré dans votre vie aujourd’hui, c’est parce que vous êtes prêt à comprendre qu’aucun flocon de neige ne tombe jamais au mauvais endroit.

N’importe quoi!

Aucune de ces prétendues lois n’a quoi que ce soit à voir avec la spiritualité enseignée par les sages de l’Inde ou d’ailleurs, non plus, d’ailleurs, qu’avec la spiritualité tout court. Et bien que les lois de la nature soient parfaitement réglées, les humains que nous sommes n’ont rien à voir avec les flocons de neige (sauf pour s’y frayer un chemin lorsqu’ils s’entassent devant notre entrée!).

Pourquoi s’arrêter à un tel message? Parce que trop de gens croient bien faire en retransmettant des faussetés à tous leurs « amis ». Or, derrière le masque d’une sagesse édulcorée se cachent parfois des contrevérités qui agissent sur l’inconscient et s’avèrent subtilement plus dommageables que les pensées anodines faussement attribuées à Einstein, Bouddha, Confucius ou quelque obscur chaman autochtone.

Les autorités invitent donc les personnes intéressées par la spiritualité à faire preuve de discernement pour éviter d’être bernées, et à toujours vérifier leurs sources avant de publier des inepties pour ne pas indûment tromper les gens qu’ils aiment. Gare aux faussaires masqués!

Oṁ

Qui n’a pas déjà entendu ou prononcé ce mot, ni vu le symbole qui lui est associé?

Ce caractère sanskrit – qui s’écrit oṁ ou auṁ en caractères romains – est en fait le signe graphique non pas d’un mot à proprement parler, mais plutôt d’une syllabe. « D’entre les vibrations, Je suis la syllabe oṁ », peut-on lire dans la Bhagavad-gita. Ce que confirment les Upanishads : « Oṁ est la représentation sonore du Suprême; il incarne le Brahman sous forme de vibration. »

Il en ressort que le symbole oṁ est aussi la représentation littérale ou visuelle de l’Absolu dans sa forme impersonnelle. Et qu’elle soit visuelle ou sonore, cette représentation sert précisément à invoquer l’Absolu. Cette syllabe mystique précède d’ailleurs d’innombrables mantras. On dit même que si les hymnes védiques ont une réelle valeur spirituelle, c’est parce qu’ils débutent par oṁ!

Lorsqu’on décompose cette syllabe primordiale en ses lettres constituantes – a, u et –, on comprend encore mieux son importance.

Auṁ est en effet constitué de la première et de la dernière voyelles, suivies de la dernière consonne de l’alphabet sanskrit, ce qui en ferait la combinaison de lettres par excellence, la manifestation de toutes les vérités qui se puissent exprimer à l’oral ou à l’écrit. Aussi tient-on la syllabe oṁ pour la racine même du savoir védique et de tous les savoirs qui en découlent.

Auṁ représente en outre les trois niveaux de conscience, soit l’état d’éveil (a), l’état de rêve (u) et l’état de sommeil profond (), de même que la source de tout ce qui existe (a), l’expression de toutes les formes d’énergie (u) et l’ensemble des êtres liés à la source universelle à travers ses énergies ().

En bref, oṁ incarne l’essence et la somme de tout.