Dharma

Roue du char du Soleil, symbole du dharma et des cycles temporels dans plusieurs traditions (Temple de Konarak, Odisha, Inde)

Souvent traduit par «religion», le concept de dharma dépasse largement celui de confession sectaire.

Selon le contexte, ce mot sanskrit revêt en effet de nombreux sens connexes, mais non moins distincts. Il peut entre autres désigner l’ordre naturel des choses ou la justice universelle, et tout aussi bien évoquer les notions d’éthique, de vertu ou de morale que de droiture ou de devoir. Lorsqu’on le traduit par «religion», ce n’est donc pas tant par référence à une foi particulière qu’aux principes dits «religieux» au sens de «sacrés», c’est-à-dire fondamentalement respectueux des valeurs universelles.

Le dharma revêt plusieurs formes, toutes conçues pour guider la conduite des humains en société, et ses principes sont clairement définis dans les Védas. Un exemple courant en est le varnashram-dharma, qui réfère aux droits et responsabilités propres aux différents groupes de la société (varnas) et aux grandes étapes de la vie humaine (ashrams). Et quiconque adhère à ces principes honore d’emblée certains devoirs garants d’harmonie avec soi, avec ses semblables et avec la nature.

Voir 4 divisions naturelles de la société.
Voir 4 divisions naturelles de l’existence.

Toutes les notions évoquées ci-dessus dérivent du fait que, par sa racine sanskrite, le mot dharma désigne la nature intrinsèque d’une chose. Chaleur et lumière, par exemple, ne peuvent être dissociées du feu; sans elles, le mot «feu» n’a plus aucun sens. Il en est de même de la fluidité de l’eau, tout comme des propriétés inhérentes à toute autre chose.

Dharma et religion

Il est dès lors intéressant de se demander quelle est la nature propre de l’âme, sa fonction immanente et immuable, son sva-dharma. Eh bien, c’est de servir! Nous servons tous quelque chose ou quelqu’un de façon ininterrompue, de notre naissance à notre mort. Il s’agit d’un attribut aussi indissociable de nous que la chaleur peut l’être du feu ou que la liquidité peut l’être de l’eau. On pourrait en quelque sorte dire qu’il s’agit de notre «religion» éternelle, de notre sanatan-dharma.

Voilà qui peut nous aider à mieux comprendre pourquoi le mot «religion», dans le sens où on l’entend normalement, ne rend pas justice à la notion de dharma. L’adhésion à une religion repose en effet sur une croyance, et une croyance peut changer, si bien qu’on peut changer de confession. Par contre, notre dharma à proprement parler nous accompagne éternellement, il n’a par définition ni commencement ni fin, et on ne peut en changer.

Le dharma suprême

Si la fonction même de l’âme est de servir, il importe de comprendre que ce qui distingue la matérialité de la spiritualité, c’est en fait l’objet de notre service. On peut bien sûr servir ses sens, ses ambitions, ses parents, son conjoint, ses enfants, son employeur, la nation ou une cause quelconque, mais toutes ces formes de dharma demeurent matérielles et continuent d’enchaîner l’âme à la matière, alors qu’elle est de nature spirituelle et éternelle.

Qui désire vivre pleinement sa spiritualité doit donc plutôt vouer son service à l’Absolu en pensées, en paroles et en actes à travers ses occupations quotidiennes. C’est pourquoi Krishna dit à Arjouna dans la Bhagavad-gita :

« Oublie les convenances religieuses et toutes autres formes de dharma;
remets-t’en simplement à Moi ».

Bhagavad-gita, 18.66

Le Bienheureux insiste pour distinguer tous les dharmas secondaires, parallèles ou illusoires du dharma suprême de l’âme. Pour écarter les prétendues obligations qui repoussent sans cesse la poursuite de sa véritable mission sur terre. Pour supprimer les obstacles et les entraves au plein accomplissement de soi. Pour retirer les masques et dissiper les excuses qui détournent l’être de sa spiritualité profonde et du sens même de sa vie. Tel est l’enseignement ultime pour qui veut réellement vivre sa spiritualité, ici et maintenant.

Le Paradis nous attend

… et pas nécessairement à la fin de nos jours. Le fait est que si nous avons quitté le monde spirituel, lui ne nous a jamais quitté!

« Fils et filles immortels du royaume divin,
entendez les sages qui vous en indiquent le chemin. »

Shvetashvatara Upanishad, 2.5

Notre intelligence duelle peut nous porter à croire que si le monde spirituel s’oppose au monde matériel, il doit se trouver en dehors de celui-ci, à des années-lumière d’où nous vivons actuellement. Ne parle-t-on pas d’ailleurs de l’Au-delà comme d’une destination éloignée de notre univers terrestre et cosmique?

Une juste compréhension des choses exige une réflexion plus poussée, à la lumière des multiples indications fournies d’âge en âge par les maîtres du savoir, à commencer par le Bienheureux lui-même dans la Bhagavad-gita :

« Le royaume suprême est non manifesté et impérissable. »

Bhagavad-gita, 8.21

Si le monde spirituel est impérissable, il est clairement distinct du monde matériel, où tout est périssable. Mais le terme clé, ici, est «non manifesté», ce qui veut dire que le monde spirituel ne peut pas être une destination au sens d’un lieu accessible par un déplacement physique d’un point A à un point B. Aucun moyen de transport ne permet d’atteindre un lieu non manifesté, donc impalpable et invisible à nos yeux d’humains.

Une image qui en cache bien d’autres

Ainsi l’image du Paradis comme un royaume céleste à atteindre au terme de notre vie terrestre n’est-elle que cela… une image. Une image néanmoins riche d’évocations, en ce qu’elle nous invite à prendre conscience d’une tout autre réalité que celle que nous nous sommes fabriquée en revêtant un corps de chair et d’os. Une réalité éternelle et immuable plutôt que temporaire et changeante. Une réalité où tout est vérité, libre de toute illusion trompeuse et de toute conception erronée de la vie. Une réalité empreinte de joie et de sérénité, étrangère aux hauts et aux bas de notre quotidien.

Car, «non manifesté» ne veut pas dire «non existant». Les Védas, notamment la Brahma-samhita, le Shrimad-Bhagavatam et les Puranas en général, fournissent d’ailleurs des descriptions détaillées du monde spirituel.

« En ce royaume baigné d’amour, les demeures sont faites de pierres philosophales, des arbres-à-souhaits produisent une infinie variété de fruits, et les vaches donnent leur lait sans compter. Chaque parole y est un chant, et chaque pas, une danse. »

Brahma-samhita, 5.29

Imagerie symbolique ou description factuelle? Ne vous torturez pas trop les méninges avec ça. Comprenez plutôt que nous vivons dans un univers multidimensionnel dont nombre de dimensions échappent à nos facultés perceptuelles. Et que le Paradis dont il est question se veut l’expression des possibilités infinies qui s’offrent à nous sur le plan spirituel.

Notre champ de conscience est obscurci par notre identification et notre attachement à la dimension matérielle de l’univers, avec toutes les contraintes spatiotemporelles que nous lui connaissons. Autrement dit, nous n’exploitons sur le plan physique, mental, émotionnel et intellectuel qu’une infime partie des ressources qui s’offrent à nous. Le plan matériel nous livre une vision incomplète de la réalité; il n’est qu’un pâle reflet du plan spirituel.

Les yeux du cœur

Pour voir au-delà des barrières grossières et subtiles qui nous cachent la vue de la dimension paradisiaque, il nous faut cependant des yeux tout autres que ceux que nous utilisons pour écrire et pour lire ces lignes.

«L’essentiel est invisible pour les yeux», disait le Petit Prince de Saint-Exupéry, et la vision requise pour voir l’essentiel ou le non-manifesté ne s’acquiert qu’en affinant la conscience de notre véritable moi. Ce moi aujourd’hui enfoui sous de multiples couches de désignations acquises de nos parents, de nos enseignants, de nos employeurs, de nos collectivités, de nos dirigeants, et j’en passe. Nous nous identifions à un tas de choses sans substance et sans durée, et nous croyons qu’il s’agit là de notre vrai moi, mais c’est précisément ce moi illusoire fabriqué de toutes pièces qui nous interdit l’accès à la dimension spirituelle et paradisiaque.

Comment donc affiner notre conscience et percer toutes ces couches brumeuses qui nous cachent le soleil de la vie rayonnante à souhait? En balayant les interférences causées par les images trompeuses que nous avons de nous-mêmes et en nous recentrant sur notre moi intime. «On ne voit bien qu’avec le cœur», disait encore le Petit Prince. C’est en effet dans le cœur que siège l’âme, d’où elle rayonne dans tout le corps, et seuls les yeux du cœur détiennent la clé du Paradis.

Plus nous ramenons les choses à l’essentiel en dissipant les futilités qui dispersent nos pensées, nos sentiments et nos énergies, plus la dimension spirituelle nous apparaît clairement. Plus nous accordons de place à la réflexion, à l’écoute, à l’étude, à la méditation et au recueillement, plus les différents aspects de notre existence prennent du sens, plus nous devenons sensibles aux lois de l’univers, et plus nous nous rapprochons de l’Absolu et de son divin royaume.

Pourquoi donc attendre plus longtemps? Le Paradis est à notre portée et il nous attend, ici et maintenant!

Simplicité volontaire

Diogène – Tableau de Jean-Léon Gérôme (1860)

Si vous croyez que la simplicité volontaire est une idée nouvelle, détrompez-vous. Thoreau, Tolstoï et Gandhi ont peut-être inspiré ses plus récents défenseurs, mais François d’Assise les avait précédés au 13e siècle, et Diogène bien avant lui, au 4e siècle avant notre ère!

Diogène de Sinope, élève de Socrate, est un philosophe grec contemporain de Platon et d’Aristote qui vivait dans un tonneau et passait ses journées à déambuler, vêtu de haillons, lanterne à la main, en quête d’un homme authentique. Sa philosophie : savoir se satisfaire de l’essentiel et vivre en harmonie avec la nature plutôt que de s’agiter en tous sens comme des poules sans tête à la poursuite de biens et de plaisirs futiles et fugaces.

Voyant un jour un jeune garçon boire à la fontaine avec ses mains, il jeta son écuelle et s’exclama :

« Cet enfant m’apprend que je conserve encore du superflu. »

Le principe fondamental de la simplicité volontaire consiste à réduire sa consommation globale ainsi que ses impacts sur l’environnement et la société. Elle est généralement motivée par un désir de vivre en accord avec des valeurs familiales, communautaires ou écologiques tenues pour essentielles.

Un choix raisonné

En poursuivant nos recherches, nous découvrons que les valeurs et les principes au fondement même de la simplicité volontaire ponctuent l’histoire de l’humanité bien avant l’avènement de Diogène. On les retrouve jusque dans la plus ancienne des Upanishads, qui date de plusieurs milliers d’années et qui pousse le concept encore plus loin :

« L’Être Suprême est l’unique maître et propriétaire de tout ce qui existe dans l’univers, aussi bien de ce qui est animé que de ce qui ne l’est pas. Nous devons donc accepter la part qui nous revient et n’utiliser que ce qui nous est nécessaire, en nous rappelant bien à qui tout appartient. »

Isha Upanishad, 1

Cette strophe admet d’emblée la suprématie de l’Absolu dans sa forme personnelle, au-delà de ses manifestations localisées et impersonnelles. De fait, tout ce qui existe procède du Divin et lui est subordonné, aussi bien la terre, l’air et l’eau que les êtres vivants et les objets inanimés.

On compare l’Absolu au feu, et tout ce qui existe, à la lumière et à la chaleur du feu. Tout relève de l’énergie matérielle ou de l’énergie spirituelle, et toutes deux ont pour source énergétique celui qu’on nomme ici l’Être Suprême. Toute énergie doit en effet avoir une source, et la source première de toutes les énergies en est seule maîtresse et propriétaire.

« Outre l’énergie matérielle, inférieure,
il est une énergie supérieure qui M’appartient également.
Elle est constituée des êtres vivants
qui exploitent les ressources de la nature matérielle. »

Bhagavad-gita, 7.5

Ayons donc la sagesse d’admettre à notre tour qu’en toute intelligence, rien ne nous appartient en propre. Nous n’avons créé ni le bois, ni la pierre, ni les métaux que nous utilisons pour nos constructions; nous ne pouvons qu’en modifier la forme et les assembler. Nous n’avons non plus créé aucune céréale, aucun fruit ou légume, ni aucun des autres aliments qui assurent notre survie; nous ne pouvons que les cueillir ou les cultiver et les récolter.

L’Isha Upanishad nous le rappelle d’ailleurs en termes clairs : tout ce qui nous est essentiel est gracieusement mis à notre disposition par le seigneur et maître de tout ce qui existe. La simplicité volontaire gagne dès lors en profondeur lorsqu’elle nous amène à vivre non seulement plus simplement, mais aussi et surtout plus consciemment, dans une conscience élargie du fait que nous dépendons entièrement de la Source primordiale de l’animé comme de l’inanimé.

Une vie simple de hautes pensées

Nos sociétés modernes, où la réussite se mesure en pouvoir et en argent, favorisent la surexploitation des ressources naturelles, la surconsommation et la croissance à tout prix au détriment d’une vie en harmonie avec notre mère la terre, avec nos frères et sœurs humains, ainsi qu’avec la Source intarissable de tous les bienfaits.

Nous arrivons nus en ce monde, et nous en repartons nus. Nous n’apportons rien avec nous en naissant, et nous n’emportons rien non plus en mourant. Est-ce à dire que nous devrions nous priver de tout confort? Ne jurer que par le 100 % fait main et fait maison? Nous interdire tout déplacement autre qu’à pied, à cheval ou à vélo? Pas nécessairement.

Tant mieux si vous pouvez produire votre propre nourriture et fabriquer tout ce que vous utilisez, mais tout le monde n’a pas la même vision de la simplicité. Ce qui importe vraiment, c’est d’apprendre à nous contenter de ce qui nous vient sans efforts excessifs; c’est de dégager du temps et de l’énergie pour développer la dimension spirituelle de notre être et pour apprendre à mieux connaître la Source de toutes les richesses mises à notre disposition.

Une vie plus simple, oui, mais d’abord et avant tout pour élever nos pensées au-delà des considérations matérielles, qu’elles soient d’ordre familial, communautaire ou écologique.

La merveille des merveilles

Illustration de la bataille de Kouroukshetra
dans une ancienne édition manuscrite du Mahabharata.

Réflexion de circonstance d’un point de vue… spirituel. Pour tout le reste, les médias et les réseaux sociaux font très bien l’affaire.

Au 30e siècle avant notre ère, à la veille de l’historique bataille de Kouroukshetra, le grand justicier Yamaraj met à l’épreuve la sagesse du roi Youdhisthir en lui demandant quelle est la chose la plus merveilleuse en ce monde. Et l’auguste souverain de lui répondre :

« La plus merveilleuse de toutes les choses en ce monde,
c’est que des centaines de milliers d’êtres vivants meurent à chaque instant,
et que les gens continuent à vivre comme si leur heure n’allait jamais venir. »

Mahabharata, Vana-parva, 313.116

Personne n’a envie de mourir, et c’est tout à fait naturel. Personne n’a trop envie d’en parler ou d’y penser non plus, et c’est tout aussi naturel. Reste que nous sommes continuellement témoins de l’œuvre du temps qui fauche tout sur son passage, et que nous pouvons passer l’arme à gauche à tout moment. Personne ne sait quand son heure viendra, mais elle viendra, et nous aimons croire qu’elle viendra… plus tard, beaucoup plus tard. Jusqu’à ce qu’une redoutable menace vienne soudainement nous rappeler que notre vie ne tient toujours qu’à un fil et que notre monde peut basculer à tout moment.

Cela dit, notre plus grande crainte ne devrait pas être de succomber aux virus venus de l’extérieur, mais plutôt de continuer à cajoler le virus qui nous ronge de l’intérieur! Ce satané virus qui entretient notre conception matérielle de la vie et qui nous pousse constamment à nous identifier à notre corps. Ce fichu virus qui nous fait complètement oublier que c’est notre enveloppe qui est mortelle, pas nous!

Virus, sort de cette âme

Comment nous débarrasser de cet empêcheur de tourner en rond qui menace constamment de faire échouer nos projets de bonheur sans limites? Tout d’abord en prenant conscience de son existence. Si je n’ai pas conscience d’être ballotté entre mes désirs et mes émotions en réaction aux sollicitations de mes sens, je ne peux que continuer à jouer le jeu de l’ennemi public no 1.

Secundo, en m’enfonçant dans le crâne une bonne fois pour toutes que rien n’est permanent sur le plan matériel, et que tous mes efforts pour jouir pleinement de la vie dans un corps sous l’emprise du plus délétère de tous les virus sont inéluctablement voués à l’échec.

« Éphémères, joies et peines, comme étés et hivers vont et viennent. »

Bhagavad-gita, 2.14

Tertio, en adoptant une perspective plus durable et jouissive de la vie. Si je ne suis réellement maître de rien d’autre que la conscience dans laquelle j’agis, j’ai tout intérêt à développer un goût supérieur à celui des plaisirs furtifs qui s’offrent à moi sur le plan matériel.

L’immunité ici et maintenant

À bas le virus de la mort! Injectons-nous sans tarder le vaccin qui libère de toute crainte et de toute entrave. Comment? En utilisant cette forme humaine pour nous rapprocher de l’Absolu. En reconnaissant que nous ne sommes que d’infimes parcelles du Grand Tout et en acceptant humblement de nous mettre à son service plutôt que de chercher à tout contrôler autour de nous. Enfin, en honorant et en glorifiant constamment non seulement la vie, mais la Source de toute vie.

Qui pense, parle et agit dans une telle conscience s’établit spontanément sur le plan spirituel et goûte pleinement un bonheur sans fin et sans limites, ici et maintenant. Ce n’est pas plus compliqué que ça.

« Sur le plan spirituel, chaque pas est une danse, chaque parole est un chant,
et jamais ne cessent ni l’amour ni les rires. »

Brahma-samhita, 5.56

Lavons-nous les mains, mais aussi le cœur. Réintégrons nos foyers, mais aussi l’intérieur de nous-mêmes. Faisons de l’exercice, mais profitons-en aussi pour nous entraîner à voir les choses autrement et à nous immuniser contre la foutue conception matérielle de la vie qui nous rend esclaves de notre corps et nous expose à toutes les plaies de ce plan d’existence temporaire et illusoire.

N’attendons pas la maladie, la vieillesse, la famine, la guerre, les pandémies ou les catastrophes naturelles pour nous rappeler de mettre les choses en perspective et de nous recentrer sur l’essentiel. La vie est trop courte pour ça! Vivons notre immortalité dès aujourd’hui!

My Sweet Lord

En 1970, Bhaktivedanta Swami achevait d’écrire un résumé du dixième Chant du Bhagavat Purana intitulé Kṛṣṇa, The Supreme Personality of Godhead (paru en français sous le titre Le livre de Kṛṣṇa). Alors qu’il cherchait à réunir les fonds nécessaires à la publication de cette œuvre en trois volumes enrichie de planches en couleur, le Beatle George Harrison a accepté d’en couvrir les frais. Le maître lui a alors exprimé sa gratitude en lui offrant d’en écrire la préface, dont je reproduis ici la traduction.

Tout le monde est à la recherche de Krishna. Certains n’en ont pas conscience, mais ils n’en sont pas moins à sa recherche. Krishna est Dieu, la Source de tout ce qui existe, la Cause de tout ce qui est, a été et sera. Puisque Dieu est sans limites, Il possède d’innombrables noms. Allah, Bouddha, Jéhovah, Rama désignent tous le même Être unique : Krishna.

Dieu n’a rien d’abstrait. Il Se manifeste aussi bien de façon impersonnelle que sous Sa forme personnelle, suprême, éternelle, félicieuse et pleinement connaissante. Tout comme une goutte d’eau possède les mêmes attributs que l’océan, notre conscience participe de la conscience de Dieu; mais à travers notre identification et notre attachement à l’énergie matérielle – à notre corps physique, aux plaisirs sensoriels, aux possessions matérielles, à l’ego… –, notre conscience transcendantale originelle s’est corrompue, si bien que, comme un miroir sale, elle ne parvient plus à nous renvoyer une image claire.

Au fil de nombreuses vies, nos liens avec l’éphémère se sont amplifiés, de sorte que nous méprenons notre corps impermanent – un sac d’os et de chair – pour notre vrai moi, et notre condition passagère pour finale.

À toutes les époques, de grands saints se sont avérés des preuves vivantes de ce que la conscience divine, la conscience permanente de tout être vivant, peut être ravivée. Krishna enseigne dans la Bhagavad-gita :

« Établi dans la réalisation spirituelle, purifié de toute souillure matérielle, le yogi jouit du bonheur suprême que procure l’union constante avec l’Absolu. »

Bhagavad-gita, 6.28

Le yoga, un procédé scientifique de réalisation de soi et de Dieu, permet de purifier la conscience, d’enrayer sa corruption et d’atteindre la perfection ultime sous le signe de la connaissance absolue et de la félicité éternelle.

Si Dieu existe, je veux à tout prix Le voir. Il est parfaitement futile de croire en quoi que ce soit sans preuve tangible. Or, la conscience de Krishna et la méditation sont des méthodes qui permettent précisément d’entrer en contact avec Dieu. On peut en effet voir Dieu, L’entendre, et même jouer avec Lui. Cela peut sembler insensé, mais Dieu, Krishna, existe bel et bien; Il est en nous et avec nous, ici, maintenant et à chaque instant.

Il existe de nombreuses voies yogiques – raja, jñana, hatha, kriya, karma, bhakti… –, enseignées par différents maîtres. Swami Bhaktivedanta est, comme son titre l’indique, un bhakti-yogi qui suit et enseigne la voie de la dévotion. En servant Dieu à travers ses moindres pensées, paroles et actions, et en chantant ou récitant Ses saints noms, le dévot développe très rapidement sa conscience divine.

En chantant…

Hare Krishna, Hare Krishna,
Krishna Krishna, Hare Hare,
Hare Rama, Hare Rama,
Rama Rama, Hare Hare,

on ravive immanquablement sa conscience de Krishna. Il vous suffit de le faire pour vous en assurer. Je vous invite donc à plonger dans ce Livre de Krishna et à en approfondir le contenu. Je vous invite aussi cordialement à prendre dès aujourd’hui rendez-vous avec Dieu en vous engageant dans la voie libératrice et unificatrice du bhakti-yoga.

Give peace a chance!

Yoga

L’union fait la force.

Comme beaucoup de mots sanskrit, yoga revêt plusieurs significations. Selon le contexte, il peut entre autres désigner la racine étymologique d’un terme, la conjonction de deux astres célestes ou l’une des six grandes écoles philosophiques des Védas. Il se traduit également par « voie », « méthode » ou « technique ».

Quant aux disciplines corporelles, mentales ou spirituelles auxquelles on associe le plus souvent le yoga, elles sous-tendent son sens d’« union ». Les pratiques en question sont en effet conçues pour favoriser l’union intime de l’être avec son moi profond, avec l’univers et avec l’Absolu, les trois étant eux-mêmes étroitement liés.

Ce dernier sens donne lui-même lieu à plusieurs déclinaisons selon l’approche privilégiée par le yogi, mais on distingue globalement trois grandes voies de réalisation de soi par le yoga, à savoir l’action, la connaissance et la dévotion.

Le karma-yoga, ou « yoga de l’action », est la voie de l’action désintéressée visant à se libérer des chaînes du karma. L’enchaînement aux réactions de ses actes n’étant dû qu’au désir d’en tirer un avantage personnel, il s’agit ici de se détacher des fruits de l’action en cherchant satisfaction dans le devoir accompli et dans le service d’une cause supérieure.

« Agis par sens du devoir, sans convoiter le fruit de l’acte.
L’action accomplie dans un esprit de détachement permet d’atteindre l’Absolu. »

Bhagavad-gita, 3.19

Cette discipline, aussi appelée kriya-yoga, est souvent associée au travail social ou au service communautaire, mais la cause supérieure entre toutes demeure celle qui sert directement les intérêts spirituels du pratiquant en mettant ses actes au service de l’Absolu.

Le jñana-yoga, ou « yoga de la connaissance », est la voie de la quête intérieure visant à se libérer des contingences de ce monde par la culture du savoir qui permet de distinguer la matière de l’esprit, de comprendre les mécanismes qui régissent le fonctionnement de l’univers dans lequel nous évoluons, et d’appréhender le lien qui relie tout être et toute chose à l’Absolu.

« Ceux dont la pratique consiste à cultiver le savoir spirituel
vénèrent l’Absolu comme l’un sans second
manifeste en une multiplicité de formes. »

Bhagavad-gita, 9.15

Cette catégorie de yoga englobe techniquement le raja-yoga, ou « yoga intégral », aussi appelé ashtanga-yoga du fait qu’il comporte huit volets rigoureusement codifiés pour amener le yogi à réaliser l’aspect localisé de l’Absolu en son cœur et à se libérer du cycle des morts et des renaissances en quittant son corps par le centre énergétique (chakra) situé au sommet de son crâne.

Voir 8 Volets du yoga intégral.

Certains adeptes des temps passés pratiquaient cette forme de yoga dans le but d’acquérir des pouvoirs surnaturels, mais les exigences de cette pratique sont telles que personne de nos jours ne peut réalistement y aspirer.

Voir 8 Pouvoirs yogiques primaires.
Voir 10 Pouvoirs yogiques secondaires
.
Voir 5 Pouvoirs yogiques tertiaires.

C’est ce qui fait que les écoles modernes n’enseignent que certains volets de cette forme de yoga, qu’il s’agisse des techniques respiratoires (prana-yoga), des postures destinées à stabiliser le corps et l’esprit (hatha-yoga) ou de la méditation sous différentes formes (dhyana-yoga).

Le bhakti-yoga, ou « yoga de la dévotion », est la voie libératrice de l’amour divin. Il repose sur un ensemble de pratiques conçues pour raviver le lien personnel qui unit chaque être à l’Absolu.

Voir 9 Pratiques dévotionnelles du bhakti-yoga.

« Seul le yoga de la dévotion empreinte d’amour
donne de connaître l’Absolu dans sa forme personnelle. »

Bhagavad-gita, 11.54


Enfin, il importe de souligner que les trois catégories de yoga ne sont pas mutuellement exclusives. Le principe d’« union » qui les caractérise est en effet tel que le bhakti-yoga peut incorporer des éléments de karma-yoga ou de jñana-yoga, et vice versa. Si l’union fait la force, c’est précisément que, sous ses différentes formes, le yoga nous apprend à voir au-delà des manifestions transitoires de l’existence, à transcender graduellement la matière, et à puiser en l’Absolu l’intelligence et la force de nous réaliser pleinement.

Le savant et le batelier

Photo de Midhun George

Après avoir consacré de nombreuses années à l’étude des sciences dans les plus grandes écoles, le fils d’un potier décide un jour de retourner dans son lointain village natal pour y revoir les siens.

L’île de son enfance étant séparée du continent par un large plan d’eau, le savant doit retenir les services d’un batelier pour franchir la dernière étape de son voyage.

Tandis qu’ils voguent paisiblement, l’homme au vaste savoir engage la conversation avec l’humble passeur.

— Dis-moi, batelier, que sais-tu de la lune et des étoiles, du soleil et de la course des planètes dans l’espace?

— Rien du tout, mon bon monsieur. Je ne suis qu’un pauvre batelier.

— Comme c’est dommage! La science des astres est si importante. Tu as sans doute perdu le quart de ta vie.

Parle-moi donc plutôt de ces arbres qui bordent les rives, et des plantes qui poussent dans la région.

— Je ne connais rien de tout cela, monsieur. Je passe mes journées sur l’eau à faire traverser des gens comme vous.

— Incroyable! Tu n’as aucune connaissance de la botanique? Il semble, mon brave, que tu aies en fait perdu la moitié de ta vie.

Tu dois au moins pouvoir me parler des animaux qui vivent dans cette contrée et des poissons qui peuplent ces eaux? Tu as bien dû les étudier?

— Je dois dire que non, savant érudit. Je ne sais même pas lire.

— Tu ne connais donc ni la zoologie ni aucune des autres sciences fondamentales. Et puisque tu ne sais pas lire, tu ne peux non plus connaître la littérature ou la philosophie. Quel ignorant tu fais! Je peux t’assurer que tu as gaspillé au moins trois quarts de ta vie.

Entre-temps, le ciel s’était couvert et le vent se levait, agitant de plus en plus la surface des flots. Un violent orage éclata, et les vagues devinrent si fortes que la barque allait sans aucun doute chavirer d’un instant à l’autre. Soudain pris de panique, le savant se mit à crier : « À l’aide! À l’aide! »

— Ne savez-vous pas nager? lui demanda le batelier.

— NOOOON… hurla l’érudit dans la tempête.

— Dans ce cas, j’ai bien peur que vous perdiez la totalité de votre vie!

Le b.a.-ba du savoir

Nous ne cessons de marquer des progrès dans une foule de domaines, et c’est très bien. Les sciences nous aident à analyser et à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Le développement économique contribue à améliorer notre qualité de vie. Et la technologie nous permet de réaliser des exploits sans précédent. Mais nous ne devons pas pour autant oublier que le plus important des savoirs est celui qui nous permet de régler une fois pour toutes l’incontournable problème de la maladie, de la vieillesse… et de la mort!

Ainsi le Bienheureux enseigne-t-il dans la Bhagavad-gita :

Le vrai savoir, Je le déclare, tient à l’entendement que naissance, maladie, vieillesse et mort sont sources de souffrances, à la poursuite assidue de la réalisation spirituelle et à la quête de la Vérité Absolue sous la gouverne d’un maître accompli. Les manifestations naturelles de ce savoir sont l’humilité, la modestie, la non-violence, la tolérance, la simplicité, la pureté, la constance, la maîtrise de soi, le détachement des plaisirs futiles, l’émancipation des liens asservissants, l’affranchissement du faux ego, l’équanimité dans la prospérité comme dans l’adversité, et la pure conscience divine empreinte d’amour. Tout ce qui s’en écarte relève à proprement parler de l’ignorance.

Bhagavad-gita, 13.8-12

Toutes les branches de la connaissance sont précieuses pour acquérir une meilleure compréhension de l’univers. Mais elles deviennent oiseuses lorsqu’on omet de les cultiver parallèlement à une meilleure compréhension de son identité propre en lien avec l’Absolu. Hors de toute recherche spirituelle, elles ne sont en effet d’aucune utilité pour résoudre les problèmes fondamentaux de notre existence conditionnée par une conception matérielle de nous-même. Souhaitons-nous vraiment risquer d’y perdre la totalité de notre vie?

Pourquoi chercher plus loin?

En cette ère de libre pensée, du chacun-pour-soi et du faites-le-vous-même, avons-nous encore une raison de chercher à consulter une quelconque autorité en matière de spiritualité?

Oui! Et je vais vous en donner non pas une, mais quatre! Que ça nous plaise ou non, nous devons en effet composer avec quatre handicaps qui limitent lourdement notre capacité à valider nos impressions, nos choix, nos jugements et nos décisions :

  • nos sens sont imparfaits;
  • nous sommes sujets à l’illusion;
  • nous ne pouvons éviter de commettre des erreurs;
  • nous sommes enclins à la tromperie.

« D’accord, mais tout cela n’est-il pas humain? ». Tout à fait. Et c’est bien là le problème, du moins pour quelqu’un qui cherche à se développer sur le plan « suprahumain », ou « métahumain » pour reprendre l’expression de Deepak Chopra.

Soyons honnêtes

Nos sens ne cessent de nous rappeler leurs limites et de nous jouer des tours. Nous ne pouvons manifestement pas compter sur eux pour saisir ce qui dépasse notre entendement.

Notre susceptibilité à l’illusion fait en sorte que nous prenons souvent nos rêves pour la réalité, que nous « imaginons des choses », et que nos impressions les mieux fondées entravent aisément notre aptitude à distinguer le vrai du faux.

Personne ne veut commettre d’erreurs, et pourtant… Il en découle qu’avec la meilleure volonté du monde, on ne peut en aucun cas s’appuyer sur son seul jugement pour avoir la certitude de frapper juste.

Et la tromperie. Parlons-en, de celle-là. Non seulement nous avons tendance à tromper les autres – un peu ou beaucoup, parfois ou souvent, à tort ou à raison –, mais nous sommes experts à nous tromper nous-mêmes, à rechercher la facilité, à camoufler nos torts, à nous donner des excuses…

Bref, conscient de ces faiblesses, comment peut-on prétendre éviter les écueils et les faux-fuyants d’une démarche spirituelle? Comment peut-on espérer s’y retrouver seul dans le labyrinthe des philosophies, des religions et des écoles de pensée à la mode? Comment s’imaginer qu’on peut s’inventer sa propre spiritualité et y trouver son compte?

Tout n’est pas égal

Chacun est libre de faire ce qu’il veut, quand il veut et où il veut – en remplaçant plus souvent qu’autrement tous ces « veut » par des « peut ». Mais lorsqu’il est sérieusement question de spiritualité, il ne s’agit pas d’improviser. On ne joue pas avec la vie et la mort. On ne spécule pas sur l’ici et l’au-delà. On ne se contente pas de sa petite idée sur la matière et l’antimatière. On ne fait pas semblant d’être spirituel sans comprendre ce que ça veut dire. On cherche les réponses là où elles se trouvent depuis toujours. Et on consulte des sources sûres, transcendantes à nos faiblesses.

Ne dit-on pas que c’est au fruit qu’on juge un arbre? Or, il existe trois formes de validation :

  • par expérience directe;
  • par raisonnement, ou intuition;
  • par l’approche d’une source sûre;

et les deux premières sont hypothéquées par nos fameux handicaps.

La Bhagavad-gita recommande d’ailleurs judicieusement :

« Cherche à connaître la vérité en approchant humblement
un maître spirituel authentique.
L’âme réalisée peut te révéler le savoir, car elle a vu la vérité. »

Bhagavad-gita, 4.34

La spiritualité ne s’invente pas. La spiritualité n’est pas un kit en pièces détachées et interchangeables qu’on assemble au gré de ses fantaisies. On ne choisit pas de vivre sa spiritualité comme on choisit de vivre ses loisirs. La spiritualité est notre condition première et notre essence fondamentale, l’ADN de notre ADN. Nous sommes des êtres spirituels vivant dans des corps matériels. Il ne s’agit donc pas de se fabriquer une spiritualité, mais plutôt de renouer en toute conscience avec notre spiritualité intrinsèque. Du moins pour qui veut réellement vivre sa spiritualité… aujourd’hui.

Faut-il pleurer, faut-il en rire?

S’il est une vérité immuable, pour le meilleur ou pour le pire, c’est bien celle-ci : on ne voit pas le temps passer, comme le chantait poétiquement Jean Ferrat.

On pourrait presque parler d’euphémisme, tant la vie est courte. « Dès qu’un humain vient à la vie, il est déjà assez vieux pour mourir », disait plus crûment Heidegger. Constat saisissant dont on préfère ne pas trop parler – Je n’ai pas le cœur à le dire –, mais qui n’en reflète pas moins notre condition à tous.

Si je vous écris et que vous me lisez, c’est que nous faisons partie des privilégiés qui bénéficient d’un sursis entre la naissance et la mort. Mais notre vie n’est pas pour autant un long fleuve tranquille – Entre les courses et la vaisselle, entre ménage et déjeuner, le monde peut battre de l’aile… et nous en faire voir de toutes les couleurs avec ses hauts et ses bas.

Car nos plaisirs, nos joies et nos bonheurs alternent invariablement avec des épisodes moins rigolos, souvent même pas rigolos du tout. Mal de vivre, mal d’aimer, mal du pays ou mal de tête, ce ne sont pas les maux qui manquent, non plus que les mots (souvent très colorés) pour le dire et pour s’en plaindre!

« Mais, c’est la vie! » me direz-vous. Peut-être, mais ne nous arrive-t-il pas tous de l’imaginer autrement, cette vie, nous qui rêvons naturellement de bonheur et d’éternité? Avouez que vous vous passeriez volontiers des maux qui empêchent votre corps de tourner rondement, comme de ceux qui minent vos pensées et qui bouleversent vos émotions. Ou encore des souffrances et des tourments que vous infligent vos congénères et les autres êtres vivants, du microbe et du moustique au profiteur et au fauteur de troubles. Sans parler des douleurs et des frayeurs dues aux forces de la nature – sécheresses, inondations, tremblements de terre et ouragans.

Pas de panique!

Loin de moi l’idée de vous déprimer avec tout cela. Mon propos vise simplement à illustrer que notre vie déjà plus ou moins courte est constamment perturbée par des aléas qui ne font jamais partie de nos projets mais qui trouvent toujours le moyen de s’y immiscer – Faut-il pleurer, faut-il en rire?

Dans la Bhagavad-gita, Krishna répond sagement à son cher ami Arjouna :

« Éphémères, joies et peines, comme étés et hivers vont et viennent. Apprends à les tolérer sans en être affecté. »

Bhagavad-gita, 2.14

Plus facile à dire qu’à faire! Mais non moins tout à fait possible, en commençant par admettre que nous sommes, bon gré mal gré, les seuls et uniques artisans de notre malheur comme de notre bonheur. Comme le disait si bien Rousseau :

« Insensés qui vous plaignez sans cesse de la nature, apprenez que tous vos maux vous viennent de vous. »

Il est sans doute aisé – et souvent commode, ou à tout le moins tentant – d’en attribuer la cause à des facteurs externes, mais le fait est que nous sommes responsables à part entière de nos pensées, de nos paroles et de nos actes, de leurs conséquences et des états d’âme qui en résultent, tout comme de la perception et de l’entendement que nous avons des phénomènes naturels et du monde qui nous entoure.

Un remède efficace

Pour nous affranchir des dualités à la racine de nos hauts et de nos bas, nous devons aussi comprendre qu’elles ne sont dues qu’à une conception matérielle de l’existence. Ayant de longue date oublié notre identité spirituelle, nous nous identifions en effet à notre corps et à notre mental comme si nous n’existions que par eux et que pour eux. Ce qui nous rend vulnérables à leurs moindres sursauts.

Lorsque l’âme s’établit dans la connaissance de son identité propre, elle continue d’agir à travers le corps qu’elle a revêtu et elle continue d’être sensible aux émotions propres à tout être pensant, mais sa vision des choses lui permet de relativiser les hauts et les bas de l’existence, et d’atteindre un équilibre qui facilite grandement son bref passage sur terre.

Pour guérir définitivement des maux du corps, du cœur et de l’esprit, il n’est d’autre avenue que de guérir du mal à l’âme. Négligée, elle demeure en effet impuissante à guider l’intelligence, elle-même censée guider le mental et les sens de manière à harmoniser notre existence sur tous les plans. Il suffit pourtant d’apprendre à la connaître et de développer la conscience de son rapport à l’Absolu pour retrouver le vrai sens de la vie et percevoir sous un tout autre jour les incontournables joies et peines qui jalonnent notre quotidien.

Je vous laisse avec le texte complet de la chanson de Ferrat.