Le Paradis nous attend

… et pas nécessairement à la fin de nos jours. Le fait est que si nous avons quitté le monde spirituel, lui ne nous a jamais quitté!

« Fils et filles immortels du royaume divin,
entendez les sages qui vous en indiquent le chemin. »

Shvetashvatara Upanishad, 2.5

Notre intelligence duelle peut nous porter à croire que si le monde spirituel s’oppose au monde matériel, il doit se trouver en dehors de celui-ci, à des années-lumière d’où nous vivons actuellement. Ne parle-t-on pas d’ailleurs de l’Au-delà comme d’une destination éloignée de notre univers terrestre et cosmique?

Une juste compréhension des choses exige une réflexion plus poussée, à la lumière des multiples indications fournies d’âge en âge par les maîtres du savoir, à commencer par le Bienheureux lui-même dans la Bhagavad-gita :

« Le royaume suprême est non manifesté et impérissable. »

Bhagavad-gita, 8.21

Si le monde spirituel est impérissable, il est clairement distinct du monde matériel, où tout est périssable. Mais le terme clé, ici, est «non manifesté», ce qui veut dire que le monde spirituel ne peut pas être une destination au sens d’un lieu accessible par un déplacement physique d’un point A à un point B. Aucun moyen de transport ne permet d’atteindre un lieu non manifesté, donc impalpable et invisible à nos yeux d’humains.

Une image qui en cache bien d’autres

Ainsi l’image du Paradis comme un royaume céleste à atteindre au terme de notre vie terrestre n’est-elle que cela… une image. Une image néanmoins riche d’évocations, en ce qu’elle nous invite à prendre conscience d’une tout autre réalité que celle que nous nous sommes fabriquée en revêtant un corps de chair et d’os. Une réalité éternelle et immuable plutôt que temporaire et changeante. Une réalité où tout est vérité, libre de toute illusion trompeuse et de toute conception erronée de la vie. Une réalité empreinte de joie et de sérénité, étrangère aux hauts et aux bas de notre quotidien.

Car, «non manifesté» ne veut pas dire «non existant». Les Védas, notamment la Brahma-samhita, le Shrimad-Bhagavatam et les Puranas en général, fournissent d’ailleurs des descriptions détaillées du monde spirituel.

« En ce royaume baigné d’amour, les demeures sont faites de pierres philosophales, des arbres-à-souhaits produisent une infinie variété de fruits, et les vaches donnent leur lait sans compter. Chaque parole y est un chant, et chaque pas, une danse. »

Brahma-samhita, 5.29

Imagerie symbolique ou description factuelle? Ne vous torturez pas trop les méninges avec ça. Comprenez plutôt que nous vivons dans un univers multidimensionnel dont nombre de dimensions échappent à nos facultés perceptuelles. Et que le Paradis dont il est question se veut l’expression des possibilités infinies qui s’offrent à nous sur le plan spirituel.

Notre champ de conscience est obscurci par notre identification et notre attachement à la dimension matérielle de l’univers, avec toutes les contraintes spatiotemporelles que nous lui connaissons. Autrement dit, nous n’exploitons sur le plan physique, mental, émotionnel et intellectuel qu’une infime partie des ressources qui s’offrent à nous. Le plan matériel nous livre une vision incomplète de la réalité; il n’est qu’un pâle reflet du plan spirituel.

Les yeux du cœur

Pour voir au-delà des barrières grossières et subtiles qui nous cachent la vue de la dimension paradisiaque, il nous faut cependant des yeux tout autres que ceux que nous utilisons pour écrire et pour lire ces lignes.

«L’essentiel est invisible pour les yeux», disait le Petit Prince de Saint-Exupéry, et la vision requise pour voir l’essentiel ou le non-manifesté ne s’acquiert qu’en affinant la conscience de notre véritable moi. Ce moi aujourd’hui enfoui sous de multiples couches de désignations acquises de nos parents, de nos enseignants, de nos employeurs, de nos collectivités, de nos dirigeants, et j’en passe. Nous nous identifions à un tas de choses sans substance et sans durée, et nous croyons qu’il s’agit là de notre vrai moi, mais c’est précisément ce moi illusoire fabriqué de toutes pièces qui nous interdit l’accès à la dimension spirituelle et paradisiaque.

Comment donc affiner notre conscience et percer toutes ces couches brumeuses qui nous cachent le soleil de la vie rayonnante à souhait? En balayant les interférences causées par les images trompeuses que nous avons de nous-mêmes et en nous recentrant sur notre moi intime. «On ne voit bien qu’avec le cœur», disait encore le Petit Prince. C’est en effet dans le cœur que siège l’âme, d’où elle rayonne dans tout le corps, et seuls les yeux du cœur détiennent la clé du Paradis.

Plus nous ramenons les choses à l’essentiel en dissipant les futilités qui dispersent nos pensées, nos sentiments et nos énergies, plus la dimension spirituelle nous apparaît clairement. Plus nous accordons de place à la réflexion, à l’écoute, à l’étude, à la méditation et au recueillement, plus les différents aspects de notre existence prennent du sens, plus nous devenons sensibles aux lois de l’univers, et plus nous nous rapprochons de l’Absolu et de son divin royaume.

Pourquoi donc attendre plus longtemps? Le Paradis est à notre portée et il nous attend, ici et maintenant!

Le vieux tigre et le voyageur

Dans la série des fables et maximes tirées de l’Hitopadesh et du Pancha-tantra

Un jour, dans une forêt du sud, un vieux tigre, après s’être baigné dans un lac, s’assit sur la berge en tenant dans ses pattes une touffe d’herbe en signe d’humilité. Puis il se mit à haranguer les passants :

— Ô voyageurs, veuillez accepter ce bracelet en or que je vous offre en charité.

À ces mots, un voyageur avide de richesses pensa :

— La fortune me sourit; mais soyons méfiants, car il est dit :

Accepter un objet désirable provenant d’une source douteuse est certes mal avisé.

— Je ne devrais donc pas prendre ce bracelet. D’un autre côté, qui veut gagner de l’argent ne court-il pas toujours un danger? Comme le dit l’adage…

La bonne fortune évite la personne qui, égarée par ses doutes, ne prend jamais de risques.

Le voyageur se dit alors : « Mieux vaut d’abord examiner ce bracelet. »

— Où est le bracelet en question?

Le tigre tendit la patte afin de le lui montrer.

— Comment puis-je faire confiance à un animal féroce de ton espèce?

— Dans ma jeunesse, j’ai commis beaucoup de fautes en tuant des vaches et des humains, et le sort a voulu que j’en sois puni, car ma femme et mes fils sont morts, me laissant complètement seul. Or, un sage m’a récemment conseillé, pour me repentir, de faire du bien autour de moi. Je prends donc maintenant régulièrement un bain pour me purifier, après quoi je fais la charité. Par ailleurs, je me fais vieux, et aussi bien mes griffes que mes dents sont désormais très usées. Vous n’avez donc aucune raison de me craindre.

Qui plus est, s’il est vrai que la charité peut parfois relever de l’ostentation, la patience et l’absence d’avidité n’appartiennent qu’à des âmes magnanimes comme moi. Comme vous pouvez le constater, je suis tellement libre de cupidité que j’en viens à offrir mon précieux bracelet à un étranger.

Je comprends naturellement qu’il puisse être difficile pour les gens d’oublier que les tigres peuvent manger les hommes. Sachez toutefois que j’ai étudié les textes sacrés, où il est écrit…

La charité est vraiment utile quand elle est faite envers les pauvres.

C’est en en faisant l’expérience qu’on prend conscience des conséquences d’accepter ou de refuser la charité, tout comme c’est en les ressentant qu’on peut comprendre les sentiments de bonheur et de malheur.

— Je sais pour ma part que vous êtes très pauvre; c’est pourquoi je vous offre ce bracelet, car il est dit…

Soutiens les pauvres. La charité faite par devoir, sans rien attendre en retour, en temps et lieu appropriés et à qui en est digne, est dite être sous le signe de la vertu.

— Puisque je n’attends rien de vous en contrepartie, veuillez tranquillement prendre un bain et ensuite accepter en toute confiance le bracelet que je vous offre en charité.

À ces mots, le voyageur, submergé par la convoitise, crut le tigre sur parole. Alors qu’il s’approchait du lac pour s’y baigner, il s’enlisa cependant dans la boue, à tel point qu’il fut complètement immobilisé. Le voyant dans cet état, le tigre s’exclama :

— Oh mon Dieu, vous êtes pris dans la boue! Attendez, attendez, je vais vous aider!

Le tigre s’approcha lentement du voyageur et se saisit de lui. Le voyageur pensa alors en lui-même…

Même s’ils ont étudié les textes sacrés, ceux dont la nature est profondément mauvaise verront tôt ou tard cette nature refaire surface. On ne doit jamais accorder sa confiance à de telles personnes.

Les actes charitables d’une personne qui ne peut maîtriser ses passions sont comparables au bain de l’éléphant qui, en sortant de l’eau, se roule à nouveau dans la poussière.

— J’ai commis une grave erreur en faisant confiance à cet animal féroce, car il est dit…

On ne peut faire confiance à une rivière, à une personne armée, à un animal doté de griffes ou de cornes, non plus qu’à un politicien, car ils sont de nature instable.

La nature profonde d’une personne prédomine sur toutes les qualités ou les défauts qu’elle a pu acquérir dans sa vie. Il faut donc déterminer la vraie nature d’une personne, et non se fier aux qualités qu’elle peut momentanément afficher.

Alors qu’il pensait ainsi, le tigre attrapa le voyageur et le dévora.

Gouna

Ce mot sanskrit se traduit notamment par « attribut », « propriété », « qualité constitutive », « essence » et, par extension, « influence dominante ». Pour clarifier ce concept, je vous propose un extrait adapté de Vivre ma spiritualité aujourd’hui.

Les gounas, les influences maîtresses qui régissent les interactions entre le corps grossier et le corps subtil par l’entremise des sens et du mental, s’imposent comme les attributs fondamentaux de l’énergie illusoire à la racine même de notre identification au corps et de notre conception matérielle de la vie.

Les gounas sont en quelque sorte des marionnettistes qui tirent les ficelles de nos sensations, de nos pensées, de nos sentiments et de nos désirs (gouna peut aussi désigner la corde d’un arc ou d’un instrument de musique). Pour mieux nous aider à définir nos priorités et à canaliser nos efforts, elles tirent à qui mieux mieux sur nos cordes sensibles et opèrent en fonction de nos choix et de nos réactions.

Nous sommes et nous restons seuls maîtres de nos choix et de notre destinée, mais tant et aussi longtemps que nous choisissons d’exercer notre indépendance dans la sphère matérielle, dont nous ne sommes nullement maîtres, nous devons nous plier à certaines exigences, et parmi elles, les gounas, qui régissent bel et bien tout ce que nous faisons dans l’oubli de notre identité spirituelle.

Les gounas sont au nombre de trois, et elles se présentent comme suit :

Vertu (sattva-gouna) : les personnes sous l’influence de la vertu (sattva se traduit aussi par «pureté», «vérité», «connaissance», «intégrité» ou «équilibre») font preuve de compassion, de droiture et de détachement, ne manifestent aucune aversion ni aucun attrait excessif, et trouvent leur satisfaction dans le sentiment du devoir accompli.

Passion (rajo-gouna) : les personnes sous l’influence de la passion (rajas se traduit aussi par «énergie», «force», «impulsion» ou «mouvement») sont pétries de désirs et d’ambitions, motivées par leur ego et acharnées dans leur quête de résultats.

Ignorance (tamo-gouna) : les personnes sous l’influence de l’ignorance (tamas se traduit aussi par «obscurité», «lourdeur» ou «inertie») se révèlent irresponsables, inconstantes et déloyales. Elles recherchent la facilité en tout et sont enclines à la tromperie, à la paresse et à l’indolence.

Un trio tentaculaire

Il faut aussi savoir que ces influences alternent et se chevauchent, ce qui donne lieu à une infinité de combinaisons, si bien que les descriptions ci-dessus visent uniquement à dégager les grandes lignes des tendances associées à chacune des gounas. La nature nous propose en effet un éventail infini de possibilités et d’occasions de satisfaire nos désirs. Et comme notre soif de satisfaction est sans borne, toutes ces avenues semblent si prometteuses que les sens et le mental s’y engagent volontiers sans offrir de résistance.

Nous butinons ainsi de fleur en fleur à la recherche du nectar qui nous procurera le bonheur recherché, et les gounas ne cessent d’en faire apparaître de nouvelles, plus colorées, plus odorantes et plus attirantes encore. Elles déterminent en outre nos préférences en termes d’aliments, de vêtements, de couleurs, de profession et de croyances, et influent sans relâche sur les moindres aspects de notre existence. Le 14e chapitre de la Bhagavad-gita traite en détail de la question, si ça vous intéresse.

Conditionnés par une conception matérielle — pour ne pas dire carrément corporelle — de l’existence, nous sommes davantage enclins à nous laisser guider par nos sens et notre mental que par notre intelligence. Or, ni les sens ni le mental n’ont d’autonomie à proprement parler. Ou alors ils sont harnachés par l’intelligence et entièrement mis au service de notre quête intérieure, ou alors ils répondent spontanément aux sollicitations de l’extérieur.

Et puisque nous n’avons pas tous le même bagage et que nous n’en sommes pas tous au même point dans notre évolution, nous ne sommes pas tous attirés par les mêmes choses. Autrement dit, selon le chemin parcouru et notre héritage karmique, nous sommes plus naturellement portés, consciemment ou non, vers des attitudes, des comportements et des activités sous le signe de la «vertu», sous le signe de la «passion» ou sous le signe de l’«ignorance». À nous d’obéir aveuglément à ces influences ou, au contraire, de prendre les moyens de nous en affranchir…

Retour à l’anormal?

Je ne m’attendais vraiment pas à vous reparler d’astrologie si tôt, mais j’ai reçu ces derniers jours des communications faisant état d’observations pertinentes à la situation mondiale actuelle. Comme tout le monde s’interroge naturellement sur la tournure des événements à venir, j’ai jugé à propos de soumettre à votre réflexion les grandes lignes de ce que les astres nous réservent selon l’astrologie védique.

En guise de rappel, les configurations planétaires ne décrivent pas les événements à venir, mais plutôt le climat dans lequel ils vont survenir. Elles n’ont d’ailleurs pas le même impact d’une personne à l’autre ou d’une nation à l’autre, les unes comme les autres ayant chacune leur identité et leur autonomie propres.

C’est ce qui fait que les réactions varient grandement face à une situation donnée. Nous en avons d’ailleurs l’exemple avec la pandémie actuelle, un phénomène d’envergure mondiale sans précédent. Certains pays ont opté pour des mesures de dépistage ou de confinement radicales, alors que d’autres ont préféré une approche beaucoup plus permissive. Ne serait-ce qu’à l’échelle du Canada, les mesures mises de l’avant aux niveaux fédéral, provincial et municipal ont sensiblement varié. Et sur le plan individuel, certaines personnes prennent la chose au sérieux et respectent les consignes, alors que d’autres non – même situation, mêmes influences planétaires, impact variable.

C’est également ce qui fait que certains souhaitent ardemment un retour rapide à «la normale», c’est-à-dire à leurs activités personnelles, familiales, professionnelles et sociales d’avant le Grand Confinement. Alors que d’autres souhaitent tout aussi ardemment une prise de conscience collective favorisant une répartition plus équitable des richesses, un plus grand respect de l’environnement et un aplanissement de la courbe des inégalités sociales. Et que d’autres encore remettent tout à coup en question la «normalité» de la surconsommation, de la croissance à tout prix ou du tourisme tous azimuts, et songent désormais à modifier certaines de leurs habitudes.

Seul l’avenir nous dira qui fera quoi, ainsi que l’ampleur des changements auxquels nous participerons ou assisterons. Mais pour l’heure, voici le résumé des observations qui m’ont été transmises.

Du 15 mai à la fin juin

Saturne et Jupiter rétrogrades en Capricorne, et Vénus rétrograde en Taureau.

Période favorable à l’assouplissement des contraintes et des tensions. Ces trois planètes rétrogrades marquent une pause, un temps d’arrêt, un répit donnant l’impression que la situation s’améliore, que les choses reprennent graduellement leurs cours.

Du 30 juin à la fin septembre et au-delà

Jupiter ayant repris son élan, il rejoint le signe du Sagittaire, dont il est maître, et finit par en chasser une entrave de plus, à savoir le nœud lunaire descendant.

L’impression de soulagement et de mieux-être s’accentue. On a d’ailleurs davantage tendance à en profiter qu’à caresser des solutions à long terme aux problèmes qui rongent la société depuis longtemps déjà, et dont la pandémie ne semble être qu’une exacerbation passagère, un abcès à crever au plus tôt.

Cette période, nous disent les astrologues védiques, devrait toutefois plutôt en être une de réflexion profonde, de remise en question des erreurs et des abus du passé, et de préparation active à un avenir meilleur grâce à une plus grande autosuffisance, à un mode de vie plus sain et à une gestion plus responsable de nos priorités. Un moment tout indiqué pour transformer les anciennes façons de faire. Car les plaies ouvertes par la pandémie sont loin d’être pansées, et l’accalmie ne sera apparemment que de courte durée.

Du 10 février 2021 au 29 mars 2025

À la veille de la nouvelle lune, le Soleil, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et la Lune se trouvent tous réunis en Capricorne, coincés entre les deux nœuds lunaires, dont l’un frappé par un aspect de Mars.

Cet événement rare et très peu propice marque un important tournant, un changement d’époque susceptible d’entraîner un durcissement des politiques gouvernementales. Juste retour de balancier après des années de complaisance? Reprise ou aggravation de la pandémie et de ses ramifications tentaculaires? Détérioration des relations internationales sur fond de conflits d’intérêts irréconciliables? Tout est possible sous cette mauvaise étoile. Ce qui semble sûr, c’est que les citoyens devront composer avec des pressions grandissantes de la part des grandes puissances et de leurs propres dirigeants.

Jusqu’à l’éclipse solaire du 29 mars 2025, l’influence de Saturne continuera de peser lourdement sur Jupiter et de créer des conditions pénibles pour de vastes pans de population. Au lendemain de cette éclipse, Saturne entamera une période de sept ans au cours de laquelle il fera trois entrées et sorties du Bélier, son signe de débilitation – un phénomène qui n’est pas survenu depuis des milliers d’années! Et pendant ce temps, Jupiter voyagera à travers sept signes du zodiaque, entrant et sortant lui-même de chacun à trois reprises! Du jamais vu!

Tout converge vers un ajustement majeur de l’horloge universelle. Et un bouleversement de cette ampleur risque de semer le chaos à bien des égards. Jusqu’en 2025, il semble que les gouvernements continueront tant bien que mal de tenir les rênes et de contrôler la situation, mais il se pourrait fort que les défis deviennent ensuite de plus en plus difficiles à relever et que rien ne soit plus jamais comme avant.

Ça va bien aller

Ne soyons pas dupes. Nous savons depuis longtemps que l’environnement se détériore à vitesse grand V, que les espèces disparaissent par milliers, que des conflits armés font rage partout dans le monde, qu’il y a maintenant plus de réfugiés que les pays mieux nantis ne peuvent en accueillir… Et nous voilà avec une pandémie sur les bras qui immobilise la planète entière en moins de temps qu’il ne faut pour dire Aïe!

Tout indique qu’il y a effectivement des années difficiles devant nous, et ce ne sont pas que les astrologues qui le disent. Mais ce n’est pas une raison pour se décourager, et encore moins pour baisser les bras. Pour que tout aille bien, il faut d’abord et avant tout revoir ses priorités personnelles, et prendre les moyens de ses ambitions. L’effet des événements sur nous ne dépend pas des événements en soi, mais de la façon dont nous les abordons, et mieux nous nous y préparons, mieux nous sommes en mesure de les aborder positivement.

Revenir à l’essentiel, ce n’est pas seulement être un peu plus écolo, consommer un peu moins ou réduire ses voyages en avion. C’est essentiellement questionner le sens de la vie et entreprendre activement de se réaliser, non seulement sur le plan matériel, mais aussi sur le plan spirituel. La paix intérieure finira alors par trouver sa place et, oui, ça ira bien, même dans l’adversité et les plus grandes épreuves.

Si vous vous demandez encore quel serait le meilleur moment pour vivre votre spiritualité, j’aurais tendance à dire… maintenant!

C’est écrit dans le ciel

La clarté du message varie cependant selon la compétence à décoder le langage des astres!

Rois et autres dirigeants des temps védiques consultaient régulièrement leurs astrologues. Pour tout dire, ils n’entreprenaient rien d’important sans d’abord déterminer le moment offrant les meilleures conditions possibles, que ce soit en matière de politique, de gouvernance, de justice, d’économie ou de défense nationale. Naïfs et crédules? Pas le moins du monde. Ils ne s’entouraient que de savants praticiens dont les calculs et les observations étaient gages de résultats probants.

Contrairement à l’astrologie populaire largement répandue en Occident, la science des astres présentée dans les textes védiques connus sous le nom de Jyoti-shastras s’appuie strictement sur des données astronomiques et offre un niveau de précision sans égal.

L’astrologie védique repose en effet sur le zodiaque sidéral, rigoureusement aligné sur les constellations d’étoiles fixes, tandis que l’astrologie moderne repose sur le zodiaque tropical, dont l’origine – le degré zéro du Bélier – est définie en fonction du point vernal, qui correspond à l’équinoxe de printemps. Le phénomène astronomique de la précession des équinoxes a cependant pour effet de déplacer le point vernal année après année, si bien que le premier jour du printemps ne correspond plus depuis très longtemps au début du signe du Bélier. Inutile de dire que cela fausse la position des planètes dans les signes et les maisons astrologiques, et que les interprétations qui en résultent manquent inévitablement de rigueur quand elles ne sont pas totalement erronées!

Une science méconnue

L’astrologie est aujourd’hui largement considérée comme un art divinatoire, mais l’astrologie védique – qui compte encore des experts un peu partout dans le monde – ne sert absolument pas à prédire l’avenir. Elle sert plutôt à cerner les forces et les influences en présence en un temps et en un lieu précis, et fournit dès lors de précieux renseignements sur la façon d’aborder nombre de situations particulières et d’exercer au mieux son libre arbitre.

Nous connaissons tous l’effet du soleil sur la santé et l’humeur des gens, de même que celui de la lune sur les marées et la croissance des végétaux. Mais l’influence des astres sur nos vies et sur l’ensemble de la planète s’étend bien au-delà, et la lecture de leurs messages exige des connaissances spécifiques et très pointues.

L’astrologue est en quelque sorte à l’astronome ce que le médecin est à l’anatomiste. Tandis que ce dernier étudie la structure, la composition, le développement et le fonctionnement des tissus et des organes des corps vivants, le médecin est formé à interpréter les données anatomiques pour en dégager des diagnostics et des pistes de traitement. De même, l’astrologue védique est formé à interpréter les données astronomiques et les interactions entre les corps célestes pour en dégager des schémas d’influence d’ordre aussi bien physique que psychologique, social ou environnemental.

Applications pratiques

La carte du ciel d’une personne au moment et à l’endroit précis de sa naissance fournit une foule d’informations sur sa constitution physique, son caractère, sa vie sociale et affective, ses relations familiales, son rapport à l’argent, ses débouchés professionnels, et j’en passe. Parents et éducateurs peuvent avantageusement utiliser ces renseignements pour aider l’enfant à exploiter ses forces et à pallier ses faiblesses, de même que pour orienter ses études et son choix de carrière.

Mais l’intérêt et l’utilité de l’astrologie védique ne s’arrêtent pas là. Elle trouve en effet des applications courantes en affaires, en médecine et en psychologie. Chaque domaine d’application nécessite une spécialisation particulière, et l’étude, entre autres, des transits et des courants d’influence planétaires sur un thème astral donné permet de déceler des tendances révélatrices et de déterminer les moments favorables ou non à différentes prises de décisions de même qu’à la mise en œuvre de divers projets.

Vous songez à vous lancer en affaires? Vous traversez une période où rien ne semble vous réussir? Vos relations ne sont pas à la hauteur de vos attentes? Vous aimeriez simplement mieux vous connaître, mieux comprendre certains de vos comportements et mieux gérer vos émotions? Un bon astrologue védique pourrait sans doute vous être d’un grand secours, au même titre qu’un bon médecin, qu’un bon comptable ou qu’un bon coach. On n’a jamais trop d’alliés! Sans compter qu’une meilleure connaissance de soi favorise un développement harmonieux sur le plan non seulement matériel, mais aussi spirituel.

La solitude

Extraits d’un texte d’actualité sous la plume de Mathieu Guénette, conseiller en orientation et instigateur du projet « Les Ambitieux ».

Pourquoi avons-nous tendance à percevoir la solitude comme étant non désirable?

Quand j’étais adolescent, je me retrouvais souvent seul. Au départ, c’est vrai, la solitude m’était apparue comme un calvaire. J’y voyais aussi un échec. Si tu es seul, c’est que personne n’a envie de passer du temps à tes côtés. Par exemple, je n’aurais pas voulu qu’à l’heure du dîner, à la cafétéria de mon école secondaire, on me voit manger seul. Manger mon lunch avec n’importe qui m’apparaissait assurément préférable à cette solitude.

Mais à force d’être seul, j’ai fini par développer une réelle complicité avec cette solitude. Je pourrais même dire que nous en sommes venus à nous apprécier mutuellement. Puis, c’est grâce à cette solitude que j’en suis venu à retirer autant de plaisir à lire, écrire, développer mes connaissances et ma créativité. Quand je me retrouve enfin seul après une longue période, j’ai l’impression de renouer avec un vieil ami, un ami avec qui j’ai grandi et qui me connaît mieux que quiconque.

Ta relation avec la solitude évolue avec le temps. Cette relation peut s’avérer saine tout comme elle peut devenir toxique dans certains cas.

Il peut être tentant de te distraire constamment pour en venir à oublier qui tu es, ce que tu veux vraiment, et même que tu es là. Par contre, se réconcilier avec ta solitude s’avère vital. Nous devons disposer d’au moins une heure par jour en absence de stimulation extérieure, nous dit Sonia Lupien dans Par amour du stress. Ce moment nous permet d’intégrer mentalement les nouvelles informations que nous avons recueillies au cours de la journée. C’est un peu comme mettre notre système à jour.

Si tu passes assez de temps avec ta solitude, tu vas réaliser qu’elle a aussi une personnalité, une personnalité qui lui est propre. Tu parles à ta solitude et elle finit par te répondre. Ce dialogue intérieur est parfois bien étrange, comme lorsque tu te retrouves à négocier avec toi-même : « Alors, est-ce qu’on se prend un autre morceau de gâteau? S’il te plait, dis oui! »

En cette période de confinement, je réalise que la solitude est un thème majeur dans nos vies. Il y a des gens qui se retrouvent seuls et qui vivent mal cette solitude. Ça commence à leur peser, tandis qu’à l’inverse, d’autres n’ont pas assez de temps pour être seuls, devant partager le même lieu avec d’autres personnes.

Et toi, comment ça se passe avec ta solitude? Trop seul ou pas assez?

Quelle est ta relation avec ta solitude? Comment décrirais-tu la personnalité de ta solitude? Pour ma part, ma solitude, je la vis quand j’écris. J’aime réfléchir à un sujet, le façonner, le peaufiner. Pour créer, j’ai besoin d’être seul et de m’isoler. Ça devient en quelque sorte un confinement dans le confinement! Mais en même temps, je ne me sens jamais vraiment seul, car je pense à mon auditoire et à ses réactions à mon propos.

Puis, si je conçois du contenu et qu’il n’y a personne pour l’apprécier, il y aura au moins ma solitude. Elle sera là pour moi, car nous sommes liés à la vie et à la mort.

Ces réflexions à propos de la solitude m’ont donné envie de me remettre à la méditation, de le faire de manière régulière. Avant, je méditais parfois, mais sous prétexte que je manquais de temps, je passais très souvent mon tour. Là, l’excuse du manque de temps, je ne l’ai plus.

Le confinement t’offre une belle occasion de développer de nouvelles habitudes, de démarrer un tout nouveau projet qui va te sortir de ta zone de confort. Ne fais pas qu’y penser, passe à l’action!

Le poète et le roi

En guise d’introduction à une série de billets inspirés de l’Hitopadesh et du Pancha-tantra, voici un extrait des Contes de l’Inde ancienne de Guy Tétreault.

Bharavi était un poète de génie qui vivait dans la plus grande indigence. Un jour, sa femme se mit vivement en colère contre lui, ne supportant plus de le voir absorbé dans la poésie en négligeant totalement sa famille. Bharavi résolut alors de se rendre à la cour du roi afin de solliciter son aide.

La route était fort longue jusqu’à la capitale, si bien qu’après plusieurs heures de marche, il s’arrêta près d’un lac pour s’y reposer avant de poursuivre son chemin. Se sentant soudain inspiré, il écrivit de son ongle un verset sur un pétale de lotus :

« L’action accomplie sans discernement engendre de grandes souffrances.
La bonne fortune n’accompagne les nobles qualités de l’homme
que lorsqu’il agit après mûre réflexion. »
(Kiratarjuniya, 2.30)

La Providence voulut que le roi, qui chassait ce jour-là, s’arrêtât près du même lac. Appréciant au plus haut point le verset qu’il lut sur le pétale de lotus, il pria le poète de venir l’honorer de sa présence à la cour. Toutefois, lorsque plus tard Bharavi se présenta aux portes du palais, les gardes refusèrent de le laisser passer, le considérant comme un vulgaire mendiant.

Le roi aimait tant le verset de Bharavi qu’il l’avait fait graver en lettres d’or dans sa chambre afin de pouvoir le lire chaque matin à son réveil. Un jour, au terme d’une semaine de chasse, il revint tard le soir à son palais. En entrant dans sa chambre, voilà qu’il aperçoit un jeune homme couché dans son lit aux côtés de la reine. Furieux, il sort sa dague pour les tuer tous deux quand soudain, son regard croise le verset en lettres d’or.

Brisant son élan, il se prend à penser qu’il est impossible que la reine, si chaste, ait pu entretenir une relation avec un autre homme. Il la réveille donc pour connaître le fin mot de l’histoire, et sa tendre moitié l’informe avec la plus grande joie que le prince, leur fils, enlevé quelques années auparavant, vient tout juste d’être ramené au palais.

Réalisant que la précieuse maxime de Bharavi avait sauvé la vie de son fils et de son épouse, le roi l’envoya chercher en grande pompe et le reçut à la cour avec tous les honneurs royaux.

Simplicité volontaire

Diogène – Tableau de Jean-Léon Gérôme (1860)

Si vous croyez que la simplicité volontaire est une idée nouvelle, détrompez-vous. Thoreau, Tolstoï et Gandhi ont peut-être inspiré ses plus récents défenseurs, mais François d’Assise les avait précédés au 13e siècle, et Diogène bien avant lui, au 4e siècle avant notre ère!

Diogène de Sinope, élève de Socrate, est un philosophe grec contemporain de Platon et d’Aristote qui vivait dans un tonneau et passait ses journées à déambuler, vêtu de haillons, lanterne à la main, en quête d’un homme authentique. Sa philosophie : savoir se satisfaire de l’essentiel et vivre en harmonie avec la nature plutôt que de s’agiter en tous sens comme des poules sans tête à la poursuite de biens et de plaisirs futiles et fugaces.

Voyant un jour un jeune garçon boire à la fontaine avec ses mains, il jeta son écuelle et s’exclama :

« Cet enfant m’apprend que je conserve encore du superflu. »

Le principe fondamental de la simplicité volontaire consiste à réduire sa consommation globale ainsi que ses impacts sur l’environnement et la société. Elle est généralement motivée par un désir de vivre en accord avec des valeurs familiales, communautaires ou écologiques tenues pour essentielles.

Un choix raisonné

En poursuivant nos recherches, nous découvrons que les valeurs et les principes au fondement même de la simplicité volontaire ponctuent l’histoire de l’humanité bien avant l’avènement de Diogène. On les retrouve jusque dans la plus ancienne des Upanishads, qui date de plusieurs milliers d’années et qui pousse le concept encore plus loin :

« L’Être Suprême est l’unique maître et propriétaire de tout ce qui existe dans l’univers, aussi bien de ce qui est animé que de ce qui ne l’est pas. Nous devons donc accepter la part qui nous revient et n’utiliser que ce qui nous est nécessaire, en nous rappelant bien à qui tout appartient. »

Isha Upanishad, 1

Cette strophe admet d’emblée la suprématie de l’Absolu dans sa forme personnelle, au-delà de ses manifestations localisées et impersonnelles. De fait, tout ce qui existe procède du Divin et lui est subordonné, aussi bien la terre, l’air et l’eau que les êtres vivants et les objets inanimés.

On compare l’Absolu au feu, et tout ce qui existe, à la lumière et à la chaleur du feu. Tout relève de l’énergie matérielle ou de l’énergie spirituelle, et toutes deux ont pour source énergétique celui qu’on nomme ici l’Être Suprême. Toute énergie doit en effet avoir une source, et la source première de toutes les énergies en est seule maîtresse et propriétaire.

« Outre l’énergie matérielle, inférieure,
il est une énergie supérieure qui M’appartient également.
Elle est constituée des êtres vivants
qui exploitent les ressources de la nature matérielle. »

Bhagavad-gita, 7.5

Ayons donc la sagesse d’admettre à notre tour qu’en toute intelligence, rien ne nous appartient en propre. Nous n’avons créé ni le bois, ni la pierre, ni les métaux que nous utilisons pour nos constructions; nous ne pouvons qu’en modifier la forme et les assembler. Nous n’avons non plus créé aucune céréale, aucun fruit ou légume, ni aucun des autres aliments qui assurent notre survie; nous ne pouvons que les cueillir ou les cultiver et les récolter.

L’Isha Upanishad nous le rappelle d’ailleurs en termes clairs : tout ce qui nous est essentiel est gracieusement mis à notre disposition par le seigneur et maître de tout ce qui existe. La simplicité volontaire gagne dès lors en profondeur lorsqu’elle nous amène à vivre non seulement plus simplement, mais aussi et surtout plus consciemment, dans une conscience élargie du fait que nous dépendons entièrement de la Source primordiale de l’animé comme de l’inanimé.

Une vie simple de hautes pensées

Nos sociétés modernes, où la réussite se mesure en pouvoir et en argent, favorisent la surexploitation des ressources naturelles, la surconsommation et la croissance à tout prix au détriment d’une vie en harmonie avec notre mère la terre, avec nos frères et sœurs humains, ainsi qu’avec la Source intarissable de tous les bienfaits.

Nous arrivons nus en ce monde, et nous en repartons nus. Nous n’apportons rien avec nous en naissant, et nous n’emportons rien non plus en mourant. Est-ce à dire que nous devrions nous priver de tout confort? Ne jurer que par le 100 % fait main et fait maison? Nous interdire tout déplacement autre qu’à pied, à cheval ou à vélo? Pas nécessairement.

Tant mieux si vous pouvez produire votre propre nourriture et fabriquer tout ce que vous utilisez, mais tout le monde n’a pas la même vision de la simplicité. Ce qui importe vraiment, c’est d’apprendre à nous contenter de ce qui nous vient sans efforts excessifs; c’est de dégager du temps et de l’énergie pour développer la dimension spirituelle de notre être et pour apprendre à mieux connaître la Source de toutes les richesses mises à notre disposition.

Une vie plus simple, oui, mais d’abord et avant tout pour élever nos pensées au-delà des considérations matérielles, qu’elles soient d’ordre familial, communautaire ou écologique.

Au-delà des mots

Êtes-vous de ceux et celles qui prennent les saintes Écritures et autres textes sacrés au pied de la lettre, qui cherchent plutôt à en saisir l’esprit, ou qui n’y voient que matière à lavage de cerveau?

Dans The Lost Art of Scripture – Rescuing the Sacred Texts (L’art perdu des Écritures – À la rescousse des textes sacrés), Karen Armstrong, ancienne religieuse et prolifique auteure britannique, propose une approche renouvelée aux écrits anciens que sont la Bible, le Coran, les Védas ou autres, et déclare sans ambages :

« Compte tenu de nos problèmes actuels, la foi des Écritures dans le potentiel divin
de tous les êtres humains semble plus pertinente que jamais. »

L’intérêt réel des enseignements dits « révélés » transcende en effet largement les époques et les guerres de clocher dont ils font les frais.

Ces mots qui enflamment

Intégristes, puristes et extrémistes ne jurent que par ce qui est écrit – textuellement – et y prennent appui sans réserve pour justifier les pires abominations, qu’il s’agisse, pour ne citer que ces deux exemples, d’asservir la gent féminine ou de tuer tous les méchants infidèles.

Pas étonnant qu’islamophobes, libres penseurs et autres profanes citent les mêmes écrits – textuellement – pour les taxer qui de misogynie, qui de bigoterie, sinon de fanatisme religieux, les jugeant du même souffle complètement dépassés. Mais Karen Armstrong, qui épluche le sujet de l’intérieur comme de l’extérieur, nous assure que les deux camps font fausse route :

« Trop de croyants et d’incroyants prêtent obstinément aux textes sacrés un sens littéral qui s’écarte passablement de l’esprit mystique et inventif propre à la spiritualité prémoderne. »

Armstrong donne en exemple la description biblique de la création : parce qu’elle ne concorde pas avec les plus récentes découvertes scientifiques, les activistes athées ne voient dans la Bible qu’un ramassis de fables et de mensonges, tandis que les croyants purs et durs font des pieds et des mains pour démontrer que la version de la Genèse est scientifiquement fondée.

Toutes les Écritures du monde donnent lieu à d’incessants affrontements idéologiques qui détournent les textes de leur objet et leur donnent inutilement mauvaise presse. Or, tous ces vains débats portent sur la lettre des écrits tenus pour sacrés, alors que leur richesse réside dans leur esprit.

Poids et contrepoids

Armstrong insiste sur le fait que les Écritures ne doivent pas a priori être interprétées de façon rigide et strictement littérale, que ce soit en chaire ou entre les murs d’une bibliothèque. Les Écritures sont en réalité contextuelles, flexibles et évolutives, si bien qu’elles relèvent davantage de performances artistiques que de simples livres.

« Le mot “Écriture” sous-entend bien sûr un texte écrit, mais la plupart des Écritures ont initialement été composées et transmises par voie orale. Certaines traditions accordent même plus d’importance au son des mots inspirés qu’à leur signification sémantique. Les Écritures étaient d’ailleurs généralement récitées, chantées ou déclamées sur un mode distinct du langage courant, si bien que les mots – produits par l’hémisphère gauche du cerveau – fusionnaient avec les émotions plus subtiles du cerveau droit. »

La tradition védique insiste en outre sur le fait que les Écritures ne doivent pas être sèchement étudiées en vase clos. Aussi claires qu’elles puissent sembler au premier degré, elles comportent toujours une part d’hermétisme, d’apparentes contradictions et des affirmations déroutantes, voire choquantes hors contexte. C’est pourquoi il est recommandé de confronter sa lecture personnelle aux enseignements d’autorités compétentes en la matière. Plus encore, la teneur essentielle des textes et l’éclairage des maîtres doivent trouver écho dans le cœur. Une juste compréhension des Écritures exige en effet une saine convergence de ces trois éléments.

De quoi nous faire réfléchir avant de penser bêtement en noir et blanc au moment d’aborder les textes fondateurs des grandes traditions spirituelles…

Véda

Védas par-ci, Védas par-là… Je fais régulièrement référence aux Védas. Ils sont en effet au centre de mes études depuis que je les ai découverts, il y a maintenant près d’un demi-siècle. Et cette passion n’est pas près de s’éteindre, car une vie entière ne suffirait pas à en percer tous les secrets! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je concentre plus particulièrement mes recherches sur les volets philosophiques et spirituels de ces écrits millénaires.

D’abord et avant tout, il faut savoir que veda est un mot sanskrit qui signifie tout simplement « connaissance », « savoir » ou « science ». Cela dit, la somme de connaissances que renferment les Védas est tout bonnement monumentale. D’aucuns les qualifient même de manuel d’instruction de la vie en ce monde!

Il faut aussi savoir que les Védas n’ont pas été écrits, mais transposés dans l’écriture, car ils sont issus d’une tradition orale vieille comme le monde. Il n’y avait d’ailleurs au départ qu’un seul Véda, « le Véda », source du savoir universel. Ce n’est que plus tard, beaucoup plus tard – il y a environ 5000 ans – que le Véda a été mis par écrit. Le besoin ne s’en était jamais fait sentir, car les disciples des maîtres du savoir des âges antérieurs au nôtre disposaient d’une mémoire telle, qu’il leur suffisait d’entendre une seule fois un enseignement pour en retenir et en assimiler les moindres détails. Mais à l’approche de notre époque, où bien peu de gens peuvent se vanter d’avoir cette faculté, il s’est avéré nécessaire de mettre cet inestimable savoir par écrit pour éviter qu’il se perde.

Une tâche monumentale

Trop volumineux pour faire l’objet d’un seul ouvrage, le Véda original a d’abord été scindé en quatre parties. Cette tâche a été confiée à un sage d’exception du nom de Vyasa, investi de pouvoir par son maître spirituel, Narada Muni. Vyasa a ensuite conféré à d’autres sages parmi ses propres disciples le mandat de développer différentes parties des Védas.

C’est ainsi qu’à la portion révélée des Védas, appelée la shrouti, ou « ce qui a été entendu », s’est ajoutée la smriti, ou « ce dont on a mémoire », soit la tradition issue de la shrouti. L’ensemble couvre à proprement parler la connaissance physique et métaphysique de l’univers.

Entre autres disciplines, les Védas renferment en effet des traités hautement détaillés sur la médecine holistique, l’astronomie, les sciences politiques et économiques, la théorie et la pratique de la musique et de la danse, l’art dramatique, l’alimentation, l’agriculture écoresponsable, l’architecture et l’aménagement harmonieux des habitats, les principes et les règles de vie équilibrée en société, les arts martiaux, et j’en passe.

Un pour tous, tous pour un

Fait intéressant, contrairement aux autres textes dits sacrés ou révélés, les Védas ne sont issus d’aucune religion. Ils ont au fil des siècles inspiré la création de nombreuses écoles de pensée philosophique et de nombreuses religions, mais leur contenu n’en demeure pas moins universel.

À l’instar des disciplines évoquées ci-dessus – d’intérêt commun pour toute l’humanité, sans distinction de race ou de confession –, aucun préalable social ou culturel n’est requis pour pratiquer une forme de yoga, pour s’adonner à la méditation, pour apprendre à distinguer la matière de l’esprit, pour étudier la structure de l’univers, pour se développer pleinement sur le plan physique, sur le plan émotionnel, sur le plan intellectuel et sur le plan spirituel. Autant de branches du savoir que les Védas approfondissent de façon magistrale et qui viennent avantageusement enrichir nos connaissances actuelles.

À quelque chose malheur est bon

D’ailleurs, pourquoi ne pas profiter de cette période de confinement prolongé pour vous familiariser un peu plus avec les Védas? En guise d’introduction aux racines de la philosophie védique, je vous invite à lire À la découverte de l’Absolu, une traduction accessible et commentée de la plus ancienne des Upanishads.

Mon plus récent ouvrage, Vivre ma spiritualité aujourd’hui, offre quant à lui une approche synthétique et conviviale de la réalisation de soi fondée sur les préceptes védiques enseignés par les grands maîtres depuis des temps immémoriaux.

Enfin, ceux et celles qui souhaitent explorer plus avant les multiples facettes de cette science apprécieront tout particulièrement Un dialogue sans âge, qui présente chapitre par chapitre l’essentiel de la célèbre Bhagavad-gita, « Le chant du Bienheureux », un classique incontournable de la littérature védique.