Comment noyer le poisson

Illustration de Denis Dubois

En cette ère de désinformation et de fausses nouvelles, je vous propose aujourd’hui un petit exercice de raisonnement et de logique élémentaire.

En spiritualité, noyer le poisson, c’est s’afficher comme un gourou tout en se défendant d’en être un; c’est diffuser un enseignement ciblé en prétendant accompagner les gens dans la quête de leur propre vérité; c’est créer des liens de cause à effet là où il n’y en a pas; c’est user d’arguments qui semblent logiques mais qui découlent d’un faux raisonnement – ce qu’on appelle communément un « sophisme » (kutarka en sanskrit).

Le but : déformer les faits à son avantage, tromper autrui en s’appuyant sur des éléments de vérité pour propager des faussetés, créer une confusion propice à l’exploitation des émotions d’autrui, remplacer un système de croyances par un autre système de croyances…

À titre d’exemple, je vous propose un texte de Jeff Foster, dont le parcours et le discours ont naturellement retenu mon attention, car il s’inspire ouvertement des écoles de pensée védiques – notamment du vedanta et des philosophies connexes, dont l’advaita (la non-dualité) et la bhedabheda (l’unité dans la diversité).

Le problème, c’est que monsieur Foster en détourne habilement le sens en les accommodant à sa propre sauce au goût du jour. Se tromper soi-même est une chose, mais tromper les autres en les berçant de non-sens au nom de la vérité en est une toute autre.

Une personne avertie en vaut deux. Voyons voir si vous arrivez à débusquer les aberrations dans le texte qui suit.

Le leurre

Le texte en question, sous forme de poème, s’intitule The Rapture (L’enchantement), et se traduit comme suit :

Il n’y a pas de Dieu
simplement parce que Dieu
n’a ni intérieur ni extérieur
non plus qu’aucunes limites.

Il n’a pas non plus de nom
autre que tous les noms.

Ne serait-ce que prononcer le mot « Dieu »
réduit Dieu à une chose,
à un concept,
circonscrit, distinct, séparé de vous.

Il n’y a pas de Dieu
simplement parce que
tout est Dieu.

Dieu n’est qu’un autre nom
pour Tout ce qui est
et Tout ce qui n’est pas.

Et que vous y croyiez ou non
n’a rien à y voir.

Hallelujah.


Tel est pris qui croyait prendre

1er hic : Dire que Dieu possède certains attributs, par exemple qu’il n’a ni intérieur, ni extérieur, ni limites, c’est dire que Dieu existe, ce qui, en toute logique, contredit l’affirmation initiale qu’il n’existe pas plutôt que d’en être la preuve – une chose qui n’existe pas ne peut pas avoir d’attributs!

2e hic : Si Dieu a tous les noms, il ne peut logiquement pas ne pas avoir de nom.

Il s’agit là de caractérisations de l’Absolu provenant des Upanishads, qui précisent en outre que l’Absolu est à la fois immobile et plus rapide que la pensée, qu’il se déplace sans se déplacer, qu’il est à la fois infiniment loin et infiniment près, et présent aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de chaque être et de chaque chose. Ces attributs contribuent à le définir, et non à en nier l’existence. (Pour plus de détails, voir À la découverte de l’Absolu.)

3e hic : Est-ce que le fait de prononcer le mot « humain », « cheval » ou « moustique » en fait des choses, des objets ou des notions dépourvues de réalité en dehors de nous? Dire que prononcer le mot « Dieu » réduit Dieu à une chose implique tacitement que Dieu est autre chose qu’une simple chose, ce qui contredit la prémisse de départ voulant qu’il n’ait pas d’existence.

4e hic : Comment peut-on déclarer qu’il n’y a pas de Dieu, donc que Dieu n’est rien, pour ensuite proclamer que tout est Dieu?

À titre d’information, la Bhagavad-gita explique – nuance importante – que Dieu est en tout et que tout est en Dieu, mais que tout n’est pas Dieu. L’humain, le chien et l’arbre participent tous de la nature de l’Absolu, mais aucun d’eux n’est l’Absolu en soi.

5e hic : Dire que Dieu n’est qu’un autre nom pour Tout ce qui est et Tout ce qui n’est pas, ce n’est pas établir sa non-existence. C’est au contraire affirmer qu’il est le Grand Tout, l’Absolu, l’alpha et l’oméga… présent en tout et hors de tout.

Que nous croyions ou non en Dieu n’a en effet aucune importance ici. Ce que monsieur Foster semble attendre de nous, c’est que nous le croyions sur parole lorsqu’il nous dit qu’il n’y a pas de Dieu, en dépit de l’illogisme flagrant des arguments qu’il emploie pour noyer le poisson – ou serait-ce plutôt pour nous appâter comme des poissons?

Et si on remettait le poisson à l’eau?

Je ne vous demanderai pas votre score, mais j’espère sincèrement que cet exercice vous incitera à aiguiser votre jugement et à détecter les leurres lorsqu’il y a anguille sous roche. Trop de beaux parleurs nous font perdre notre temps en jouant sur nos émotions plutôt que de faire appel à notre intelligence pour nous aider à discerner le vrai du faux.

Pour l’heure, vous aurez sans doute compris que monsieur Foster jongle avec les mots dans l’espoir de nous voir mordre à l’hameçon de sa conception impersonnelle de l’Absolu. Mais en quoi sa conception mérite-t-elle plus d’attention que la conception localisée de l’Absolu ou la conception personnelle de l’Absolu (voir La triade divine)?

La question est d’autant plus pertinente que la dimension profondément personnelle de l’humain – sur laquelle il insiste tellement dans ses enseignements – ne peut qu’être le reflet de cette même dimension dans l’Absolu, puisque par définition, l’Absolu englobe tout; il ne saurait donc être dépourvu des attributs d’aucune de ses manifestations relatives! En cherchant à confiner l’Absolu à une seule de ses dimensions, on s’égare soi-même; et en le criant sur les toits, on risque malheureusement d’entraîner les autres dans son sillage.

Plutôt que de noyer davantage un poisson déjà mal en point, mieux vaut simplement le remettre à l’eau. L’océan de la sagesse a tellement mieux à offrir!

Conscience et neurosciences

Le Dr Eben Alexander, neurochirurgien de renom et professeur émérite aux écoles de médecine des universités Harvard, Duke et du Massachusetts, découvre bien malgré lui que ce qu’il croit et enseigne depuis 20 ans à propos de la conscience est complètement faux!

En 2008, le Dr Alexander est subitement atteint d’une affection rarissime qui le plonge dans un profond coma. Déclaré en état de mort cérébrale, il perd tout contact avec la réalité physique de son corps et de son environnement. Les médecins maintiennent artificiellement ses fonctions organiques pendant sept jours, au terme desquels, sans espoir de le sauver, ils s’apprêtent à le débrancher. Mais contre toute attente, il ouvre soudain les yeux et revient à la vie!

Scientifique pur et dur, ce praticien issu d’une famille de médecins et formé dans les grandes facultés avait toujours soutenu la thèse selon laquelle le cerveau est la source et le siège de la conscience et de l’identité profonde de tout être humain. Mais son séjour hors de son corps alors que son cerveau était complètement éteint lui a permis de vivre une expérience qu’il n’aurait jamais imaginée, et qu’il a par la suite décrite en détail dans un livre intitulé La preuve du Paradis – Voyage d’un neurochirurgien dans l’après-vie…, paru en 2013 aux éditions Trédaniel (titre original : Proof of Heaven: A Neurosurgeon’s Journey into the Afterlife).

Ce qui l’a complètement bouleversé à son retour « sur terre », c’est que pendant sept jours et sept nuits, il avait évolué dans une autre dimension, hors du temps et de l’espace, sans le moindre souvenir de son corps ou de sa vie familiale, professionnelle et sociale. Bref, il n’avait eu connaissance d’aucune réalité antérieure à celle dans laquelle il s’était trouvé plongé pendant toute la durée de son coma. C’est alors qu’il a réalisé qu’à l’encontre de ce qu’on lui avait appris et de ce qu’il avait lui-même enseigné, la conscience est indépendante du cerveau. Elle ne naît pas du cerveau, elle ne réside pas dans le cerveau, et elle continue d’exister même lorsque le cerveau ne fonctionne plus.

Vraiment?

Des voix se sont naturellement élevées pour discréditer l’homme et l’accuser de s’opposer aux canons de la science en invoquant une expérience impossible à vérifier. Peut-être, après tout, n’était-il pas vraiment dans le coma? Peut-être son cerveau n’était-il pas complètement éteint? Peut-être sa maladie avait-elle provoqué en lui un improbable élan mystique ayant eu pour effet de le priver de tout jugement critique? Les médecins qui l’ont traité ont toutefois clairement établi qu’aucune de ces hypothèses n’était recevable.

Quoi qu’il en soit, l’expérience qu’il relate, si unique et extraordinaire soit-elle, présente une indéniable parenté avec l’expérience de mort imminente (EMI) de milliers d’autres personnes de tous âges, de toutes nationalités, de toutes les couches de la société, et aussi bien athées que croyantes, dont le témoignage a été étudié, analysé et documenté depuis maintenant un demi-siècle.

Rendons à César…

Les Védas enseignent depuis toujours que la conscience – l’expression du moi intime de chaque être – est le propre de l’âme, qui est de nature spirituelle, alors que le corps à travers lequel elle s’exprime est de nature matérielle. L’être en soi et la conscience qui en émane demeurent entièrement distincts du corps physique. Le corps dépend de l’énergie que lui insuffle l’âme pour sa survie, mais l’âme ne dépend en rien du corps qu’elle emprunte et auquel elle survit lorsqu’il devient inutilisable.

La science n’obéit toutefois qu’à ses propres règles, et ne souscrit qu’à ce qu’elle peut observer et mesurer. Elle affirme que seule la rigueur de ses méthodes permet de cerner la réalité, et prétend ainsi détenir le monopole de la connaissance. Elle n’a donc d’autre choix que de nier tout ce qui déborde de son cadre de référence, sinon de promettre qu’elle trouvera bientôt une explication logique à tous ces phénomènes soi-disant inexplicables, paranormaux ou spirituels qui échappent encore à ses techniques d’analyse.

Tout comme les scientifiques, le commun des mortels est fasciné par l’inconnu. Et tout comme les scientifiques, il cherche des réponses à ses questions, des plus banales aux plus profondément existentielles. Mais la science n’a pas toutes les réponses, et tant que son champ d’étude se limitera au plan physique, elle restera inapte à appréhender le mystère de la vie et les dimensions transcendantes de la réalité.

Sachons donc reconnaître l’apport inestimable de la science moderne dans une foule de domaines, mais aussi admettre, comme le Dr Alexander, que la réalité dépasse à maints égards la perception que nous en avons et l’étude que nous pouvons en faire avec les outils matériels dont nous disposons.

Le savant et le batelier

Photo de Midhun George

Après avoir consacré de nombreuses années à l’étude des sciences dans les plus grandes écoles, le fils d’un potier décide un jour de retourner dans son lointain village natal pour y revoir les siens.

L’île de son enfance étant séparée du continent par un large plan d’eau, le savant doit retenir les services d’un batelier pour franchir la dernière étape de son voyage.

Tandis qu’ils voguent paisiblement, l’homme au vaste savoir engage la conversation avec l’humble passeur.

— Dis-moi, batelier, que sais-tu de la lune et des étoiles, du soleil et de la course des planètes dans l’espace?

— Rien du tout, mon bon monsieur. Je ne suis qu’un pauvre batelier.

— Comme c’est dommage! La science des astres est si importante. Tu as sans doute perdu le quart de ta vie.

Parle-moi donc plutôt de ces arbres qui bordent les rives, et des plantes qui poussent dans la région.

— Je ne connais rien de tout cela, monsieur. Je passe mes journées sur l’eau à faire traverser des gens comme vous.

— Incroyable! Tu n’as aucune connaissance de la botanique? Il semble, mon brave, que tu aies en fait perdu la moitié de ta vie.

Tu dois au moins pouvoir me parler des animaux qui vivent dans cette contrée et des poissons qui peuplent ces eaux? Tu as bien dû les étudier?

— Je dois dire que non, savant érudit. Je ne sais même pas lire.

— Tu ne connais donc ni la zoologie ni aucune des autres sciences fondamentales. Et puisque tu ne sais pas lire, tu ne peux non plus connaître la littérature ou la philosophie. Quel ignorant tu fais! Je peux t’assurer que tu as gaspillé au moins trois quarts de ta vie.

Entre-temps, le ciel s’était couvert et le vent se levait, agitant de plus en plus la surface des flots. Un violent orage éclata, et les vagues devinrent si fortes que la barque allait sans aucun doute chavirer d’un instant à l’autre. Soudain pris de panique, le savant se mit à crier : « À l’aide! À l’aide! »

— Ne savez-vous pas nager? lui demanda le batelier.

— NOOOON… hurla l’érudit dans la tempête.

— Dans ce cas, j’ai bien peur que vous perdiez la totalité de votre vie!

Le b.a.-ba du savoir

Nous ne cessons de marquer des progrès dans une foule de domaines, et c’est très bien. Les sciences nous aident à analyser et à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Le développement économique contribue à améliorer notre qualité de vie. Et la technologie nous permet de réaliser des exploits sans précédent. Mais nous ne devons pas pour autant oublier que le plus important des savoirs est celui qui nous permet de régler une fois pour toutes l’incontournable problème de la maladie, de la vieillesse… et de la mort!

Ainsi le Bienheureux enseigne-t-il dans la Bhagavad-gita :

Le vrai savoir, Je le déclare, tient à l’entendement que naissance, maladie, vieillesse et mort sont sources de souffrances, à la poursuite assidue de la réalisation spirituelle et à la quête de la Vérité Absolue sous la gouverne d’un maître accompli. Les manifestations naturelles de ce savoir sont l’humilité, la modestie, la non-violence, la tolérance, la simplicité, la pureté, la constance, la maîtrise de soi, le détachement des plaisirs futiles, l’émancipation des liens asservissants, l’affranchissement du faux ego, l’équanimité dans la prospérité comme dans l’adversité, et la pure conscience divine empreinte d’amour. Tout ce qui s’en écarte relève à proprement parler de l’ignorance.

Bhagavad-gita, 13.8-12

Toutes les branches de la connaissance sont précieuses pour acquérir une meilleure compréhension de l’univers. Mais elles deviennent oiseuses lorsqu’on omet de les cultiver parallèlement à une meilleure compréhension de son identité propre en lien avec l’Absolu. Hors de toute recherche spirituelle, elles ne sont en effet d’aucune utilité pour résoudre les problèmes fondamentaux de notre existence conditionnée par une conception matérielle de nous-même. Souhaitons-nous vraiment risquer d’y perdre la totalité de notre vie?

Le monde est petit

Ou devrais-je plutôt dire qu’on n’invente rien? Que l’histoire se répète? Que les mots et les idées se font mystérieusement écho dans le temps et dans l’espace?

Dans Vivre ma spiritualité aujourd’hui, j’ai écrit :
« Ce qu’il est convenu d’appeler l’âme est le véritable siège de l’identité, de la conscience et de la vie. Même si aucun microscope n’est assez puissant pour nous donner de voir l’étincelle spirituelle en chacun de nous, nous pouvons à tout le moins comprendre que ce n’est pas un paquet d’os, de muscles, de neurones et d’organes parcourus de vaisseaux sanguins et d’impulsions chimiques ou électriques qui nous définit en tant que personne.

« Nous ne pouvons pas voir le vent, mais nous savons qu’il existe par les effets qu’il produit. Impossible également de voir le sel dans l’eau de mer, mais sa présence devient manifeste dès qu’on goûte cette eau. Personne n’a jamais non plus vu un atome à proprement parler, et pourtant, les modèles atomiques et quantiques sont généralement reconnus et invoqués pour expliquer le comportement de la matière.

« De même, l’âme échappe peut-être à nos facultés perceptuelles limitées, mais nous pouvons aisément déceler sa présence ou son absence dans un corps selon qu’il est en vie ou non. Bref, l’âme s’impose comme l’axiome de la vie. »

Et la conclusion naturelle de ma démonstration s’est aussitôt imposée à mon esprit :

« Nous ne sommes pas des êtres humains en quête d’une expérience spirituelle, mais bien des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »

Heureux d’avoir pu résumer en une phrase ce principe fondamental, j’en ai même fait la citation d’ouverture de la page d’accueil de mon site!

Deux ans plus tard, en parcourant les travaux de Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) – jésuite, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe de renom –, quelle ne fut donc pas ma surprise de découvrir qu’une de ses citations les plus célèbres est :

« Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle, mais des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »

Je n’en croyais pas mes yeux! Mais je n’ai pas un instant pensé : « Les grands esprits se rencontrent. » Je me suis au contraire senti bien peu de chose. J’ai conscience de n’être qu’un instrument dans la main du Destin, et je ne peux que m’émerveiller de ce que ces mêmes paroles m’aient été inspirées plus d’un demi-siècle après le passage sur terre de cette sommité. Qui sait? Peut-être même quelqu’un d’autre avant lui avait-il déjà prononcé ces mêmes mots? Après tout, comme l’a si bien dit André Gide :

« Toutes choses sont dites déjà; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer. »

Pourquoi un autre livre sur la spiritualité?

Allocution prononcée lors du lancement officiel de mon troisième ouvrage.

Pourquoi un autre livre sur la spiritualité? Eh bien, pour la simple et bonne raison que la spiritualité, c’est ce que nous avons de plus précieux. On associe généralement la spiritualité à la religion, à diverses croyances et pratiques, à la prière, à la méditation ou au yoga, mais la spiritualité, c’est beaucoup plus que ça.

De la même façon que notre « humanité » définit notre condition humaine, notre « spiritualité » définit notre identité spirituelle. Nous oublions trop facilement que nous ne sommes pas des êtres humains en quête d’une expérience spirituelle, mais bien des êtres spirituels vivant une expérience humaine!

Comment savons-nous que notre identité propre est de nature spirituelle? Nous le savons parce qu’aucune forme d’énergie matérielle ni aucune combinaison d’éléments matériels ne peut donner la vie. Seule l’énergie spirituelle peut donner vie à la matière. Seule la personne que je suis peut donner vie au corps que j’habite. Dès l’instant où je quitterai ce corps, il s’éteindra et se décomposera. Rien ni personne d’autre ne pourra le ramener à la vie.

La spiritualité n’est donc pas quelque chose d’extérieur à nous, mais bien plutôt notre essence même, l’ADN de notre ADN. La spiritualité, c’est à proprement parler… la vie! Nous avons donc tout intérêt à mieux nous connaître pour profiter pleinement de la vie. Voilà pourquoi j’ai écrit ce troisième livre sur la spiritualité, et pourquoi je compte bien en écrire d’autres. Le sujet est en effet inépuisable.

Lecture d’extraits de

Vivre ma spiritualité aujourd’hui – Une affaire de conscience

Compte tenu de tous les changements qui surviennent dans notre corps et notre esprit de la naissance à l’âge adulte – aussi bien que dans notre situation sociale, professionnelle ou familiale –, il est évident que nous ne sommes pas ce que nous croyons être à différentes étapes de notre vie, puisqu’à travers toutes ces transformations, nous demeurons foncièrement la même personne.

Aussi attaché que je puisse être à mon corps et aux désignations qui le caractérisent, je n’en reste pas moins celui ou celle qui perçoit les sensations que me procure ce corps. Et c’est encore moi qui ressens les émotions que suscitent dans mon esprit mes rapports avec les gens qui m’entourent et avec le monde dans lequel je vis.

Bref, je ne suis pas mon corps, non plus que mon mental, puisque je peux, selon le cas, observer, subir ou contrôler ce qui se passe dans l’un comme dans l’autre. Il s’agit donc de regarder au-delà du corps physique et du mental pour découvrir qui est ce « je », ce « moi » ou cet « observateur ».

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Aucune action n’est bonne ou mauvaise en soi. C’est son objet et l’esprit dans lequel nous l’accomplissons qui déterminent son impact sur nous-mêmes et sur les autres. Le secret réside dans la conscience avec laquelle nous agissons.

Explorons plus avant ce qu’il en est de l’action accomplie par sens du devoir, dans le respect des lois de l’homme et de l’univers, et sans attachement aux résultats. Je ne risque guère de me tromper si je dis que cette perspective ne nous sourit pas spontanément. Premier réflexe : « Si je me fous des résultats, je n’arriverai jamais à rien! » Attention! Il n’est absolument pas question de se foutre des résultats. Il s’agit plutôt d’avoir l’humilité d’admettre et de reconnaître que peu importe l’énergie et les ressources que je peux déployer dans mes entreprises, je n’ai AUCUN contrôle sur les résultats en question. Vous en doutez? Parlez-en au cultivateur qui voit sa récolte détruite par la grêle en dépit de ses valeureux efforts; à l’homme d’affaires qui voit s’écrouler le marché au moment de lancer un produit soigneusement étudié dont le développement a nécessité d’importants investissements; ou à l’auteure inconnue et sans le sou dont le premier roman est rejeté par tous les éditeurs à qui elle le présente avant de devenir un des plus grands best-sellers de tous les temps! Il s’agit d’une vérité immuable : les résultats sont parfois inférieurs à nos attentes, parfois satisfaisants, sans plus, et parfois nettement supérieurs à tout ce qu’on aurait pu imaginer, mais JAMAIS nous n’avons la moindre garantie en ce sens.

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Nombre d’animaux sont beaucoup mieux dotés que nous à plusieurs égards. Qu’il suffise de penser à l’ouïe du chien, capable d’entendre une large plage de fréquences auxquelles nous restons parfaitement insensibles, ou à son odorat, jusqu’à quarante fois plus développé que le nôtre… Au système de navigation des baleines, qui parcourent des milliers de kilomètres pour mettre bas au même endroit génération après génération… À la capacité de manger de la musaraigne, capable d’engloutir chaque jour jusqu’à deux fois son poids en nourriture… À la vision de l’aigle, qui peut repérer sa proie à plus de cinq cents mètres… À la force d’une simple fourmi, capable de transporter jusqu’à soixante fois son poids… Et que dire de l’ours, qui peut dormir tout l’hiver, ou des performances sexuelles de nos cousins les singes?

Tout bien considéré, sur le plan strictement physique, nous n’avons franchement pas de quoi pavoiser dans la création. Les atouts de l’Homo sapiens se situent à un tout autre niveau, et je ne parle pas ici que du rire, communément tenu pour le propre de l’homme même si de nombreux chercheurs estiment que d’autres espèces en sont aussi capables. Ce qui fait l’exclusivité unique de l’espèce humaine, c’est la faculté de se questionner, de raisonner et de façonner sa destinée. Au contraire des animaux, l’être humain est à même de faire des choix existentiels, et du coup de s’élever ou de s’abaisser, de continuer à mésuser de son libre arbitre et à migrer d’un corps à un autre, ou de mettre fin à ce cycle contraignant qui va à l’encontre de sa nature profonde et de sa raison d’être.

Pour l’âme désireuse de tirer pleinement parti de son existence, le choix est clair : elle doit saisir l’occasion exceptionnelle que lui offre la forme humaine pour raviver la conscience de son moi véritable et renouer avec sa source, au-delà du train-train boulot-bouffe-baise-dodo. Telle est sa raison d’être, et le fondement même de sa mission sur terre.

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En fin de compte, la voie à suivre pour vivre sa spiritualité n’est autre que celle qui permet d’élever sa conscience au-delà de la conception strictement corporelle et matérielle de la vie, et de raviver sa conscience de l’Absolu. Car – faut-il le répéter – la spiritualité est d’abord et avant tout une affaire de conscience.

Et cette voie peut être suivie par tous, quelles que soient leur culture, leur éducation et leur religion – ou leur absence de religion. Oubliez les idées reçues sur la spiritualité voulant qu’elle passe par le retrait du monde, le renoncement aux plaisirs temporels, l’adhésion à un groupe, la prière à tout va ou je ne sais quelles bigoteries. La voie de la réalisation spirituelle ne dépend d’aucun préalable, n’impose aucune contrainte et n’obéit à aucune règle autre que le désir et la volonté expresse d’opérer en soi un changement de conscience libérateur. Reste à prendre des mesures concrètes pour y parvenir.

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Une des plus grandes difficultés à vivre ma spiritualité aujourd’hui tient au fait que tout me pousse à m’en détourner. Je suis bombardé d’appels à la consommation, d’annonces de spectacles et d’événements à ne pas manquer, d’incitations à mille et une formes d’évasion et de divertissement… Il faut une volonté de fer pour restreindre ses élans et se réserver le temps de vivre sa spiritualité au quotidien. Tous les moyens d’apaiser ses sens surexcités et son mental tourbillonnant sont donc les bienvenus. L’identification au corps et le conditionnement matériel résistent à tout effort d’affranchissement de cette fausse conception de l’existence. Or, une vie simple et de hautes pensées contribuent grandement à réduire leur emprise.

La beauté de la chose, en fin de compte, c’est qu’au-delà de tous les principes et de toutes les pratiques, la spiritualité reste foncièrement une affaire de conscience. La conscience qui m’habite et que je cultive quand je joue et quand je travaille. La conscience avec laquelle je cuisine, je bois et je mange. La conscience dans laquelle je peins, je chante et je tricotte. La conscience par laquelle je lis et j’écris. La conscience qui anime la moindre de mes pensées, la moindre de mes paroles et le moindre de mes actes. Matérielle ou spirituelle? Le choix est mien. À chaque instant de mon existence. En tout temps et en tout lieu.

Karma

Le mot est passé dans la langue, mais il nous reste parfois en travers de la gorge!

Karma est un mot sanskrit qui se traduit par « action ». Mais comme l’illustre la troisième loi de Newton, toute action entraîne invariablement une réaction proportionnelle, si bien qu’action et réaction sont indissociables. Ainsi le mot en vient-il à désigner la réaction elle-même, soit les conséquences de nos actes.

L’usage ayant souvent pour effet de détourner les mots de leur sens premier, on entend de plus en plus dire d’une personne qu’elle a « un bon karma » ou un « mauvais karma » dans le sens de « tout lui réussit » ou « rien ne lui réussit ». Karma devient presque alors synonyme de « chance », ce qui s’explique sans doute par le fait qu’on a souvent du mal à voir ce qui peut bien valoir à l’intéressé une situation aussi enviable ou un aussi triste sort.

Mais la destinée d’une personne n’est jamais l’effet du hasard, ni d’une quelconque forme de chance ou de malchance. Tout ce qu’une personne vit est en réaction directe à ses actes passés, récents ou éloignés dans le temps, voire dans une vie antérieure. Nous ne faisons que récolter ce que nous avons semé.

À chaque action sa réaction

La loi du karma est universelle et fort complexe. Mais le principe de base n’en demeure pas moins que ce sont nos désirs, nos choix et nos actes qui déterminent notre sort à court, à moyen ou à long terme. Pour nous aider à nuancer la question, la Bhagavad-gita distingue trois grandes catégories d’action.

Le sukarma désigne l’action vertueuse, conforme aux valeurs et aux principes moraux, éthiques et spirituels, donc l’action « bonne », qui entraîne des réactions conséquentes. À l’opposé, le vikarma désigne sans surprise l’action « mauvaise », c’est-à-dire immorale, à l’encontre du bien commun ou de son propre bien, avec son cortège de suites indésirables.

Pour le plus grand bonheur de ceux et celles qui n’aiment pas voir la vie en noir et blanc, il est toutefois possible de s’affranchir des effets du karma, des bons comme des mauvais. Et la solution ne se trouve pas dans l’inaction (nishkarma), mais plutôt dans l’action désintéressée, accomplie dans le détachement des fruits de l’acte. Cette catégorie d’action sans réaction en chaîne est appelée akarma, et elle s’opère par la pratique du karma-yoga dans la conscience de l’Absolu.

Cette dernière forme de karma est celle que privilégient les spiritualistes désireux de se réaliser pleinement et de vivre en harmonie avec leur nature éternelle de manière à mettre fin une fois pour toutes au cycle des morts et des renaissances.

Fort de ce savoir, il se pourrait bien que vous ayez envie de remettre les pendules à l’heure la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un mettre ses problèmes sur le dos du karma…

As-tu fait ton jogging?

Sérieusement, te gardes-tu en forme… spirituellement?

Pour garder la forme, certains font du jogging alors que d’autres vont au gym, font du vélo, jouent au tennis et quoi encore. L’idée est simple et éprouvée : la pratique régulière d’une forme d’activité physique structurée donne de l’énergie, permet de maintenir le corps en santé et aide à avoir les idées claires.

Un point pour le corps. Mais qu’en est-il de l’âme? Si le corps a besoin d’exercice pour être en santé, l’âme n’a-t-elle pas aussi besoin d’une forme d’entraînement pour rester alerte et épanouir sa conscience? La réponse est « oui ».

Si je suis une personne de nature spirituelle vivant dans un corps matériel, il est tout à fait normal et souhaitable que je prenne soin de ce corps : c’est ma demeure, mon chez moi dans cette vie. Mais il est tout aussi normal et impératif que je m’occupe de moi, moi qui vis dans ce corps et qui l’anime.

Si je prends soin de mon corps mais néglige de m’occuper de moi, je vais continuer de m’encrasser dans une conception purement matérielle de l’existence. Je vais continuer à m’identifier à mon corps au point d’en oublier que je suis de nature spirituelle et que je ne suis que de passage dans ce corps. Au point d’en oublier que je suis éternel et que je me trouve dans ce monde comme dans un rêve, en proie à mille et une illusions.

Si je trouve le temps d’accorder à mon corps une heure d’activité physique en plus de ses heures de sommeil, de ses heures de travail, de ses repas quotidiens et de ses moments de détente, ne pourrais-je m’en accorder au moins autant pour me nourrir spirituellement? Je comprends que mon corps a besoin de beaucoup d’attention et de soins, mais je ne dois pas me négliger pour autant.

Allez, un petit effort! Comme pour l’activité physique, le plus dur, c’est de commencer. Après, on ne peut plus s’en passer. Êtes-vous plus matin ou soir? Préférez-vous la lecture ou la méditation? Pourquoi pas les mantras, les contenus audio ou vidéo inspirants et instructifs? Sans parler des lieux de recueillement ou de célébration en groupe. Je vous laisse le choix des armes. L’important, c’est que vous vous occupiez de vous. Je peux vous assurer que vous y trouverez une satisfaction et un plaisir insoupçonnés et sans cesse renouvelés.

La triade divine

Vous vous demandez encore si Dieu existe? Cessez, de grâce, de vous torturer les méninges.

Les Védas n’abordent même pas la question. Il n’y est pas non plus question de Dieu dans le sens confessionnel où nous l’entendons généralement. On y part plutôt du principe fondamental et universel que toute énergie a une source, que tout effet a une cause et que tout ce qui existe a une origine. Et on y désigne globalement l’origine des origines, la cause première de toutes les causes et la source primordiale de toutes les énergies du nom d’Absolu.

Voilà un mot qui, en soi, définit bien le Grand Tout – ce qu’on aime aujourd’hui appeler l’Univers, la Lumière ou le Verbe –, c’est-à-dire la réalité transcendante qui dépasse notre entendement mais dont la présence se fait partout sentir sous une forme ou une autre.

Et comme les Védas ne sont jamais avares d’explications, ils nous amènent à mieux saisir cet Absolu en précisant qu’il peut être perçu sous trois aspects :

vadanti tat tattva-vidas tattvaṁ yaj jñānam advayam
brahmeti paramātmeti bhagavān iti śabdyate

« Les doctes sages qui connaissent la Vérité absolue nomment cette essence indivisible Brahman, Paramatma ou Bhagavan. »

(Shrimad-Bhagavatam, 1.2.11)

Brahman désigne l’aspect impersonnel de l’Absolu, son omniprésence diffuse et rayonnante à travers le monde qui nous entoure, telle la lumière du soleil qui tout pénètre. La perception de cet aspect impersonnel de l’Absolu se reflète souvent dans l’émerveillement que suscitent les beautés de la nature ou l’immensité de l’espace.

Paramatma désigne l’aspect localisé de l’Absolu, présent en chaque être et en toutes choses, jusque dans l’atome. Vous avez déjà entendu l’expression « Dieu est en chacun de nous »? Eh bien, c’est du Paramatma qu’il s’agit, de cette manifestation de l’Absolu qui assure l’équilibre des forces de l’univers et qui nous guide de l’intérieur – pour peu qu’on y porte attention. On y fait parfois référence comme « la petite voix qui nous parle », ou encore « la voix de la conscience ».

Quant à Bhagavan, il s’agit de l’aspect personnel de l’Absolu, incarnant l’éternité, la connaissance et la félicité par excellence, avec qui chaque être entretient une relation intime selon une variété de saveurs allant de l’aversion la plus profonde à l’amour le plus sublime. Bhagavan désigne l’Absolu comme l’expression vivante de toutes les perfections. Chaque être possède la beauté, la richesse, la force, la renommée, le savoir et le détachement dans une certaine mesure. Mais l’Absolu dans son aspect personnel se définit comme l’Être suprême, ou encore le Bienheureux, qui possède tous ces attributs dans la plus complète et la plus parfaite des mesures.

La trilogie divine désigne donc en fait un Absolu unique et indivisible, mais manifeste et perceptible sous trois aspects distincts, selon le degré de réalisation de ceux et celles qui cherchent à le saisir.

All you need is love

Traduction d’un extrait d’entretien entre le poète Allen Ginsberg
et A. C. Bhaktivedanta Swami le 12 mai 1969.

Allan Ginsberg : Différents groupes prétendent que seule leur religion permet d’atteindre le salut.

A. C. Bhaktivedanta Swami : Toutes les religions sont bienvenues. Nous n’en rejetons aucune. Religion ou pas, le point est que l’Absolu, ou Dieu, est amour, et que l’amour est infiniment attrayant. Nous sommes tous naturellement attirés par l’amour – à plus forte raison dans sa forme absolue –, tout comme le fer est irrésistiblement attiré par l’aimant… à condition de ne pas être rouillé! Si nous ne sommes pas attirés par l’Infiniment attrayant, c’est que nous sommes rouillés, c’est-à-dire conditionnés par notre attachement aux promesses illusoires du monde qui nous entoure.

La véritable religion est celle qui nous débarrasse de cette rouille et qui ravive notre amour pour Dieu. Que vous l’appeliez Allah, Krishna, Govinda, Bouddha ou Jéhovah n’a aucune importance. L’important, c’est que votre religion, quelle qu’elle soit, vous amène à développer l’amour suprême. Tous les gens devraient apprendre à aimer, car c’est là que réside la perfection de l’existence.

Mantra

Un pouvoir insoupçonné au bout des lèvres!

Mantra est un mot sanskrit composé de deux éléments : mana (mental) et tra (protection ou délivrance). Souvent décrit comme une forme d’incantation sacrée, mystique, ésotérique ou même magique, le mantra est à proprement parler une formule qui a le pouvoir de libérer le mental de ses tourments, de ses angoisses et de ses illusions.

Selon les Védas, certaines vibrations sonores – comme les mantras – permettent de s’élever au-delà des plans sensoriel, mental et intellectuel pour accéder au plan spirituel et à un état de conscience à la fois libérateur et clairvoyant.

Souvent utilisé comme support de méditation, le mantra favorise grandement la concentration grâce à la répétition mélodique et rythmée des sons qui le composent. Tantôt scandé, tantôt murmuré et tantôt chanté, il plonge instantanément celui ou celle qui le prononce attentivement dans un état second qui s’apparente à une sorte de transe.

La pratique assidue d’un mantra confère une grande lucidité et une grande paix d’esprit. Elle chasse par ailleurs aisément le stress, les états dépressifs, les idées noires et les frustrations, et permet de prendre un recul salutaire dans bon nombre de situations de tous les jours. Son plus grand bienfait réside toutefois dans son pouvoir d’éveil à notre nature spirituelle et dans sa capacité à nous rapprocher de l’Absolu.

Mode d’emploi

Les mantras se récitent seul ou en groupe, en tout lieu, à tout moment de la journée et selon une durée qui peut varier de quelques instants à plusieurs heures. Chantés, ils s’accompagnent souvent d’instruments de musique. Quant à ceux qui les entonnent en privé comme support méditatif, ils utilisent parfois une sorte de chapelet pour accentuer leur concentration et garder le compte des répétitions.

La répétition d’un mantra a un double impact. D’abord, en instaurant une discipline : en fixant au préalable le nombre de mantras à psalmodier, on se prédispose à décrocher de tout le reste pour se concentrer pleinement sur le précieux moment spirituel qu’on s’accorde. Ensuite, la force du nombre : plus les séances se prolongent, plus l’absorption libératrice s’accentue.

L’exercice peut se faire debout ou assis, les yeux ouverts ou fermés, dans une pièce réservée à cette fin, en pleine nature (où l’intensité du regard contemplatif peut aussi favoriser la concentration) ou en tout autre endroit jugé propice; et aussi bien en restant immobile qu’en marchant ou en dansant. Les malades peuvent même le faire dans leur lit, et les prisonniers dans leur cellule! Si les mantras qui ponctuaient les rites sacrificiels d’antan étaient régis par des règles très strictes, la pratique actuelle d’un mantra dans le contexte d’une démarche de développement personnel n’est en effet soumise à aucune contrainte.

Il existe une infinité de mantras. Certains favorisent une méditation impersonnelle alors que d’autres se veulent des hymnes de louanges et des canaux d’échanges directs avec le Suprême. Pour ceux que la chose intéresse, la Kali-santarana Upanishad et le Brihan-naradiya Purana préconisent tous deux pour l’époque à laquelle nous vivons le chant ou la récitation de ce qu’ils appellent « le grand mantra de la transcendance » ou « le mantra par excellence », soit le maha-mantra :

hare krishna hare krishna
krishna krishna hare hare
hare rama hare rama
rama rama hare hare

Par excellence, parce que considéré comme le moyen le plus facile et le plus efficace de se réaliser spirituellement de nos jours. Comme je l’explique dans Vivre ma spiritualité aujourd’hui, c’est aussi mon mantra favori du fait qu’il invoque l’Absolu dans son principe aussi bien féminin que masculin et qu’il relie toutes les énergies à leur source.

Sinon, toutes les traditions spirituelles ou religieuses préconisent des formules sacrées, des soutras, des psaumes, des chants, des prières ou des sourates propres à accompagner les moments de recueillement, de réflexion, de gratitude ou de glorification. L’important dans tout ça, c’est de renouer avec Soi et avec le Divin.