Ou devrais-je plutôt dire qu’on n’invente rien? Que l’histoire se répète? Que les mots et les idées se font mystérieusement écho dans le temps et dans l’espace?

Dans Vivre ma spiritualité aujourd’hui, j’ai écrit :
« Ce qu’il est convenu d’appeler l’âme est le véritable siège de l’identité, de la conscience et de la vie. Même si aucun microscope n’est assez puissant pour nous donner de voir l’étincelle spirituelle en chacun de nous, nous pouvons à tout le moins comprendre que ce n’est pas un paquet d’os, de muscles, de neurones et d’organes parcourus de vaisseaux sanguins et d’impulsions chimiques ou électriques qui nous définit en tant que personne.

« Nous ne pouvons pas voir le vent, mais nous savons qu’il existe par les effets qu’il produit. Impossible également de voir le sel dans l’eau de mer, mais sa présence devient manifeste dès qu’on goûte cette eau. Personne n’a jamais non plus vu un atome à proprement parler, et pourtant, les modèles atomiques et quantiques sont généralement reconnus et invoqués pour expliquer le comportement de la matière.

« De même, l’âme échappe peut-être à nos facultés perceptuelles limitées, mais nous pouvons aisément déceler sa présence ou son absence dans un corps selon qu’il est en vie ou non. Bref, l’âme s’impose comme l’axiome de la vie. »

Et la conclusion naturelle de ma démonstration s’est aussitôt imposée à mon esprit :

« Nous ne sommes pas des êtres humains en quête d’une expérience spirituelle, mais bien des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »

Heureux d’avoir pu résumer en une phrase ce principe fondamental, j’en ai même fait la citation d’ouverture de la page d’accueil de mon site!

Deux ans plus tard, en parcourant les travaux de Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) – jésuite, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe de renom –, quelle ne fut donc pas ma surprise de découvrir qu’une de ses citations les plus célèbres est :

« Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle, mais des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »

Je n’en croyais pas mes yeux! Mais je n’ai pas un instant pensé : « Les grands esprits se rencontrent. » Je me suis au contraire senti bien peu de chose. J’ai conscience de n’être qu’un instrument dans la main du Destin, et je ne peux que m’émerveiller de ce que ces mêmes paroles m’aient été inspirées plus d’un demi-siècle après le passage sur terre de cette sommité. Qui sait? Peut-être même quelqu’un d’autre avant lui avait-il déjà prononcé ces mêmes mots? Après tout, comme l’a si bien dit André Gide :

« Toutes choses sont dites déjà; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer. »

Le monde est petit